Les critiques sont unanimes. Chez Bazzo, Jean Barbe, Pascale Navarro et Réjean Thomas ont bien aimé La haine de l'Occident par Jean Ziegler. De 2001 à 2008, le sociologue a été rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation. Il a rencontré dans des villages déshérités des gens qui ne parlent pas et qui ont faim. Il a participé à des rencontres internationales où les gens parlent beaucoup et n'ont pas faim.En général, je me méfie de la théorie du battement d'aile de papillon qui veut que si j'achète du café Maxwell House ( 4,99$/kg chez Jean Coutu cette semaine), un paysan misérable va mourir de faim quelque part sur la planète. Je ne vois tellement pas d'alternative à l'organisation capitaliste (civilisée) des relations économiques entre les individus et les états que j'ai en général des problèmes à digérer les dénonciations échevelées de notre opulence en regard de la misère des populations démunies.
Mais je ne suis pas complètement insensible. Et je veux bien que Jean Ziegler me brasse les idées et réveille ma mauvaise conscience de nanti. Quand je dis nanti, je parle de ma condition d'Occidental bénéficiant d'une petite retraite et d'un toit pour abriter mes vieux os perclus d'arthrose. Nanti..., nanti..., faudrait quand même pas charrier. Alors, c'est dit, je vais chez Renaud-Bray acheter cet après-midi La haine de l'Occident pour savoir ce qu'on a fait aux gens du Sud pour qu'ils nous détestent, nous, les Occidentaux.
Dans le magasin, je flâne, je traîne, je furète. Tiens, des cartes postales. Tiens, un poème de Verlaine sur une carte postale. Il parle de samedis après-midi à Laval. Il parle de vagues déambulations dans des corridors bordés de boutiques d'où entrent et sortent plein de gens au regard perdu. Comment le poète a-t-il pu savoir comment nous serions aujourd'hui ? C'est, en fait, une carte postale qu'il nous envoie:
Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville,
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur?
O bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits!
Pour un coeur qui s'ennuie
O le chant de la pluie!
Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure.
Quoi! nulle trahison?
Ce deuil est sans raison.
C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi,
Sans amour et sans haine,
Mon coeur a tant de peine!
Verlaine
Romances sans paroles
1874
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photo: Paul Verlaine, par un inconnu








2 commentaires:
« ... j'ai en général des problèmes à digérer les dénonciations échevelées de notre opulence en regard de la misère des populations démunies...»
vraiment?
La misère des populations démunies me désole. Et l'opulence de nos sociétés nanties me réjouit.
C'est juste que je ne vois pas le lien que la misère des paysans nigériens et la détresse des réfugiés congolais (deux des pays les plus riches de la planète) pourraient entretenir avec la petite vie pépère que nous offre l'Amérique.
Ce n'est pas, en général, parce que cela va relativement bien ici que cela va très mal là-bas.
Enfin..., je crois...
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