jeudi 10 décembre 2009

Salade de saison XXXI

Les rouges et les écolos

En général, je déteste aimer ce qu'écrit Pierre Foglia. C'est ma façon de bouder les snobs. C'est ma forme de snobisme, en mode mineur. Mais aujourd'hui, je dois avouer qu'il frappe dans le mille, et sur un point que bien peu de gens ont souligné jusqu'ici:
Le mur de Berlin est tombé et, une semaine après, ils s'étaient déjà tous recyclés dans l'environnement. Qui? Les communistes, les socialistes, les gauchistes. Je les connais, ces gens-là, et je vous le dis : ils n'ont rien à foutre du réchauffement de la planète. Ce qu'ils veulent, c'est la destruction du capitalisme, de l'économie de marché, du FMI, de la croissance.(...)

Alors? Fuck l'écologie et passons à autre chose? Tss, tss. Sur le fond, l'écologie, c'est bien correct. Soyons seulement vigilants. Fixons-nous un objectif clair : faire entrer l'écologie dans le capitalisme sans l'encombrer, sans le remettre en question. Sans le ralentir.
En d'autres mots, si tu milites contre les sables bitumineux, tu es un rouge, un communiste. Si tu mets ta boite de soupe aux pois dans le bac bleu après en avoir retiré l'étiquette, tu es un écolo. Beaucoup de militants écologistes ne veulent pas remettre en question l'ordre fondamental des choses qui nous conduit au désastre. Et il y a un fort courant, au niveau des gouvernements et des milieux d'affaires, pour détruire la crédibilté des environnementalistes qui menacent leurs intérêts.


La gauche d'Obama

Je suis un pessimiste, les lecteurs réguliers de ce blogue le savent. C'est une position confortable. Cela m'assure d'avoir toujours raison..., à plus ou moins long terme. Mais j'ai lu hier un texte de Joe Bageant, vétéran du Vietnam, hippie, marxiste et journaliste, qui fait montre d'un magnifique pessimisme, avec un panache et un souffle lyrique que je n'ai jamais égalé.

Joe exprime sa déception devant les décisions d'Obama dans sa première année au pouvoir. Tout y passe:

As you may know, Obama's public approval ratings are taking a beating. Millions of his former cult members have awakened with a splitting hangover to find their pockets turned inside out and eviction notices on the doors of their 4,000 square foot subprime mortgaged cardboard fuck boxes. (Vous le savez peut-être, les taux de satisfaction à l'endroit d'Obama ont plongé. Des millions de membres de son ancien club d'admirateurs se sont réveillés avec un mal de tête carabiné pour trouver leurs poches vides et des avis d'éviction sur les portes de leurs maudites cabanes de 4 000 pieds carrés hypothéquées avec des «subprimes».) (Ma traduction)
Joe aborde plusieurs thèmes: Obama poursuit les politiques de Bush. Guantanamo va fermer, mais seulement pour être déplacé en sol américain. L'envoi de nouvelles troupes en Afghanistan, le sauvetage de Wall Street, le taux de chômage à 10% (qui serait à 20% si tant de chômeurs n'avaient pas cessé de chercher un emploi), les trois millions et demi d'Américains qui vivent dans des tentes et le million de leurs enfants qui se débarbouillent comme ils peuvent pour avoir l'air présentables quand ils arrivent à l'école, la réforme du système de santé qui s'en va en eau de boudin, etc.

J'ai l'impression que pour l'instant, Obama fait trop de concessions aux Républicains. Ces derniers ne lui reverront jamais l'ascenseur et les Démocrates déçus risquent de le laisser tomber en 2012.


Louise Mailloux éclaire

Un autre très bel article a éclairé ma semaine. Faut-il brûler Lévi-Strauss de Louise Mailloux m'a révélé le vrai sens des formules magiques que l'on voit un peu partout: «structuralisme», «relativisme», «droit à la différence» et «multiculturalisme». De plus, oh miracle, c'est rédigé dans une langue fluide, simple et claire:
Contrairement à ses prédécesseurs, Lévi-Strauss refusera de diviser le monde en deux avec d’un côté, l’Occident civilisé enfin débarrassé de ses plumes et persuadé de sa supériorité, et de l’autre, les lointains sauvages aux pieds nus encore empêtrés dans l’enfance de l’humanité.

C’est en rompant avec cette perspective ethnocentrique que Lévi-Strauss décolonisera l’anthropologie, considérant chaque culture comme une richesse et une singularité à préserver, refusant à chacune le monopole de l’universalité et relativisant par le fait même la culture occidentale à n’être qu’une culture parmi d’autres(...)

Pour les structuralistes, la seule religion qui est permise est celle de la différence. Fini la hiérarchie entre les peuples et les cultures, fini aussi l’histoire qui progresse, comme les Lumières et le marxisme nous l’ont promise, et débouche sur La Civilisation et le savon.

Il n’y a plus nulle part de vérités qui tiennent mais rien que des valeurs observables que nous devons respecter parce que nous ne disposons plus d’aucun critère qui nous permettrait de trancher. Et que ce serait faire preuve d’une bien grande violence à l’égard de l’autre que de vouloir porter un jugement de valeur sur sa culture.
Mais Louise Mailloux se rebiffe:
Devrions-nous renoncer à la portée universelle des Droits de l’Homme sous prétexte qu’ils sont issus de la culture occidentale et qu’ils contredisent les enseignements du Coran ? L’égalité des sexes ne serait-elle donc valable que pour les femmes occidentales ?

Devrait-on accepter le sexisme sous prétexte qu’il se drape subtilement dans une identité culturelle non occidentale ? Lévi-Strauss nous a fait perdre pied mais est-ce une raison pour perdre la tête ?
Pour ma part, je ne crois pas qu'il existe des valeurs universelles, et surtout pas des valeurs qui vaillent la peine qu'on les impose militairement à d'autres pays. Simplement, il existe des valeurs dans un environnement donné et il est légitime que ceux qui s'en inspirent veuillent les conserver. En conséquence de quoi, les hommes et les femmes sont égaux au Québec et il ne sert à rien d'aller prêcher l'égalité des sexes dans de lointaines tribus afghanes ou papoues. Pour fins d'études anthropologiques, toutes les cultures se valent. Mais pour vivre agréablement dans un cadre social donné, il n'y a rien comme ses bonnes vieilles valeurs.

Aucun commentaire: