mercredi 28 janvier 2009

Gran Torino 2009


Attention: ce billet dévoile le dénouement du film pour mieux en discuter la signification.

Je suis allé voir Gran Torino, de Clint Eastwood. Nous allions voir, mon fils et moi, Dirty Harry frapper dans le tas et massacrer des gangs de rue. Enfin, c'est le genre d'action que la bande-annonce du film promettait. Il faut dire que mon fils de 23 ans, amateur de films d'action comme moi, est plutôt de la génération «Schwarzenegger». Il ne s'est jamais vraiment intéressé aux films d'Eastwood. Je l'ai traîné au cinéma et il est venu pour me faire plaisir.

À la sortie, nous étions tous les deux surpris. Nous avions savouré chacune des 116 minutes que dure le film et pourtant, il n'y avait presque pas eu d'action, seulement du «parlage». Nous n'avions pas vu passer le temps, et malgré la mort de ce vieux chnoque sympathique de Kowalski, nous avons quitté la salle le sourire aux lèvres. Voir Thao, le jeune Hmong, partir avec la Gran Torino 1972 a fait mon bonheur. En latin, «it made my day».

Marc Cassivi, critique au journal La Presse, déclare que Gran Torino est un film raté. C'est le même critique qui manque de superlatifs pour porter aux nues La graine et le mulet, que j'ai franchement détesté. Bon, je ne veux pas faire grief à M. Cassivi de ne pas aimer les mêmes films que moi. Je ne fais simplement pas partie de son public cible. Mais ses chroniques auront tout de même une utilité pour moi: s'il a aimé, je détesterai.

Gran Torino 2009. Pourquoi 2009 ? Parce que le fim aborde avec une vision de 2009 des problématiques de 2009.

°°° Les gangs de rue: des jeunes effrayés, mal intégrés à leur milieu social, qui se regroupent en pensant qu'ils auront moins peur s'ils font peur. Authentiquement dangereux pour eux-mêmes et pour les autres.

°°° Les jeunes garçons sans modèle paternel: Kowalski sert de modèle paternel à Thao. Il lui enseigne ses 4 principes: dans la vie, ça prend une job, ça prend un char, ça prend une blonde et il faut sacrer comme un homme ! Les modèles paternels sont en effet très utiles, ne serait-ce que pour les rejeter...

°°° Les songeries de la vieillesse: ces fantômes, ces souvenirs qui hantent la mémoire, et qui reviennent sans cesse. Kowalski pense à ceux qu'il a tués pendant la guerre de Corée. Mais il n'est pas besoin d'avoir tué pour être assailli de songeries. Il suffit d'être socialement plutôt inactif, comme le deviennent peu à peu les retraités. Il n'y a plus le tourbillon de la vie pour étourdir et faire oublier.

°°° La dégradation urbaine: compagne du déclin industriel de l'Amérique. On en a une vision saisissante dans ce film tourné dans une banlieue déshéritée de Détroit.

°°° La formation de ghettos ethniques: là encore, les Hmongs immigrés aux États-Unis se regroupent pour avoir moins peur, pour s'entraider.

°°° L'euthanasie: le refus de mourir lentement dans la déchéance physique, torturé par un corps médical qui veut notre bien et qui l'aura. Des critiques ont parlé de rédemption quand Kowalski s'en va se faire tuer par les petits voyous, de façon à ce que ces derniers soient emprisonnés pour meurtre. La réalité, c'est qu'il est atteint d'un mal incurable et qu'il a décidé d'en finir. En provoquant les voyous, il fait d'une pierre trois coups: il évite l'acharnement thérapeutique, il conduit les voyous en prison et il aide les deux voisins Hmong qu'il avait appris à aimer. Notons qu'après Million Dollar Baby, c'est le deuxième film où Eastwood traite, à sa manière, d'euthanasie.

Le tout dans un film vivant qui nous raconte une histoire fluide, vraisemblable, pleine de retournements. Un vrai «feel good movie», malgré le caractère sombre de certains thèmes abordés. Que demander de mieux ?

J'allais presqu'oublier. Un seul élément du film est invraisemblable. Kowalski boit souvent de la bière et c'est presque son unique passe-temps: il est donc physiologiquement et médicalement impossible qu'il n'ait pas de bedaine de bière.

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photo: Gran Torino 1972, par Wikimedia Commons.

lundi 26 janvier 2009

Un système de santé pourri

Il faut le voir pour le croire. Et on peut le voir ici.

Dans une récente émission Panorama, la BBC a présenté un documentaire intitulé «What now, Mr President ?». On y explique comment le lobby de la «santé», lequel finance les campagnes électorales de 533 des 535 membres du Congrès, se prépare à contrer les efforts d'Obama qui a promis d'assurer tous les Américains.

Le documentaire commence par un reportage dans une communauté rurale du Kentucky où des patients ont parcouru jusqu'à 200 milles pour se mettre en ligne à 4 heures du matin afin de rencontrer un médecin...

Le dit médecin est fourni par l'organisme Remote Access Medical qui a été fondé par Stan Brock afin de rendre disponible les services de médecins aux populations d'Amérique centrale et d'Amazonie.

Aujourd'hui, 60 % du temps de Remote Access Medical est consacré à la population déshéritée des États-Unis d'Amérique.

mercredi 21 janvier 2009

La vision d'Obama


Je parlais l'autre jour de la faiblesse des leaders israéliens et palestiniens «qui surfent sur la peur et la haine pour se maintenir au pouvoir». George W. Bush n'a pas fait autrement en ameutant la coalition de créationnistes, de «Jesus freaks» et de «rednecks crypto-racistes» qu'est malheureusement devenu le Parti républicain.

C'est exact, j'ai exprimé des doutes sur les intentions de Barack Obama en observant la liste de ses nominations: Clinton, Gates, Emanuel et Geithner, le soi-disant chouchou de Wall Street, ce qui n'a pas empêché le Dow Jones de tomber de 332 points hier. Mais je ne vais certainement pas bouder mon plaisir de voir qu'Obama fait appel à l'ouverture d'esprit, à l'espoir, tout en ne niant pas l'ampleur de la tâche qui attend les élus et les citoyens. On pense aux paroles de Churchill quand il a pris le pouvoir en 1940:
...I have nothing to offer but blood, toil, tears, and sweat. We have before us an ordeal of the most grievous kind. We have before us many, many months of struggle and suffering.
Au minimum, Obama a fait un discours clairvoyant et courageux. Il est issu du peuple américain. Et le peuple américain l'a reconnu pour son leader. Heureux peuple. Je souhaite aux Américains tout le bien qu'ils peuvent faire pour eux-mêmes et pour le reste du monde. Nous, au Québec, quand un leader se lève en faisant appel à ce qu'il y a de meilleur en nous, nous lui tirons dans le dos et nous le jetons aux poubelles non-recyclabes de l'Histoire. Nous savons maintenant, nous les Québécois, que les grands leaders sont une denrée rare. Puissent les Américains retenir notre leçon (!) et prendre soin d'Obama. Dans ce cas, ils iront loin, et le reste de la planète aussi.

Tout le monde a mis en exergue les meilleurs extraits du discours d'investiture d'Obama, lequel a, dit-on, été écrit de sa propre main. Je ne vois pas pourquoi je ne mettrais pas mes choix d'extraits, car je les ai vraiment savourés:

°°° Nous réaffirmons la grandeur de notre nation en sachant que la grandeur n'est pas donnée. Elle est méritée.

°°° La question que l'on doit poser aujourd'hui, ce n'est pas est-ce que notre gouvernement est trop grand ou trop petit, mais plutôt s'il fonctionne, s'il aide les familles à dénicher un emploi avec un salaire raisonnable, des soins abordables, une retraite digne.

°°° Ce n'est pas à nous de décider si le marché est une force bénéfique ou maléfique. Son pouvoir de générer le bien-être et d'élargir la liberté est sans pareil, mais cette crise nous a
rappelé que sans un oeil vigilant, le marché peut perdre le contrôle.

°°° En matière de défense nationale, nous estimons qu'il est faux de choisir entre notre sécurité et nos idéaux. Nos pères fondateurs, aux prises avec des périls que nous ne pourrions guère imaginer, ont rédigé une constitution visant à assurer la primauté du droit et des droits de la personne, charte qui a été élargie grâce au sang versé au cours des générations.
Ces idéaux illuminent toujours le monde, et nous n'allons pas les laisser tomber juste pour des raisons d'opportunisme politique.

°°° À ces leaders du monde qui veulent propager le conflit ou blâmer l'Ouest pour leurs difficultés, sachez que vous serez jugés non pas sur ce que vous détruisez, mais sur ce que vous construisez. À ceux qui s'agrippent au pouvoir par la corruption, la déception et l'élimination de toute voix dissidente, sachez que vous êtes du mauvais côté de l'Histoire, mais que nous allons vous tendre la main si vous êtes prêts à desserrer votre poing et à accepter notre main tendue...

°°° ...notre pouvoir seul ne peut nous protéger et ne nous permet pas de faire ce qui nous plaît. (...) notre puissance s'accroît en fonction de son utilisation prudente. Notre sécurité vient de la justesse de notre cause, de la force de notre exemple, et de nos qualités d'humilité et de retenue...
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photo: Barack Obama, par christhedunn.


lundi 19 janvier 2009

Une galaxie de stars pour Obama

Les stars pour Obama

Poème pour Obama


Ceux qui dussent parler sont muts :
Les loyaux sont pour sots tenus ;
Je n’en vois nuls
Qui de bonté tiennent plus compte,
Vertus vont jus, péchés haut montent
Ce vous est honte.
Seigneurs grands, moyens et menus.

Flatteurs sont grands gens devenus
Et à hauts états parvenus,
Entretenus.
Tant qu’il n’est rien qui les surmontent.
Ceux qui dussent parler sont muts.

Nous naquîmes pauvres et nus.
Les biens nous sont de Dieu venus,
Nos cas connus.
Lui sont pour vrai, je vous le conte ;
Pape, empereur, roi, duc ou comte
Tout se mécompte
Quand les bons ne sont soutenus,
Ceux qui dussent parler sont muts.


Jean Meschinot (1420 - 1491)
(Version du site «Florilège»
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photo: Obama Postcard, par Mr. Wright.

vendredi 16 janvier 2009

Le début de l'ère Obama

Sous Obama, les avions ne frappent pas les édifices. Et quand les avions tombent dans l'eau, ils flottent. Et les gens ne meurent pas.

C'est un signe des temps à venir.

(Merci à ma conjointe pour l'idée)

jeudi 15 janvier 2009

Ça va barder!... peut-être


Eric Holder est le candidat d'Obama au poste de ministre de la justice (Attorney General). Le titulaire de ce poste doit être approuvé par le Sénat et Holder comparaît présentement devant la Commission judiciaire présidée par Patrick Leahy.

Très tôt dans les audiences, on lui a demandé si la simulation de noyade (waterboarding) est de la torture:

If you look at the history of the use of that technique used by the Khmer Rouge, used in the inquisition, used by the Japanese and prosecuted by us as war crimes, we prosecuted our own soldiers in Vietnam, I agree with you, Mr. Chairman, waterboarding is torture.
Et vlan!

Puis on lui demande si le président des États-Unis, en sa qualité de commandant en chef, peut passer outre aux lois qui interdisent le recours à la torture:

No one is above the law [...] The president has a constitutional obligation to faithfully executive the laws of the United States. There are obligations that we have as a result of treaties we have signed and obligations to the Constitution.
Et revlan!

La troisième question n'a pas encore été posée, mais elle devrait l'être sous peu: «Si Eric Holder pense que la simulation de noyade est de la torture et si l'administration Bush admet avoir utilisé cette pratique, croit-il qu'il doit comme ministre de la justice enquêter et éventuellement poursuivre des membres de l'administration Bush pour avoir posé des gestes illégaux ?»

Bien sûr, comme les débateurs de 110% le disent souvent, poser la question c'est y répondre. Mais en matières juridiques, rien n'est jamais certain. La juge Sophie Bourque vient de nous le rappeler. Eric Holder peut se mettre à patiner sur cette question de façon à éviter un vote négatif des sénateurs républicains.

Mais comme les Démocrates sont très majoritaires au Sénat, Holder peut menacer de poursuivre des responsables dans l'administration Bush. Cependant, il peut par la suite ne rien faire de très concret une fois en poste. Comme on sait, la Justice porte une balance dans la main gauche, un glaive dans la main droite et...un bandeau sur les yeux. Et si en plus la Liberté la fait taire par un baiser passionné, alors on ne peut plus jurer de rien.

Ouais, ça va barder!... peut-être.
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photo: Eric Holder, par Expose Obama.

mercredi 14 janvier 2009

Objet culturel ambigu


Je suis tombé par hasard sur cette image en surfant sur le site Bellaciao. On n'en cite pas l'auteur. Cette représentation de la statue de la liberté donnant un baiser à la statue de la justice illustrait un éditorial critiquant la réforme judiciaire en France. Rachida Dati, celle-là même à qui on a reproché d'aller à un conseil des ministres 5 jours après une césarienne, a reçu le mandat de Sarkozy d'éliminer la fonction de juge d'instruction.

Je ne me prononce pas sur le fond de la question, car je ne connais pas assez le système judiciaire français. Mais je m'interroge sur la signification de cette image de la Liberté embrassant la Justice. Cela retient l'oeil, mais on peut l'interpréter dans tous les sens possibles selon l'humeur du jour.

Est-ce la Liberté débridée qui débauche la Justice ? Est-ce la Justice qui s'humanise au contact de la Liberté ? Est-ce que l'Amérique pervertit la Justice partout où elle intervient ? Est-ce que l'Amérique est la compagne de la Justice ? Chaud, froid, positif, négatif, plus, moins, plus ou moins ? Voilà bien un des objets culturels les plus frappants et les plus ambigus que j'aie vus.

lundi 12 janvier 2009

Le ghetto de Varsovie

Le ghetto de Varsovie fut le plus important ghetto juif de la Seconde Guerre mondiale. Situé au centre de Varsovie, il fut créé en 1940 et pratiquement détruit en mai 1943 après l'insurrection de ses occupants contre les nazis.

En septembre 1939, l'armée allemande attaque puis occupe la Pologne. Dès octobre, les premiers ghettos sont créés pour y rassembler les Juifs. Celui de Varsovie a rassemblé jusqu'à 380 000 personnes (en 1939, il y avait 1.300.000 habitants à Varsovie dont 380 000 Juifs). La ville est prise par l'armée allemande dès le début de la guerre le 30 septembre 1939. Hitler lui-même vient parader dans Varsovie le 5 octobre 1939. Dès l'hiver 1939-1940, les nazis commencent à persécuter les Juifs : obligation de porter un brassard avec l'étoile de David, identification des magasins juifs sur leurs vitrines, obligation de rendre les radios, interdiction de voyager en train (novembre 1939).

Bientôt, on rassemble les Juifs de Pologne dans des quartiers fermés: les ghettos. Il y a d'abord un ghetto à Lublin et un à Łódź. Le ghetto de Varsovie est créé le 12 octobre 1940 (jour de la fête juive de Yom Kippour). Puis il y a aussi le ghetto de Cracovie, le ghetto de Częstochowa, le ghetto de Kielce, et le ghetto de Lwów. Ces ghettos ne sont en fait que l'antichambre des camps de la mort.

Le ghetto est formé par le centre de la ville de Varsovie. Le ghetto est initialement composé de deux parties, le grand ghetto relié au petit ghetto par un pont en bois. Il est entouré sur 18 kilomètres de murs de plusieurs mètres de haut avec du fil barbelé.

La gestion du ghetto est déléguée au « conseil juif » (Judenrat) par les occupants. Ces mêmes occupants emploient la main-d'œuvre du ghetto pour les besoins de l'armée et implantent de nombreux ateliers et usines dans le quartier juif. La Jüdisher Ordnungsdienst, ou police juive est chargée de maintenir l'ordre.

Les conditions de vie dans ce ghetto étaient inhumaines. D'abord, il est trop petit pour accueillir tous les Juifs de Varsovie et des villages environnants. Beaucoup ont tout perdu (leurs familles et/ou leurs biens) en arrivant dans ce quartier fermé. Et puis, il est mal, ou presque pas approvisionné en nourriture et combustible. Dès l'hiver 1940-1941, la faim et le froid se font ressentir. Nombreux sont alors ceux qui organisent de petits trafics avec l'extérieur. Certains de ces trafiquants y laisseront parfois leur vie en essayant d'apporter de la nourriture dans le ghetto.

Mais malgré cela, la mort est courante. Il n'est pas rare de retrouver des cadavres en pleine rue. Une charrette passe alors ramasser les corps, qui sont comptés puis enterrés dans une fosse commune.

En été 1942 commence le "repeuplement vers l'est", qui n'est en fait que la déportation vers le camp de Treblinka, qui n'est situé qu'à quelque 80 kilomètres de Varsovie.
La première vague de déportations vers les camps de la mort ramène la population du ghetto à 70 000 habitants. Les rafles se font de jour comme de nuit, aussi bien dans les habitations que dans les usines, où il est plus facile d'arrêter les Juifs. Ceux-ci sont ensuite conduits vers la Umschlagplatz.

Le soulèvement a commencé le 19 avril 1943, déclenché par 400 insurgés de ŻZW (Union Militaire Juive) conduits par Dawid Moryc Apfelbaum et Paweł Frenkel et environ 40 combattants de la ŻOB (Organisation juive de combat) sous les ordres de Mordechaj Anielewicz. Durant les combats environ 7 000 résidents du ghetto ont été tués, 6 000 ont été brûlés vifs ou gazés durant la destruction totale du quartier, les Allemands déportèrent les survivants dans le camp d'extermination de Treblinka et les camps de travail de Poniatowa, de Trawniki et de Majdanek.

L'impact psychologique de l'insurrection du ghetto de Varsovie a été très importante. La résistance a été plus forte que prévue par les Allemands, même si l'issue était certaine vu le déséquilibre des forces - My nie chcemy ratować życia. Żaden z nas żywy z tego nie wyjdzie. My chcemy ratować ludzką godność (Nous ne voulons pas sauver notre vie. Personne ne sortira vivant d'ici. Nous voulons sauver la dignité humaine) - Arie Wilner (pseudo Jurek) soldat de la ŻOB.
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Le texte ci-haut est un copier-coller de l'article de Wikipédia sur le ghetto de Varsovie. Je le reproduis car il est bon de se rappeler l'histoire pour juger des événements actuels avec perspective. J'ai bien aimé l'article quand Wilner affirme: «My nie chcemy ratować życia. Żaden z nas żywy z tego nie wyjdzie. My chcemy ratować ludzką godność.»

La photo est extraite du rapport de mai 1943 de Jürgen Stroop à Heinrich Himmler. Légende originale en Allemand: "Forcés hors de leurs trous".

samedi 3 janvier 2009

Les mâchoires du piège


Je parlais ici «des populations palestiniennes et israéliennes qui sont prises dans les deux mâchoires de ce piège infernal constitué par les élites politiques palestiniennes et israéliennes.» Développons.

Les élections législatives israéliennes anticipées se tiendront le 10 février prochain. Elles sont anticipées parce que Ehud Olmert a démissionné de Kadima, le parti qui mène la coalition au pouvoir, et que son successeur, Tzipi Livni, n'a pu constituer une nouvelle coalition. Les deux autres principaux partis en lice sont le Likoud avec Benjamin Netanyahu et le Parti travailliste avec Ehud Barak. Il y a 120 sièges à la Knesset. Il faut recueillir 61 sièges pour former le gouvernement. Les premiers sondages donnaient environ 30 sièges au Likoud, 30 à Kadima et 10 au Parti travailliste. Les 50 autres sièges, cadeau d'un système électoral proportionnel, appartiennent à une flopée de partis religieux, ultra-orthodoxes, etc., qui font valser les principaux partis au gré de leurs lubies.

On a demandé dans un sondage, fin octobre: «Who in your opinion is more able to deal with Israel's security problems, particularly the Iranian nuclear threat?" Netanyahu got 33 percent of the vote, Barak 26 percent and Livni only 14 percent.» Depuis c'est la surenchère. Quand Livni veut envoyer les avions, Barak veut ajouter les hélicoptères et Netanyahu demande pourquoi on n'envoie pas les chars d'assaut, ce qui d'ailleurs vient d'être fait.

Je ne connais pas la loi électorale israélienne, mais au Canada, on exigerait que les dépenses militaires consacrées à l'assaut contre Gaza soient comptabilisées comme dépenses électorales. Voilà pour la première mâchoire du piège infernal qui enferme le peuple israélien dans une logique de guerre où les compromis ne sont pas possibles.

Quand à la deuxième mâchoire, celle qui enferme le peuple palestinien de Gaza dans une logique jusqu'auboutiste où il n'a d'autre choix que celui d'être une victime, elle est constituée par les élites politiques du Hamas. Un correspondant m'écrivait récemment: «Les dirigeants du Hamas ne veulent pas la paix. Ils veulent seulement créer un climat de terreur dans la région pour mieux établir leur dictature sanglante sur le peuple palestinien de Gaza.» Gwynne Dyer, le célèbre journaliste, trouvait d'autres mots pour dire la même chose: «Les chefs du Hamas sont tout aussi cyniques, puisqu'ils savent que chaque fois qu'un civil trouve la mort, et même chaque fois qu'un militant est tué par les forces israéliennes, leur organisation gagne un peu plus de soutien populaire. Ceux qui meurent sont de simples pions sur un échiquier politique.»

Les dirigeants israéliens ont un intérêt électoral à court terme à frapper sur les Palestiniens de Gaza. Les dirigeants du Hamas gagnent leur soutien populaire en offrant en victimes les Gazaouis, sans possibilité de les protéger. Les deux mâchoires du piège se referment sur les populations israéliennes et palestiniennes. Et je le dis en sachant très bien que les souffrances des Gazaouis sont sans commune mesure avec celles de Israéliens.

Les gens de la région ne pourront s'en sortir que quand ils auront trouvé en leur sein des leaders suffisamment forts pour imposer à chacune des parties les compromis nécessaires à la coexistence de groupes aux intérêts opposés. Tant qu'ils n'auront que des dirigeants qui surfent sur la peur et la haine pour se maintenir au pouvoir, le conflit est sans issue.
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photo: Bear-trap, par FreeClipArtNow.com.

vendredi 2 janvier 2009

Gaza, vu de Gaza

Il est facile, vu d'ici, de rationaliser les problèmes du Moyen-Orient, de raconter les visites des diplomates, de répéter les demi-vérités des porte-parole autorisés, etc. Les médias de masse se doivent d'exercer des choix dans les nouvelles qu'ils rapportent, ne serait-ce que pour éviter que leurs auditeurs ou leurs lecteurs ne vomissent le dernier repas sur la table du salon. Finalement, les problèmes de Gaza finissent par ressembler à un ballet abstrait de concepts, de déclarations de principe et de conjectures sur la conjoncture internationale.

C'est là où les bloggers peuvent complémenter le travail des grands médias. Le site GlobalVoices nous offre des billets de bloggers en provenance de partout dans le monde. Et entre autres, ce billet écrit par Ayesha Saldanha et traduit par Claire Ulrich qui nous fait une revue de blogues en provenance de Gaza:

Laila El-Haddad, qui publie le blog en anglais Raising Yousuf and Noor, donne les dernières nouvelles transmises par ses parents depuis Gaza:
“C'est le black-out total à Gaza maintenant. Les rues sont vides et mortes.”
Je parle à mon père, Moussa El-Haddad, un médecin retraité qui vit Gaza City, via la messagerie instantanée Skype, depuis Durham, en Caroline du nord aux Etats-Unis. J'y vis depuis la mi-2006, le mois où les postes frontières de Gaza ont été hermétiquement fermés par Israël et où le blocus a été renforcé. […] J'entends des explosions en fond sonore. La voix de mes parents sonne lointaine et morne sur le haut-parleur de mon ordinateur, mais reste suspendue comme un écho dans la vallée de la mort. Ils évoquent les souvenirs terrifiants de mes nuits à Gaza il y a seulement deux ans. Des nuits qui, aujourd'hui encore, tourmentent mon fils de 4 ans. Il refuse de dormir seul.
“Tu les entends ? La maison tremble. Tout tremble, nous, et les alentours”.

Philip Rizk, un Egyptien-allemand qui blogue sur Tabula Gaza, a publié la conversation qu'il a eu via Skype avec un ami à Gaza:
Il n'y a plus rien dans le pays. Nous avons assez de farine pour quatre ou cinq jours.. d'autres n'en ont plus. Tu peux attendre 8 ou 9 heures pour acheter un sac de pain à la boulangerie….quand elles ouvrent.

Il n'y a plus rien à Gaza, seulement la mort, c'est tout ce qui reste, à tout moment tu attends ta mort, ils ont commencé à appeler les gens, s'ils ciblent vos voisins, une voiture qui passe à côté de vous, vous êtes fini, c'est une guerre. La dernière fois que je suis sorti de la maison, c'était mercredi dernier.
[…] J'entends des bombardements. La moitié du quartier est occupé à des funérailles
[…] La mort touchera tout le monde, tu ne trouveras pas une maison où la mort ne soit pas entrée à Gaza. Jusque-là ils n'ont pas tué les dirigeants du Hamas ou des militaires.

Peut-être que c'est la dernière fois qu'on parle, il se peut que tu nous trouves morts la prochaine fois, l'électricité va sans doute être coupée dans cinq minutes.

Eva Bartlett, une activiste canadienne, sur In Gaza:

Sur le terrain ici, et d'après ce que nous apprenons des témoins de première main, je ne crois pas qu'Israël “cible des positions du Hamas”. […] Laissez-moi vous donner quelques témoignages personnels de bombardement à grande échelle, de bombardement aveugle et du ciblage de civils : 8 homme, le père (âge : 55 ans), 6 de ses fils (âges : de 15 ans à la vingtaine d'années), et un ami (15 ans) ont été ciblés par un missile via un drone israélien hier à 17 h, alors qu'ils apportaient des métaux de récupération à un atelier de ferronerie. Cette attaque est survenue une heure après qu'un F-16 israélien a ciblé l'atelier mais a frappé la maison à côté. L'atelier ciblé aurait stocké des roquettes (il y avait des bombonnes d'oxygène pour le travail sur les métaux). Les huit morts ont été déchiquetés par le missile.


Hier aussi, trois ados ramassaient du bois pour faire la cuisine, il n'y a plus de bouteilles de butane car à cause du blocus d'Israël, les bouteilles de gaz pour la cuisine font partie des nombreux produits interdits, qui comprennent aussi les médicaments, les pièces de rechange pour les équipements médicaux, le ciment pour les constructions, et une très longue liste que je n'ai pas le temps de reproduire en ce moment mais qui est très bien répertoriée par l'ONU et autres sources “objectives”.


Vittorio Arrigoni est un activiste italien, lui aussi à Gaza en ce moment, qui blogue en italien sur Guerrilla Radio:
Il semble que faute de trouver des cibles plus “sensibles”, l'aviation et la marine se divertissent à cibler des lieux saints, des écoles et des hôpitaux.

Ici, c'est le 11 septembre toutes les heures, à chaque minute, partout, et demain est toujours un nouveau jour de deuil, toujours le même. Les hélicoptères et les avions volent sans répit : quand vous voyez l'éclair, vous êtes déjà fichu, il est trop tard pour se mettre à l'abri. Il n'existe pas de bunkers, nulle part sur la bande, aucun lieu n'est sûr.

Je ne réussis plus à joindre mes amis à Rafah, même pas ceux qui vivent au nord de Gaza City, j'espère que c'est à cause de l'encombrement du réseau. Je l'espère. Cela fait 60 heures que je n'ai pas fermé l'oeil, pas plus que tous les Gazaoui.

(...)Des dizaines de personnes sont portées disparues, dans les hôpitaux, il y a des femmes désespérées qui cherche leur mari, leurs enfants, depuis deux jours, et souvent en vain. La morgue est un spectacle macabre. Une infirmière m'a dit qu'après des heures de recherches dans les morceaux de corps épars dans la morgue, une femme palestinienne a reconnu son mari à une main amputée. C'est tout ce qui restait de son mari, elle portait toujours son alliance, gage de l'amour éternel qu'ils s'étaient jurés.

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photo: publiée par Vittorio Arrigoni.

jeudi 1 janvier 2009

Bonne année 2009 !


Bonne et heureuse année à ceux qui surfent sur ce blogue.

Je vous souhaite le bonheur, mais plus encore, la conscience du bonheur. Car, comme le sage l'a dit, «il ne suffit pas d'être heureux, encore faut-il savoir qu'on l'est.»
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photo: Bain de soleil, par Denis Collette...!!!.