mercredi 12 mars 2014

Le Bible Belt américain démystifié


Je ne crois pas un mot de ce que je vais écrire dans ce billet. Mais je trouve cela drôle en diable.

La zone du Bible Belt américain est délimitée approximativement en rouge sur la carte ci-haut. C'est la région où la religion Southern Baptist Convention domine. Les gens de cette région sont conservateurs, pratiquants et ils se sentent une vocation de missionnaires. Ils interprètent la bible d'une façon littérale, ils rejettent la théorie de l'évolution et ils embrassent le créationnisme. Cette droite religieuse compose, avec les petits entrepreneurs individualistes, les soldats du Parti républicain dirigé par les pontes de la finance et du grand capitalisme. Il y a bien, dans la région, ce qu'on appelle des Blue Democrats, mais ils votent avec les Républicains et ils sont en voie de disparition.

J'ai toujours été mystifié par l'existence de cette droite religieuse et du créationnisme qu'elle prône. À ce que je sache, tous les États américains ont une loi sur la fréquentation scolaire obligatoire. Dans 13 d'entre eux, cette dernière s'étend même jusqu'à l'âge de 18 ans. Dans le cours de chimie 101, on enseigne les principes généraux de la datation au carbone 14. En biologie 101, on expose comment la théorie de l'évolution explique l'origine des espèces végétales et animales. En physique 101, on démontre pourquoi la théorie du Big Bang est, jusqu'à date, la meilleure explication sur les débuts de notre univers.

Tous les citoyens américains ont la chance d'avoir un système d'éducation sophistiqué auquel ils doivent obligatoirement participer. Et les voilà qui s'en vont tout bonnement le dimanche à la réunion de leur congrégation pour s'incliner devant des pasteurs ignorants et cupides qui leur racontent que Dieu a créé l'univers en 6 jours, il y a 6 000 ans, pour y implanter un Adam et une Ève qui se promenaient au milieu de vélociraptors végétariens.

Je ne l'ai jamais compris. J'ai déjà tenté d'expliquer ce phénomène par la richesse de la nation américaine qui permettait une socio-diversité si grande qu'elle pouvait générer à la fois des prix Nobels et des créationnistes. C'était une explication partielle. J'ai maintenant trouvé mieux.


En 1607, John Smith fonda la première colonie anglaise en Amérique avec un groupe de puritains, ces dissidents calvinistes qui voulaient réformer l'Église d'Angleterre. En 1620, un deuxième groupe arrive. Les Pilgrims Fathers ont voyagé sur le Mayflower. Eux ne voulaient pas réformer l'Église d'Angleterre. Ils voulaient carrément s'en séparer. C'est donc dire que le matériel génétique de base à partir duquel fut créée la nation américaine est constitué de personnes à la religiosité accentuée. Quand la religion commande que tu traverses l'Atlantique sur une coquille de noix pour t'installer dans une contrée sauvage et hostile, c'est qu'elle est importante pour toi.

Les recherchistes de la série documentaire américaine Il était une fois l'Humanité estiment qu'aujourd'hui 30 millions d'Américains sont les descendants des 50 Pilgrim Fathers qui ont survécu au premier hiver. Accordons le même taux de natalité aux puritains de John Smith. Cela nous donne donc un minimum de 60 millions d'Américains sur 320 millions qui ont en eux une partie du bagage génétique des premiers arrivants anglais.

Et c'est ici qu'intervient VMAT2, cette protéine encodée dans le gène SLC18A2 et responsable du transport des neurotransmetteurs (dopamine, norépinéphrine, dopamine, histamine) dans les synapses des neurones de notre cerveau. Cette protéine est célèbre depuis 2005, quand le généticien Dean Hamer, directeur du Gene Structure and Regulation Unit au US National Cancer Institute publia son livre The God Gene: How Faith is Hardwired into our Genes.

On se calme. La plupart des articles que j'ai lu sur le sujet du «gène de Dieu» veulent discréditer l'hypothèse de Dean Hamer, un peu de la même façon gauche et maladroite que les contemporains de Darwin on accueilli sa théorie sur l'évolution. Mais le Dr. Hamer est bien conscient que d'autres gènes sont impliqués dans la prédisposition à la religiosité d'une personne, de même qu'un tas de facteurs sociaux et environnementaux. Et que tous ces facteurs interagissent entre eux.

Mais c'est comme cela que la science avance. Par des hypothèses plausibles, qui se précisent au fil du temps, qui finissent par devenir ce qu'on appelle l'état de nos connaissances, ici, en ce moment. Partons donc de l'idée que le «gène de Dieu» est une hypothèse plausible, à raffiner avec le temps et la recherche. Ajoutons que les premiers arrivants anglais sur le sol américain étaient sûrement porteurs de ce gène, étant des populations homogènes fuyant les persécutions religieuses. Leur bagage génétique s'est transmis à une partie de la population américaine. Cela pourrait justifier l'inexplicable prédisposition des Américains du Bible Belt à oublier leurs cours de chimie, de biologie et de physique et à tomber à genoux devant leurs pasteurs évangéliques.

Pourquoi je ne crois pas un mot de ce que je viens d'écrire? Parce que je ne crois pas. Quand il s'agit de choses sérieuses, je ne crois pas. Je lis des hypothèses. J'émet des hypothèses. Je constate l'état des connaissances sur tel ou tel sujet, ici et maintenant. Je sais que dans 100 ans, l'état des connaissances de l'humanité de 2014 paraîtra bien naïf et bien primitif.

Par ailleurs, je crois que les Patriots de la Nouvelle-Angleterre vont remporter le Super Bowl en février 2015. Je crois que les Canadiens de Montréal ne feront pas les séries cette année. Et je crois bien que l'hiver est loin d'être fini même si l'équinoxe du printemps s'en vient...

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