mercredi 9 juillet 2014

Le califat, un machin américain?


Richard Martineau, le gourou du gros bon sens, va s'étouffer dans son pablum: en 1957, le président Eisenhower et le premier ministre Macmillan ont comploté pour créer de faux incidents frontaliers en Syrie, assassiner Abd al-Hamid Sarraj, Afif al-Bizri et Khalid Bakdash, trois haut dirigeants syriens, pour ensuite envahir la Syrie avec le support de pays arabes complaisants. Encore une théorie du complot en provenance de la go-gauche!

Mais non.

Le journal The Guardian  rapportait en septembre 2003 que:
The plans, frighteningly frank in their discussion, were discovered in the private papers of Duncan Sandys, Mr Macmillan's defence secretary, by Matthew Jones, a reader in international history at Royal Holloway, University of London.
L'arrivée du califat d'Al-Baghdadi sur l'échiquier du Moyen-Orient suscite bien des questions et donne lieu à toutes sortes de théories... de complot. Les meilleures se retrouvent sur le site Moon of Alabama en provenance de l'un de ses commentateurs:
  1. Le califat est une marionnette des Américains (ou des Saoudiens, ou des Israéliens) et il s'en tiendra aux ordres de ses commanditaires.
  2. Le califat est financé et contrôlé par les Américains (ou les Saoudiens, ou les Israéliens) mais Al-Baghdadi est assez indépendant pour, sitôt qu'il le pourra, s'en affranchir et faire ce qu'il lui plaît.
  3. Le califat est un Frankenstein créé à la suite des conséquences inattendues du support des jihadistes visant à déstabiliser les régimes séculiers de la région. Ce n'était pas prévu par les Américains, mais ça aurait pu l'être par les Saoudiens ou les Israéliens.
  4. Le califat n'a pas eu de commanditaires mais il a pris son essor par son militantisme à menacer, voler, cajoler les autres jihadistes de la région.
Le commentateur en question penche pour l'hypothèse no 3 comme étant la plus probable. Je le pense aussi. C'est en effet compliqué de vouloir gérer le monde à partir d'un bureau à Washington, d'après les rapports pas toujours cohérents des 17 agences de renseignement américaines. Les bloopers et les blowbacks sont fréquents. Ainsi, quand Jimmy Carter, prix Nobel de la paix, a signé la première directive sur l’assistance clandestine aux opposants du régime pro-soviétique d'Afghanistan, il a créé ce qui allait devenir Al-Qaïda, ce Frankenstein qui allait plus tard se retourner contre son maître.

L'établissement et le maintien du califat d'Al-Baghdadi signifie l'éclatement de l'Irak et de la Syrie en zones délimitées par la religion ou l'appartenance ethnique. Les Saoudiens ou les Israéliens pourraient avoir visé cela, mais pas les Américains. Ces derniers préfèrent n'avoir à contrôler qu'un seul Irak, ou une seule Syrie (éventuellement) ou une seule Ukraine (éventuellement). Vu d'un bureau à Washington, c'est moins compliqué. On sait par exemple que Bill Clinton, avant le référendum québécois de 1995, préférait traiter avec un seul Canada lorsqu'il disait élégamment: « Dans un monde assombri par les conflits ethniques (...) le Canada (...) est resté un modèle de la façon dont les gens de différentes cultures peuvent vivre et travailler ensemble dans la paix, la prospérité et le respect ».

Au fait, qu'est-il arrivé du complot américano-britannique de 1957 contre la Syrie? Il a fini en eau de boudin, les pays arabes avoisinant étant moins complaisants à l'époque.

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