lundi 19 janvier 2009

Poème pour Obama


Ceux qui dussent parler sont muts :
Les loyaux sont pour sots tenus ;
Je n’en vois nuls
Qui de bonté tiennent plus compte,
Vertus vont jus, péchés haut montent
Ce vous est honte.
Seigneurs grands, moyens et menus.

Flatteurs sont grands gens devenus
Et à hauts états parvenus,
Entretenus.
Tant qu’il n’est rien qui les surmontent.
Ceux qui dussent parler sont muts.

Nous naquîmes pauvres et nus.
Les biens nous sont de Dieu venus,
Nos cas connus.
Lui sont pour vrai, je vous le conte ;
Pape, empereur, roi, duc ou comte
Tout se mécompte
Quand les bons ne sont soutenus,
Ceux qui dussent parler sont muts.


Jean Meschinot (1420 - 1491)
(Version du site «Florilège»
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photo: Obama Postcard, par Mr. Wright.

2 commentaires:

Tinky a dit...

Comme quoi, la littérature est toujours d'actualité...
Voici un autre morceau de bravoure, écrit par Victor Hugo, dans lequel le génial écrivain pourfend Napoléon III, dit "Le Petit", mot pour mot, cela cadre à merveille avec certain matamore perché au sommet d'un état qui s'en passerait bien, si vous voyez ce que je veux dire... Voilà la chose, dont vous pourrez rire sans vergogne, ma foi...
« Que peut-il ? Tout. Qu'a-t-il fait ? Rien. Avec cette pleine puissance,
en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France, de
l'Europe peut-être. Seulement voilà, il a pris la France et n'en sait rien
faire. Dieu sait pourtant que le Président se démène : il fait rage, il
touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ;
il cherche à donner le change sur sa nullité ; c'est le mouvement
perpétuel ; mais, hélas ! Cette roue tourne à vide. L'homme qui, après sa
prise du pouvoir, a épousé une princesse étrangère, est un carriériste
avantageux. Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui
sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui
l'argent, l'agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices,
il faut qu'il les satisfasse. Quand on mesure l'homme et qu'on le trouve
si petit et qu'ensuite on mesure le succès et qu'on le trouve énorme, il
est impossible que l'esprit n'éprouve pas quelque surprise. On y ajoutera
le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la
brave, la nie, l'insulte et la bafoue ! Triste spectacle que celui du
galop, à travers l'absurde, d'un homme médiocre échappé »
Avouez que cela ne manque pas de saveur !!!
D'ailleurs, curieusement, en France, l'esprit de 68 ressuscite par son côté contestataire, en effet, le 29 janvier, ce sera grève GÉNÉRALE et UNIFIÉE métiers et syndicats confondus, du jamais vu depuis quarante et un ans !!!
Il faut dire que, quand le coût de la vie septuple en cinq ans alors que les bas salaires n'ont augmenté que de trois ou quatre pour cent, tandis que les hauts salaires eux, ont bien souvent doublé, ça commence à fâcher... Quand, en plus, inféodés que nous sommes au système monétaire américain et à son incurie, on se retrouve dans une merde noire, il n'y a pas d'autre mot, eh bien, ça lasse et ça fâche... Et là, les Français sont FÂCHES, TRÈS FÂCHES !!!
A part cela, tout va bien, la Terre tourne encore... Pour combien de temps ?
A biientôt, Zylag !
Tinky, qui à l'impression d'être revenue à son enfance. :-)

Zylag a dit...

Merci de cet excellent choix de texte. Vraiment frappant !

«Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui
sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir.» Si le mot bling-bling avait existé à l'époque, Hugo l'aurait utilisé.