16 mars, 2008

Le gouverneur assassiné


Eliot Spitzer n'est pas mort. Il est vivant. Il est multi-millionnaire. Il a trois filles qui l'aiment. C'est connu, les filles aiment leurs papas, surtout s'ils sont gentils. Et si ce n'est pas à 15 ans, ce le sera plus tard. Il a une femme qui l'aime. J'ai cherché pour quelles raisons elle se tenait à côté de lui quand il a confessé à l'Amérique ses foucades. Des millions de dollars l'attendent si elle se donne la peine de prendre un avocat. Elle pourra garder l'appartement de Manhattan. Pourquoi se donnait-elle la peine d'accompagner Eliot à la conférence de presse ? Il n'y a qu'une raison: elle l'aiiiiime. Et je n'en ris pas. Quand vous aimez vraiment quelqu'un, ce ne sont pas ces incartades mineures qui vous affectent.

Eliot est donc multi-millionnaire, en santé, aimé de ses enfants et de son épouse. Son papa qui, dit-on, vaut 500 millions de dollars, l'aime aussi. Il a financé toutes ses aventures politiques. Personne n'a parlé de sa maman. Eliot est juif. Si sa maman ne l'aime pas, il serait le premier enfant juif que sa maman n'aime pas. Il faut donc présumer que sa maman l'aime. Par conséquent, Eliot est aimé de son papa, de sa maman, de son épouse et de ses trois filles. Et, on l'a assez dit, il est lui-même multi-millionnaire.

Le problème, c'est que le gouverneur de New York a été assassiné. Eliot, le gouverneur de New York a dû démissionner parce qu'il a fréquenté les déesses de la sensualité. Hé manant ! Que me baillez-vous là ? À 5 000 dollars l'heure, aucune femme n'est une prostituée. C'est au minimum une artiste, au mieux une déesse. Et à tous les péquenots et les paysans qui ne se sont pas éloignés du cul de la vache de plus de 1 000 mètres et qui vont déjeuner chez Sexy Roxie parce que la serveuse a des gros «totons» , je vous demande de considérer ceci: quand vous connaîtrez le stress que comporte la fonction de gouverneur de l'état de New York, quand vous connaîtrez le stress d'affronter l'administration Bush visière découverte, quand vous aurez des millions de dollars en poche et que pour vous, Kristen la déesse ne vous demande justement que cela, de l'argent de poche, vous saurez me dire ce que vous auriez fait à la place d'Eliot. Je ne sais même pas pourquoi je dis cela. Vous n'aurez jamais la faculté d'imaginer pourquoi Eliot a eu besoin de Kristen quand il avait son papa, sa maman, sa femme et ses trois filles.

Le gouverneur de New York est mort, assassiné par l'administration Bush. Le gouverneur de New York a attaché le grelot de la crise des subprimes aux basques de George W. Bush. Et les laquais de W., l'OCC, l'IRS et le FBI l'ont descendu, de belle façon à part ça. L'Amérique entière et une grande partie du monde civilisé, celle-là qui malgré ses prétentions à l'universalité, ne s'est jamais éloignée à plus de 1 000 mètres du cul de la vache, s'est éclatée d'un rire homérique en apprenant que le pur et dur Spitzer couchait avec des putains. Il n'y a pas que les Républicains qui sont cons. Tous ceux qui ont rigolé en apprenant cette nouvelle sont objectivement des Républicains.

And, frankly my dear, I don't give a damn.

Pour survivre en ce monde frelaté tout en restant de bonne humeur, il ne me reste plus que ces options: vous observer détruire votre environnement en prétendant le sauver, vous observer vous détruire les uns les autres en prétendant sauver vos valeurs, vous observer réaliser toutes les prédictions des prophètes de malheur en prétendant aspirer à un monde meilleur.

Sur mon lit de mort, ironique, mordant, désespéré et impénitent, je m'écrierai: «Je le savais
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photo: Spitzer and family watching band perform for them , par Jaxphotography.
Addendum au 23 mars 2008: la thèse du complot républicain contre Spitzer se précise.

7 commentaires:

Artimon a dit…

quoique la madame, même si elle était à côté de son bien aimé, elle avait pas l'air trop contente,
mais je me porte volontaire pour porter secours à l'âme en perdition ...

J'aime bien le ton de votre billet et partage entièrement votre opinion sur la chose. Mais quelle expression!
« ...éloignée à plus de 1 000 mètres du cul de la vache». C'est les thirty-millers ça? Et puis, on se demande si c'est bien du sympathique ruminant dont on parle.

Zylag a dit…

Oui, il s'agit bien du sympathique ruminant. J'ai réalisé après que cela pouvait porter à confusion, et je l'ai regretté. Mais comme je suis la règle de ne jamais changer un texte (sauf pour les fautes d'orthographe), je dois vivre avec cette confusion. Merci de me donner l'occasion de préciser.

N.B. Vos liens hypertexte ne fonctionnent plus. Il doit manquer un petit détail. Vos tout premiers liens étaient bons.

Artimon a dit…

Je crois que c’est plutôt mon esprit tordu qui est en cause, vous n’y êtes pour rien mon cher Zylag. J’ai d’ailleurs moi aussi regretté d’avoir posté ainsi ce commentaire, mais comme je n’ai pas la possibilité de les retirer … J’ai bien peur que mon sens de l’humour ne soit pas très constant. Par conséquent, veuillez excuser mes écarts futurs.

Mes hyperliens ne marchent pas? Diantre! Suis-je aussi niais?

Zed Blog a dit…

Je suis pas sûre d'avoir compris si ce billet était en faveur de la prostitution, contre l'hypocrisie politique, entre autre ou autre chose.

Je n'ai pas mal interprété ton expression, Zylag. Je n'ai pas encore un esprit en perdition???
:-)))))

Je voulais plutôt te dire qu'avec des intentions sans doute moins nobles (sans doute parce que je ne suis pas sûre d'avoir compris), quelqu'un est déjà mort en disant « Je les sauvais ». C'était pas un peu pire?

Bonne journée, Zylag, :)Z

Zylag a dit…

C'est un peu compliqué, dans ma tête aussi.

Je pense que la prostitution a toujours existé et existera toujours. Par conséquent, ce n'est pas une chose pour laquelle une société peut être en faveur ou contre. C'est un état de chose.

Par ailleurs, une personne donnée peut être contre la prostitution pour elle-même, ou pour ceux sur qui elle a une influence. C'est de l'ordre des valeurs personnelles, et non pas du ressort de la politique.

Pour l'hypocrisie politique, c'est compliqué aussi. C'est l'hypocrisie des électeurs qui force les hommes politiques à devenir eux aussi hypocrites. C'est un cercle vicieux, et on ne peut que constater que ça existe.

Ce sur quoi je pensais mettre l'accent dans le billet, et celui de la veille, c'est que la crise des subprimes, la crise financière épouvantable que l'on connaît maintenant, est due à l'incurie de l'administration Bush, comme le démontrait Spitzer. Et que Bush s'est vengé de Spitzer à la manière républicaine habituelle, i.e. en dévoilant un pseudo-scandale sexuel, un comportement qui relève strictement de l'ordre privé.

Zed Blog a dit…

Cher Zylag,

Nous reste la dignité. L'utopie. C'est à dire l'ensemble des buts vers lesquels nous tendons, sachant qu'il sera impossible de les atteindre. L'utopie à réajuster, au besoin, pas à baisser de niveau. L'utopie comme outil, pour fixer ses valeurs, ses objectifs, ses stratégies. Tu crois pas?

Sinon, on se fait collectivement une petite explosion et le tour sera joué.

Bonne soirée, Zylag. Et merci pour le mariage entre les deux parties de ton cerveau. J'adore.

Zed :)

Zylag a dit…

J'aime beaucoup cette idée de l'utopie comme un outil pour aider les humains à viser l'excellence.

Un but lointain, peut-être inaccessible, mais qui rassemble les gens.

Des mots comme vérité, liberté, démocratie, solidarité, etc, ont souvent servi à incarner ces utopies rassembleuses.