mardi 5 avril 2011

Plus on devient vieux...


Pierre Foglia, chroniqueur au journal La Presse, a eu le goût de revoir l'Iraq. Son patron a dit oui et il lui a rempli les poches de plein de fric pour payer les chauffeurs, les traducteurs, les assurances tout-risques (incluant probablement le risque d'enlèvement), les avions, les hôtels, les vaccins, les crayons, les bloc-notes (si importants dans un pays qui ne connait pas le papier de toilette Cascade), etc.

M. Foglia fait ses devoirs et revient avec des observations réelles, concrètes, en prise avec la vie quotidienne des Irakiens. Manque de pot, ses articles sont publiés pendant que fait rage dans les milieux branchés un débat sur la «madamisation» des médias, cette tendance qu'ont les médias à niveler par le bas, à s'en tenir au factuel, au concret, à la vie réelle des madames qui sont celles qui majoritairement regardent la télé et consomment.

Bon. La Presse publie quand même les articles de M. Foglia en bonne place. Je les lis et je les savoure car j'aime bien savoir comment les gens vivent dans d'autres pays, surtout quand ils ont été dévastés par une guerre. Il fallait une chute aux articles de M. Foglia. Celle qu'il a trouvée est celle-ci:
«C'est curieux pareil, je suis tombé en amour avec ce pays à la minute où j'y ai mis les pieds, il y a 15 ans. Allez savoir pourquoi. C'est laid effrayant. On y mange plutôt mal. Pas un seul kilomètre de route où j'aurais envie de pédaler.

Faut croire que c'est les gens. Comme si, tout le reste aboli, on entendait leur coeur battre plus fort qu'ailleurs. Hassan, Ziad, Nubras, Nehad, Khalid, Mustapha, Ali, Bakir, Saj Ad, Aïcha, Fatima, Kuthar, Raghib, je vous aime.»
Connaissant la gentillesse, l'entregent, la candeur, l'ouverture et même la bonhomie du chroniqueur tels que reflétés par l'ensemble de son oeuvre, je me suis étonné de cette déclaration d'amour. Oui, il n'y a pas d'autre mot pour décrire cette conclusion: «déclaration d'amour».

Et puis là, je me suis dit: «C'est comme ça quand on vieillit, on devient un peu plus con, un peu plus bête». On ne réalise plus que Ziad, Nubras, Nehad et Mustapha sont gentils avec nous parce qu'on a les poches pleines du fric de La Presse; parce qu'avec nous, ils vont gagner de quoi faire vivre leurs familles pour les prochains 6 mois. C'est correct pour eux d'être gentils avec le journaliste blanc occidental venu fouiller dans leurs bobettes. Mais c'est passablement idiot pour l'occidental de tomber en amour avec des intermédiaires qui ne font cela que pour gagner leur vie. Enfin, la conclusion de la série d'articles est passablement méprisante pour ce pays «laid» où on mange mal, et qui n'a même pas de piste cyclable comparable à celles que nous offre la civilisation occidentale. Après tout, qui l'a dévasté ce pays-là ?

J'aimerais aimer le monde tout le temps, mais ce n'est pas possible.



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