C'était le meilleur gars avec qui aller prendre une bière. Ils l'ont élu deux fois.
dimanche 31 août 2008
mercredi 6 août 2008
La graine perdue et le mulet écaillé
Attention: je ne suis pas un critique de cinéma rémunéré. Cela m'autorise à dévoiler la fin du film et à dire des conneries qui ne sont pas «in» ( par opposition à des conneries qui sont «in»). Je ne fais pas cet avertissement pour préserver la surprise du dénouement final, car il n'y a pas de surprise. Je le fais pour signaler à ceux qui ont la ferme intention de voir le film de toutes façons, qu'il leur est préférable de ne pas lire cette chronique._________________________________
Ce film, La graine et le mulet, est une prouesse stupéfiante. Les comédiens sont d'un naturel étonnant. Ils enchaînent leurs répliques à vitesse grand V, comme cela se passe dans les familles, dans la vie. Plusieurs caméras captent leurs conversations, nous montrant celle qui parle, celui qui répond, et un autre à la moue dubitative, et un quatrième qui rigole, le tout dans un ballet frénétique d'images captées en gros plan et choisies judicieusement par les monteurs. La technique est vraiment habile et Marc Cassivi a raison de dire que ce film est «aussi vrai que peut l'être le cinéma».
Sont vrais aussi le monologue de Rym qui veut convaincre sa mère d'aller à la fête et celui de Julia qui se plaint des infidélités de son mari, tous deux aussi vrais que peut l'être le cinéma. Et c'est là un des problèmes que j'ai avec ce film. Ce film ne me raconte pas une histoire, il me montre la vie, telle quelle est. La femme trompée et humiliée fait une performance d'actrice extraordinaire pendant deux minutes. Après, elle est aussi bonne, mais on a compris. À la quatrième minute, elle est aussi bonne, mais on commence à être mal à l'aise. Et à la cinquième minute, on en a carrément assez et on se demande pourquoi elle ne divorce pas.
C'est vrai, la technique est extraordinaire quand Abdellatif Kechiche filme le dîner familial chez la grand-mère. Mais les gros plans sur les langues et les molaires entourées de lèvres huileuses tachetées de graines de couscous ne sont pas vraiment ma tasse de thé. Le niveau de la discussion se situe au niveau de la vraie vie, comme dans nos dîners de famille, et la scène du dîner de famille s'éternise, comme un dîner de famille qui s'éternise dans la vraie vie. C'est, huuum, comment dire, «aussi vrai que peut l'être le cinéma».
D'autres se sont extasiés sur le scénario ni racoleur ni charrié, empreint de modération dans sa critique de la société française, honnête dans sa description des qualités et des défauts des immigrants arabes. Tout cela est vrai. Mais pour moi, il y a grosso modo deux façons de faire du cinéma: montrer une tranche de vie ou raconter une histoire. J'aime le cinéma surtout quand il me raconte une bonne histoire. Je tiens cela des scéances paroissiales où pour 10¢ j'allais voir des films de Zorro sur la rue Ste-Julie dans ma ville natale. Je ne déteste pas non plus qu'on me montre des tranches de vie (des films avec «pas d'histoire», disions-nous) quand le sujet du film est exotique. J'aime bien les documentaires de la BBC présentés à Découvertes, la série Insectia, les documentaires animaliers, les reportages sur des tribus primitives ou sur des Américains bizarres et capotés.
Je ne considère pas que La Graine et le mulet, en décrivant la vie d'une famille d'immigrants arabes dans le sud de la France, traite d'un sujet exotique. Surtout que déjà, je ne suis pas très famille. La trivialité des propos des personnages est d'une platitude éprouvante.
Oui mais il y a une histoire, diront des âmes charitables. Si peu si peu, répliquerai-je. Vers la fin, le morne et taciturne grand-père veut donner un souper sur son bateau pour convaincre les élites locales de la validité de son projet de restaurant. Le fils aîné livre le poisson, la sauce et les légumes mais il oublie le couscous dans la valise de son auto; puis il part baiser une de ses maîtresses. C'est la cata, comme ils disent là-bas. Le morne et taciturne grand-père part à la recherche de son fils, et du couscous. Lors d'un arrêt, des petits voyous lui volent sa mobylette. Le grand-père court après les petits voyous. Il court, il court, puis il tombe raide mort.
Générique. C'est fini. On rentre chez soi.
Comédiens superbes, technique brillante, montage vif, caméra nerveuse. Sujet rebattu, propos insignifiants, scénario décousu, longueurs interminables. Un film pour les experts de la chose.
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photo: Hafsia Herzi (Rym), par Otto Normalverbraucher, Wikimedia Commons.
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