Martin Van Creveld est un professeur à l'Université hébraïque de Jérusalem et un historien militaire réputé mondialement. Il a établi que les guerres classiques entre états se feront de plus en plus rares, se transformant en conflits de basse intensité où la séparation entre armées, gouvernements et populations devient confuse:Les conflits de basse intensité, par le brouillage constant qu’ils effectuent entre combattants et populations, populations et gouvernements, gouvernements et politique, politique et religion, sapent littéralement les fondements de la dimension politique de la guerre. La célèbre définition de Clausewitz à propos de « la guerre comme continuation de la politique par d’autres moyens » n’est plus opératoire pour rendre compte de la nature et de la finalité des conflits actuels (...)
Dans les rapports du faible au fort, ce sont les faibles qui finissent par l’emporter, remarque Van Creveld, méditant sur les bénéfices politiques de la première Intifada. A partir du moment où leur adversaire n’est pas, comme elles [les armées] le sont, des entités repérables et distinctes de la population, les armées les plus puissantes et les mieux équipées sont inadaptées à la guerre non trinitaire [armée, gouvernement, population]. En vertu de quoi, avec le temps comme principal allié et l’acceptation préalable de pertes importantes, c’est le faible qui finit par l’emporter. Une armée puissante n’est pas à l’abri, loin s’en faut, de la lassitude, et surtout du dégoût d’elle-même né d’un rapport de force trop à son avantage. Vient ensuite le rejet de l’opinion publique, et l’armée s’effondre comme un château de cartes. L’approche psychologique des combattants est toujours minorée : pour qu’une armée soit assez solide pour se battre efficacement, encore faut-il qu’elle soit convaincue du bien-fondé de sa cause.
«Vient ensuite le rejet de l'opinion publique». J'ai trouvé sur MuzzleWatch, un site internet finaliste pour le prix Jewish and Israeli Blog Awards de 2007, le commentaire suivant sur le massacre de la Guerre des 5 jours, comme certains ont appelé la récente intervention de l'armée israélienne à Gaza:
It is simply stunning to consider the level of pathological denial required to bemoan “a mushrooming of Judeophobia” while completely ignoring the possibility that maybe, just maybe, a genuinely disturbing rise in anti-Jewish sentiment might have something to do with the Israeli government’s habit of dropping bombs on the heads of Palestinians, appropriating land it has no legal right to, demolishing thousands of homes it does not own, and seemingly doing its best to systematically destroy an entire culture, all in the name of a Jewish state.
Notre traduction:Il est tout simplement renversant de considérer le niveau de déni pathologique requis pour déplorer «la croissance rapide de l'antisémitisme» tout en ignorant complètement la possibilité que peut-être, seulement peut-être, une hausse véritablement inquiétante du sentiment anti-juif puisse avoir quelque chose à voir avec l'habitude du gouvernement israélien de lancer des bombes sur la tête des Palestiniens, de s'approprier une terre sur laquelle il n'a aucun droit légal, de démolir des milliers de maisons qu'il ne possède pas et, semble-t-il, de faire de son mieux pour détruire systématiquement toute une culture, et le tout au nom d'un état juif.
L'auteur du blogue, Cecilie Surasky, déplore ensuite un éditorial du Jerusalem Post qui tire à boulets rouges sur les self-hating Jews, ceux qui voient clairement que de bombarder des enfants déjà mal nourris, des vieillards, des femmes et des pères à Gaza ne correspond pas aux préceptes du judaïsme et nourrit l'antisémitisme dans le monde. Uri Avnery, le célèbre chroniqueur israélien est bien d'accord avec madame Surasky. Il commente l'état de déni dans lequel se retrouve tout un pan de la population israélienne en nous racontant l'histoire suivante:
Cette semaine, je me suis rappelé une vieille légende à propos d’une mère juive faisant ses adieux à son fils, qui a été appelé sous les drapeaux de l’armée du Tsar contre les Turcs.
“Ne t’expose pas trop”, le prévient-elle, “tue un turc, puis repose-toi. Tue-en un autre, puis repose-toi encore...”
“Mais mère, s’exclame-t-il, et si le turc me tue ?”
“Te tuer ? s’écrie-t-elle, et pourquoi ? Que lui as-tu fait ?”
Ce matin, Louis-Bernard Robitaille nous fait part de la controverse qui entache la tenue du Salon du livre à Paris. Pour célébrer le soixantième anniversaire de la création de l'État d'Israël cette année, la littérature israélienne est l'invitée d'honneur: des littérateurs, des éditeurs, des imprimeurs de papier, des gens de culture, bien souvent et peut-être même en majorité, des intellos qui s'opposent aux politiques de l'État d'Iraël. Eh bien, croyez le ou non, on devra déployer tout un arsenal de mesures de sécurité simplement pour que cette joyeuse bande de «brasseur d'idées»et de «conteurs d'histoires» aient droit de cité au Salon du livre.
C'est la faute à l'antisémitisme !, disent les uns. C'est la faute à l'État d'Israël !, disent les autres. Et il y en a d'autres encore qui vont mettre la faute sur les Palestiniens, ces faibles qui ont gagné la guerre contre les forts.
Aujourd'hui, et pas seulement dans le domaine militaire, c'est la loi du plus faible qui prévaut. Je ne le dis pas pour le déplorer. Je ne le dis pas pour m'en réjouir. Je constate. Et je constate aussi que que ceux qui veulent l'ignorer sont les perdants de demain.
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photo: le professeur Martin Van Creveld, lors d'un forum au Danemark.








3 commentaires:
Le déploiement sécuritaire s'explique, pour la bonne et simple raison qu'en France, nous avons beaucoup de personnes de confession musulmane ou d'origine arabe qui défendent ardemment la Palestine... Le prob, c'est que le pays est en état d'alerte plus que rouge à cause des menaces d'Al Qaïda, et que s'ils avaient été intelligents, les gens du Salon du Livre, auraient dû refuser la venue des Israéliens dans le pays... jusqu'à ce qu'un nouveau processus de paix soit engagé, mais nous en sommes très loin, hélas, et j'irai même plus loin en disant que s'il n'y a pas un attentat ou une tentative d'attentant durant la tenue de ce festival, ça sera miraculeux !
De toute façon, on aurait dû donner un bout du Sahara (bien désert, sans personne dessus) pour les Juifs, comme ça il n'y aurait pas eu ce gros bordel en Palestine ! Pourquoi, bon sang, leur avoir donné ce bout de terre qui appartenait aux Arabes depuis des siècles ? Un bout de désert ou l'Antarctique, c'était parfait ! Au moins, il n'y aurait pas ces conflits incessants ! Ils se comportent exactement comme les Blancs qui volent leurs terres aux Amérindiens, sous prétexte que ceux-ci ne la cultivaient pas et ne l'avaient pas revendiquée... Ou les mêmes Blancs en Afrique pour justifier la colonisation, idem pour l'Australie, la Polynésie... Le plus grand drame, dans l'histoire, c'est que ce sont des peuples frères de même origine et de religions découlant l'une de l'autre, là, qui se tapent dessus ! Et que l'un qui ne cesse de pleurnicher sur la Shoah, est en train, comme ces parents jadis enfants battus qui deviennent les tortionnaires, à leur tour, de leurs enfants, de faire subir aux Palestiniens ce que les Nazis leur ont fait, et ce n'est pas bien joli, tout comme il est vrai que les Palestiniens devraient choisir une autre voie que le terrorisme et le fanatisme religieux, parce que le Hamas est tout ce qu'on voudra sauf démocratique et respectueux des femmes !!!
Bref, c'est lamentable, et il y en a marre que la connerie émanant de deux peuples assez minuscules mais dotés d'œillères et fanatiques pourrissent la vie de la planète entière. Ils mériteraient, tous, que les ONG et l'ONU, les marchands d'armes aussi, les laissent tomber, et les laissent s'entretuer, peut-être que, du coup, Dieu s'il existe (quand je vois des trucs pareils, j'ai des doutes affreux) reconnaitra les siens !!! Mort aux cons quels qu'ils soient, il y en a marre qu'ils nous empoisonnent la vie ! Marre de ne pas pouvoir dire ce qu'on pense, d'être obligée de marcher sur des œufs pour ménager des susceptibilités de bords ou d'autres !!! Tant qu'ils agiront comme ça, les uns comme les autres, ils ne susciteront que mépris et haine ce qui est, en fin de compte, la seule chose qu'ils méritent ! Ras le bol, des tyrans et fanatiques de tous poils ! On a commis une grosse bêtise aux accords de Yalta; et maintenant, le monde entier en paie encore les conséquences et vit dans la terreur ! Quand vous pensez qu'en France, dans les banlieues près de Paris, les gamins des écoles israélites et les autres, d'origine africaine ou arabe se tapent régulièrement dessus, ça commence à devenir pénible ! Ras le bol des uns comme des autres ! Nous ne sommes même plus chez nous, et nous risquons en plus de nous retrouver pris dans des attentats qui ne nous concernent pas, pour venger un peuple floué des méfaits d'un autre à l'autre bout de la Méditerranée ! Si vous ne trouvez pas ça absurde, qu'eest-ce que c'est ?
Tinky, qui en a ras le bol, de la grosse connerie ambiante !
Vous avez raison de souligner que ce n'était pas le temps d'inviter les Israéliens. Votre communauté musulmane de 4 millions de personnes peut à juste titre le voir comme une provocation, au vu des agissements de l'armée israélienne à Gaza.
Votre ras le bol est compréhensible, et le mien aussi. Depuis que j'ai eu l'âge de m'intéresser aux nouvelles, et cela fait un sacré bout de temps, on entend parler du problème d'Israël et de la Palestine à tous les jours.
Bonjour Tinky,
Il y aurait beaucoup à dire sur le sutjet évoqué ! Je relève tout d'abord qu'il est assez commode de donner des leçons de morale et/ou de politique lorqu'on est confortablement (je l'espère !) assis face aux multiples écrans qui font office de "fenêtres ouvertes sur le monde"; il est vrai que le spectacle du monde s'est considérablement étendu depuis que nos fenêtres sont devenues virtuelles .... La vraie commère de jadis a fait place au pseudo spécialiste de tous les agissements et de toutes les questions non résolus par nos congénères sur cette planète décidément incontrôlable ! Heureusement, il y en a qui, parfois, se sentent investis de la noble mission de Sauveur du monde et s'arrogent ainsi le droit d'expédier tous les problèmes à grands coups de discours emprunts d'arrogance et de décisions à l'emporte-pièce : quoi, personne n'avait encore songé à régler, en deux coups de cuiller à pot, une question vieille de plusieurs milliers d'années ? Vous m'en direz tant, mon pauv'monsieur !
C'est lamentable, en effet, la connerie qui atteint tout le monde - sauf moi ! - Si seulement c'était Moi qui prenais les décisions ... ! Ca changerait immanquablement, pour sûr ! Et on me vénérerait comme je le mérite ...
Au fait, surveillez vos sources et vos connaissances : "des religions qui découlent l'une de l'autre", osez-vous affirmer dans votre chronique ! Ce doit être un scoop; j'ignorais, et tant d'autres avec moi, que le judaïsme découlât du mahométisme ou du Coran ! Il me semble qu'une petite révision s'imposerait en toute humilité.
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