mardi 14 juin 2011

Parizeau et les jeunes


J'ai eu beau relire plusieurs fois le texte du Collectif de jeunes députés du Parti québécois, je n'ai rien trouvé qui invitait, ou demandait, ou ordonnait à Jacques Parizeau de se taire. Ni directement, ni indirectement, par allusion ou ironie. De l'aveu même du principal intéressé, le texte était «respectueux». Pour le démolir, il fallait donc le déformer. Le procédé est bien connu.

Dans sa lettre au Devoir, Parizeau ne répond pas comme tel aux avancées des jeunes députés, sinon pour traiter de fanfaronnade la liste des nobles idéaux qui les animent. Parizeau interprète, comme bien des commentateurs, que les jeunes députés le prient «d'obtempérer» à leur demande de se taire. Il s'abaisse à l'argument ad hominem en notant que certains de ces jeunes ont plus de 40 ans, âge qu'avait René Lévesque quand il a nationalisé les compagnies d'électricité. Il revient sur l'interminable bataille qu'a perdue sa conjointe sur la «proposition Crémazie». Il s'étend, comme des dizaines de commentateurs l'ont fait, sur les erreurs de Pauline Marois dans le dossier du projet de loi 204. Erreurs que madame Marois avait déjà reconnues. La cour était déjà pleine.

Non, la lettre de Jacques Parizeau au Devoir n'est pas une réponse «respectueuse» à la lettre des jeunes députés péquistes. En fait, ce n'est pas une réponse du tout, c'est la longue diatribe d'un homme usé par les conflits et les chicaneries de virgule du Parti québécois. C'est, du moins je l'espère, une des choses que les jeunes députés veulent changer.

Tous reconnaissent à Jacques Parizeau un savoir et une intelligence supérieurs. Mais s'il avait possédé un gramme de cette forme de sensibilité qu'on appelle l'intelligence du coeur, il aurait compris que les jeunes députés ne lui demandaient pas de se taire. Les jeunes du Parti québécois l'invitaient à leur «faire confiance», à les appuyer dans leur démarche de renouveau et à être solidaire avec eux, même si les virgules n'étaient pas toutes à la bonne place dans leurs travaux.

La solidarité n'est pas le fort de Jacques Parizeau. Beaucoup de chefs, avant et après lui, ont goûté à la médecine pure et dure de ce dernier. Maintenant, ce sont ses propres enfants spirituels, ceux qui l'ont entendu dans les auditoriums des cégeps et des universités, qui se font rabrouer. À ce stade-ci de sa vie, il faut malheureusement constater que, de la part de Parizeau, il ne s'agit plus de combativité et de fidélité aux idéaux d'une vie, mais de rancoeur et d'entêtement.

Navrant... et pathétique.
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image tirée du site du Lycée Chateaubriand.


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