lundi 31 décembre 2007

La campagne démocrate

Je m'en tiendrai ici à commenter la campagne démocrate à l'investiture. Le futur candidat républicain ne servira que de faire-valoir à la victoire du futur candidat démocrate. Il est donc inutile de commenter la course des républicains. Et si jamais les républicains conservent encore la Maison Blanche en 2008, je promets de ne plus jamais commenter que la religion, l'écologie et le Falun Gong sur ce blogue.

Les faits

Voici la valeur moyenne des derniers sondages pour les différentes courses à venir:

Candidats--------------------Clinton----------Obama---------Edwards

Iowa (3 janvier)----------------28---------------26--------------26
New Hampshire (8 janvier)-----30---------------30-------------18
Michigan (15 janvier)-----------45---------------22--------------13
Nevada (19 janvier)------------41----------------21--------------12
Caroline du Sud (26 janvier)----34---------------34--------------15
Floride (29 janvier)-------------47---------------23--------------15
Californie (5 février)------------43---------------24--------------13

États-Unis-------------------------44----------------25--------------13


Le positionnement des candidats

Hillary Clinton: L'Amérique est entourée d'ennemis. Maman a l'habitude. Elle va vous arranger cela.
Barack Obama: Il faut arrêter de se chicaner et travailler tous ensemble pour un avenir meilleur.
John Edwards: Cela fait 8 ans que les simonaques de républicains nous fourrent et rient de nous autres avec nos dentiers. Il faut que cela cesse.


Commentaire

Dans son excellent exposé d'aujourd'hui dans La Presse, John Parisella explique pourquoi les Américains se préparent à choisir Hillary Clinton et il conclut qu'il préfère Barack Obama, le candidat de l'harmonie. Je partage plutôt l'avis de Paul Krugman pour qui le vent a tourné vers la gauche et pour qui les forces progressistes doivent éviter le piège du bipartisanship:
And it's true that even now, polls suggest that Americans are about twice as likely to identify themselves as conservatives as they are to identify themselves as liberals.

But if you look at peoples' views on actual issues, as opposed to labels, the electorate's growing liberalism is unmistakable. Don't take my word for it; look at the massive report Pew released earlier this year on trends in "political attitudes and core values." Pew found "increased public support for the social safety net, signs of growing public concern about income inequality, and a diminished appetite for assertive national security policies." Meanwhile, nothing's the matter with Kansas: People are ever less inclined to support conservative views on moral values—and have become dramatically more liberal on racial issues.
En Iowa, John Edwards, qui représente la tendance identifiée par Krugman, est à égalité statistique avec Clinton et Obama. Il sera vraiment intéressant d'observer le 3 janvier si Krugman a raison. Et s'il a raison, cela peut être le début d'un raz-de-marée qui nettoiera ce magnifique pays que les républicains ont transformé en écuries d'Augias, pardon, de Bush.
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Illustration: L'âne, logo du Parti démocrate.

vendredi 28 décembre 2007

Kafka, le cheval et la maman


Denys Arcand l'a déjà dit simplement dans une entrevue avant de faire L'Âge des ténèbres: «Mon fuck off money, il est déjà amassé. À l'avenir, je ne ferai que les films qui m'intéressent.» J'espère pour lui que Denys Arcand aime son film. Car ce n'est pas un film aimable.

J'ai franchement rigolé avec la courte scène de Benoît Brière où Leblanc-Labrèche s'apitoye sur lui-même en s'imaginant qu'il a le cancer:

Alors, une bonne et une mauvaise nouvelle, monsieur Lem..., monsieur Leblanc, monsieur Leblanc. La mauvaise: vous avez un cancer. La bonne: on peut vous opérer. Évidemment pour vous opérer, il va falloir vous scier la cage thoracique. La récupération va être assez pénible. Après ça, il va y avoir la chimiothérapie, vous allez perdre vos cheveux, vous allez vomir sans arrêt: ça va être franchement dégueulasse. Ensuite, vous allez avoir 2 ou 3 mois de rémission. Profitez en bien parce que tout de suite après on va vous découvrir des métastases, probablement au cerveau. On va vous ouvrir le crâne pour enlever les nouvelles tumeurs. On va vous faire faire de la radiothérapie. Ça va être extrêmement douloureux, bien entendu. Et malgré tout, les métastases vont continuer à se multiplier: les os, la colonne vertébrale, le bassin. À ce stade la morphine, là, va être inefficace. Ça va être... atroce. On va tester sur vous de nouveaux médicaments, extrêmement dispendieux, qui n'auront aucun effet. Eventuellement vous allez perdre le contrôle de vos sphincters. On va vous mettre des couches. Vous allez baigner dans votre merde à la journée longue. Vous allez dégoûter tout le monde. Et finalement dans un an ou deux, vous allez crever comme un chien. Voilà.
Le problème de L'Âge des ténèbres, c'est que ce n'est pas toujours aussi cynique. Il y a des brisures de ton. Il y a les rêves, i.e. ce que Leblanc-Labrèche imagine pendant qu'il dort. Il y a les phantasmes, i.e. ce que Leblanc-Labrèche imagine pendant qu'il est éveillé. Et il y a la caricature, i.e. ce que Denys Arcand veut faire passer comme messages: l'univers kafkaïen de la fonction publique, la famille éclatée, les banlieues abrutissantes, l'aliénation du mâle occidental blanc.

Le rêve, les phantasmes, la caricature. Mais la vie ? Elle est où la vie, dans ce film ? Il y a bien cette scène où Leblanc-Labrèche pleure sa maman décédée. Mais c'est la seule, et dans le contexte général du film, ce qu'on s'en fout !

Et ces fameuses séquences sur le retour aux temps médiévaux, à l'âge des ténèbres. On voit tout de suite que c'est la partie la plus coûteuse du film. Et c'est beaucoup trop long. La longueur de ces séquences témoigne de nos réflexes de pauvre. Il n'y a que les Américains pour faire une séquence de 30 secondes qui coûte 5 millions de dollars. C'est comme si la productrice s'était dit: «Au prix que coûtent le décor, les chevaux et les figurants, on va en mettre de la pellicule !» Et là on nous sert le cliché le plus ridicule du cinéma où le gars incapable de monter à cheval tombe de l'autre côté du cheval. Pour bien nous faire comprendre que ces séquences sont vraiment très dispendieuses, on ajoute le deuxième cliché le plus ridicule du cinéma où le gars incapable de monter à cheval se retrouve assis de reculons par rapport à la direction de marche normale du cheval. La rupture de ton, quoique dans un autre registre, est aussi flagrante que quand Leblanc-Labrèche pleure la mort de sa mère.

Et la petite morale simpliste de la fin, du style «je quitte le rat race et je vais faire de la compote de pommes au bord du fleuve». Non mais... des toquades comme ça, ça ne dure pas deux mois. Le monde moderne c'est comme la mort et les impôts, on n'y échappe pas.

À lire les critiques favorables, je m'étais fait à l'idée d'un beau petit film cynique taquinant les travers de notre monde moderne. Il y a de ça. Mais il n'y a pas que ça, malheureusement. J'ai vu un bon film, mais j'aurais aimé qu'Arcand nous fasse un grand film.
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photo: Crying Heart, par Fujur.

jeudi 27 décembre 2007

Le pouvoir de la beauté

En ouvrant l'ordi, ce matin, je vois le grand titre « Pakistan's Bhutto assassinated at rally ». J'ai éprouvé un léger sentiment d'oppression. Ma conjointe s'est exclamée: « Ah, non, voyons donc ! » Benazir Bhutto ? J'ai fait le tour des diverses agences de presse pour m'assurer que ce n'était pas un canular.

Eh oui. Celle-là même. Cette belle musulmane qui arborait le hijab si joliment qu'on souhaiterait que toutes les femmes en portent. Est-ce que je fais là un commentaire sexiste ? Pas du tout. Benazir Bhutto trouvait toujours une bonne place dans les dépêches internationales et il faut se demander pourquoi.

Benazir Bhutto est-elle de gauche ou de droite ? Qui sont ses appuis ? Veut-t-elle enrichir davantage ses pairs de l'aristocratie locale ou voir à une meilleure redistribution des richesses ? Je ne le sais pas. Et il y a de grandes chances que vous ne le sachiez pas non plus. Mais le portrait de madame Bhutto à côté de n'importe quoi faisait toujours de la bonne copie pour un média de masse. C'est en ce sens que mon commentaire n'est pas sexiste. Benazir Bhutto a utilisé consciemment le pouvoir de sa beauté.

Cela n'enlève rien à son courage. C'est bien sûr une belle politicienne, mais aussi une personne intrépide. Les menaces des musulmans intégristes n'étaient pas du bidon. Elle le savait et elle est revenue dans son pays. Elle a cru en la démocratie en refusant de boycotter les élections législatives du 8 janvier 2008, même si plusieurs de ses conseillers l'y incitaient; elle a pris la tête de l'opposition à la proclamation de l'état d'urgence par Musharraf; elle s'est présentée comme député; elle a participé à ce meeting politique de Rawalpindi qui lui fut fatal. Elle n'avait que 54 ans.

Bien sûr, Benazir Bhutto a quasiment hérité du PPP, le parti socialiste fondé par son père, Zulfikar Alî Bhutto, lequel ne s'est pas fait d'amis en gouvernant comme un autocrate. Mais elle fut tout de même la première femme à diriger le gouvernement d'un pays musulman, et ce à deux reprises. Elle représentait la beauté, le courage, mais aussi une ouverture à la modernité, à l'espoir de changements dans les sociétés musulmanes.

Les intégristes viennent encore de tuer un peu plus l'espoir.
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photo: Benazir Bhutto, DOD via pingnews.

mardi 25 décembre 2007

... et joyeux Noël !


On a retrouvé le Père Noël ! C'est un Belge et il travaille chez Volkswagen...
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photo: Le Père Noël est un camarade, par Cabarousse.

lundi 24 décembre 2007

Meilleurs Voeux


Pour nous fêter tous, cette ode magnifique de Claude Gauthier à notre Pays de Cocagne, le Québec:

Avec les brumes du matin
Sur Notre-Dame-de-Pontmain
Avec la Lièvre qui s’écoule
Tranquillement sans faire de houle

Avec la montagne du diable
Qui fait trembler tous les érables
Le Baskatong qui fait de l’eau
Pour de millions de bungalows

Avec ses aurores boréales
Aux grandes orgues sidérales
Ses nuits étoilées du mois d’août
Et les huards au rendez-vous

Avec cette beauté des dieux
Où nul ne peut être envieux
Des Hawaï des Tahiti
Avec ici c’est paradis

C’est ma vie, mon pays, mes amours
C’est ma vie, mon pays, mes amours

Avec ses neiges de six mois
Le harfang qui niche chez moi
Le printemps qui tarde qui tarde
Quand enfin un voilier d’outardes

Avec l’été qui ne sait trop
S’il vient trop tard ou bien trop tôt
Ses forêts d’or et rouge vin
Quand passe l’été des indiens

C’est ma vie, mon pays, mes amours
C’est ma vie, mon pays, mes amours

Avec mon ami de toujours
Qui vient partager les beaux jours
Comme les bleus de mes nuits blanches
Et le respire de nos dimanches

Avec les brumes du matin
Sur Notre-Dame-de-Pontmain
Et le bonheur qui coule coule
Tranquillement sans faire de houle

C’est ma vie, mon pays, mes amours
C’est ma vie, mon pays, mes amours

Claude Gauthier

chanson: Notre-Dame-de-Pontmain
de l'album L'homme qui passait par là
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photo: D'hiver et d'enfance, par Etolane.

dimanche 23 décembre 2007

Salade de saison XXV

Le long terme va nous sauver

On se souvient de la citation célèbre de John Maynard Keynes: "In the long run, we are all dead". La science moderne nous dit que c'est faux: nous serons sauvés à long terme.

Une récente étude utilisant de nouvelles techniques en génétique a démontré que le génome humain se modifie plus rapidement depuis les derniers 10 000 ans et qu'il tient compte de facteurs culturels, pas seulement physiques, pour inclure et conserver de nouveaux gènes. En ce sens, nous sommes tous des mutants. On cite en exemple la mutation permettant de tolérer le lactase dans les populations nordiques. On peut penser qu'à long terme, les individus immunisés contre le diabète et l'obésité transmettront leurs gènes aux générations futures, étant donné qu'ils sont davantage recherchés pour fin de copulation.

De semblable façon, un liberal américain constate que le réchauffement de la planète va tout d'abord engloutir le Texas, la Floride, la Louisiane, l'Alabama, la Géorgie et les deux Carolines, tous des États républicains. Il espère que son pays pourra ainsi se débarrasser enfin de la droite américaine, peut-être. C'est notre dernier espoir à nous aussi...


Bye Bye et RBO

Je suis sincère. Je ne fais pas d'ironie. J'aimerais qu'on m'explique pourquoi le monde aime l'humour d'adulescents attardés de ces quatre quadragénaires qui composent le groupe RBO. Ce n'est pas que je sois exigeant. Je suis un fan fini d'Elvis Gratton et des Boys. Je me souviens encore de ce gala de l'Adisq où Guy A. Lepage animait. Plein de nouveaux talents émergeaient cette année-là. L'animateur s'est mis à rire de Stefie Shock à cause de son nom. Il traita Marie-Élaine Thibert de « petite grosse de 4 pieds et neuf ». C'était alors la mode de ridiculiser les découvertes de Star Académie. Lepage a mis les rieurs de son côté. La salle s'est écroulée de rire.

Et le public québécois a hâte au Bye Bye pour sa pitance annuelle de « jokes de fifs » et de blagues de gros nez ? S'il vous plait, expliquez-moi quelqu'un. Je jure que je vais sérieusement essayer de comprendre.


Les Turcs bombardent l'Irak

Pendant que l'artillerie iranienne tire sur le PJAK tapi dans les collines irakiennes, l'aviation turque bombarde le PKK caché lui aussi dans les collines irakiennes. L'Irak proteste.

On joue avec le feu, là-bas.


Le monde change

« Une étude de la Banque mondiale, publiée le 17 décembre, classe l’économie chinoise au deuxième rang mondial derrière celle des Etats-Unis. »

La première livraison de carburant nucléaire russe pour la centrale de Bushehr est arrivée à Téhéran lundi, supervisée par l'Agence Internationale d'Énergie Atomique.

Nouriel Roubini, économiste-conseil dans l'administration Clinton: « Je prévois maintenant le risque d’un effondrement aggravé du crédit et des liquidités se transformant en krach généralisé du système financier, d’une gravité et d’une ampleur jamais observée auparavant. »

Michel Rocard pense que la crise mondiale est pour demain: « La financiarisation, la prise du pouvoir sur l’activité économique par l’actionnaire ont entrainé une diminution des revenus du travail, un chômage et une précarisation généralisés qui remettent en cause l’équilibre du système en étranglant la demande, et en privilégiant la spéculation à court terme sur l’investissement productif. Jusqu’à présent, ce déséquilibre structurel a été compensé par un recours au crédit de plus en plus massif par les états et les ménages . Mais tout le monde sait que cette pyramide de dettes ne sera jamais remboursée. L’heure - douloureuse - de régler les comptes a-t-elle sonné ? »


L'épervier est revenu

Il est là, à 10 pieds de ma porte patio, sur le poteau qui supporte la mangeoire à moineaux. Il est 14:24. Brett Fabre peine contre le Bears. C'est 7-6 pour les Empaqueteurs.

Cet épervier-là, c'est un épervier du dimanche.

vendredi 21 décembre 2007

Picossages


Où allons-nous, je vous le demande.

C'est John Parisella qui tend la perche à André Boisclair, comme Robert Bourassa l'avait fait avec Pierre Bourgault. Denis Monière veut que le PQ annonce que, s'il a 45% des votes à l'élection, il enclenchera un référendum si les sondages prévoient ce dernier gagnant. Rien que de lire cela, j'ai mal à la tête. Michel Gendron nous apprend que des ténors péquistes de salon sont jaloux de la présence médiatique de Jean-François Lisée. Selon lui également, Françoise David est déconnectée et, sur la question de la citoyenneté et de la constitution québécoise:

la position de QS est celle des bien-pensants universitaires, celle de certains professionnels et « experts », celle d’une bonne partie des gens de la région de Québec, là où les valeurs de droite dominent. Pire encore : QS donne l’impression d’être du côté des fédéralistes libéraux et des multiculturalistes moralisateurs.
Continuons notre papotage sur les chicanes de clôture de la gauche. Mathieu Bock-Côté harangue les foules dans les pizzérias de Repentigny (Ouhgo). Andrée Ferretti fait un lien entre les défaites répétées du PQ et le fait que Jean-François Lisée en ait été le conseiller. Madame Ferretti veut des « leaders capables » et non des « impuissants ». Jacques Boulanger nous apprend que Pierre Falardeau disait que QS était issu des groupes communautaires et non pas du mouvement ouvrier.

Claude G. Charron vilipende le nationalisme civique. Il poursuit: le discours de Lucien Bouchard au Centaur était ignoble; Lucien Bouchard, tour à tour « pénible » ou « miraculé », aurait dû se servir de sa popularité d'amputé pour faire une élection référendaire; Bouchard aurait eu le tort de s'attaquer au déficit zéro qui a permis d'éviter que le Québec devienne un état du tiers monde. Madame Ferretti conclut cet échange instructif en traitant messieurs Charron et Gendron d'impuissants (« Puisque le sort des impuissants semble vous convenir parfaitement... »), un thème qui semble revenir très souvent dans les préoccupations de madame.

Que de crêpages de chignon inutiles ! Ces manquements à la charité chrétienne, dont nous avons appris les vertus par notre héritage culturel traditionnel, constituent une dépense d'énergie superfétatoire dont auraient bien besoin les forces souverainistes pour cibler leur véritables ennemis. Pourquoi ne pas mettre de côté le picossage et revenir à une chose très simple.

Seule la réélection du PQ compte. Rien ne va se faire sans cela.
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Illustration: Keep It Simple, Stupid: dicton issu de notre héritage culturel nord-américain.

lundi 17 décembre 2007

Dans ma cour

Je nourris les oiseaux. Je leur achète du tournesol noir et du maïs concassé. Cet automne, j'avais des arachides en écale pour les geais bleus. Ces derniers venaient de bonne heure le matin et leurs cris perçants me signalaient qu'ils étaient là et qu'ils attendaient leurs arachides. Ils sont partis maintenant. J'ai aussi eu des chardonnerets tout l'été autour de la mangeoire à chardon. Je les ai vus perdre leur couleur jaune et revêtir leurs habits d'hiver. Puis ils sont partis, eux aussi. Les mainates sont partis, les carouges, les tourterelles et le cardinal un peu perdu, celui-là aussi, que je n'ai aperçu qu'une fois.

J'ai maintenant des moineaux qui se tiennent en groupes de 10 à 15 individus. Il y a parfois 2-3 groupes qui viennent en même temps. Ils vont dans toutes les mangeoires et ils essaient de tout: le maïs, le chardon, les arachides, le tournesol et le suif. Là où ils sont le plus amusants, c'est dans le bassin d'eau. J'ai placé un bassin d'eau au-dessus d'un pot en grès dans lequel j'ai installé une ampoule de 60 watts. C'est suffisant pour empêcher l'eau de geler. Cet après-midi, il faisait -10°C et ils étaient 5 ou 6 à s'agiter dans l'eau pendant que d'autres attendaient leur tour pour faire de même.

Les étourneaux aiment bien se baigner aussi, et ils sont très amateurs de suif. Des petits juncos ardoisés se tiennent au ras du sol et picorent de concert avec les moineaux et les pigeons. L'autre jour, ils étaient 12 pigeons alignés sur le fil de l'Hydro. Cela semble solide. Quatre écureuils viennent faire leur tour régulièrement. Les trois écureuils gris laissent les moineaux manger en même temps qu'eux, mais l'écureuil noir ne tolère personne avec lui pendant son repas.

Cela semble idyllique, n'est-ce pas, et ce le fut jusqu'à la semaine passée. Jeudi, je regarde dehors. Pas un chat, enfin c'est une façon de parler, pas un oiseau et pas d'écureuil. Je regarde une heure plus tard: rien. Et là, j'aperçois dans l'arbre de la voisine ce que je crois être un épervier, enfin un oiseau rapace trop petit pour être un faucon. Il passe la journée dans l'arbre et je n'ai pas reçu d'autre visiteur ce jour-là.

Le lendemain, l'épervier n'étant plus là, mes amis reviennent comme si de rien n'était. Et samedi aussi. Mais dimanche, au coeur de la tempête, pendant que les Pats peinaient contre les Jets et que Brett découpait les Rams en rondelles, l'épervier surgit soudain et s'empare d'un moineau. Il reste à terre 2-3 minutes avec sa proie, sans bouger; puis il s'envole et s'installe sur une branche de l'arbre de la voisine. Il commence à plumer le pauvre moineau. Puis il descend de l'arbre et il va finir son repas discrètement à l'abri de la haie.

Aujourd'hui est un autre jour. L'épervier n'est pas là. Tous les tits-namis sont revenus. Il fait un soleil splendide. On se baigne. Il y a plein de maïs concassé et de tournesol noir. C'est le bonheur.

Quelle est la morale de ce récit ?

La nature est complètement et irrémédiablement immorale.
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photo: Cooper's Hawk, par mandj98.

dimanche 16 décembre 2007

Après le NIE


Ce fameux National Intelligence Estimate ! (NIE) Ce rapport sur l'arrêt par l'Iran des recherches sur la bombe nucléaire que 16 agences américaines de renseignement ont balancé dans les gencives de George W. Bush... Imperturbable, Bush essaie de faire croire qu'il n'était pas au courant et que cela ne change rien. Sauf que...
Artimon me signale un long papier d'Uri Avnery sur le NIE:
C’était comme si une bombe atomique était tombée sur Israël.

La terre trembla. Nos dirigeants politiques et militaires furent tous sous le choc. Les gros titres étaient rageurs.

Que se passait-il ?

Une vraie catastrophe : l’ensemble des services de renseignement américains, comprenant seize agences différentes, ont abouti à une conclusion unanime : dès 2003, les Iraniens ont cessé leurs travaux pour produire une bombe nucléaire, et, depuis lors, ils ne les ont pas repris.
Le généralement pacifique Avnery semble partager l'avis des faucons et des néo-cons sur la question iranienne:
Quoiqu’il en soit, une chose est certaine : que le fils de chienne, Ahmadinejad, nous a encore bien eus.

Il a volé notre bien le plus précieux : la menace nucléaire iranienne.
C'est bizarre. La rapport a vraiment frappé en Israël. Le démantèlement des colonies est remis en question en affaiblissant la coalition d'Olmert. Benyamin Netanyahou qui faisait du millage avec la menace iranienne va manquer de gaz. Depuis la guerre du Sinaï en 1956, Israël n'a jamais frappé sans l'autorisation préalable des Américains et on ne prévoit pas qu'il le fera maintenant en Iran. La conclusion qu'en tirent les élites israéliennes, c'est que le NIE est faux, les Américains ont été bernés et les forces antisémites sont à l'oeuvre partout.

De son côté, M K Bhadrakumar, un ex-diplomate indien ayant travaillé pendant 29 ans dans l'Indian Foreign Service, nous explique les effets du NIE en Iran, en Afghanistan, en Chine et en Inde. C'est là qu'on voit que « l'effet papillon » est à peine une métaphore. Ces petits bouts de papier lancés à Washington ont déclenché un tsunami de milliards de dollars au Moyen Orient.

Une semaine après le dévoilement du NIE, le groupe chinois Sinopec signait avec le ministère iranien du pétrole un contrat évalué à 2 milliards de dollars US pour le développement des champs pétrolifères et gaziers du Yadavaran, dans le sud-ouest de l'Iran. Les Chinois ont agi très rapidement et certains semblent penser que les Chinois savaient que les États-Unis allaient faire volte-face dans leur rhétorique guerrière contre l'Iran. Cela ne nous étonne pas, sachant que c'est la Chine qui a le pied sur le tuyau qui finance les déficits du gouvernement américain.

De même, la Chine doit savoir quelque chose sur le départ des forces de l'OTAN et des forces américaines en Afghanistan puisque le China Metallurgical Group vient de se voir attribuer le dépôt de cuivre d'Aynak dans la province de Logar, près de Kaboul. Le projet de 4 milliards de dollars US inclut la construction d'une voie ferrée entre l'Afghanistant et la Chine et prévoit créer en tout 10 000 emplois. La tranquille assurance avec laquelle les Chinois évaluent le risque d'un retour des Talibans au pouvoir énerve pas mal de gens, surtout les Indiens.

L'Inde a effet gobé la stratégie américaine contre Téhéran et contre les Talibans pour se retrouver le bec à l'eau dans les deux dossiers:

Admittedly, Indian regional policy in the Middle East has been shaken to the core in recent days. The Indian strategic community was shell-shocked by the NIE.

The trauma was all the more painful as Delhi had just recently succumbed to Washington's arm-twisting and imposed banking restrictions on Iran, beyond what the two United Nations Security Council resolutions on that country demanded. That was a disastrous decision by any diplomatic yardstick. It is immaterial that Washington pressured Delhi into it despite knowing that the NIE was to sail into view. What matters is that Delhi looks very foolish and naive.
Qu'a gagné Blair à faire le poodle de Bush? Que pensent gagner Merkel, Sarkozy et Harper à faire les poodles d'un Bush discrédité, à sa dernière année comme le canard le plus boiteux que l'histoire américaine ait connue ?
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photo: After Holiday Pinch an Inch, par The Pack.

samedi 15 décembre 2007

Prière de ne pas déranger


J'ai déjà affirmé « être fermement convaincu que le bonheur résulte simplement de l'équilibre harmonieux entre les différentes hormones qui régissent nos humeurs ». Je ne savais pas à l'époque que la sérotonine ne provient pas du système endocrinien et par conséquent, qu'elle n'est pas une hormone. C'est une molécule dérivée de l'acide aminé tryptophane et c'est un neuromodulateur du système nerveux central. De toutes façons, les neuromodulateurs travaillent en tandem avec les hormones pour réguler nos humeurs.

Ce distinguo, oiseux pour les profanes, ne change rien à l'idée de base: le bonheur est au départ physiologique, même s'il peut être entretenu et magnifié par différentes techniques psychologiques de rétro-feedback. Tous les psychologues à la manque, les psychanalystes de boucane et les rédacteurs de bouquins de croissance personnelle vont me honnir. Seuls les psychiatres vont me comprendre, enfin, ceux qui ne sont pas encore devenus fous.

Pour illustrer la chose, je vous raconte l'histoire arrivée à quelqu'un que je connais. Cette personne souffrait d'un mal étrange. Depuis qu'elle avait cessé de fumer il y a quelques mois, elle avait de la difficulté à respirer. Ce problème arrivait fréquemment durant la nuit, interrompant son sommeil. Avec le temps s'est développée une crainte de manquer d'air et les symptômes d'une claustrophobie paralysante sont devenus fréquents.

Le sujet en question a évidemment réagi. Quand l'air ne passe pas par le nez, on consulte un oto-rhino-laryngologiste. Je vous passe les détails, parfois savoureux, de cet épisode médical mais après quatre prescriptions toutes aussi inefficaces les unes que les autres, le sujet ne respirait toujours pas bien. Selon le grand spécialiste, il ne restait plus que l'opération des cloisons nasales pour régler le problème.

Finalement, le médecin de famille du sujet, une jeune stagiaire même pas encore en possession de son diplôme de médecine, prend le temps d'écouter patiemment le sujet, son patient. Elle fait un lien entre on ne sait quels symptômes et prescrit du novo-citalopram, un inhibiteur sélectif du recaptage de la sérotonine. Le sujet sent son diaphragme se détendre, l'air passe facilement par le nez sans inhalateur ni aucun autre artifice, le sommeil revient, le bonheur se réinstalle sans pudeur, insolent, complètement débile et injustifié en cette période tourmentée de l'humanité.

C'est dégueulasse.

Le sujet m'a demandé de faire le message: « Prière de ne pas déranger. Je suis heureux. »
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photo: Pills, pills pills par brockleyboyo.

jeudi 13 décembre 2007

Socio-diversité américaine

Les 400 000 avocats américains regroupés dans l'American Bar Association ont choisi Alberto Gonzalez comme « avocat de l'année 2007 ». Oui oui, cet Alberto-là, l'ami personnel et conseiller de George W. Bush, le maître d'oeuvre juridique de cette vaste entreprise de démolition de la Constitution américaine que constitue l'administration républicaine depuis 7 ans. Alberto a gagné de peu devant Lewis "Scooter" Libby, condamné pour parjure et obstruction à la justice, gracié par George W. Bush avant même de passer une journée en prison.

L'éditeur de l'ABA Journal, Edward A. Adams, tente de se dédouaner en rappelant que Time Magazine a déjà nommé Hitler « personnalité de l'année ». Que ceux qui pensent que les dizaines de milliers d'avocats américains républicains et bourrés de fric pensent la même chose à propos d'Alberto et de Scooter lèvent la main.

Poursuivons cette chronique de la socio-diversité du peuple américain et parlons d'espions.

Après le dépôt du récent NIE qui résume l'opinion de la communauté du renseignement américain sur l'Iran, les remarques ont fusé de toutes parts. Je rappelle que cet estimé évalue que l'Iran a cessé de développer son programme d'armement nucléaire en 2003 et que, même s'il le reprenait maintenant, il ne disposerait pas d'arme nucléaire avant une dizaine d'années.

On a fait remarquer que le rapport sortait en retard, retenu par un Dick Cheney frustré de n'avoir pas réussi à le modifier. Des républicains ont souligné la bonne foi de Bush qui en a autorisé la publication même s'il lui était défavorable. D'autres ont rappelé que la communauté du renseignement n'a pas voulu, cette fois-ci, devenir le bouc émissaire d'une guerre stupide, comme en 2003 pour l'Irak.

Mais la palme va à George W. Bush. Pour lui, le rapport prouve plus que jamais qu'il faut agir contre l'Iran maintenant. Les mass medias sont bien d'accord. Les blogues « de gauche », ou mieux, « les liberals », ou mieux « les bleedings hearts », ou mieux encore « les moumounes », sont découragés. Ils regardent tout ça et ils se disent: « Cela ne sert à rien ». C'est comme un chien qui chie sur ton tapis. Si tu le chicanes trop fort, il va pisser sur ton tapis en plus. Il ne comprend pas.

Bush dit les pires insanités qui sont carrément contraires au bon sens. Mais personne ne l'accuse de mentir parce qu'on voit bien qu'il ne sait même pas de quoi il parle. Il ne comprend pas. Trop innocent pour mentir. Mais c'est le gars qui a la main sur le piton pour la 3 ème Guerre mondiale.
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Addendum, le 17 décembre 2007: Il me semblait bien, aussi. Il y a beaucoup plus d'avocats démocrates que républicains aux États-Unis. Alberto n'est plus l'avocat de l'année 2007.

lundi 3 décembre 2007

Une autre «bonne» défaite référendaire


Hugo Chávez vient de perdre son référendum à 49% contre 51% des voix. Il a reconnu sa défaite dès une heure du matin, après un dépouillement de 90% des voix. Il a félicité l'opposition et lui a tendu la main pour collaborer à l'avenir. Il terminera son mandat en 2012 comme prévu et il ne fera pas d'autre référendum sur la question entretemps.

Chávez a mentionné préférer perdre à 49% que de gagner avec seulement 51% des voix. Il a reconnu que plusieurs de ses partisans ont voté NON, mais surtout que beaucoup se sont abstenus de voter, la participation se situant à seulement 56 % des inscrits.

Plusieurs Vénézuéliens sont aujourd'hui soulagés de voir s'établir une relative paix sociale. Les opinions seront sans doute partagées ici au Québec. Est-ce qu'une majorité de 50% plus une voix est suffisante pour enclencher des réformes majeures et permanentes ?

samedi 1 décembre 2007

Une autre bataille référendaire

« Opération Tenailles », c'est le nom de code des activités menées par l'équipe HUMINT (Human Intelligence) de la CIA au Venezuela. C'est ce que nous apprend le mémo de l'officier des Affaires régionales Michael Middleton Steere de l'ambassade américaine de Caracas envoyé au grand patron de la CIA à Washinton, le général Michael V. Hayden.
Le mémo daté du 20 novembre et rendu public le 26 novembre a été intercepté par le contre-espionnage vénézuélien et concerne les actions posées par les Américains pour infléchir les résultats du référendum de demain, 2 décembre, et des recommandations pour des gestes à poser après le référendum.

Pour avant le référendum, le mémo propose essentiellement d'appuyer la propagande pour le NON (8 millions de $US y ont été consacrés) et en même temps de discréditer la validité du référendum, expliquant que même si le deux stratégies sont contradictoires, cela ne pose pas réellement problème.

Pendant et après le référendum, les agents et leurs acolytes recrutés dans les universités (marxistes et trotskystes petits bourgeois), dans l'armée vénézuélienne et dans les médias de droite vont créer un foutoir autant qu'ils peuvent un peut partout. Le mémo demande également que les soldats américains stationnés dans les bases de Curacao et de Colombie se tiennent prêts à intervenir si l'occasion se présente.

Les amendements demandés par le président Chávez visent à faciliter la redistribution des terres aux petits paysans, à offrir la sécurité sociale aux gens sans statut formel (vendeurs de rue, aides domestiques etc), à réduire la semaine de travail de 40 à 36 heures et à faciliter l'accès aux études supérieures aux gens des classes défavorisées. Un amendendement vise aussi à permettre aux candidats à la présidence de viser plus que deux mandats, ainsi que la constitution canadienne le permet à nos premiers ministres.

Les enjeux sont élevés. Et ça joue dur. Très dur. Voyons ce qu'il va se passer dans les jours à venir.
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Des références supplémentaires: