mercredi 6 août 2008

La graine perdue et le mulet écaillé

Attention: je ne suis pas un critique de cinéma rémunéré. Cela m'autorise à dévoiler la fin du film et à dire des conneries qui ne sont pas «in» ( par opposition à des conneries qui sont «in»). Je ne fais pas cet avertissement pour préserver la surprise du dénouement final, car il n'y a pas de surprise. Je le fais pour signaler à ceux qui ont la ferme intention de voir le film de toutes façons, qu'il leur est préférable de ne pas lire cette chronique.
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Ce film, La graine et le mulet, est une prouesse stupéfiante. Les comédiens sont d'un naturel étonnant. Ils enchaînent leurs répliques à vitesse grand V, comme cela se passe dans les familles, dans la vie. Plusieurs caméras captent leurs conversations, nous montrant celle qui parle, celui qui répond, et un autre à la moue dubitative, et un quatrième qui rigole, le tout dans un ballet frénétique d'images captées en gros plan et choisies judicieusement par les monteurs. La technique est vraiment habile et Marc Cassivi a raison de dire que ce film est «aussi vrai que peut l'être le cinéma».

Sont vrais aussi le monologue de Rym qui veut convaincre sa mère d'aller à la fête et celui de Julia qui se plaint des infidélités de son mari, tous deux aussi vrais que peut l'être le cinéma. Et c'est là un des problèmes que j'ai avec ce film. Ce film ne me raconte pas une histoire, il me montre la vie, telle quelle est. La femme trompée et humiliée fait une performance d'actrice extraordinaire pendant deux minutes. Après, elle est aussi bonne, mais on a compris. À la quatrième minute, elle est aussi bonne, mais on commence à être mal à l'aise. Et à la cinquième minute, on en a carrément assez et on se demande pourquoi elle ne divorce pas.

C'est vrai, la technique est extraordinaire quand Abdellatif Kechiche filme le dîner familial chez la grand-mère. Mais les gros plans sur les langues et les molaires entourées de lèvres huileuses tachetées de graines de couscous ne sont pas vraiment ma tasse de thé. Le niveau de la discussion se situe au niveau de la vraie vie, comme dans nos dîners de famille, et la scène du dîner de famille s'éternise, comme un dîner de famille qui s'éternise dans la vraie vie. C'est, huuum, comment dire, «aussi vrai que peut l'être le cinéma».

D'autres se sont extasiés sur le scénario ni racoleur ni charrié, empreint de modération dans sa critique de la société française, honnête dans sa description des qualités et des défauts des immigrants arabes. Tout cela est vrai. Mais pour moi, il y a grosso modo deux façons de faire du cinéma: montrer une tranche de vie ou raconter une histoire. J'aime le cinéma surtout quand il me raconte une bonne histoire. Je tiens cela des scéances paroissiales où pour 10¢ j'allais voir des films de Zorro sur la rue Ste-Julie dans ma ville natale. Je ne déteste pas non plus qu'on me montre des tranches de vie (des films avec «pas d'histoire», disions-nous) quand le sujet du film est exotique. J'aime bien les documentaires de la BBC présentés à Découvertes, la série Insectia, les documentaires animaliers, les reportages sur des tribus primitives ou sur des Américains bizarres et capotés.

Je ne considère pas que La Graine et le mulet, en décrivant la vie d'une famille d'immigrants arabes dans le sud de la France, traite d'un sujet exotique. Surtout que déjà, je ne suis pas très famille. La trivialité des propos des personnages est d'une platitude éprouvante.

Oui mais il y a une histoire, diront des âmes charitables. Si peu si peu, répliquerai-je. Vers la fin, le morne et taciturne grand-père veut donner un souper sur son bateau pour convaincre les élites locales de la validité de son projet de restaurant. Le fils aîné livre le poisson, la sauce et les légumes mais il oublie le couscous dans la valise de son auto; puis il part baiser une de ses maîtresses. C'est la cata, comme ils disent là-bas. Le morne et taciturne grand-père part à la recherche de son fils, et du couscous. Lors d'un arrêt, des petits voyous lui volent sa mobylette. Le grand-père court après les petits voyous. Il court, il court, puis il tombe raide mort.

Générique. C'est fini. On rentre chez soi.

Comédiens superbes, technique brillante, montage vif, caméra nerveuse. Sujet rebattu, propos insignifiants, scénario décousu, longueurs interminables. Un film pour les experts de la chose.
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photo: Hafsia Herzi (Rym), par Otto Normalverbraucher, Wikimedia Commons.

9 commentaires:

Guy a dit...

Sans lien avec ta critique. Je ne suis pas sûr que ta nouvelle mise en page soit hyper lisible

Zylag a dit...

Sur mon ordinateur, la mise en page n'a pas changé. Je vais aller dans un café-internet pour voir ce que vous voyez.

Une autre correspondante a aussi noté que c'est peu lisible.

Zylag a dit...

Merci de la remarque.

Guy a dit...

Ah ben tant mieux alors! Je peux être moins polie et dire que c'est pas beau hahaha
J'utilise firefox 2 et tous tu perds ton cadre autour de tes textes. Comme si une balise avait été enlevé

Zylag a dit...

Je n'ai rien changé à la présentation du blogue, et rien n'est changé sur mon écran.

Quelqu'un a-t-il une idée du problème et de sa solution ?

Tinky a dit...

Bonsoir !
Ce film a l'air sympathique? J'espère qu'on le verra bientôt en France.
Ben, cet article-là, est normal, comme tous les autres, sauf le dernier sur le Moyen-orient, et moi aussi, j'utilise Firefox... Un coup de Ben Laden ??? :-)))
C'est quand même curieux que cet article sur le Moyen Orient ait perdu ses cadres clairs sur fond gris... Là, tout est anthracite, et les textes des commentaires noir sur anthracite, ça ne le fait pas vraiment, quant à certains liens, ils sont carrément devenus invisibles ! Quel est donc ce cruel mystère ? Peut-être devriez-vous modifier les couleurs de votre blog et du coup peut-être les articles et liens réapparaitraient-ils miraculeusement ? On ne sait jamais ! Mystères de l'informatique qui, dans ce cas précis est de la déformatique !!!
Amicalement, Tinky :-)

Zylag a dit...

@ Tinky

La graine et le mulet est un film français sorti en décembre 2007. Vous l'avez peut-être raté dans le brouhaha du temps des Fêtes.

Je suis heureux que le blogue soit revenu à la normale. La petite animation sur les guerres au Moyen-Orient est un essai technique que je ne crois pas devoir renouveler.

Je suis toujours dans ma périoode de rénovations à la suite du déménagement. Je reviendrai bloguer régulièrement plus tard.

Anonyme a dit...

« les reportages sur des tribus primitives ou sur des Américains bizarres et capotés. »

Une certaine redondance sauf que les premiers sont sans doute plus intéressantes.

Suis sur les deux Explorer et surtout Firefox 3, que j'adore sauf pour visionner les Youtube... je ne sais pas pourquoi.

C'est plutôt quand je suis sur le portable que les couleurs en général, pas seulement les tiennes, changent et deviennent inexactes et sales, sans égard pour le navigateur et malgré des ajustements qui ont à peine amélioré la chose.

Sinon, rien de changé pour moi ici!

Zed

Zylag a dit...

Merci de l'info.