jeudi 1 août 2013

Hello NSA!



Aux techniciens responsables des internautes canadiens,

J'avoue que je suis un peu nerveux à l'idée d'écrire ce billet. Je viens d'apprendre que vous avez accès à tout ce que j'ai déjà écrit et à l'historique de tous les sites que j'ai visités. Vous savez donc que je lis souvent des journalistes et des commentateurs de gauche. Je fréquente par exemple Paul Krugman, Pepe Escobar, Glenn Greenwald et Alain Dubuc. Je sais que ce dernier ne fera pas l'unanimité au Québec quant à son statut de gauchiste mais selon les standards américains, c'est presqu'un terroriste qui, en plus, a un passé de trotskiste.

Je ne crois pas exagérer en disant cela. Je vois bien en effet à quels excès les partisans du «Tea Party» conduisent le Parti républicain: obstruction systématique sur des nominations de hauts fonctionnaires, menace de fermer le gouvernement sur le plafond de la dette, boycottage de «l'Obamacare» pourtant devenu démocratiquement la loi du pays, etc. Et qui plus est, un récent sondage Pew vient d'établir que cinquante-quatre pour cent des républicains pensent que leur parti est trop modéré et devrait prendre des positions plus à droite, ce qui risque d'aggraver mon cas et me rend encore plus nerveux. On n'est pas sorti de l'auberge...

Jusqu'où irez-vous? Bien sûr, je sais d'avance que vous irez jusqu'où il vous plaira d'aller, vous êtes les maîtres du monde. Je pense à Bradley Manning, ce pauvre petit pioupiou impopulaire et mal dans sa peau à qui des incompétents ont donné accès à des données ultra-sensibles. Après avoir été torturé «the american way», i.e. sans effusion de sang, il fait face à une sentence de 136 ans de prison. C'est un espion dont les révélations n'ont causé la mort de personne, de l'aveu même du procureur de l'armée américaine, mais qui ont égratigné l'égo boursouflé de l'administration Obama.

Plusieurs commentateurs américains parlent de plus en plus de l'administration Bush-Obama parce que les deux administrations opèrent sous la loi du «Patriot Act». Mais je trouve que c'est nettement exagéré: Bush n'est jamais allé aussi loin qu'Obama dans la chasse aux dénonciateurs.

Et là je n'ai pas encore dit à quel point Obama s'est personnellement couvert de ridicule dans le cas d'Edward Snowden. Le président des États-Unis lui même, qui d'autre aurait pu le faire, a demandé à quatre ou cinq états souverains d'Europe d'empêcher l'avion du président de la Bolivie de survoler leur territoire de façon à pouvoir le fouiller pour s'assurer que Snowden ne soit pas caché dans la soute à bagages. Le ridicule ne l'ayant pas tué, Obama appelle personnellement son ami Vladimir Poutine pour lui demander de lui céder Snowden. Devant l'hésitation des Russes, le ministre de la justice d'Obama doit se fendre d'une déclaration à l'effet que Snowden ne sera pas torturé ni exécuté. Nouveau refus des Russes.

Voir le président se faire humilier personnellement et publiquement à ce point-là, cela me donne la chair de poule. Je suis d'autant plus nerveux de penser à ce qu'il pourrait m'arriver si par l'intermédiaire du programme XKeyscore il apprend toutes les mauvaises choses que j'écris sur lui.

C'est pourquoi, chers techniciens de la NSA responsables de surveiller les internautes du Canada, je vous demande de faire preuve le la même magnanimité à mon égard qu'à l'endroit de Robert Seldon Lady, cet espion de la CIA condamné en Italie pour l'enlèvement sur la rue d'un musulman, lequel fut envoyé par la suite en Égypte pour un interrogatoire «the egyptian way». Le Panama qui détenait monsieur Lady en a soudain perdu la trace et n'a pas pu le déporter en Italie.

S'il vous plaît, oubliez-moi vous aussi.

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