vendredi 7 février 2014

La quête identitaire (2)



Je republie un billet du 15 octobre 2007 écrit à l'occasion des audiences de la Commission Bouchard-Taylor. Quoi? Jean-François Lisée publie aussi d'anciens articles sur son blogue lorsqu'ils se révèlent être encore d'actualité. Pourtant, s'il y a un intellectuel au Québec qui ne manque pas de choses nouvelles et intéressantes à dire...:

Jacques Brel le suggérait. Certaines quêtes sont désespérées. Notamment la quête identitaire.
Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir où personne ne part
Toutes sortes de gens défilent devant la Commission Bouchard-Taylor. Parfois, il y a des gens dont l'aspect ne convient pas à la rectitude vestimentaire médiatique. Parfois ce sont leurs paroles qui ne conviennent pas à la rectitude bien pensante. Et alors, dans la salle, dans les salons, il y a des gens qui ont « honte d'être Québécois ». Mais cela ne se dit plus, aujourd'hui, « avoir honte d'être Québécois », car aujourd'hui, on est fier d'être Québécois ! Alors on se replie sur le rejet et la négation du discours identitaire.

Les opposants à la quête identitaire sont d'avis qu'il faut arrêter de parler du « nous », car cela suppose un « eux ». Qu'est-ce qu'un Québécois dit « de souche » ? Faut-il être arrivé avant 1960, 1837 ou 1760 ? Les personnes qui sont bilingues mais qui parlent anglais à la maison sont-elles des « eux » ? Les questions identitaires sont difficiles à trancher et impossibles à définir selon ces termes. Cela crée des frictions, de la division, et il y a même des gens qui se mettent à parler fort dans les lignes ouvertes...

On essaie de nous faire croire que la quête identitaire est ringarde, «passée date». Et pourtant, elle a cours au sein de toutes les petites nations, et même au sein des grandes nations, y compris la nation américaine qui s'inquiète de sa forte minorité latino. Les Français «de souche» discutent minorité maghrébine et les bons Allemands de leurs Turcs.

On en a déjà parlé, les Écossais qui favorisent des gouvernements à la scandinave envisagent de se séparer des Anglais qui préfèrent être gouvernés à l'américaine; les gens de la Nouvelle-Écosse se cherchent une âme gaélique dans leurs vieilles poteries; les Terre-Neuviens se voient comme un coin d'Irlande en Amérique du Nord. L'éclatement de l'URSS et de la Yougoslavie en multiples pays selon les peuples qui les habitent, l'arrivée de nouvelles nations au sein de l'ONU, les succès économiques de la Catalogne ont remis la quête identitaire de l'âme nationale au goût du jour sur l'ensemble de la planète.

Et même... S'il y a un peuple sur terre qui ne doute pas de son identité, qui a préservé ses charactéristiques, sa langue et sa religion malgré les aléas auxquels il fut soumis pendant des millénaires, c'est bien le peuple juif. Et même le peuple juif essaie encore de définir qui est juif. Le Comité de la Knesset chargé de réécrire la constitution d'Israël bute en effet sur cette importante définition, si fondamentale. Il semble aussi, comme chez nous, qu'on y discute si le droit à l'égalité des personnes a préséance sur le droit à la liberté religieuse:
Thus far, the proposed preamble to the constitution does not include any mention of equality, since there is a major argument between religious and secular parties over the right to equality. Another matter that is being hotly debated is the definition of the state's character. Most committee members want to define Israel as a "Jewish state," but rightist MKs are demanding that it be defined as the "state of the Jewish nation."
On le voit, la quête identitaire des nations n'est pas ringarde, elle est in, elle est partout, elle fait partie de cet univers des communications instantanées qui nous enveloppe. La Commission Bouchard-Taylor est fondamentalement et profondément in. Et les vieux nationaleux canadiens qui en sont encore restés à l'anti-nationalisme primaire de Pierre Elliott Trudeau et de Jean Chrétien feraient bien d'en prendre note.
 

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