vendredi 29 février 2008

Je le savais ! (prise 2)


J'ai déjà écrit un billet sur l'angélisme ridicule des écolos qui s'opposaient au projet éolien de 350 M$ de la firme torontoise SkyPower à Rivière-du-Loup. Je demandais aux lecteurs de me permettre d'exprimer la réaction incontrôlable de mon cerveau reptilien qui se voyait alors confirmé dans ses pires préjugés face aux barbudos de l'environnementalisme.

J'ai eu une réaction analogue hier quand je suis tombé sur l'article d'Ophélie Neiman: «Les fumeurs et les obèses, bonne affaire pour la Sécu?». Elle nous raconte que Pieter Van Baal, un économiste pour l'Institut de santé des Pays-Bas, «a créé un modèle évaluant les coûts de santé pour trois groupes de 1 000 personnes: un groupe de fumeurs, un groupe d'obèses et un groupe de gens minces et non-fumeurs. Leur espérance de vie a été évaluée à, respectivement, 77 ans, 80 ans, et 84 ans pour les personnes en bonne santé.»

L'étude de Pieter Van Baal et de ses collègues conclut qu'un «fumeur, entre ses 20 ans et sa mort, aura coûté 326 000 dollars, une personne obèse aura engendré des dépenses évaluées à 371 000. Le montant des soins administrés au dernier groupe se chiffre lui à... 417 000 dollars!»

Je le savais ! Je l'ai toujours dit ! Le fumeur qui tire sa révérence à 65 ans après trois mois sur la morphine coûte moins cher à la société que mémé qui n'a jamais fumé et qui va mobiliser toute une armée pour des soins divers jusqu'à 90 ans. Le fumeur, en plus d'avoir payé lui-même sa morphine et son lit d'hôpital par les multiples taxes qu'on lui a fait payer toute sa vie, fait épargner de l'argent au gouvernement qui n'a plus à lui verser sa pension de vieillesse et divers avantages sociaux que les politiciens promettent pour se faire élire. Finalement, en débarrassant le plancher au plus vite, tous ces vieux cons qui sont un frein à l'évolution de la société permettent d'améliorer le climat politique général et d'adapter la société plus rapidement aux problématiques d'aujourd'hui.

En bout de piste, il ne reste plus beaucoup de raisons logiques aux lobbies anti-tabac de s'exciter comme ils le font. Les Béria de la boucane et les Savonarole de la fumerolle n'ont plus maintenant que l'argument de l'odeur particulière de la fumée du tabac pour monter aux barricades. Je voyais l'autre jour à la télé une propriétaire qui avait pour locataire une vieille hystérique qui sentait l'odeur du tabac en provenance des logements de ses voisins... ! On en est là.

J'ai cessé de fumer il y a un an et demi. J'ai dû m'y reprendre à 5 reprises. À chaque fois, j'engraissais de 10 livres. J'ai maintenant quitté la catégorie des fumeurs pour entrer dans celle des obèses. Je peux vous dire qu'il est beaucoup plus agréable d'être fumeur qu'obèse. De toutes façons, je recommence à maigrir lentement, maintenant. Et je me promets de redevenir fumeur aussitôt que le mort se profilera devant moi dans un avenir prévisible.

J'aimais fumer. J'aime encore l'odeur de la fumée du tabac. Je suis parfois discrètement des fumeurs sur la rue pour m'emplir les poumons. J'aime l'odeur des entrées d'édifices publics. J'aime aussi l'odeur de cuir du scotch Glenfiddich. J'avais 12 ans et j'étais déjà un fan du fromage Oka. J'aime les vins rouges corsés et robustes qui vous restent sur la langue et vous jouent une symphonie de saveurs. C'est affaire bien personnelle d'aimer ou de détester une odeur. Les nez grossiers qui ne tolèrent que le patchouli ou la rose n'ont pas à imposer leur ignorance à tout le monde.

Il y a toute une engeance dont le souci principal est de se mêler de la Vie des autres. Il n'y a pas que les dictatures communistes qui engendrent des «Stasi». Rien que dans le journal d'aujourd'hui, les Anglais discutent d'un projet où le citoyen devrait détenir un permis pour acheter des cigarettes; à Montréal, des barbudos écolos veulent interdire la raquette quand on se promène dans le bois du parc-nature de la Visitation. Et pensez que ce n'est pas fini !
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photo: Metropolis, She, par Artwerk.

mercredi 27 février 2008

Les valeurs universelles

J'ai bien apprécié le dernier texte de Marie Bernard-Meunier sur «l'arrogance de l'Occident». Je suis un très fervent partisan de la démocratie et d'une société de droits. Je m'accommode bien d'un capitalisme civilisé tempéré par une règlementation qui lui impose un souci du bien commun. Si une puissance étrangère débarquait ici avec armes et bagages pour m'imposer d'autres valeurs, je serais prêt à me battre pour qu'on en revienne à notre actuel mode de vie.

Ces valeurs qui nous sont chères ne sont pas universelles. Plusieurs grandes civilisations ont prospéré sans jamais les connaître. Plusieurs nations qui offrent aujourd'hui au monde l'image de pays gouvernés par des États vivent en réalité selon les us et coutumes de leurs vieilles moeurs tribales. C'est bien dommage pour eux et pour leurs petites filles, mais quand on débarque chez eux avec armes et bagages pour leur imposer nos valeurs, ils ont tendance à ne pas apprécier.

Le constat de Marie Bernard-Meunier est lucide:

Aujourd’hui, l’arrogance de l’Occident s’exprime encore dans son discours sur les valeurs universelles. On la retrouve aussi dans sa vision de l’avenir des sociétés qui seraient toutes appelées à connaître une évolution semblable à celle des pays occidentaux et donc à passer, elles aussi, du Moyen-Âge à l’époque des Lumières !(...)

Entre un pouvoir économique qui lui échappe et une supériorité militaire qui ne suffit plus à lui assurer une position dominante, l’Occident ne peut que constater l’érosion de son influence. Pire, il découvre la profondeur du ressentiment qu’il génère. Sur tous les continents, son "modèle" est ouvertement, et souvent violemment, contesté. On le soupçonne, on l’accuse même, de vouloir utiliser la promotion de la liberté et de la démocratie pour venir saper les fondements des sociétés et des nations en s’attaquant à leurs religions ou à leurs traditions.
Il n'y a pas que les Américains qui veulent imposer leurs valeurs. Et il n'y a pas que l'Irak qui résiste. Madame Bernard-Meunier est une diplomate de carrière et elle a l'expérience pour la guider. Lucide mais optimiste, elle souhaite que les pays occidentaux continuent de s'impliquer dans l'aide internationale malgré les soupçons et les accusations que cela va susciter. Elle reconnaît même un certain mérite à l'OTAN d'intervenir en Afghanistan.

Mais tout le monde n'est pas parfait et madame Bernard-Meunier peut se tromper sur l'Afghanistan. Je crois pour ma part qu'on a eu du mérite d'essayer en 2001 et en 2002. On a eu du mérite de verser des milliards pour la reconstruction. Cependant, aujourd'hui, le dossier est définitivement gâché. Les milliards sont allés dans les poches des fournisseurs et des chefs tribaux. Les soldats occidentaux ne font plus que nuire à la prise en charge de l'Afghanistan par les Afghans, quand ces derniers voudront bien le faire.

Par contre, j'aime bien sa conclusion:

Il faut seulement espérer que l’Occident ait la sagesse de ne pas faire de la promotion de ses valeurs son fer de lance. Il doit plutôt chercher à comprendre que, pour ceux qui n’en ont pas, l’accès à l’eau potable est plus important que l’exercice du droit de vote, que la sécurité, quand on est menacé, est plus importante que la liberté et que l’injustice, lorsqu’elle est vécue au quotidien, rend sourd aux propos sur la démocratie.

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photo: Madame Marie Bernard-Meunier, par Gilles Fréchette, pour la SORIQ.

lundi 25 février 2008

Le désespoir et la dérision


Le cas Dion

Dans le journal La Presse, j'ai rarement vu des phrases aussi assassines à l'endroit d'un leader fédéral libéral que celles de Vincent Marissal à l'endroit de Stéphane Dion:

La pugnacité, le goût de la bataille ne sont pas les points forts des intellectuels, mais que Stéphane Dion le veuille ou non, on ne peut pas toujours attendre que l’ennemi se batte tout seul. On ne peut pas toujours attendre qu’il soit en déroute pour l’attaquer dans le dos.
Il n'est pas nécessaire de traduire ici la pensée de Vincent Marissal, mais cela est parfois plus clair en le faisant. Traduction libre donc du texte de La Presse: «M. Dion est un peureux et un lâche».

Chacun sait que la dérision est fille du désespoir. Il faut par conséquent conclure que le chroniqueur Vincent Marissal, en utilisant la dérision à ce point, a cessé de croire aux chances de M. Dion de devenir premier ministre du Canada. Et si le chroniqueur nous en fait part publiquement, c'est qu'il n'est pas seul au journal à penser de cette façon.

Mon opinion personnelle est que Stéphane Dion n'est pas peureux. Il a déjà fait montre du courage des naïfs et des timides. M. Dion est faible. Il est faible parce que les caisses du parti sont à sec. Les caisses du parti sont à sec parce M. Dion est impopulaire. Et parce que les caisses du parti sont à sec, le caucus des députés libéraux ne veut pas aller en élection. Dans notre mini-ploutocratie canadienne, l'argent est roi aussi. Comme disait Jean Chrétien: «Quand il n'y a pas d'eau dans la piscine, tu ne plonges pas.»


Le cas Clinton

Hier, Hillary Clinton a sorti sa dernière arme contre Barak Obama, la dérision:

Maintenant, je pourrais me contenter de dire, rassemblons-nous, soyons unis et les cieux s'ouvriront, la lumière descendra et des choeurs célestes retentiront (...) et le monde sera parfait. Peut-être suis-je trop âgée mais je ne me fais pas d'illusions sur la difficulté de la tâche. Il ne suffira pas d'un coup de baguette magique [pour régler les problèmes des Américains].
Plusieurs signaux ont laissé croire que le clan Clinton avait compris. Il ne sert à rien de poursuivre un combat perdu qui va simplement diviser davantage les Démocrates. Mais il n'y a pas que la dérision qui soit fille du désespoir, il y a la connerie aussi. Christine Escobar nous raconte que le clan Clinton et le clan Obama versent de l'argent aux superdélégués pour obtenir leur appui lors de la convention de Denver:

Campaign contributions have been a generally reliable predictor of whose side a superdelegate will take. In cases where superdelegates had received contributions from both Clinton and Obama, seven out of eight elected officials who received more money from Clinton have committed to her. Thirty-four of the 43 superdelegates who received more money from Obama, or 79 percent, are backing him. In every case the Center found in which superdelegates received money from one candidate but not the other, the superdelegate is backing the candidate who gave them money.
Ainsi donc, c'est cela, la game, la twiste, la gammick ? Les superdélégués millionnaires qui ont reçu plus d'argent du clan Clinton vont voter contre le candidat qui a reçu le plus de votes populaires de la part des militants. Réalisent-ils quelle sorte de campagne électorale cela va donner en octobre ? C'en est bête à manger du foin.



N. B. J'en ai un peu marre de vitupérer contre nos ploutocraties nord-américaines. Il faudra un jour que je fasse une réflexion sur le rôle de l'argent dans l'évolution des sociétés. Je compte m'inspirer de l'entrevue donnée par Jean-Guy Lavigueur à Claude Charron et rediffusée à TVA hier soir.
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illustration: Mikhaïl Illarionovitch Golenichtchev-Koutouzov, Wikipédia.

dimanche 24 février 2008

Nader Rides Again !

Ralph Nader vient d'annoncer qu'il se lance dans la campagne présidentielle. À 73 ans, il fait passer John McCain pour un jeune homme: ce dernier n'a que 71 ans. Il a déclaré:
You take that framework of people feeling locked out, shut out, marginalized and disrespected. (...) You go from Iraq, to Palestine to Israel, from Enron to Wall Street, from Katrina to the bumbling of the Bush administration, to the complicity of the Democrats in not stopping him on the war, stopping him on the tax cuts. (...) In that context, I have decided to run for president.
Des Démocrates influents dénoncent déjà le retour de Nader et le candidat républicain Huckabee s'est réjoui publiquement de cette candidature qui divise le vote démocrate. Pour compléter le tableau, il ne manque plus que le maire républicain de New York, Michael Bloomberg. Il serait intéressant de voir éclater les structures traditionnelles du discours politique américain avec ces quatre personnes en lice, en incluant bien sûr Obama.

Hillary Clinton est en voie de perdre sa course. Il semble y avoir contradiction avec ce que j'écrivais ici, dans ma critique de la ploutocratie américaine:

Vous savez quoi ? Hillary Clinton va gagner l'investiture démocrate. On n'entend parler que d'argent, dans la course Obama-Clinton. Obama a reçu x millions. Clinton s'est prêtée y millions. La course a coûté jusqu'ici z millions. L'Amérique est une ploutocratie. Obama a de l'argent, mais Clinton en a plus.
Je croyais aussi m'être trompé, que l'argent des candidats n'explique pas tout, que les valeurs profondes, cela compte aussi, etc. Mais en lisant Frank Rich, mes rêves d'ancien idéaliste qui ne demande qu'à croire de nouveau se sont écroulés:

The Clinton camp was certain that its moneyed arsenal of political shock-and-awe would take out Barack Hussein Obama in a flash. The race would “be over by Feb. 5,” Mrs. Clinton assured George Stephanopoulos just before New Year’s. But once the Obama forces outwitted her, leaving her mission unaccomplished on Super Tuesday, there was no contingency plan. She had neither the boots on the ground nor the money to recoup.(N. S.)
Et le chroniqueur new-yorkais de détailler toutes les erreurs de campagne commises par le clan Clinton: mauvaise utilisation de l'argent, manque de troupes sur le terrain, etc. Comme le dit souvent Jean Lapierre: «Quand ça va bien, ça organise bien. Quand ça va mal, ça organise mal.» Et parce que cela va bien dans le camp Obama, l'argent entre à flots. Et la roue ploutocrate tourne...
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photo: Ralph Nader 3, par legalnonresident.

jeudi 21 février 2008

Pour vivre vraiment vieux

Denise Winterman nous informe qu'il y a trois endroits sur terre où les gens vivent beaucoup plus vieux qu'ailleurs. À 70 ans, ils ont l'air d'avoir 50 ans lorsqu'on les compare aux autres êtres humains. Et ce qui est encore mieux, ils vivent en santé jusqu'à un âge avancé. Y a-t-il un secret à leur longévité, tel la ponce de gin de grand-père ? Non. Il n'y a pas un secret, il y en a 3.

En effet, les facteurs pouvant expliquer la longévité des personnes vivant dans ces trois endroits sont différents d'une place à l'autre.

Dans l'île japonaise d'Okinawa, le scientifique Bradley Wilcox qui étudie les raisons de la longévité du million de Japonais qui l'habitent est d'avis que ce sont des raisons liées à leur style de vie. Ils mangent plus de tofu que partout ailleurs dans le monde, de même que des fruits et légumes contenant beaucoup d'antioxydants. Enfin, il est dans les coutumes locales de rester sur sa faim après un repas, ce qui leur donne une diète moyenne de 1200 calories/jour, soit 20 % de moins que chez l'Anglais moyen.

Dans l'île italienne de Sardaigne, une petite ville de montagne de 1 700 habitants, Ovodda, contient plus de centenaires que la norme, et ce qui est encore plus rare, les hommes vivent aussi vieux que les femmes. Ils mangent de la viande et ne comptent pas les calories. Les gens de la région qui s'expatrient et changent d'alimentation vivent aussi vieux que ceux qui restent sur place.

Le Professeur Luca Deiana qui étudie le phénomène en est arrivé à une surprenante conclusion après avoir fait le profil génétique de plusieurs centenaires. La communauté a été isolée pendant plusieurs centaines d'années, ce qui a favorisé les unions consanguines. En général, cela a de mauvais effets sur la descendance. Mais il peut arriver aussi que par hasard un pool génétique favorable soit créé et conservé par l'isolement. Les scientifiques ont là de quoi faire pour essayer d'identifier les gènes qui favorisent la longévité.

Enfin, le troisième cas se trouve dans la municipalité de Linda Loma, dans le comté de San Bernardino en Californie, à une distance de seulement deux heures en voiture de la municipalité de Zzyzx, dans le même comté. Le Dr Gary Fraser qui étudie le cas des personnes agées de Linda Loma n'a pas constaté de style de vie différent des autres Américains ni de consanguinité particulièrement plus élevée qu'ailleurs.

Par contre, il y a dans cette ville un regroupement important de membres de l'Église adventiste du 7ème jour. C'est un fait avéré, selon le docteur, que les personnes qui vont régulièrement à l'église vivent plus longtemps que les autres. Il est aussi d'avis que la pratique religieuse réduit le niveau de stress et aide à surmonter les épreuves qui peuvent nous frapper, le tout contribuant à une meilleure longévité.

Dois-je vous dire ce que la partie de mon cerveau où siège la mauvaise foi a pu imaginer à la lecture de ce fascinant article de la BBC ? Que dire de ces coûteux gymnases où nos efforts répétés ne nous conduisent qu'à la crise cardiaque à 55 ans alors que les églises sont gratuites mais vides ? Que dire de la popularité des restaurants Scores qui tentent de déloger Les Rôtisseries St-Hubert en servant des assiettes énormes à l'américaine, alors que le secret du bonheur, c'est de rester un peu sur son appétit ? Que de conclusions variées aussi folles les unes que les autres ne peut-on pas tirer de cet article ?
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photo: Taizo & great granma, par en voyage.

mercredi 20 février 2008

Salade de saison XXVII

Fidel se retire

Pendant que tous les observateurs penchent pour une transition des pouvoirs calme et ordonnée à Cuba, grâce à la prévoyance de Fidel Castro, François Bugingo lui, à Bazzo.tv, prévoit le pire.

Après avoir brièvement concédé que les choses peuvent bien se passer si Raul Castro fait des réformes, il évoque l'arrivée massive des Cubains de la diaspora qui va déstabiliser le pays. Cuba a tellement besoin de capitaux ! Et les Cubains de Miami en ont. Ils sont sans doute prêts à relancer sur l'île les petits traffics qui ont fait leur fortune à Miami.

Pour affirmer que les Cubains de la diaspora vont peut-être retourner en force sur l'île, François Bugingo doit savoir quelque chose que les autres observateurs ne savent pas. Ses amis de la CIA, via Reporters sans frontières, l'auraient-ils informé d'un deuxième débarquement à la Baie des cochons ? Pour ma part, ma grande curiosité porte sur un détail plutôt trivial: Fidel va-t-il battre le record de Bernard Landry en interventions inopportunes dignes de celles d'une belle-mère ?


Jacques Languirand fait Contact

J'ai eu un peu de brume dans mes lunettes quand Jacques Languirand a parlé de son père à l'émission Contact de Stéphan Bureau. Le père, reconnu pourtant comme un bon pédagogue, ne parlait à son fils qu'une fois par mois, et c'était pour le punir de ses manquements du mois. C'est à un point tel que le père a suscité de réels phantasmes de parricide chez Languirand. Ce n'est pas facile à avouer de la part d'un homme de 76 ans.

C'est d'ailleurs ce qui m'a frappé dans l'entrevue. Bien que l'homme puisse s'enorgueillir d'être le recordman mondial de longévité pour une même émission par le même animateur au même réseau, Jacques Languirand a démontré une simplicité et une humilité non feinte durant toute l'émission. On voyait son désir de bien faire. Il a avoué ses rêves brisés, il a décrit sa longue dépression, il a donné des trucs de son métier d'animateur. J'avais déjà beaucoup d'admiration pour «l'homme qui rit fort». J'ai maintenant un peu d'affection en plus.


Un 2e rapport à la déchiqueteuse

Après le rapport Arpin, le rapport Rochon, le rapport Clair et le rapport Ménard, le rapport Castonguay sur le financement de la santé s'en va tout droit à déchiqueteuse après 18 mois de travaux. Les commissaires ont contrevenu au credo du Parti libéral du Québec: «Read my lips. No new taxes !» Cela fait bien cinq rapports sur le financement de la santé. Pourquoi ce titre: «Un 2e rapport...» ?

C'est le deuxième rapport important, en 2 semaines, qui s'en va directement à la déchiqueteuse. La semaine passée, c'était le rapport Pronovost sur l'avenir de l'agriculture qui prenait ce chemin après 19 mois de travaux. Les commissaires avaient écrasé le petit orteil de l'Union des producteurs agricoles. Le ministre de l'Agriculture a immédiatement rejeté leurs conclusions. L'ancien ministre Joseph Facal commentait sur Bazzo.tv que le ministère de l'Agriculture au grand complet n'est pas l'organe de transmission des politiques du gouvernement aux producteurs agricoles, mais plutôt le chemin privilégié par lequel les producteurs acheminent leurs requêtes au gouvernement.

Jean Charest tergiverse. C'est le nouveau Boubou, la désignation affectueuse que l'on accolait à Robert Bourassa. Je le disais ici, le 10 juillet 2006, avant l'élection:
Jean Charest sera réélu parce que c'est le nouveau Boubou. Les Québécois aimaient bien Robert Bourassa, mou, faible, peu menaçant. Jean Charest n'est pas Robert Bourassa, mais son image publique a quelque chose de lui.
On dit que Jean Charest remonte la côte depuis qu'il est conseillé par John Parisella, l'ancienne éminence grise de Robert Bourassa. Tout se tient.


Le pire scénario pour les Démocrates

Obama monte. Il a le momentum. L'argent rentre.

Hillary ralentit. Bill se fâche. Les deux camps dénigrent l'adversaire et McCain, pratiquement nominé chez les Républicains, ramasse des arguments. Mais Hillay survit.

N'oublions pas qu'il y a 796 superdélégués non élus. Le score est de 1302 délégués élus à 1235 en faveur d'Obama. Le premier qui atteint le score de 2025 gagne la nomination. Si Obama a une majorité de délégués élus sans se rendre à 2025 et si les superdélégués permettent à Hillary de remporter la nomination sur le plancher du Congrès en août, c'est la catastrophe.

Le Parti démocrate sera scindé en deux clans. Les partisans d'Obama s'abstiendront en grande partie de voter. John McCain prendra la Maison Blanche.

dimanche 17 février 2008

Pour le suicide assisté


En bas de page, tout petit, tapi derrière l'offre spéciale d'une Hyundai Accent à 9 995 $, un entrefilet du journal de samedi attire mon attention: «Un mourant met fin à ses jours à l'Hôpital de Chicoutimi». Il s'agissait d'un cancéreux de 62 ans en phase terminale. Je le vois, aux soins palliatifs, débrancher le spaghetti des fils qui le relient à ses appareils de survie. Je le vois, les fesses à l'air, monter jusqu'au troisième étage pour être certain de mourir quand sa tête va frapper le ciment. Je le vois enjamber le balcon pendant que des employés essaient de le convaincre de ne pas sauter.

Le Journal de Québec parle d'un «désespéré en phase terminale». Allllô ? Y a-t-il quelqu'un entre les deux oreilles du journaliste ? «Un désespéré en phase terminale...» En page A-18 de La Presse: «Un mourant met fin à ses jours... ». Allllô ? Y a-t-il quelqu'un au pupître dans ce journal ? Il ne s'agit pas d'un désespéré, d'un maniaco-dépressif, d'un joueur compulsif. Il s'agit d'un mourant. Cela mérite mieux qu'un bas de page. Les employés ont essayé de le retenir. Quels employés ? Où étaient les docteurs ? Pourquoi n'a-t-on pas aidé ce mourant à finir ses jours dans la dignité, au lieu de l'obliger à s'aplatir la tête sur le ciment ?

Dans les années '50, les filles qui voulaient avorter se faisaient charcuter l'utérus et mouraient au bout de leur sang. Il a fallu que bien des filles meurent avant que notre mafia médicale ne se rende à l'évidence et ne suive le chemin tracé par le Dr. Morgentaler. Il vous faudra combien de mourants qui vont aller se péter la tête sur le ciment avant que vous ne compreniez que le droit à mourir dans la dignité, c'est plus important que de faire chik-e-chik avec la castonguette sur des personnes qui demandent sans arrêt que «le bon Dieu» vienne les chercher ?

Et vous, messieurs de l'Ordre des médecins, qui n'avez cessé dans le passé de restreindre l'accès à la profession et qui avez créé la rareté présente, rendez-vous donc utile à la population en utilisant votre force de lobbying pour obtenir des législations facilitant le suicide assisté. Il y a aussi le gros fendant de la Fédération des spécialistes et le petit fatiguant de la Fédération des généralistes qui ne cessent de se battre pour «le bien du public». Qu'attendez-vous pour mettre de la pression sur votre gouvernement préféré pour obtenir les législations qui vont vous permettre de faire un travail décent auprès des malades en phase terminale ?

Pendant ce temps-là, nos bons journalistes poursuivent sur leur narratif habituel. Ils ont demandé au coroner si «les mesures de sécurité étaient suffisantes pour éviter que des gestes comme celui-ci ne se répètent.» Et le coroner a répondu avec à propos: «Nous ne pouvons pas installer des barreaux à toutes les fenêtres. L'hôpital n'est pas une prison tout de même.»
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photo: The hospital is on fire, but doctors keep quiet, par ksenia B.

samedi 16 février 2008

Richard Desjardins selon Rogatien


Rogatien, c'est le principal personnage de l'émission TAXI 0-22. TVA le décrit ainsi: «Fort en gueule, opiniâtre, véhément, surtout pas politically correct, roi de la mauvaise foi, source intarissable d’idées et de solutions de société, grand vendeur de «sa» vérité, ce chauffeur de taxi est indéniablement le meilleur promoteur national du gros bon sens!» Rogatien pratique avec une verve intarissable une forme de «gros bon sens» qui est davantage «gros» que «bon». À preuve, l'émission de cette semaine. Une jeune femme lui fait la conversation dans le taxi:

_ Vous écoutez pas de musique quand vous faites du taxi ?

_ Non madame j’ai pas le temps !

_ Ben voyons, ça vous demande pas plus de temps écouter de la musique quand vous conduisez.

_ Si vous dites ça pour que j’en mette, enlevez vous ça de la petite tête tout de suite parce que j’en mettrai jamais dans mon taxi. Parce que la musique ça sert à e-rien !

_ Vous seriez surpris comment ça peux aider à se détendre, mon cher monsieur.

_ Elle me cherche, elle me cherche, c’est sûr…

_ J’ai un disque ici que vous aimeriez je suis certaine, c’est Richard Desjardins.

_ Richard Desjardins ! Richard Desjardins ! Enlève ça tout de suite de devant ma face quand je conduis, c’est dangereux, (bling). Richard Desjardins le (bling) d’hypocrite sale qui chante du nez, le (bling) !

_ Excusez-moi mais c’est un grand poète qui est très engagé, je ne vois pas le rapport.

_ Poète engagé, engagé par qui (bling) ? Il était même pas à la St-Jean, regarde, poète engagé ! Demain matin, mettons qu’il y a plus de poète engagé sur la planète, là ok ? F-i-ni n-i-ni ok ? Qué cé que ça va faire ? Ça va faire e-rien. Pourquoi ? Parce que ça sert à rien ! Maintenant, autre exemple ok ? Mettons que demain sur la planète il y a pu un (bling) de plombier. Pu un plombier. Terminé f-i-fi n-fi-fi ! Qué cé qui arrive ? On est toute dans la marde, parce que eux autres, madame, y servent à quelque chose pour de vrai.

_ Je ne comprend toujours pas pourquoi vous dites qu’il est hypocrite.

_ Vous voulez savoir pourquoi je pense que Desjardins est un (bling) d’hypocrite sale. Je vais vous le dire moi ! Un monsieur «aie faut pas couper les arbres parce que ça fait des trous dans la forêt, l’oxygène pis toute» ! Moi j’achète un billet pour aller voir ti-clin, le poète engagé avec des lunettes, qui chante du nez ! Il est faite en quoi son billet ?

_ …

_ C’est à toi que je parle, on es juste deux dans le taxi.

_ En papier.

_ En papier, c’est ça. Il vient du bois qu’on coupe. Ça fait que monsieur-là «il faut pas couper les arbres dans les forêts parce que c’est pas bon là», aie sa guitare, son piano, son stage sur lequel il chante ses (bling) de chansons plates, ils sont faite en quoi ? Bois, bois, bois. Le bois, il pousse pas chez Rona, il pousse dans les forêts, et il faut qu’on le coupe avant de la mettre sur les racks, là-bas.

Ça fait que, monsieur «il veux pas qu’on coupe du bois», mais moi là, si tu veux pas qu’on coupe du bois, parfait, mais je ne veux plus jamais, à partir de maintenant, te voir entouré de quelque bois que ce soit. Ta guitare, ton piano, tes cure-dents, ton patio, ton cabanon, ta maison, ton (bling) de poivrière de fif qui fais ça, d’artiste sale du plateau Mont-Royal de (blong), be-bye, je ne veux plus te voir avec du bois, même plus avec Claude. Le jour où tu seras capable de vivre sur du béton, du métal ou du (bling) de plastique à chaise de patio, on s’en reparlera, monsieur «Erreur boréale».

Y a-tu d’autres chanteurs que t’aimes que tu veux qu’on rase ?___________________________________________________________

photo: Giant Lumberjack, par Sunfrog1.

jeudi 14 février 2008

Ma St-Valentin, la vraie histoire


Quand je me suis levé ce matin, le soleil caressait les bancs de neige du quartier. Le doux temps avait succédé au vent du nord et l'air frais donnait plaisir à respirer. La tempête d'hier avait laissé partout un manteau scintillant de propreté.

C'est ainsi qu'a débuté ma journée de la St-Valentin. Je vous la raconte parce qu'il s'est passé aujourd'hui des choses extraordinaires. Des choses triviales mais vraies. Des choses vraies et qui n'arrivent pas tous les jours. Donc extraordinaires.

Les jeudis, quand j'ai l'auto, sont des journées très occupées. À mon premier arrêt, je suis allé au CLSC pour ma prise de sang. La grande infirmière, une nouvelle, prépare ses affaires. Elle me jette un bref regard de côté et elle retient un gloussement.

_ Vous n'allez quand même pas rire de moi ?, lui dis-je à la blague.
_ Non, c'est pas ça. Vous avez de beaux yeux. C'est assez commun les yeux bleus, mais les vôtres sont d'un bleu particulier.

Puis, l'infirmière effectue le prélèvement. Elle me remet mes papiers, me donne une petite tape sur l'épaule et me glisse gentiment: «Bonne St-Valentin». Déjà là, ma journée était faite, et il n'était que 10 heures.

Quand c'est le jour de l'épicerie, je vais déjeuner au restaurant. Je commande des crêpes avec de la saucisse. Je lis le Journal de Montréal. Richard Martineau extrapole à partir de l'exemple de Sarko et il conclut que nous les hommes, quand une femme nous remarque, on devient tous des imbéciles. Je suis bien d'accord. En quittant, je donne le même pourboire que d'habitude à la même serveuse que d'habitude. Elle me regarde avec un beau grand sourire: «Et bonne St-Valentin !»

L'autre jour, j'ai oublié sur le feu un vieux chaudron d'un litre et quart. Je me rends donc chez La Baie à Rosemère pour le remplacer. Je blague avec la vendeuse: «Je voudrais un chaudron. C'est un cadeau de la St-Valentin pour ma compagne.» Tout de suite, elle joue le jeu. Et tout en blaguant, on fait le tour de la marchandise, je me retrouve avec un magnifique chaudron en stainless qui peut aller au four, offert avec une réduction de 40 % du prix de vente. Elle me présente une petite carte où le client donne son évaluation sur son séjour à La Baie. Je la remplis et je note le nom de la vendeuse avec ces mots: «Excellent service» et «Bon sens de l'humour». Non, elle ne m'a pas souhaité «Bonne St-Valentin», mais c'était plus drôle.

C'est ensuite le tour du magasin Mondou où je dois me procurer un sac de 18 kg de tournesol noir. Je le place sur le chariot et j'arrive à la caisse. Je paye. Et vous savez quoi ? La petite demoiselle frêle comme tout m'offre d'aller porter le sac dans l'auto. Je m'étonne et je fais valoir le peu de muscles qu'il me reste, les comparant à ceux qu'elle n'a pas. «Mais j'ai du nerf, vous saurez» me répond-elle avec son plus beau sourire. J'ai quand même apporté le sac à l'auto. Il faisait un magnifique soleil au-dessus d'un doux temps.

La pharmacie étant sur mon chemin avant d'arriver à l'épicerie, je m'y rends. C'est une très grosse pharmacie. Il y a au moins une dizaine de personnes derrière le comptoir des remèdes, et elles sont toutes très occupées. Celle qui reçoit mes prescriptions à renouveler a un visage plutôt ingrat, mais son sourire est éblouissant. Quand à l'autre jeune fille qui me donne mes médicaments, elle est elle aussi dotée d'un visage ingrat et d'un sourire éblouissant. Il n'y a pas d'échange de dialogue, seulement les échanges usuels liés à la transaction. Je flotte quand même, dans cette aura de bonne humeur.

Il faut que je vous dise. Les pharmacies offrent depuis toujours des rabais sur le papier hygiénique. Quand j'étais jeune, je voyais des personnes agées se présenter au comptoir avec le maximum admissible de paquets de rouleaux hygiéniques pour bénéficier du rabais. Je me souviens de m'être dit: «Je ferai cela quand je serai vieux». Je l'ai fait aujourd'hui pour la première fois. Douze rouleaux doubles pour 5,99 $, ce n'est quand même pas rien. J'ai pris le maximum admissible, trois paquets. J'arrive à la caisse. C'est Naomi Watts qui est là. Parmi les caissières de cette pharmacie, il y a trois sosies de stars: Cameron Diaz, Britney Spears et Naomi Watts.

Naomi donc, pendant qu'elle effectuait la transaction avec la cliente précédente, me dit comme cela: «Vous pouvez déposer vos paquets sur le comptoir,... à moins que vous ne vouliez vous faire des muscles !... Mais j'oubliais, à votre âge, ce n'est plus nécessaire d'avoir des muscles...» Amusé, j'essaie d'intervenir: «Ah ben, vous là...» Elle poursuit: «Non non, ce n'est pas ça que je veux dire, c'est que ce sont les plus jeunes qui veulent avoir des muscles...» Ce fut un autre joli moment. Je sortis de la pharmacie enchanté. Ah, j'oubliais: maintenant, quand on entre dans cette pharmacie, il y a une jeune fille à la porte qui nous sourit et qui nous demande si elle peut nous aider. Là, on en sort peut-être encore malade, mais il est difficile d'en sortir maussade.

Notre long périple nous amène maintenant à l'épicerie. Rien de bien spécial ne s'y déroule, si ce n'est qu'ils ont changé de place le présentoir de fromage en grains «frais du jour». Je m'informe. Je pars dans la mauvaise direction. Et la dame trottine derrière moi en m'appelant. Comme je suis à moitié sourd, je ne l'entends pas, et cela lui prend un bon 30 mètres avant de me rejoindre. Confus, je la remercie de son attention. Elle aurait bien pu me laisser tomber et personne ne l'aurait blâmée.

Autre petit changement à l'épicerie quand j'arrive à la caisse. Le protocole suivi par les caissières de ce magasin veut que la caissière dise «Bonjour» au client. Le sourire est facultatif. Aujourd'hui, c'est la petite asiatique qui me reçoit. Elle sourit et elle me dit: «Bonjour, comment allez-vous ?» Je retrouve mon sourire des grands jours. Eh que c'est donc simple, être heureux !

Le soir, après le souper où je lui ai offert une douzaine de roses et un chaudron en stainless, je raconte ma journée à ma chère compagne. Taquineries. Doutes. Non... J'exagère. Pas du tout. Je ne sais pas. Et là le téléphone sonne. Ma compagne répond. C'est une voix féminine et cette personne veut me parler. Elle commence son appel en me souhaitant «Bonne St-Valentin !», ce que je m'empresse de lui souhaiter à mon tour. Puis, ma médecine, comme je l'appelle parfois, me donne le résultat de mon test sanguin du matin et elle me fait part de ses instructions pour les suites à donner.

Quelle journée ! Était-ce le temps doux ou la St-Valentin ? Était-ce la gentillesse qui vient facilement aux femmes devant les enfants, les petits vieux et les chiens de moins de cinq kilos ? Avais-je une couette retroussée qui me donnait un air comique ? Ce fut une belle journée, une des plus belles depuis longtemps. Richard Martineau a bien raison de dire que devant le charme d'une femme, nous ne sommes que des imbéciles. Des imbéciles heureux.
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photo: Happy-Valentine's Day II, par Etolane.

mercredi 13 février 2008

La crise financière


Il y a d'abord eu des hypothèques de faible valeur faites à des gens qui n'avaient pas les moyens de rembourser. On a regroupé cela en gros paquets. Et comme c'était plus risqué que des bonnes hypothèques, les vendeurs de ces paquets d'hypothèques risquées payaient une prime aux grosses entreprises qui s'en servaient pour donner une meilleure valeur à leur liquidités à court terme. Ce sont les subprimes. La Caisse de dépôt en a acheté, la Banque Nationale, Jean Coutu, presque tout le monde.

Quand la bulle des subprimes a éclaté, plus personne ne voulait en acheter. Les grandes entreprises se sont retrouvées avec ces paquets d'hypothèques dans leurs bilans, sans pouvoir rien faire pour s'en débarrasser et retrouver les liquidités nécessaires au fonctionnement de leurs entreprises.

La crise de liquidités causée par la perte de confiance dans les subprimes risque de s'étendre à d'autres instruments de crédit. L'évaluations des pertes dues à la crise des subprimes qui s'établissait à 140 milliards de dollars pourrait s'élever jusqu'à 400 milliards, ce qui signifierait jusqu'à 1000 milliards de pertes pour les institutions sur l'ensemble de leurs instruments de crédit.

Les sommes que les institutions de crédit peuvent prêter sont liées à la taille de leurs fonds propres dans un ratio d'environ 1 pour 10. Si elles ont 1$, elles peuvent en prêter 10$. Si elles perdent 1000 milliards de dollars de leurs fonds propres, c'est 10 000 milliards de dollars en moins qui deviendront disponibles pour les prêts à la consommation et les prêts aux entreprises. La rareté du crédit va faire hausser les taux d'intérêt, même si la Fed baisse les siens, parce que les prêteurs vont exiger une prime de risque. Le cash va être roi.

Consommation en baisse + production au ralenti + hausse des taux = récession, dirait Einstein.
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photo: Contre info.
texte: d'après Contre info, d’après Forbes.

lundi 11 février 2008

Photos d'Afghans, en vrac


photo: Story Lines, par twocentsworth.



photo: Against All Odds, par twocentsworth.



photo: Reaching Out, par twocentsworth.



photo: Infinite Wisdom, par twocentsworth.


photo: sans titre, par submarginals.

dimanche 10 février 2008

Manchettes afghanes en vrac


Le magazine électronique e-ariana ne rapporte que des nouvelles qui concernent l'Afghanistan. Voici les manchettes de quelques-unes d'entre elles, en vrac: (N.T.)










Le rapport Manley nous dit que 1 000 soldats de plus vont régler le problème ?

La firme indienne de comptables qui fait l'audition de la Banque centrale afghane comprend 10 associés et un personnel de 50 personnes. Et elle a d'autres clients.

Où sont passés nos milliards de dollars ?
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photo: Afghan Children, par Mr.Lobo.

samedi 9 février 2008

Les superdélégués


David Shuster, animateur à MSNBC, dit que Hillary Clinton «prostitue» sa fille Chelsea en lui demandant d'appeler les «superdélégués» en vue de sa candidature à la présidence. Les observateurs de la politique américaine notent qu'il y a longtemps qu'on a vu deux candidats presqu'à égalité après le Super Mardi du 5 février dernier, et qu'en conséquence, le vote des «superdélégués» risque d'être crucial. On vient d'enlever au sénateur Joe Liberman le statut de «superdélégué» à la Convention démocrate parce qu'il appuie John McCain.

Mais qui sont ces superdélégués «démocrates» ? Les superdélégués sont la dernière soupape de la ploutocratie américaine qui veut s'assurer que même le Parti démocrate, le parti des pauvres et des dévavorisés, reste au service des riches. Les superdélégués sont des millionnaires qui ont rendu service au Parti démocrate à un moment donné de leur vie. La liste inclut tous les membres démocrates du Congrès, les gouverneurs démocrates, divers officiels à des postes électifs, les membres du Comité national du Parti démocrate, les anciens vice-présidents démocrates, les anciens leaders au Sénat du Parti démocrate, les anciens speakers démocrates à la Chambre des représentants, les leaders au Congrès des minorités démocrates et enfin, tous les anciens présidents du Comité national démocrate.

Les superdélégués sont au nombre de 796. Voici la liste de ceux qui se sont prononcés sur les candidats et la liste de ceux qui ne sont pas encore prononcés. Les superdélégués comptent pour à peu près 20 % de l'ensemble de la délégation au Congrès à l'investiture qui se tiendra au Pepsi Center de Denver, Colorado, du 25 au 28 août 2008. Ces 20 % de millionnaires détiennent la balance du pouvoir sur le plancher de la Convention. Les riches ne seront pas oubliés. Certains vont même jusqu'à dire que cela risque de démotiver le «monde ordinaire» qui se fait élire au cours des primaires qui se tiennent dans les divers états.

Tous les gens qui commentent l'élection américaine font dans l'euphémisme. Cette démocratie affligée d'à peu près tous les vices que vous pouvez imaginer, cette tyrannie de l'exécutif déguisée en démagogie, ces élites qui piétinent la plus généreuse Constitution écrite par les Pères de la nation américaine sont tour à tour louangées par des commentateurs qui trouvent ça BIG. Des dizaines de millions de dollars par ci, des centaines de millions de dollars par là. Ouais, c'est BIG.

Vincent Marissal va même jusqu'à parler ouvertement de problèmes de fric:

L'autre problème majeur de ce système de primaires, c'est le fric. L'idée originelle de rapprocher le peuple de la politique était certes noble, mais les campagnes sont devenues d'énormes entreprises inaccessibles dépensant des dizaines, voire des centaines, de millions de dollars. L'exercice tourne donc en un immense concours de popularité, où les favoris inondent les ondes de messages publicitaires à coups de millions et s'en remettent essentiellement à la couverture télévisuelle des grands réseaux et des talk shows de fin de soirée. Sans compter les Oprah Winfrey, Magic Johnson et Chuck Norris, qui viennent aussi élever le niveau de glamour, et les spécialistes de «dirty politics», des mercenaires qui préparent en coulisses les coups bas contre l'adversaire.
Mais Vincent Marissal, après avoir décrit le fonctionnement d'une ploutocratie, ne va pas jusqu'à appeler un chat un chat.

Est-il jamais venu à l'esprit des gens que les peuples qui ne vivent pas encore en démocratie peuvent avoir des doutes quand on vient leur proposer une ploutocratie à l'américaine, et à coups de bazooka en plus ?
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photo: Constitution, par turtlemoon.

vendredi 8 février 2008

Ode au 400 ème de Québec


Il y a longtemps que je professe que rien de change. Depuis 13,7 milliards d'années, il ne s'est pas ajouté un seul quark à la masse de notre univers. Rappelons-nous ce poème écrit à l'occasion du 300 ème anniversaire de la ville de Montréal:

Au Sieur de Maisonneuve et à ses compagnons

Oué!...En mil-neuf-cent-quarant'-deux
On fêt'ra votr' tricentenaire.
Non! ça va-t-i' êtr' beau, mes vieux!
Beau! à 'n'en tomber su'l'derrière!

J'vous dis, mes gars, qu'déjà ell' s'plante
Pour vous fêter comm' des p'tits fous,
Notre admirable' CLASS' DIRIGEANTE
Qui nous dirige toujours dans l'trou

Vous allez voir nos « patriotes »
Se louer chacun un Prince-Albert,
Un' chemis' nette et puis des bottes
Pour fair' des discours en plein air.

Vous entendrez à tour de bras
Des grand's parlott's à trois étages
Des conférence's à falbalas
Puis des poèm's de quinz' cents pages!

On va 'n'user du cuir à s'melles
À suivr' des mill's de processions
Derriè' des chars qui nous rappellent
« NOS GLOIR'S » en costum's d'chez Ponton.

Nos sociétés d'endormitoires
Vont vous chanter, « nobles aïeux » ! ...
On vit rien qu'pâmés d'GRANDE HISTOIRE,
C'est pour ça qu'on est tous gueux.

On est si fier de notr' passé
Qu'on vit toujours, la têt' dans l'dos.
Pendant c'temps-là, on s'fait r'passer
Par d'autr's qu'ont moins l'cult' des héros.

On est rien qu'des fils à pap
Qu'ont gaspillé votre héritage;
Des « sans desseins » qui voient mêm' pas
Qu'nous v'là réduits à l'esclavage.

Nous autr's vos fils, grands conquérants,
Nous autr's vos fils, pèr's si notables,
On n'a même' pas en têt' d'nos rangs
Un chef qu'est à peu près montrable!

Fils des bâtisseurs du pays
Et des grands ouvreurs de frontières,
Nous autr's on bâtit des ... taudis,
Nous autr's, on ouvr' ... des pissotières.

Ceux qui d'vaient êtr' nos dirigeants
Nous ont vendus avec notr' terre;
Y'ont pensé rien qu'à s'fair' d'l'argent
Jusqu'en trafiquant d'notr' misère.

... Venez la voir, notr' Rac' si fière!
V'nez nous voir, c'est éblouissant!
C'pour ça qu'vous avez nobles pères,
Versé vos sueurs et puis votr' sang!

Jean Narrache

J'parl' pour parler,
Éditions Bernard Valiquette,
Montréal, 1939
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illustration: image de Jean Palardy réalisée pour le recueil de Jean Narrache, tirée du blogue de Jean-Louis Lessard. Avec une pensée émue pour Jean-Guy Lavigueur et sa Micheline. Et j'ajoute: «Honni soit qui mal y pense.»

jeudi 7 février 2008

Faut pas rêver



Il faut rêver. Je suis de ceux qui pensent que les rêves collectifs sont aussi importants pour une société que les rêves personnels pour les individus. Ces rêves partagés sont l'architecture du monde que nous allons construire. L'élément important de la dernière phrase, c'est le «nous». Il faut rêver sur ce que nous avons le pouvoir de faire, de changer.

Cette année, la course à l'investiture américaine suscite beaucoup d'intérêt partout. C'est dire à quel point l'actuelle administration des États-Unis a eu un impact important sur la géopolitique de notre monde ces dernières années. Et un impact qui ne fut pas des plus heureux.

Tous les observateurs veulent du changement. Même les américanophiles primaires, pour qui critiquer le président Bush fait de vous un suppôt de Ben Laden, en ont maintenant marre. Tous espèrent du changement. Tous rêvent de changement.

Richard Nixon a été élu en '68 et réélu en '72 pour mettre fin à la guerre du Vietnam. Quand on l'a mis dehors en '74 à la suite du scandale du Watergate, l'armée américaine occupait encore Saïgon. Alors, essayez de deviner ce qui va se passer en Irak quand les deux principaux meneurs dans la course, Hillary Clinton pour les Démocrates et John McCain pour les Républicains, sont de farouches partisans de la guerre.

John McCain voulait envoyer plus de troupes au Kosovo. Il voulait envoyer plus de troupes en Irak. Il veut renverser plus de gouvernements dans les «états voyous» qui menacent les valeurs américaines. Il s'oppose à un calendrier de retrait en Irak, «même si c'est dans cent ans !».

Hillary Clinton, «déesse de la guerre», a voté pour donner un chèque en blanc à l'administration Bush concernant la guerre en Irak. Elle ne l'a jamais regretté, affirmant seulement que la guerre avait été mal conduite. Elle a donné le même chèque en blanc pour la guerre en Iran, votant également pour déclarer terroristes les Gardiens de la révolution islamique. S'adressant aux étudiants de l'Université Princeton, elle a blâmé l'administration Bush d'ignorer la menace que représente l'Iran.

Vous savez quoi ? Hillary Clinton va gagner l'investiture démocrate. On n'entend parler que d'argent, dans la course Obama-Clinton. Obama a reçu x millions. Clinton s'est prêtée y millions. La course a coûté jusqu'ici z millions. L'Amérique est une ploutocratie. Obama a de l'argent, mais Clinton en a plus. Et là, en novembre, le peuple américain aura le choix entre la guerre en jupon ou la guerre en culottes.

Seul le peuple américain a droit à ce rêve collectif de mettre fin à la guerre en votant Obama. Mais il ne le fera pas, car il ne saura jamais que c'est cela l'enjeu, malgré toutes les informations dont les médias de masse vont le bombarder. D'autres diraient: à cause de toutes les informations dont les médias de masse vont le bombarder.

Quant à nous, bien... , faut pas rêver.
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photo: Une caricature de PabloOnPolitics.

mercredi 6 février 2008

Sarko et Carla selon Anne

Anne Roumanoff, qui vient nous voir tous les étés au Festival Juste pour rire, fait un malheur chez les internautes français. Plus de 3 millions d'entre eux sont allés voir ce sketch. Elle est sans pitié pour le couple royal français, et c'est drôle en plus.

mardi 5 février 2008

Les Lavigueur: le narratif

Voici une «brève» définition de ce qu'est le narratif d'un sujet traité par les médias:

In media terms, narrative is the coherence/organisation given to a series of facts. The human mind needs narrative to make sense of things. We connect events and make interpretations based on those connections. In everything we seek a beginning, a middle and an end. We understand and construct meaning using our experience of reality and of previous texts. Each text becomes part of the previous and the next through its relationship with the audience.

Pour les médias, le narratif est la cohérence et/ou l'arrangement que l'on confère à une série de faits. L'esprit humain a besoin de narratif pour comprendre le sens des choses. Nous faisons des liens entre les événements et nous construisons des interprétations en fonction de ces liens. En toutes choses, nous recherchons un commencement, un milieu et une fin. Nous comprenons et nous établissons le sens des choses en nous servant des notre expérience de la réalité et des textes précédents. Chaque texte devient à son tour un des textes précédents et le suivant le sera aussi en autant qu'il sera familier au public. ( N. T. )
L'histoire des Lavigueur traitée par les médias ne fait pas exception. Elle possède un narratif qui lui est propre. Et ce n'est pas que les Lavigueur sont des morons. Le narratif de l'histoire des Lavigueur, c'est que les pauvres sont des morons, que les pauvres sont des épais, qu'ils boivent de la bière, qu'ils sont sur le BS, et qu'ils ne sont pas présentables s'ils ne sont pas appuyés par François Saillant, Françoise David, Dan Bigras, ou un avocat compétent, ou une firme de relations publiques.

Et pour qu'il n'y ait pas de confusion, je précise tout de suite que je trouve que François Saillant, Françoise David et Dan Bigras sont des personnes admirables. Leurs talents sont très vastes et ils auraient pu faire plein de fric dans les départements de marketing du merveilleux monde capitaliste. Ils ont choisi de s'occuper des plus démunis, et c'est tout à leur honneur. Mais il n'y a que leurs pauvres qui trouvent grâce aux yeux des médias. Les autres, les Lavigueur, c'est pas pareil. C'est de leur faute s'ils sont pauvres. Ce sont des morons. Et on fesse dans le tas.

Le premier à sonner l'hallali en 2008 fut Pierre Foglia. Oui oui, le même qui déclara aux Francs-Tireurs: «Je n’aime pas avoir à faire de l’opinion, même si c’est ça qui marche, j’aime mieux installer des ambiances.» Or donc, l'humble chroniqueur, à son corps défendant sans doute, et avant même que le premier épisode de la série Les Lavigueur, la vraie histoire ne soit diffusé, a donné le ton en ressuscitant le vieux narratif de l'histoire de la famille Lavigueur:

Parlons maintenant de cette constance dans ma carrière : le mensonge. Pas celui que moi, journaliste, je ne vous ai pas fait. Le contraire : celui que vous, lecteurs, vous de toutes les classes sociales, de toutes les professions, vous politiciens, artistes, sportifs, gens ordinaires, vous les Lavigueur du quotidien, mon sujet préféré, m’avez si souvent fait quand je suis allé vous rencontrer (...)

La version que vous verrez ce soir est entièrement adaptée d’un livre écrit pas (sic) un des fils Lavigueur. Un livre écrit en toute objectivité, bien entendu, par une des principales victimes du cirque médiatique dénoncé.

Trêve de persiflage, permettez que je vous envoie chier, messieurs les auteurs de cette vérité vraie ? Vous êtes les premiers cette année, je vous félicite. (N.S.)
Vous avez compris ? Les Lavigueur sont des menteurs. Et Jacques Savoie, le scénariste respecté de Joseph-Armand Bombardier, Les orphelins de Duplessis et René II entre autres, un expert dans la recherche et la scénarisation d'événements historiques, Jacques Savoie qui a fouillé de fond en comble l'histoire des Lavigueur, Jacques Savoie aurait stupidement bu le Kool Aid d'Yve Lavigueur ? Et après avoir persiflé le travail du scénariste, l'humble chroniquer l'envoie chier, avec délectation semble-t-il.

Non, l'histoire est plus simple. La série Les Lavigueur, la vraie histoire ne cadre pas avec le narratif imposé par les médias dans le passé. Les esprits lourds, ou moins souples, ont de la difficulté à briser leurs vieux schémas narratifs. Et ils vont bien sûr s'y opposer. Comme ce bon vieux monsieur Foglia. Et il ne faut pas s'y tromper. Le fait que que l'humble chroniqueur déclare: «Je ne défends pas non plus une confrérie dont je me sens plus ou moins partie», ressemble beaucoup à la déclaration du représentant de la compagnie Frigidaire qui descend de l'avion à Kuujjuaq: «Je ne suis pas venu vous vendre des réfrigérateurs.»

Une fois que le pape des intellos branchés, et par ailleurs humble chroniqueur, se fût prononcé, la digue fut ouverte à tous les débordements. Marie-France Bazzo qui n'aime pas les séries de «corde à linge» déclara que Les Lavigueur, la vraie histoire était la première production télé de l'ère adéquiste. Autrement dit, les pauvres, c'est quétaine. En plein dans le narratif retrouvé.

André Dubois, le scénariste du Bye Bye 86 qui ridiculisait la famille Lavigueur en faisant ramper Louise pour avoir son argent, n'a aucun regret. Il ne pense pas que c'était méchant, vu que c'était écrit en alexandrins. Le journaliste Richard Therrien rapporte: «Plus de 20 ans plus tard, André Dubois ne regrette pas d’avoir écrit cette parodie. «C’était un bon sketch, je l’ai revu avec plaisir récemment», dit-il.» Autrement dit, les pauvres qui gagnent à la lotterie, ils se prennent pour d'autres.

Yves Boisvert, un collègue de l'humble chroniqueur, nous fait un papier sur un digne représentant de Thémis qui avait oublié de nous dire des choses il y a 22 ans: L'autre vraie histoire des Lavigueur. J'ouvre le journal en tremblant. Quoi, la société Radio-Canada m'aurait-t-elle trompé ? Il y a une autre vraie histoire ? Jean-Guy Lavigueur n'aimait pas sa femme ? Il a violé sa fille ? Il s'est vraiment fait livrer un «truck» de bière et il est mort après l'avoir bu ? L'autre vraie histoire des Lavigueur. Ciel et pattes de gazelle, qu'a donc découvert mon quotidien préféré avec ses moyens d'enquête extraordinaires, la finesse de ses analyses et sa fidélité aux narratifs courants qui font qu'on comprend mieux le monde en le fréquentant ? Il a découvert, tenez-vous bien, que Louise a vraiment rencontré son papa, sa soeur et ses frères au Sheraton de Laval, que c'était en l'absence de ses avocats et de son tuteur, qu'ils se sont embrassés, qu'ils ont peut-être conclu une entente illégale sur le partage du magot et qu'ils ont commandé «une Molson, un coco cognac, un Bloody Mary, un rhum Bacardi, un Captain Morgan brun, trois boissons gazeuses et deux poutines, comme en fait foi la facture de l’hôtel.» On s'en doutait. Encore le narratif. Autrement dit, quelle bande de quétaines. Ils sont millionnaires, ils sont au Sheraton et ils commandent de la poutine ! Ah les pauvres ! Il n'y a vraiment rien à faire avec ça.

Et cela continue.

Le disciple de Thémis se fend d'une longue lettre pour expliquer que le tuteur était un bon garçon, ayant travaillé bénévolement pour une lointaine cousine qu'il ne connaissait pas avant que la famille ne gagne à la loterie. L'avocat est aussi d'avis que «les droits d'un enfant ont été bafoués». Si tout son écheveau légal s'est emmêlé, c'est que Louise n'a pas compris les tenants et aboutissants de la loi et des procédures entreprises pour elle. Elle a préféré l'amour de sa famille à la justice. On revient au narratif. Les pauvres sont des épais.

Aujourd'hui, le journaliste Martin Croteau poursuit dans la trame du narratif. L'avocat du tuteur menace de poursuivre Yve Lavigueur: ««Je suis certain que, si la vérité sort, il y aura des personnes qui auront à s'expliquer devant la justice», estime Jean Bernier, faisant allusion à Yve Lavigueur, le frère de Louise, qui a activement participé à la réalisation de l'émission.» Autrement dit, les pauvres sont taillables et corvéables à merci. Les avocats n'ont pas fini de lui faire cracher son argent, s'il en a encore.

Même le gentil et subtil Marc Cassivi s'y est mis lui aussi: «Ce qui m'a dérangé, c'est de prétendre qu'on présente «la vraie histoire» des Lavigueur. Je comprends qu'on ait voulu rétablir certains faits, à la lumière de toutes les faussetés qui ont été dites et écrites sur cette famille. Mais de prétendre que ceci est la «vraie histoire», alors que c'est l'interprétation d'un des fils (Yve), me semble plus qu'ironique.» Autrement dit, si Pierre Foglia a dit que ce n'était pas la vraie histoire, ça doit être vrai que c'est faux. On revient au vieux narratif.

J'arrête là.

Réfléchissons un instant sur la puissance d'un narratif dans les médias. L'expérience et les recherches de Jacques Savoie, la puissance créative et le talent de Sylvain Archambault, le rayonnement et l'impact de la Société Radio-Canada n'ont pas réussi à infléchir les médias dans leur volonté de dénigrer ces pauvres Lavigueur. C'est leur monde. Ils l'ont créé.

Pendant de temps, il y a plus de 1,6 millions de pauvres et de paumés comme moi qui suivent la série avec ravissement et qui se sentent confusément vengés. Vengés de quoi ? On ne le sait pas. On est comme cela, les pauvres, on ne sait pas définir les problèmes, on est confus. Dans le fond, c'est bien de notre faute, si on est pauvres.

lundi 4 février 2008

À la mémoire de sir Winston


UKTV Gold a fait un sondage auprès de 3000 Britanniques pour tester leurs connaissances en histoire en leur demandant si des personnages connus avaient réellement existé ou s'ils n'étaient que des personnages fictifs. Les résultats ouvrent une fenêtre fascinante sur l'influence que les médias populaires ont eu sur la perception de l'histoire par les gens.

Ainsi, le public britannique pense que ces personnages fictifs ont réellement existé:

1) Roi Arthur – 65%
2) Sherlock Holmes – 58%
3) Robin Hood – 51%
4) Eleanor Rigby – 47%
5) Mona Lisa -35%
6) Dick Turpin – 34%
7) Biggles – 33%
8) Les trois mousquetaires– 17%
9) Lady Godiva – 12%
10) Robinson Crusoé – 5%

Et ils pensent que ces personnages réels n'étaient que des mythes:

1) Richard Coeur-de-lion – 47%
2) Winston Churchill – 23%
3) Florence Nightingale – 23%
4) Bernard Montgomery – 6%
5) Boudica - 5%
6) Sir Walter Raleigh – 4%
7) Duc de Wellington - 4%
8) Cléopâtre - 4%
9) Gandhi – 3%
10) Charles Dickens - 3%

Very stange indeed, vingt-trois pourcent des Britanniques pensent que Winston Churchill n'a jamais existé. Et quand je me remémore le parcours du vieux lion, je me demande aussi si un tel personnage a jamais pu exister.
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photo: Statue de Winston Churchill, Parliament Square, Londres, par Ian Britton.

dimanche 3 février 2008

La civilisation progresse


Cette illustration est un démenti formel aux pessimistes qui pensent que la civilisation régresse. Voyez l'indiscipline des joueurs en 1895 et comparez avec le spectacle que nous offre le football aujourd'hui...

Bon Super Bowl à tous les amateurs !
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Illustration: The Great Football Match Down in Hogan's Alley, New York World, 22 décembre 1895.

samedi 2 février 2008

Propaganda à la Rove


La maison Lux vient de publier Propaganda - Comment manipuler l’opinion en démocratie, par Edward Bernays. L'auteur, considéré le père de l'industrie des relations publiques, a d'abord publié le livre en 1928. Il affirme qu'en démocratie une élite éclairée doit manufacturer le consentement des masses populaires «par l'impulsion, l'habitude ou l'émotion». Dans la préface du livre, Normand Baillargeon fait une critique moderne de cette conception cynique de la démocratie. Le livre a été recensé de belle façon par Louis Cornellier et Daniel Lemay.

J'entends souvent la question, et quand je ne l'entends pas, je la devine: «Si Bush est si stupide que cela, comment se fait-il qu'il a si bien su manipuler le peuple le plus riche et le plus instruit de la terre pendant 8 ans ? Le fantôme d'Edward Bernays vient de sortir de sa tombe pour vous le dire: «par l'impulsion, l'habitude ou l'émotion».

L'impulsion: Bush pledges to get bin Laden, dead or alive, USA Today, 14 décembre 2001.
L'habitude: L'administration Bush a menti 935 fois sur l'Irak !.
L'émotion: The Fear Factory, par Guy Lawson, RollingStone, 25 janvier 2008.

Un autre article de RollingStone sur le même sujet est vraiment extraordinaire et vaut le déplacement: Truth or Terrorism? The Real Story Behind Five Years of High Alerts. Il retrace 17 faux événements qui ont servi à déclencher des alertes au terrorisme pour distraire l'opinion publique d'une mauvaise nouvelle concernant l'administration Bush. Je vous livre le premier et le dernier:


February 12, 2002

The Threat: Yemenite terrorist set to attack U.S. — today! "I want, to encourage... all Americans everywhere to be on the highest state of alert," warns Attorney General John Ashcroft.

The Reality: The threat hadn't been corroborated by U.S. intelligence agencies — and the evidence actually pointed to an attack not in the U.S., but in Yemen.

The Real News: Announced the same day that Enron CEO Ken Lay appeared before Congress, and a week after the White House was instructed not to destroy its Enron-related documents.


July 10, 2007

The Threat: Homeland Security chief Michael Chertoff warns of his "gut feeling" that the U.S. is entering "a period of increased vulnerability" of attack from terrorists: ?Summertime seems to be appealing to them.?

The Reality: Chertoff subsequently confessed, "We don't have specific intelligence about an attack, that is, a particular attack against the homeland, that is imminent or scheduled for the summer."

The Real News: Two days later, the intelligence community revealed Al Qaeda's strength was "undiminished" in spite of six years of the "War on Terror."
Pourquoi ce titre, Propaganda à la Rove ? Simplement pour rappeler que George W. Bush est un excellent haut-parleur mais que le vrai maître de la propagande de l'administration américaine était sans nul doute Karl Rove.
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photo: Karl Rove, par MatthewBradley.

vendredi 1 février 2008

Salade de saison XXVI

On ne nous dit pas tout (1)

Bernard Landry, Jean-François Lisée, François Rebello et Joseph Facal ont publiquement pris position pour un moratoire sur la réforme scolaire. Pauline Marois s'oppose au moratoire et propose de simples amendements.

Joseph Facal nous a assurés à Bazzo.tv que les quatre ténors péquistes ne s'étaient pas concertés. Mettons. Cela veut dire que les quatre ténors ont choisi séparément d'affronter Pauline Marois, initiatrice de la réforme scolaire et actuel chef du Parti québécois.

C'est encore pire. Il n'y en a pas un dans le groupe qui a pensé à appeler Pauline Marois pour en discuter avant de prendre position publiquement sur un sujet qui touche aussi fortement leur propre chef ? On ne nous dit pas tout.


On ne nous dit pas tout (2)

Dans «l'affaire Guy Lafleur», la foudre et les éclairs ont été déclenchés par Claude Poirier: «Comment se fait-il qu'on ait procédé par voie de mandat d'arrêt plutôt que par sommation ?» Claude Poirier sait pourtant que dans le cas d'une célébrité comme Guy Lafleur, chaque geste de la Couronne est posé après mûre réflexion et après consultation exhaustive de toutes les instances concernées.

Alors je pose la question: «Comment se fait-il que Claude Poirier pose cette question ?» On ne nous dit pas tout.

Cela posé, je le dis tout de suite: si on me nomme juré pour ce procès, j'acquitte.


On ne nous dit pas tout (3)

Vincent Lacroix en a pris pour 12 ans moins un jour. Comme ses crimes n'impliquent pas de violence contre la personne, il sera admissible à une libération conditionnelle après deux ans moins six jours. Qu'advient-il des 115 millions de dollars dont on a perdu la trace ? Dans deux ans, ira-t-il s'installer sur une île paradisiaque pour nous regarder pelleter nos entrées de garage sur son écran plasma 70 pouces ? On ne nous dit pas tout.


On ne nous dit pas tout (4)

Le prochain Super Bowl me remplit d'inquiétudes. Je veux bien sûr que le Patriots de la Nouvelle-Angleterre gagnent. Mais seront-ils trop confiants après avoir tout balayé cette année ? Belichick oubliera-t-il un détail ? Y a-il quelqu'un d'assez gros pour arrêter Brandon Jacobs, 6' 4", 265 lbs à jeun, sur la ligne défensive des Pats ? Randy Moss va-t-il enfin réussir à se démarquer de ses couvreurs ? Le ballon va-t-il rouler pour les Pats ? Comment va la cheville droite de Tom Brady ? En fait, je suis très inquiet parce que ... on ne nous dit pas tout !