dimanche 23 février 2014

Le faucon sacre et l'Ukraine



Quelqu'un a dit: «Cynique, moi ? Le mot a été inventé par les optimistes pour critiquer les réalistes». Je me croyais réaliste, et un brin cynique, en essayant de décrire la situation en Ukraine d'une façon qui aille au-delà des très sympathiques et très sanguinolents contestataires de la place Maïdan à Kiev. Mais j'ai rencontré un maître de la chose, un vrai cynique. Il s'agit du Saker (ou faucon sacre en français) qui s'exprime lui aussi sur blogue anonyme faisant profession d'utiliser l'anonymat sans tomber dans les travers navrants qu'on voit partout sur les réseaux sociaux.

Le Saker, donc, après avoir décortiqué pendant de nombreuses heures le conflit ukrainien nous résume la situation en trois ou quatre coups de cuillère à pot:

1. Le peuple ukrainien: il est insatisfait. Tout ce qu'il veut, c'est des conditions de vie décentes. Presque tous les politiciens sont à vendre et les médias, la justice, la police et les banques leur appartiennent. La population ne compte pas. Elle ne sert que de pion à l'une ou l'autre partie.

2. Les politiciens les plus en vue: Ianoukovitch, Tymochenko, Klitschko et Iatseniouk semblent avoir des objectifs différents mais ils ont le même agenda: plaire à leurs maîtres et faire carrière en politique.

3. L'oligarchie ukrainienne: certains oligarques sont pro-européens, d'autres sont pro-russes. Cela dépend de quel côté ils pensent pouvoir faire le plus d'argent et mieux piller le pays.

4. La communauté européenne: elle est en crise et elle cherche en Ukraine un nouveau marché protégé. Elle n'a même pas besoin du cheap labor ukrainien, elle en a déjà trop en provenance d'autres pays.

5. Les Américains: ils sont convaincus que Poutine veut recréer un empire soviétique. Ils ne veulent pas avoir l'Ukraine, ils veulent simplement que Poutine ne l'ait pas. Pour eux, la rébellion, le chaos et même la guerre civile sont préférables à toute forme d'association.

6. La Russie: elle n'a pas besoin de l'Ukraine. Elle est déjà une superpuissance. L'Ukraine est en ruine et n'a rien à offrir à la Russie qu'elle n'ait déjà. Tout ce que la Russie veut, c'est avoir un voisin en paix et prospère qui contribue à maintenir cette partie de l'économie russe qui en dépend. Poutine regarde bien d'avantage vers l'Arctique, la Sibérie, l'Extrême-Orient, la Chine et le Pacifique.

7. Perspectives d'avenir: il sera plus facile aux Américains de maintenir le chaos que pour les Russes de stabiliser l'Ukraine. Tout ce que les Russes peuvent raisonnablement faire, c'est offrir de l'aide aux provinces russophiles dotées de gouverneurs compétents et déterminés.

8. Et le peuple ukrainien? : les données géo-stratégiques sont simples. L'Europe a besoin de clients, l'Amérique a besoin de pions et la Russie a besoin d'un voisin prospère. Si un nationalisme fanatique empêche les Ukrainiens de comprendre la situation, ils en paieront le prix. S'ils sont assez intelligents pour réaliser ce qui se passe, souhaitons leur le courage d'agir et de faire en sorte que la Russie puisse les aider.

Je ne viens pas de traduire le billet du Saker. C'est un résumé. Le texte original est bien documenté et contient l'argumentaire relatif aux affirmations rapportées ici.

Cela m'est venu comme ça, en lisant le Saker: c'est comme si les Européens jouaient au Monopoly, les Américains au Risk et les Russes aux échecs sur le même plateau de jeu...
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Photo: Faucon sacre, par Kim

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