vendredi 28 février 2014

Peuple québécois et peuple ukrainien


Je veux être plus juste envers le peuple ukrainien. Il est vrai que les Ukrainiens ne sont pas habitués à la démocratie. Mais nous, les Québécois, nous ne sommes pas habitués à mourir pour la patrie. À l'échelle des générations, notre histoire se résume passablement par des batailles électorales, des joutes parlementaires et des négociations constitutionnelles.

Ce n'est pas le cas des Ukrainiens. Pendant qu'on essaie ici de raviver le souvenir du notaire de Lorimier mort en 1839, les Ukrainiens ont la mémoire vive, marquée au fer rouge, du bruit et de la fureur des événements d'un passé récent. «Entre 1931 et 1933, une série de famines frappe l'Union soviétique et ravage particulièrement l'Ukraine, alors que cette région était la plus fertile de toute l'URSS. Entre 2,6 et 5 millions de personnes meurent des suites de cette famine», selon Wikipédia. Et encore, selon la même source: «des exécutions et des déportations de nationalistes ukrainiens sont orchestrées par les soviétiques durant les purges de 1937-1939 : plusieurs millions d'Ukrainiens sont exécutés ou envoyés vers des camps de travail soviétiques». Et enfin, selon Wikipédia toujours: « À la fin de la guerre [de 1939-1945], les pertes ukrainiennes s'élèvent à 8 millions de personnes dont 1,377 million de militaires de nationalité ukrainienne».

Je me fous des chicanes d'historiens qui se disputent pour savoir si les purges de 1937-1939 ont donné lieu à 681 000 exécutions ou à 725 000. Je n'ai rien à cirer des coupeurs de cheveux en quatre qui lèvent les bras au ciel chaque fois qu'on cite Wikipédia. L'ordre de grandeur des chiffres mentionnés plus haut est suffisant pour illustrer mon propos: les Ukrainiens, et ce depuis longtemps dans leur histoire, sont un peuple martyre. Et le pire, c'est que des Ukrainiens russophobes ont contribué à exterminer des russophiles tandis qu'à d'autres périodes de l'histoire, ce fut l'inverse. Cela en fait un peuple doublement martyre.

Alors, moi, quand on me parle d'un lourd bilan de 100 morts sur la place Maïdan pour justifier le renversement d'un gouvernement correctement élu selon l'OSCE, j'entretiens des réserves. Par ailleurs, je peux comprendre le caractère impulsif, primaire, viscéral, fanatique et «romantique» du nationalisme ukrainien pro-européen qui n'hésite pas à se jeter dans la gueule de n'importe quel loup lui offrant d'échapper aux réalités géo-politiques qui sont les siennes.

Les rebelles ukrainiens pensaient tomber dans les bras de l'Europe. Il vont tomber dans la gueule du loup américain et du FMI. C'est vraiment un peuple qui a la vocation du martyre. Benoit XVI, dans son allocution du 11 août 2010, affirmait alors qu'il était encore infaillible: « ...le martyre et la vocation au martyre ne sont pas le résultat d’un effort humain, mais ils sont la réponse à une initiative et à un appel de Dieu». Ça fait que c'est ça, il n'y avait rien à faire, c'était dû pour arriver...
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Photo: le martyre de St-Sébastien, par Pierre Paul Rubens.

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