30 avril, 2008

Bloguer est-il un loisir hivernal ?


Mon dernier billet remonte au 24 avril. J'y avais fait un maximum de boucane avec un minimum de recherches, comme tous ceux qui font de l'actualité en fonction de leurs humeurs du jour, assaisonnées d'idées reçues et d'un brin de démagogie. Bref, c'était un très mauvais billet. Je ne renie rien de ce qui a été écrit, mais j'aurais pu nuancer davantage et mieux expliquer avant de plaquer mes conclusions.

Ce délai de 6 jours, entre le 24 et le 30 avril, c'était déjà des vacances sans le dire. Je suis venu près de faire un billet sur les chicanes de bureau: celle impliquant Fabienne Larouche et Chantal Fontaine, celle entre Guy A. (wouf-wouf) Lepage et Radio-Canada au sujet des excuses à Fabienne, celle entre Bruno Fortier et la mystérieuse inconnue envers qui il a posé un geste inconnu, le tout captant l'attention de l'Assemblée nationale et de la classe médiatique parce que M. Fortier fréquente (fréquentait ?) quelqu'un de connu. Puis j'ai laissé tomber: il y a là trop d'humeur et pas assez de substance.

J'ai aussi laissé tomber un projet de blogue sur une remarque judicieuse de la belle Arianna au sujet de la campagne politique américaine: tous les sondages indiquant que l'opinion du peuple américain va contre la guerre en Irak, pour une meilleure couverture du système de santé et pour la protection de l'environnement, il est étrange de constater que les «mainstream» médias et la classe politique américaine défendent encore les valeurs de la droite, les valeurs des 28 % de «purs et durs» qui approuvent George W. Bush. J'y serais allé d'une autre diatribe sur les perversions de la ploutocratie américaine où finalement seuls les intérêts des riches sont pris en compte par la classe dirigeante et ses porte-voix.

Mais j'en ai un peu marre de dénoncer les travers de la démocratie américaine. Dans ces temps-là, je me fais penser à un vieux qui rabâche. Eh oui, on peut être de gauche et rabâcher. Un discours peut-être vrai mais s'avérer inutile et même susciter le rejet s'il est répété ad nauseam d'une façon qui ne convienne pas à la saveur du jour. Il n'est pas vrai que les idées soient éternelles. Elles meurent aussi, comme les enfants, comme les espèces, comme les civilisations. Leur seul atout, à l'opposé des enfants, des espèces et des civilisations, c'est qu'elles peuvent ressusciter.

Il fait beau. Même s'il pleut et s'il vente, on est bien dehors. Les premières feuilles se déploient dans les arbres. Les iris cherchent à percer. Le soleil, l'occasion, l'herbe tendre guident nos pas loin des esclandres. Je me pose même la question: bloguer est-il un loisir hivernal ? Ce que je sais cependant, c'est qu'il s'agit d'un loisir infernal quand le coeur n'y est pas.

À bientôt, dans «pas long».
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photo: sun worshiper, par freckle'sphotos.

24 avril, 2008

À partir maintenant d'aujourd'hui


«À partir maintenant d'aujourd'hui...» Cette expression nous vient de Claude Poirier, Monsieur «Comment se fait-il ?» lui-même. Comment se fait-il que la police bla bla bla... Comment se fait-il que le juge Untel bla bla bla... Comment se fait-il que le ministre de la Justice bla bla bla... Si le Québec ne bénéficiait pas des judicieux avis de cet enquêteur émérite, de ce juriste distingué, de ce politicien chevronné, où irait-il ? Une deuxième question se pose. Après avoir travaillé dans les médias pendant plus de quarante ans, comment se fait-il que Claude Poirier ne sache pas encore comment parler français ?

À partir maintenant du 1er septembre, TQS ne diffusera plus de bulletins de nouvelles et mettra à pied 280 personnes. L'Assemblée nationale est aux abois. Le PQ a le couteau entre les dents et veut rapatrier la juridiction du CRTC. Gilles Duceppe confère avec Jean-Luc Mongrain, le tout en gros plan sur TVA. Les ténors régionaux se sentent encore une fois dépouillés par du monde de «Morial». Un brin d'émotion filtre dans la voix et la plume des journalistes qui traitent de cette nouvelle «objectivement», les mêmes qui nous annoncent avec sérénité la mise à pied de 1 000 personnes par-ci et de 2 000 personnes par-là.

On s'en prend personnellement aux frères Rémillard qui ont décidé de foncer dans le tas et de sauver les 370 emplois qui restent, tout en faisant de l'argent, si possible, peut-être. Remstar n'est pas le sauveur, c'est le «goon», le monstre, le sauvage capitalisse. Et si le CRTC ne leur accorde pas la license ? Et si Remstar est boycotté ? Et si Remstar fait comme le Cirque du soleil, s'il laisse tomber un dossier pourri par les politicailleries, les syndicaleries et les bonnesâmeries de toutes sortes ? Eh bien, cela ne fera que 370 chômeurs de plus.

Comme le disait un quidam à Maisonneuve en direct, c'est quoi votre problème ? Vous avez déjà écouté les nouvelles à TQS ? Avez-vous une idée de ce à quoi cela ressemblait ?
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photo: Entrevue avec Josée Turmel de TQS, par Jolliet.

Addendum au 2 mai 2008: voir en complément l'excellente lettre au lecteur d'Alain Charbonneau.

23 avril, 2008

Léo chante Villon

L'Épitaphe de Villon

Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A lui n'ayons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

paroles: François Villon (1431- ? )
musique: Léo Ferré (1916-1993)

20 avril, 2008

Des pinsons et des faucons


Je lisais des articles sur les primaires américaines quand je me suis arrêté pour regarder dehors. La neige a fondu dans la cour, le soleil a fait son travail. Et là j'ai vu un petit oiseau que je cherche depuis plus de 60 ans: le pinson à gorge blanche, celui qui chante «l'as-tu vu, Frédéric, Frédéric, Frédéric ?». Ce chant est entré dans ma mémoire avant même d'aller à l'école du rang. Mais avant ce matin, je n'avais jamais vu l'oiseau. Il picorait simplement dans la cour. Encore un autre rêve de réalisé ! Bientôt, il ne m'en restera plus beaucoup, de rêves.

Pour en revenir aux primaires américaines, il se dégage un affreux pessimisme chez les commentateurs «libéraux» d'outre-frontière. Bob Herbert, le «columnist» noir du New York Times, ne cesse de blâmer Barak Obama pour ses gaffes. D'autres se demandent cyniquement quand Obama cessera-t-il de dire la vérité, quoi, ce n'est pas une façon de se faire élire ! Camille Paglia, la féministe bisexuelle radicale, nous déconseille vivement de voter pour Hillary Clinton, de même qu'Arianna Huffington, la millionnaire qui a lancé le Huffington Post.

La mécanique de l'argent qui dirige la ploutocratie américaine a fait en sorte que le Parti démocrate se retrouve avec un noir et une femme comme candidats potentiels. Et John McCain, le républicain qui nous promet de rester en Irak pour cent ans et d'attaquer l'Iran en plus, est mort de rire, un peu de la même façon que Jean Charest était mort de mort de rire à l'idée d'affronter André Boisclair. Les lumières de la rectitude politique ne pénètrent pas dans la pénombre de l'isoloir.

George W. Bush a beau obtenir un taux de satisfaction de 28 % dans les sondages, le commentateur David Michael Green se demande si les Américains rejettent la personne même de Bush ou ce type de politicien en général. La question se pose puisque John McCain propose de se faire élire en conservant la même plate-forme que Bush. Green est d'avis que le peuple américain va passer un test:

Americans are being tested now. They know they're dissatisfied with the crappy cards they've been dealt these last three decades. They know that Bush is a disaster. They know that he's such a loser that even his parents told him so when he was growing up. (Nowadays Poppy and Bar just try to pretend the kid doesn't exist at all. Who can blame them? On top of your own weak and forgotten presidency, how'd you like to know that you fathered the worst president in the entire history of the republic? Ouch.) Unfortunately, because they've been rigorously dumbed down and subjected to relentless conservative propaganda and highly successful reframing efforts, Americans haven't yet put together that the source of their malady is itself the regressive right, who of course always claim to be the greatest of patriots.
C'est ce que je me disais avant que le peuple américain ne réélise Bush malgré les mensonges évidents, le désastre irakien, l'irresponsabilité fiscale et le mépris de la constitution américaine. Aujourd'hui je ne mettrais pas un cinq «cennes» percé sur l'élection d'un démocrate à la Maison Blanche.
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photo: source inconnue.

18 avril, 2008

La délinquance molle


J'aime bien Richard Martineau. Il est divertissant. Il s'est donné pour mission implicite de «fesser dans le dash». Chacun de ses billet est court et clair, tout comme le coup de ciseau du sculpteur. Il sculpte un monument à sa persona, ce qui implique qu'il puisse frapper de droite et de gauche alternativement, de haut ou par en dessous selon les besoins de la démonstration du jour.

Je suis loin de m'en offusquer. Comme je l'expliquais ici, tous les médias ont essentiellement une fonction de divertissement, quelle que soit leur prétention à faire de l'information dite sérieuse. La chanson En r'venant de Rigaud est du divertissement tout autant que la musique sérieuse de Pierre Schaeffer, compositeur de l'Étude no 5 Pathétique, surtout si on sait que cette pièce de musique concrète porte également le nom d'Étude aux casseroles. Elle ne s'adresse tout simplement pas au même public cible.

Je fais cette longue introduction pour vous préparer au choc de la révélation: Richard Martineau peut dire une chose et son contraire dans la même semaine. Les pièces à conviction sont les suivantes:

Le nouveau Refus Global, 10 avril 2008, et
La faute aux autres, 17 avril 2008.

Le 10 avril, il vitupérait les talibans de la santé:

Mais ces temps-ci, quand j'entends toutes les conneries qui se disent sur la vente de cigarillos, j'ai le goût de me remettre à fumer comme une cheminée. J'en fumerais quatre en même temps. Juste pour emmerder les talibans de la santé.
Il avait également eu la bonne idée de proposer l'institution d'une journée de la Délinquance pour commémorer le Refus Global:
Après avoir critiqué les curés en soutane, le temps est venu de critiquer les curés en pantalon de lin 100 % écolo tissé par des Tibétaines lesbiennes non-fumeuses qui se nourrissent de lait bio tiré à même le gnou par des militants bouddhistes adeptes de voyages équitables.
Sa révolte contre la rectitude établie était malheureusement temporaire. Le 17, il revenait aux valeurs de base, aux temps gris du petit quotidien fait de responsabilité, de prise en charge de soi-même et de la réduction des charges de l'État, des termes récurrents de toutes les campagnes politiques de droite. Parlant d'un cancéreux qui continue de fumer, il explose:
C'est bien beau, demander à l'État de nous prendre en charge et de nous aider à nous relever chaque fois que nous trébuchons, mais il y a une maudite limite, non?

Quand t'es rendu à fumer PENDANT tes traitements de cancer, tu agis de façon irresponsable. Pourquoi la collectivité paierait-elle les traitements d'une personne qui, visiblement, se fout totalement de sa santé ?

Je ne dis pas que l'État devrait cesser de soigner les fumeurs. Mais il y a une marge entre fumer PUIS attraper le cancer et fumer PENDANT que des médecins tentent de soigner ton cancer ! «Aide-toi et le ciel t'aidera», bordel !

Si tu te crisses de ton corps, pourquoi l'État devrait-il s'y intéresser ? Les salles d'attente des hôpitaux sont remplies de gens qui veulent guérir. Ça ne t'intéresse pas de combattre ton cancer ? Prends tes cliques et tes claques et cède ton lit à quelqu'un d'autre. Va t'acheter 15 cartouches de cigarettes sur une réserve amérindienne et fume jusqu'à ce que mort s'ensuive.
En trois coups de cuillère à pot, il nous règle une bonne partie de ce qui empoisonne notre existence:
C'est toujours la même maudite histoire : chaque fois qu'un problème accable notre société, on pointe les autres du doigt. «C'est la faute aux syndicats, à l'État, aux politiciens, aux médias...» Et nous ? Nous n'avons rien à nous reprocher, nous ?

Si les gens cessaient de se rendre à l'hôpital au moindre signe de grippe, les salles d'attente des hôpitaux seraient peut-être moins engorgées.

T'as un cancer ? Arrête de fumer. T'as un problème de jeu ? Consulte un psy. T'as des enfants ? Prends-en soin. Tu détestes ça quand il y a de la vermine dans ton appartement ? Passe le balai de temps en temps et sors tes poubelles.

J'en suis resté tout baba. Que font nos sociologues, nos économistes, nos politiciens. Ils ne lisent donc jamais le Journal de Montréal ? Pourtant, on y trouve la solution à bien des problèmes !

On pourrait arguer que de faire une journée de «délinquance molle» par année et 364 jours de prise en charge responsable de soi-même, ça n'est pas incompatible. Mouais. Sauf qu'on vient de faire la preuve par quatre que les fumeurs coûtaient moins cher à la société que les non-fumeurs. Alors, si un cancéreux en phase terminale décide de continuer à fumer, je propose qu'on lui laisse la paix.

(Divulgation) Je prêche pour ma paroisse. Je l'ai déjà décidé: si on me trouve un cancer, je recommence à fumer. C'est la seule perspective qui peut me consoler de ne pas fumer ces temps-ci. Au fond, je n'ai pas cessé de fumer, j'ai remis ça à plus tard.
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photo: Smoker's darkness, par giuvax.

Publicité: pour ceux qui ont entendu parler de la publication des croquis de Darwin sur le net, vous n'avez qu'à cliquer sur l'image de Darwin , à côté, pour les trouver.

17 avril, 2008

L'eau du bain


Marc Cassivi a bien ri au deuxième Cabaret insupportable de Transthéâtre, au Lion d'or. Certains numéros brillaient de cynisme et d'autodérision. Il nous décrit le type de spectateurs qui risquent d'aimer le spectacle:
Ceux qui, en revanche, sont exaspérés par le boy-scoutisme écolo, le dogme du bon sentiment, le romantisme fleur bleue, le prêchi-prêcha «vision-mondialiste» et la complaisance généralisée de notre époque devraient prendre leur pied comme moi (malgré quelques longueurs et ma participation involontaire à un sketch).
J'ai moi aussi ridiculisé les excès des écolos de salon. Plusieurs le font, mettant en contradiction les écolos qui s'opposent à l'hydro-électricité aux écolos qui s'opposent à l'éolien, aux écolos qui s'opposent au nucléaire, aux écolos qui s'opposent au bois de chauffage. Les personnes vraiment informées dans ce complexe quadrillage de sciences, de technologies, d'intérêts économiques et de choix de société finalement, ne sont pas écoutées et choisissent de gagner leur vie en enseignant ou en faisant d'obscures recherches sur des sujets abscons.

Ces experts, ceux qui savent, finissent par se la fermer. Et c'est probablement en hochant la tête de découragement qu'ils voient les gens se détourner de plus en plus d'une vision écologiste éclairée après avoir été bernés et ridiculisés par un tas d'éco-fascistes, d'éco-bidons et d'éco-vedettes qui ne font qu'embrouiller un débat déjà très exigeant sur le plan de la rigueur intellectuelle.

Dans ce domaine, comme dans celui de la neurochirurgie, la bonne volonté ne suffit pas. Les effets à court et long terme sur la société sont trop importants pour les laisser aux bons soins de nos sympathiques coups de coeur. Les partisans des biocarburants et les opposants aux OGM ont fait déjà assez de mal comme ça. Un peu de rigueur, s'il vous plait.

Quand je ridiculise les écolos de salon, c'est que j'en ai vraiment assez d'eux. Ils sont en train de créer un effet de backlash contre tout le mouvement écologique. Ils sont l'eau du bain. Et les rejetant cependant, on risque parfois de jeter aussi le bébé. Triste constat.
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photo: Baby Bubble Bath, par a laubner.

16 avril, 2008

Les Boys

Qu'ils soient Russes, Canadiens, Américains ou mêmes Talibans, les exécuteurs des volontés tordues des politiciens sont la fierté de leurs congénères.

Jouer avec la mort vous confère un caractère sacré.

14 avril, 2008

Perplexe

L'incurie de l'administration Bush a causé la crise des subprimes. Ces mauvaises créances nous ont amené la crise financière, laquelle a obligé la Réserve fédérale à offrir du crédit aux banques en difficulté, ce qui augmente la masse monétaire (M3). Une augmentation de la masse monétaire crée de l'inflation. La rareté du pétrole à bon marché jumelée à la demande accrue de pétrole par les pays émergents hausse le prix des hydrocarbures qui sont un des principaux intrants dans l'agriculture industrielle. Parallèlement, la crise de l'eau, un autre intrant important en agriculture, contribue aussi à la hausse du prix des denrées de base. Les gens n'ont pas assez d'argent pour se procurer les denrées disponibles, ce qui cause des manifestations ou des émeutes de la faim dans une trentaine de pays.

Ça, ce sont les faits. J'en ai parlé. Les médias de masse en parlent. Tout le monde en parle. Vent de panique. «Perfect storm». Le pire est à venir. Tout le monde semble d'accord. Cela va empirer avant d'aller mieux. Il vaut mieux couper son bois soi-même: comme ça, il nous réchauffera deux fois.

En quoi suis-je perplexe ?

Il fait si beau, dehors. Toutes ces tempêtes et ces catastrophes dont on parle, pour l'instant, c'est du papier, du vent, des pixels sur écran. On n'a rien vu. On n'a pas vu de foules excédées mettre en pièces des spéculateurs de riz, ni d'enfants souffrant de kwashiorkor errer dans les rues en pleurant. On ne voit rien. Et si on se contait des histoires ? Et si on se faisait des peurs ?

Au Québec, depuis que Lucien Bouchard a rétabli le «déficit zéro», depuis que Bernard Landry a contribué à relancer l'investissement privé, depuis que Jean Charest a permis de stabiliser les choses en ne faisant rien, le taux de chômage n'a jamais été aussi bas, le pire de la hausse de la valeur du $ CDN semble absorbé sans dégât majeur, nous avons plein d'eau pour l'agriculture et les barrages, nous sommes assis semble-t-il sur des réserves de gaz phénoménales et notre système financier n'a pour l'instant pas été trop frappé par la crise des subprimes.

What, we worry ?

Bon, cela risque d'être laid pendant les journaux télévisés dans les mois à venir. Et alors ? Parfois je me demande si j'ai la bonne politique éditoriale. Vaut-t-il la peine de faire état de tout ce qui va mal dans le monde ? C'est trop facile d'être pessimiste: on finit toujours par avoir raison.

Je suis perplexe.
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photo: Child with Kwashiorkor, par Sokwanele-Zibabwe.

P. S. Je me fais rigoler de parler de «politique éditoriale» pour ce blogue.

12 avril, 2008

Salade de saison XXIX

Je gaspille, je gaspille

Arnold Schwarzenegger s'est acheté plein de «Green Hummers» valant plus de 100 000 $US et alimentés à l'hydrogène. Leonardo DiCaprio s'est acheté un petit pied-à-terre de 4 pièces à Manhattan fait de matériaux recyclés et recyclables, alimenté à l'énergie solaire, le tout pour 1 000 000 $US.

Pouvez-vous imaginer comment je me sens dans ma vieille Civic qui consomme plein d'énergies non-renouvelables et dans mon semi-détaché tout à l'électricité au prix ridiculement bas de 6,1¢/KWh qui en encourage l'utilisation excessive ?


L'ingénieur électrique

Un ingénieur électrique pense que les environnementalistes ont pris la relève des curés et prennent plaisir à faire la morale aux autres d'une manière qui n'est pas toujours éclairée. Le remplacement planifié par Stephen Harper des ampoules incandescentes par des ampoules fluorescentes compactes va nous priver du chauffage des premières et polluer l'environnement du mercure des secondes. Le projet du maire Tremblay de pénaliser le préchauffage des autos aura pour résultat de libérer davantage de gaz toxiques à cause d'une mauvaise combustion de l'essence dans les moteurs froids.

Il y a là deux autres exemples de politiciens paresseux prêts à se faire du capital politique en embrassant des lubies d'écolos de salon mal informés.


Un nouveau terme

L'intrépide reporter montréalais chargé de fouler le gazon des milliardaires du Augusta National Golf Club cette fin de semaine a osé demandé à une gardienne de sécurité où se trouvait le bac à recyclage pour disposer de sa bouteille d'eau en plastique. Elle lève les yeux au plafond et lui désigne la poubelle. Son assistant le «fixe comme si le mot «éco-fasciste» clignotait» sur son front.

«Éco-fasciste» est un mot nouveau pour moi. Je le trouve imagé et pertinent, surtout quand je pense à Paul Watson et à Greenpeace. Quand je pense à Brigitte Bardot, je vois plutôt «éco-conne». Je vois plein d'autre utilisations possibles: «éco-barbudos» pour ceux ceux qui veulent aussi abolir le système capitaliste, «éco-vedettes» pour ceux qui veulent de l'exposure positive dans le Lundi, etc. Il y a tellement de variétés d'«éco-quelque chose» aujourd'hui qu'il est préférable de préciser.


L'écotourisme, maintenant

Je lis Mathieu Perrault: «Malgré ses prétentions écolos, l'écotourisme ruine les écosystèmes, selon une nouvelle étude américaine. Le concept est victime de son succès. L'afflux des écotouristes cause un boum démographique qui aggrave la pollution, l'introduction d'espèces envahissantes et la dégradation de la nature vierge.»

Bon, encore une autre merde des écolos de salon si pleins de bonne volonté. Aux Galapagos, «les autorités craignent l'introduction d'espèces nouvelles, des rats qui mangeront les oeufs des tortues...» Cela ne vous rappelle pas quelque chose ?


Encore les sacs blancs

La Chine a le projet de mettre à l'amende les commerçants qui offriront gratuitement des sacs blancs à leurs clients. Ces sacs utilisent des ressources pétrolières importantes et on doit en restreindre l'usage en en facturant le coût aux consommateurs.

Cette décision du gouvernement chinois doit plonger les «éco-bouddhistes» dans un abîme de perplexité: comment l'applaudir pour ce geste pendant qu'il procède à un «génocide culturel» au Tibet ?

À la prochaine

La prochaine salade de saison portera le nom de Salade de saison XXX. Je n'ai encore aucune idée des sujets que je vais y aborder.

Je relis le présent billet. Pour qui en douterait, je ne suis pas contre le respect de l'environnement. J'en ai simplement marre de me faire charrier par les écolos de salon qui pontifient et les politiciens paresseux qui les écoutent.

10 avril, 2008

Et le principe de précaution ?


Il était 10:00 heures quand le soleil atteignit l'angle requis pour danser dans mon oeil à travers la mince interstice du rideau de bambou. J'avais bien dormi et j'en étais fort heureux, non sans un léger sentiment de culpabilité à l'égard de mes frères humains qui devaient se lever aux aurores pour faire vivre leurs familles. Je m'aperçus plus tard que le soleil magnifique rendait la neige si belle et si éblouissante qu'elle en fondait de modestie.

Nous sommes jeudi, le jour du marché, donc le jour du déjeuner au resto, donc le jour de la lecture du Journal de Montréal. Tout le monde est heureux. Le Canadien est dans les séries. Le bonheur national brut est à la hausse. Carbo prépare le club pour 28 matchs. Richard Martineau, en bon boomer qu'il est, propose de convier tout le monde à fêter le Jour de la Délinquance le 9 août prochain. Les deux serveuses qui m'apportent le café et le déjeuner sourient gentiment, ce que je leur rends bien.

Nous sommes dans une de ces semaines où il faut vider le réfrigérateur et le garde-manger afin d'éviter de se retrouver avec des produits qui ne sont plus comestibles. Je fais donc un minimum d'achats. J'arrive à la caisse où c'est la bonne madame si gentille, la meilleure de toutes, qui officie. À la fin, elle m'annonce à regret, la tête un peu penchée de côté, qu'à l'avenir je devrai avoir des sacs écologiques. Le magasin ne fournira plus de sacs blancs en plastique. Je hoche la tête. Je souris. Comment lui en vouloir à elle ? Je n'en rumine et je n'en fulmine pas moins.

Il faudra que quelqu'un m'explique. Après avoir déballé et rangé les marchandises, je place les sacs blancs dans un sac blanc que je presse correctement pour qu'il occupe le moins d'espace possible et je le jette dans le bac de recyclage avec les pots de beurre d'arachides, les bouteilles de ketchup et les gallons d'huile canola. En quoi le plastique des sacs blancs mérite-t-il d'être ostracisé par rapport au plastique de ces divers autres contenants ?

La seule raison que je peux imaginer, c'est que les écolos ne veulent pas que je me serve des sacs blancs comme sacs à poubelle pour les déchets domestiques quotidiens, pour la poubelle de cuisine, quoi. Et bien, je ne fais pas cela parce qu'il y a des trous au fond des sacs blancs d'épicerie. J'achète des sacs blancs commerciaux fabriqués et vendus pour recevoir des ordures ménagères qui, comme chacun sait, sont de consistance parfois un peu trop liquide. Et là, je sens que je vais me faire engueuler: «Mais c'est encore pire ! Les sacs Glad prennent 102 ans et 3 mois plus de temps à se décomposer que les sacs blancs d'emballage. Vous êtes un odieux personnage !»

Et moi qui croyais que le sac blanc, étanche et désodorisé, était un symbole de civilisation. Nous voilà donc condamnés à jeter nos ordures directement dans la grosse poubelle de ramassage, avec le jus d'orange, le restant de sauce béchamel et la graisse de rôti qui colle au fond, répandant par 30°C une odeur nauséabonde et s'accumulant en couches épaisses indécrottables par -20°C. Et ce n'est rien. Je ne vous ai pas encore parlé des rats...

On le voit aujourd'hui, les écolos qui ont poussé l'utilisation des biocarburants viennent de causer une famine mondiale. Eh bien, les écolos qui veulent éliminer le sac blanc vont nous faire revenir au Moyen-Âge. Au Moyen-Âge, il n'y avait pas de sacs blancs en plastique. Les rats pouvaient fouiller facilement dans les poubelles. Il y avait des rats partout. Et les rats ont des puces. Quand ils sont très nombreux, les rats coordonnent leurs attaques et ils peuvent tuer nos chats. Et les puces des rats transmettent la peste:

On sait que certains rongeurs peuvent colporter le bacille de la peste, notamment les surmulots, les rats-bandicoots d’Asie du genre Bandicota, les rats noirs et les rats à queue courte, du genre Nesokia. Sans peste des rongeurs, il n’y aurait pas eu de peste humaine épidémique. Le rat est également une victime de la peste puisque la maladie lui est transmise par les puces.

Au XIVe siècle, la peste a fait 24 millions de morts entre 1348 et 1352. Ce fut un véritable cataclysme.Cette tragédie se répéta moins fortement, mais à intervalles réguliers, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. La grande peste de Londres en 1665 fit 70 000 victimes ; celle de Marseille en 1720 fit 40 000 morts.

Les rats peuvent véhiculer d’autres maladies :
°°° La leptospirose ou maladie de Veil : transmissible par l’urine du surmulot qui provoque des douleurs abdominales, des diarrhées et des vomissements
°°° La fièvre aphteuse, une maladie très contagieuse qui atteint également les bovins et les porcs mais également les moutons et les chiens
°°° La toxoplasmose qui peut être responsable de malformations fœtales si la maladie est contractée par une femme enceinte
°°° La salmonellose dont le bacille provoque la fièvre typhoïde et des intoxications graves par contamination des aliments
°°° Le typhus murin qui se caractérise par une forte fièvre et se transmet par la puce du rat.
Vous verrez, cette histoire de sacs blancs vous semble bien anodine, comme les biocarburants au siècle dernier. Les écolos ont négligé le principe de précaution qu'ils demandent aux autres de respecter. Mais quand les épidémies de peste et de typhus décimeront nos populations effarées, vous saurez j'espère vous rappeler d'où est venu le mal et vous relirez mon blogue d'un oeil ému et reconnaissant en vous disant: «Il nous avait prévenus...»
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photo: Terra Nova.

09 avril, 2008

Les révoltes alimentaires

«Ventre affamé n'a pas d'oreilles.»

Les régimes communistes sont tombés quand les peuples de l'ancien empire soviétique ont souffert de pénuries alimentaires à la fin des années '80. C'était la preuve par quatre que la planification de l'économie par des fonctionnaires ne... fonctionnait pas. La faim porte en elle-même un pouvoir de conviction rapide et intense.

Oubliant presque le tintamarre mondial qu'a déclenché la mort de quelques voyous tibétains qui ont brûlé vifs des commerçants chinois et qui ont lynché des badauds qui traînaient dans les rues de Lhassa, les médias sont maintenant tout pleins des révoltes alimentaires qui éclatent un peu partout à la suite de la hausse spectaculaire des prix mondiaux des denrées alimentaires de base. Les prix du blé, du riz et du maïs ont doublé, parfois même triplé au cours des derniers mois.

Le toujours pertinent Paul Krugman du New York Times nous en explique les raisons:

°°° La consommation de viande dans les pays émergents augmente. Comme il faut 700 calories de grains pour produire 100 calories de viande, la demande pour le grain augmente.

°°° Le prix du pétrole augmente. Comme l'agriculture utilise beaucoup de pétrole pour les engrais et le carburant, le coût de produire augmente. Incidemment, les deux principaux facteurs d'augmentation du prix du pétrole sont la hausse de la demande des pays émergents et la baisse de l'offre causée par la guerre en Irak.

°°° Des facteurs climatiques défavorables ont réduit l'offre de céréales, notamment en Australie où la sécheresse a frappé. Incidemment, les gaz à effet de serre ne sont peut-être pas étrangers à ces conditions climatiques difficiles.

°°° Les biocarburants ont réduit l'offre en céréales de façon dramatique, à un point tel où Krugman ose écrire:
...les terres consacrées aux cultures de biocarburants de synthèse ne sont plus disponibles pour les cultures vivrières, ce qui fait que les subventions aux biocarburants sont un facteur majeur dans la crise alimentaire. On pourrait décrire les choses de cette façon : les gens meurent de faim en Afrique afin que les hommes politiques américains puissent gagner des voix dans les Etats agricoles des USA.
°°° Enfin, les gouvernements et les entreprises privées dont c'est la fonction d'entreposer des céréales ont maintenu les stocks aux plus bas niveaux ces dernières années, ce qui fait qu'ils se sont trouvés fort dépourvus quand la bise d'aujourd'hui fût venue.

Les biocarburants ! La manne des écolos de la fin du siècle dernier, l'escroquerie des faux écolos de ce siècle ! Si vous voulez avoir bien du plaisir, googlez «biocarburants 1995», ou «biocarburants 1996», et ainsi de suite. Vous allez en voir de belles !

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photo: Fields & Corn, par Daniel Leininger .
Sur les insurgés tibétains, lire Élisabeth Martens, auteur de Histoire du bouddhisme tibétain.

08 avril, 2008

L'informatique pour les nuls

J'aime bien l'humour d'Anne Roumanoff. Ce sketch rappelle les douloureux souvenirs de nos débuts en informatique. Il n'en est que plus drôle.

07 avril, 2008

Chronique financière


Ma pauvre tête un peu étourdie s'appuyait sur le bar, reposant confortablement dans une flaque qui sentait la bière éventée et la moisissure, quand le barman me donna une légère poussée et me demanda: «Qu'est-ce qui se passe avec toi ?» J'ouvris mes yeux injectés de sang et je le regardai de travers, et je sus que je ne pourrai jamais lui expliquer toute l'importance du rapport de John Williams, de ShadowStats.com, à l'effet que de nouveaux calculs montrent que M3, la mesure la plus précise de la masse monétaire, nous condamne tous maintenant à l'enfer de l'inflation.

Mais pour une raison obscure, mes lèvres étaient engourdies et refusèrent de fonctionner, de telle sorte que je lui ai seulement montré là où monsieur Williams écrivait: «La croissance de la masse monétaire M3 se poursuit à un rythme annuel effréné de 20%», et «Sur une même base, la croissance annuelle de M2 serait de 7,2%, en hausse par rapport à 6,9% en février. Des signes de plus en plus évidents de la croissance accélérée de la masse monétaire coïncident avec l'augmentation des activités de la banque centrale qui désire rendre plus liquides les actifs non-monnayables qui engorgent le système financier.»

Il regarda le papier, puis il me regarda d'un air ennuyé et il me lança: «Ouais, pis ?»

Cherchant une manière gentille et amicale de lui expliquer que l'inflation des prix à la consommation suit toujours une inflation de la masse monétaire, je lui demandai: «Comment vous appelez-vous, monsieur ?», et le barman de répondre: «François».

Alors, choisissant mes mots soigneusement pour conserver ce ton de «conversation amicale», je lui dis poliment: «Dans ce cas-là, t'es un idiot, François ! Un gros, un stupide crétin ! En fait, tous les stupides bozos dans ce bar sont stupides, parce que vous pensez tous que vous ne serez pas détruits par les feux de l'enfer de l'inflation qui va vous consumer ainsi que tous les gens que vous aimez, parce que la Réserve Fédérale est en train de détruire le dollar juste sous vos yeux en en créant mauditement trop, et ils font ça juste pour essayer de retarder l'écrasement catastrophique inévitable que la même maudite Réserve Fédérale a amené en créant mauditement trop, mauditement incroyablement trop, mauditement impossiblement trop de monnaie au départ, créant des montagnes et des montagnes de dettes, et de monnaie, et d'actifs sur-évalués pendant les dernières simonaques de décades, et spécialement depuis 1997 ! Vous êtes tous des crétins, et vous êtes tous condamnés ! Condamnés !»

Tous mes efforts pour être amical avec eux ne furent pas estimés à leur juste valeur, comme d'habitude, et ils voulaient tous argumenter avec moi, et me traiter de tous les noms; quelqu'un suggéra de ne plus me servir d'alcool et de me jeter dehors, chose que je ne mentionne que pour vous faire bien voir le genre de crétins qui se tiennent dans les bars de nos jours, et à quel point j'avais raison de les traiter de «stupides»...

Pour lire la suite, en anglais, il faut se rendre à Another bar of golden idiots, par The Mogambo Guru. C'est la chronique financière la plus drôle et la plus effrayante que j'aie lue depuis longtemps. La traduction est la mienne.
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photo: Growing Up, par Christina Snyder.

06 avril, 2008

Le Jour du tartan

Aujourd'hui, 6 avril, les nord-américains d'origine écossaise fêtent le Jour du tartan. À cette occasion, sir Sean Connery a fait parvenir une lettre au Los Angeles Times:

The question now is, what next? The current Scottish government is the first one in modern times that wants to see Scotland reclaim its independence.

The best part of this debate is that it is based on ideas, not ethnicity. Conversations about the best future for the country are happening in the Scottish Parliament and in homes and workplaces across the country.

The Scottish government wants Scotland and England to become independent and equal nations, with the queen and her successors continuing as the common head of state of both -- similar to what happened in Canada and Australia in the 20th century. In other words, we would move toward becoming united kingdoms, rather than the United Kingdom. (N.S.)
Déjà, le parlement écossais décide en matière de santé, d'éducation, de justice et d'environnement. Cela ressemble aux pouvoirs constitutionnels de la province de Québec. Il y a passablement de similitudes entre la situation de l'Écosse et celle du Québec. Plus persone ne doute que les Québécois ne forment un peuple, et personne n'a jamais douté que les Écossais n'en formaient un autre. Pour les deux peuples, «ça n'est pas le goulag». Ils ne sont pas opprimés au même titre que les Kosovars, par exemple. Et pourtant, chez l'un comme chez l'autre, il y a un vif désir d'affirmation nationale.

Pourquoi le 6 avril ? Parce que le 6 avril 1320, un groupe de notables écossais envoya au pape Jean XXII un document devenu fameux depuis, la Déclaration d'Arbroath. Les Écossais y expliquaient pourquoi ils voulaient demeurer indépendants de l'Angleterre:
...for, as long as but a hundred of us remain alive, never will we on any conditions be brought under English rule. It is in truth not for glory, nor riches, nor honours that we are fighting, but for freedom – for that alone, which no honest man gives up but with life itself.
De fait, les Écossais se battirent et demeurèrent indépendants jusqu'en 1707, lorsque fut signé l'Acte d'Union par les deux parlements, créant ainsi la Grande-Bretagne. Sir Sean Connery ne le prend pas encore et il réaffirme à 77 ans, qu'il verra à nouveau l'Écosse devenir indépendante. Avec un tel porte-parole, la victoire des partisans d'une Écosse indépendante n'est pas davantage assurée, mais leur cause est à tout le moins plus sympathique aux yeux des nord-américains. Et, par comparaison, la cause des Québécois devient moins farfelue et plus sympathique elle aussi aux yeux des anglophones du continent.
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photo: Sir Sean Connery at a Tartan Day celebration in Washington D.C. with members of the USAF Reserve Pipes and Drums, Wikipedia.

04 avril, 2008

Choque-toé pas, Méo Dallaire


Je fus surpris, et amusé, de voir le sénateur Dallaire péter les plombs contre la Chine, quand il aurait très bien bien pu le faire contre le général Kagame, président tutsi de l'actuel Rwanda, vu qu'il était sur place. Mais on le sait, les mauvais généraux sont toujours en retard d'une guerre.

Maintenant qu'on a eu l'imprudence de confier le statut de sénateur à un soldat victime du syndrome post-traumatique, il faut faire avec. Il repart en guerre contre les fantômes qui ont gâché sa vie réelle, par pays interposés. Ça sert à rien: pour ces jobs-là, le général-sénateur est trop malin ! Il faut humilier la Chine, dit-il:

Il sont le pays le plus rapace. Je les considère comme des vautours de l'Afrique, pires que les empires colonisateurs. Ils n'ont absolument aucun respect pour aider à développer, à soutenir, à améliorer ces pays-là. Ils ne sont là que pour prendre.(...)

Les olympiques, allons-y! Mais à chaque fois, rendons-les humbles. Il faut les humilier, ces Chinois-là, devant le monde entier.
J'ai peine à le croire. La Chine est pire que les «empires colonisateurs». Grosse commande. Méo n'est pas de bonne humeur ces temps-ci. Voyons Méo, choque-toé pas contre ces gars-là, ça sert à rien.
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photo: Jérôme Lemay, par meantux.

03 avril, 2008

Vindicte populaire


Les vents de folie emportent les foules. Ces temps-ci, c'est la Chine qui n'est pas fine et ce sont les membres du clergé le plus réactionnaire de la planète, les lamas tibétains, qui sont fins. Hier, c'était les membres du Falun Gong qui étaient fins. Et quand il n'y aura plus de problèmes, il y en aura encore.

Ce matin, tenez, je vois dans le journal un article sous la plume de madame Gruda portant le titre suivant: «Les JO déclenchent une vague de répression en Chine». La photo accompagnant l'article nous montre, on n'en doute pas, un Tibétain et son amie en train de se faire tabasser par des policiers, chinois sans doute. «Répression en Chine» oblige. Eh bien non ! Si on lit les petites lignes, ce sont des policiers népalais qui tentent de maîtriser des manifestants tibétains, donc étrangers, qui viennent faire du grabuge chez eux.

Dans un autre «coin» de notre Terre vit un charmant jeune homme très populaire qui a vu le prix du pétrole passer de 15 $/baril à plus de 100 $/baril et qui a renégocié la rente pétrolière de son pays pour la faire passer de 1 % à 33 %. Il s'appelle Hugo Chávez. Il consacre des millions de dollars à créer des coopératives de production, à baisser le prix des denrées de base, à importer des médecins cubains pour les pauvres, à bâtir des écoles. Il s'est fait élire et réélire, il a subi un putsch, il a survécu à un référendum sur sa destitution, il s'est plié au verdict d'un référendum qu'il a perdu sur la réforme constitutionnelle. On devrait aimer ce bon démocrate qui aide les pauvres.

Eh bien non, on ne l'aime pas !

Chávez parle trop fort. Il engueule le président Bush publiquement. Il se chicane avec Exxon, et avec le roi d'Espagne. Il reçoit chez lui Mahmoud Ahmadinejad. Steve Lendman remarque que le New York Times a un parti pris évident contre Chávez et il donne plusieurs exemples de la désinformation opérée par son correspondant Simon Romero à Caracas. Le site Axis of Logic, pour sa part, note que le Washington Post donne une couverture biaisée du Venezuela, spécialement dans la section «Opinions» dirigée par l'éditorialiste Jackson Diehl. Quand ces deux institutions journalistiques soufflent dans le même sens que le Département d'état, le reste des grands médias suit, et les vents de folie emportent les foules.

Et Mahmoud Ahmadinejad, est-ce qu'on l'aime, lui ? Encore un autre pas fin qui a dit qu'il voulait éliminer les Juifs. Si on le laisse construire la bombe nucléaire qu'il veut à tout prix, c'est sûr qu'il va la faire tomber sur Israël sans même s'occuper des vents dominants ce jour-là, des vents dominants qui risquent de pousser le nuage radioactif sur l'Iran ! Non mais, quel imbécile, cet Ahmadinejad ! On ne l'aime pas, lui non plus. Tiens, si ce n'était que de moi, on devrait bombarder l'Iran. Tous les journaux le disent, c'est un pas fin, lui non plus. Et les vents de folie emportent les foules.

Et Vladimir Poutine, lui, est-ce qu'on l'aime ? Non, on ne l'aime pas. Ce n'est pas un «vrai démocrate». Il a peut-être sauvé la Russie de la banqueroute et de la mafia des oligarques, mais on ne l'aime pas. On aimait plus la bonne bouille d'Eltsine. Il est impossible de lire un article sur Poutine sans qu'on nous explique que ce n'est pas un «vrai démocrate». Les Russes sont passés de l'empire des Romanov à la dictature du prolétariat, puis au Far-West des oligarques. Quand auraient-ils eu le temps d'apprendre la démocratie ? Poutine, c'est un pas fin. Surveillez-le, il va continuer de tout régenter même quand il sera parti. Y en a même qui disent qu'il est multimilliardaire. On ne peut pas se fier à lui. Il a l'air sournois.

Et les vents de folie emportent les foules.
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photo: Strong Against the Wind, par SpringChick.

02 avril, 2008

Leclerc-Jutra: le premier vidéoclip


En 1958, Claude Jutra tourne pour l'ONF un film de 27 minutes intitulé Félix Leclerc, troubadour. Félix y chante la chanson Bozo. Si on extrait ce passage du film, Leclerc et Jutra nous livrent là un des premiers vidéoclips tournés au Québec.

BOZO
paroles et musique: Félix Leclerc

Dans un marais
De joncs mauvais
Y avait
Un vieux château
Aux longs rideaux
Dans l'eau

Dans le château
Y avait Bozo
Le fils du matelot
Maître céans
De ce palais branlant

Par le hublot
De son château
Bozo
Voyait entrer
Ses invités
Poudrés

De vieilles rosses
Traînant carrosses
Et la fée Carabosse
Tous y étaient
Moins celle qu'il voulait...

Vous devinez que cette histoire
Est triste à boire
Puisque Bozo, le fou du lieu
Est amoureux

Celle qu'il aime n'est pas venue
C'est tout entendu
Comprenez ça
Elle n'existe pas...

Ni le château
Aux longs rideaux
Dans l'eau
Ni musiciens
Vêtus de lin
Très fin

Y a que Bozo
Vêtu de peau,
Le fils du matelot
Qui joue dans l'eau
Avec un vieux radeau.

Si vous passez
Par ce pays
La nuit
Y a un fanal
Comme un signal
De bal
Dansez, chantez
Bras enlacés
Afin de consoler
Pauvre Bozo
Pleurant sur son radeau...

01 avril, 2008

Tibet-Québec


À ceux qui veulent avoir une perspective québécoise sur la question du Tibet, il faut d'abord avoir lu les trois billets suivants:

°°° Boycottage bidon, d'Accent Grave,
°°° Chine, prison des peuples, par Michel Gendron,
°°° et l'excellente réponse de G.V. à l'article de Michel Gendron.

Je parle d'une perspective québécoise parce la comparaison entre le Tibet et le Québec donne lieu à des similitudes assez frappantes dans plusieurs cas. Il y a là deux états qui existent depuis plusieurs générations, sinon des siècles. Ils se situent aux marches de deux immenses empires et occupent des positions névralgiques. L'un donne sur l'empire américain et contrôle le fleuve St-Laurent, l'autre ferme la frontière sur l'Himalaya et ouvre la porte sur l'Asie centrale.

Le Québec et le Tibet sont le foyer de minorités ethniques, lesquelles sont à leur tour hôtes de minorités appartenant à la majorité dominante. Les Québécois minoritaires au Canada hébergent à leur tour une minorité anglophone. Les Tibétains minoritaires en Chine hébergent une minorité chinoise. Les deux régions sont soumises à des pressions culturelles plus ou moins fortes selon les époques pour les assimiler à la langue et aux coutumes majoritaires de leur état souverain. On parle parfois de génocide culturel ou d'assimilation sournoise, c'est selon.

Sur le plan économique, le Québec et le Tibet ont tous les deux été développés par les investissements massifs de l'empire. Le Québec par les investissements de l'empire britannique qui avait une politique de libre-échange avec ses colonies, puis par l'empire américain qui se servait à même nos richesses naturelles. Le Tibet, plus récemment, par la République populaire de Chine, comme le rapporte ici Georges Stanechy selon les propos d'un dirigeant chinois:

« ... Le Tibet ? Nous avons sorti cette province, de la misère où l’avait plongé la théocratie d’un clergé bouddhiste dévoyé. Bouddha, c’est le spirituel pas le temporel : à l’opposé d’une religion d’Etat. Des siècles de misère, d’ignorance et de fatalisme. Nous y construisons des hôpitaux, des établissement d’enseignement, des routes, des stations d’épuration d’eau pour l’eau potable, un réseau électrique, un réseau d’assainissement pour les égouts, un réseau GSM, un réseau ferré [plus de 4 $ milliards] qui est un des plus grands exploits techniques dans l’histoire du transport... Nous y apportons le développement et le bien-être.

Tout cela, vous n’en parlez jamais. Bien sûr, on ne rattrape pas des siècles de retard en quelques années. Mais, on va y arriver. Vos tentatives de déstabilisation avec ses faramineux budgets de propagande, qui soulageraient bien des misères de par le monde, ne nous impressionnent pas.
Le Québec et le Tibet ont tous les deux été sous la férule d'un clergé dominateur et méprisant jusqu'à la fin des années cinquante. Les deux clergés avaient la conviction intime que c'était pour notre bien qu'ils régentaient nos vies. La preuve: sommes-nous plus heureux aujourd'hui, alors que nous nous sommes débarrassés d'eux ? Le projet québécois de souveraineté a été pris en charge par le Parti québécois, démocrate, laïque et légèrement socialiste. Le projet tibétain d'autonomie est pris en charge par quelqu'un qui pense qu'il est la réincarnation de Gedun Drub (1391-1474), quelqu'un dont l'organisation est financée par les États-Unis et finalement par quelqu'un qui ne nous a jamais fait part de son projet de société dans le Tibet qu'il veut diriger.

À part la non-violence.

Rue89 nous rappelle cependant que «les premières victimes [des émeutes tibétaines] ont été des Han [Chinois] lynchés dans la rue par la foule tibétaine en révolte, ou, brûlés vifs comme les cinq employés (quatre Han, une Tibétaine) du magasin Yishion de Lhassa, devenus des martyrs pleurés par toute la Chine. Cette dimension n'a pas été immédiatement perceptible dans les informations diffusées par les médias occidentaux.»

Pour compléter notre comparaison Québec-Tibet, on pense alors aux tout premiers instants de la crise d'Oka où nous apprenions par le journal Le Monde que la Sûreté du Québec massacrait de pauvres autochtones mohawks dans la pinède...
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photo: Free Tibet Rally 3, par tattoodjj.