mercredi 31 octobre 2007

Les Américains et l'Iran


Il m'arrive parfois d'exagérer. Quand j'ai écrit le billet « Ils sont tous fous », comment pouvais-je savoir qu'en utilisant le mot « tous », je ne faisais pas qu'englober dans un but pédagogique, ou simplement pour l'esbroufe, l'ensemble de l'élite politique américaine issue de cette ploutocratie menée par George W. Bush, un président qui parle de 3 ème guerre mondiale si l'Iran acquiert le savoir-faire nucléaire, par Hillary Clinton, la candidate démocrate à la présidence qui a reçu le plus d'argent et qui par conséquent mène la course en appuyant le bombardement de l'Iran, assurée d'obtenir sans doute en bout de piste le ralliement du sénateur Kucinich qui aujourd'hui met en doute lui aussi la santé mentale de Bush à propos de l'Iran et par Rudolf Giuliani, le candidat républicain à la présidence qui a reçu le plus d'argent et qui par conséquent mène la course en appuyant le bombardement de l'Iran, pratiquement assuré d'obtenir le ralliement du représentant Ron Paul qui s'oppose à la guerre en Iran, mais bel et bien l'ensemble du peuple américain qui, s'exprimant par l'intermédiaire d'un sondage Zogby, clame haut et fort qu'il appuie à 52 % le bombardement de l'Iran malgré l'opposition de la Russie et de la Chine, malgré le péril imminent dans lequel il place les troupes américaines en Irak qui se verront coupées de leurs bases d'approvisionnement, et malgré qu'il ruine ainsi tout l'espoir que je mettais en lui en dépit de la corruption et la vénalité de ses dirigeants ? Ce n'est pas moi, c'est la réalité qui exagère.

Nos voisins sont bel et bien devenus tous fous, sur un plan collectif, bien sûr. Qui aura assez de charisme pour les calmer avec des paroles de sagesse ? Qui sera le FDR de ce siècle ?

mardi 30 octobre 2007

Conspirationnons


C'est le colonel qui l'a fait, sur FoxNews.com, avec son ordinateur. Le colonel à la retraite David Hunt, analyste militaire pour Fox News, a conspirationné contre ses militaires américains et son bien-aimé gouvernement lorsqu'il a appris qu'on avait encore raté Osama ben Laden en août 2007:

The United States of America’s political and military leadership has, on at least three separate occasions, chosen not capture or kill bin Laden or Ayman al-Zawahri.
Si je dis « conspirationnons », tout le monde sait de quoi je parle. Conspirer est une chose. Cheney ou Rice ou Bolton conspirent. Nous, simples mortels qui observons les agissements des grands et essayons de comprendre la logique de leurs mensonges disparates, nous élaborons les théories de leurs conspirations, bref, nous conspirationnons. Bush ne conspire pas; il répète ce que tonton Cheney lui dit de dire.

Cela doit vouloir dire quelque chose si même l'analyste militaire de Fox News commence à trouver que l'administration Bush a raté Osama ben Laden un peu trop souvent. Les hypothèses abondent. Ben Laden travaille encore pour la CIA. C'est sous leurs ordres qu'il a planifié le naïnewonwon. C'est sous leurs ordres et avec leur aide qu'il émet en temps opportun des communiqués pour faire peur au peuple américain.

En tout cas, le colonel est franchement ulcéré:

We know, with a 70 percent level of certainty — which is huge in the world of intelligence — that in August of 2007, bin Laden was in a convoy headed south from Tora Bora. We had his butt, on camera, on satellite. We were listening to his conversations. We had the world’s best hunters/killers — Seal Team 6 — nearby. We had the world class Joint Special Operations Command (JSOC) coordinating with the CIA and other agencies. We had unmanned drones overhead with missiles on their wings; we had the best Air Force on the planet, begging to drop one on the terrorist. We had him in our sights; we had done it. Nice job again guys — now, pull the damn trigger.

Unbelievably, and in my opinion, criminally, we did not kill Usama bin Laden.
Le colonel termine son article en répétant en lettres majuscules « PULL THE DAMN TRIGGER. » Dois-je préciser aussi qu'il est l'auteur d'un best-seller intitulé « They Just Don’t Get It. » ?
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photo: Caped Conspirators, par steena.

lundi 29 octobre 2007

Ils sont tous fous !

Il m'arrive parfois d'exagérer. Il m'arrive aussi de penser que j'en mets un peu trop, mais dans un but pédagogique. C'est que je croyais quand j'ai titré « Il est fou ! » mon billet du 17 octobre. Erreur ! Grossière erreur ! J'étais cool, tout ce qu'il y a de plus mainstream. Le commentateur Paul Krugman, décrivant la position du principal conseiller de Rudolf Giuliani sur l'Iran, la qualifie de « crazy talk » Bien plus, parlant de l'attitude de l'administration Bush face au dossier iranien, l'éditorialiste du New York Times lui-même parle de « crazy American government ».

Et on parle toujours du même dossier, c'est-à-dire de la position arrogante et militariste prise par l'élite politique américaine face au nucléaire iranien, ce qui inclut autant les candidats démocrates et républicains à la présidence que l'actuelle présidence:

America’s allies and increasingly the American public are playing a ghoulish guessing game: Will President Bush manage to leave office without starting a war with Iran? Mr. Bush is eagerly feeding those anxieties. This month he raised the threat of “World War III” if Iran even figures out how to make a nuclear weapon.

Cela viendrait de n'importe qui d'autre que l'on dirait que Bush se positionne pour négocier. Mais on ne peut pas le dire de son administration. Elle ne fait aucune ouverture diplomatique envers Téhéran, elle finance les mouvements de la dissidence iranienne et elle multiplie les déclarations belliqueuses cherchant à démoniser les autorités iraniennes.

Pendant ce temps, la diplomatie iranienne fonctionne à plein rendement, réussissant lors du dernier Sommet de la mer Caspienne à obtenir une première visite de Poutine en Iran et à le mettre en présence du Guide Suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei, lequel en principe ne rencontre jamais les chefs d'État étrangers. Pepe Escobar, encore lui (!), nous rapporte que:

en substance, Poutine et le chef suprême se sont entendus sur un plan visant à réduire à néant les efforts constants déployés par l’administration Bush pour lancer une attaque préventive contre l’Iran, incluant peut-être des frappes d’armes nucléaires tactiques.

Une attaque américaine contre l’Iran sera considérée par Moscou comme une attaque contre la Russie.

Et si ce n'était que de l'administration Bush, qui va disparaître dans les limbes de l'histoire d'ici un an et deux mois ! J'ai déjà évoqué à plusieurs reprises l'attitude belliqueuse de la candidate démocrate en avance Hillary Clinton, laquelle a voté pour la guerre en Irak et pour la guerre en Iran, en plus de jouer sur les peurs du public américains. On n'y échappera pas. Paul Krugman fait son dernier papier sur la folie du candidat républicain en avance Giuliani, dont le principal conseiller en politique étrangère est nul autre que Norman Podhoretz. M. Podhoretz est cet ultra-néo-conservateur qui ne cesse de pourfendre « l'idéologie islamo-fasciste », si une telle chose existe ailleurs que dans son esprit:

Iran is the “main center of the Islamofascist ideology against which we have been fighting since 9/11.”The Islamofascists ... are well on their way toward creating a world “shaped by their will and tailored to their wishes.” Indeed, “Already, some observers are warning that by the end of the 21st century the whole of Europe will be transformed into a place to which they give the name Eurabia.”

Ainsi, Bush, Clinton et Giuliani ont tous l'Iran dans leur ligne de mire. Mais... mais... c'est qu'ils sont tous fous !

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photo: Crazy Morning-Shane, par ishane.

dimanche 28 octobre 2007

La guerre à 50 %

Tzipi Livni, ministre des Affaires étrangères d'Israël est d'avis que des armes nucléaires iraniennes ne poseraient pas de menace existentielle à l'État juif. C'est ce qu'elle dit en privé, derrière des portes closes. Elle pense qu'Ehud Olmert joue avec la bombe iranienne pour rallier les gens autour de lui en utilisant la peur. L'ancien chef du Mossad, Ephraim Halevy, est du même avis que Livni concernant l'Iran.

En public, notamment devant l'Assemblée des Nations Unies l'an passé, Tzipi Livni clame haut et fort que les leaders iraniens posent la plus grande menace aux valeurs internationales en parlant fièrement de leur désir de détruire Israël et de se procurer les armes pour le faire.

Abdel Bari Atwan, directeur du quotidien Al Qods Al Arabi, basé à Londres, voit ici et là des signes que les deux parties, États-Unis et Iran, durcissent leurs positions. Les récentes déclarations de Bush, Cheney et Rice cherchent à créer un sentiment d'urgence. Les efforts diplomatiques sont intenses auprès des pays arabes voisins de l'Iran à l'effet de leur faire réaliser que ce dernier est beaucoup plus menaçant que le tandem États-Unis-Israël. Et de fait, les pays arabes sont en train de faire le plein d'armements. De son côté, l'Iran se prépare aussi. La démission d'Ali Larijani, responsable des négociations sur le dossier nucléaire et la déclaration de la Garde Révolutionnaire iranienne qui se dit prête à lancer 11 000 fusées en riposte à une attaque en sont des signes certains.

Pepe Escobar, le célèbre globe trotter d'AsiaTimesonline conclut qu'en qualifiant la Garde Révolutionnaire iranienne d'organisation terroriste, l'administration Bush, et Hillary Clinton qui a aussi voté la résolution Kyl-Lieberman, viennent en fait de déclarer la guerre à toute l'élite iranienne. En appliquant leur logique de « guerre au terrorisme » à ce groupe de personnes expressément nommées, l'administration Bush vient de se peinturer dans le coin et n'a plus d'autre choix que d'essayer de changer le régime qui gouverne l'Iran.

L'historien militaire et commentateur Gwynne Dyer, ancien militaire lui-même, pense que le Moyen Orient va changer en profondeur quand les troupes américaines vont se retirer de la région. Le peuple américain va également d'en désintéresser. Et si les subventions américaines à tous ces régimes autocrates arabes sont réduites, les islamistes vont prendre le pouvoir partout. Paradoxalement, cela va réduire les activités du terrorisme international puisqu'ils détiendront le pouvoir chez eux.

Par contre, Si Bush attaque l'Iran, Gwynne Dyer est d'accord avec Zbigniew Brzezinski pour prédire que l'effet sera si dévastateur sur la puissance américaine qu'elle va perdre sa position hégémonique sur l'échiquier mondial:
However, there is the possibility that the United States before Mr Bush leaves will attack Iran. And if that happens, I think we have a very different outcome. Former National Security Adviser in the United States, Zbigniew Brzezinski is on record as saying if the United States attacks Iran, it will lose its place in the world. And I think he's right.

ELEANOR HALL: What do you think the odds are though, of the United States attacking Iran?

GWYNNE DYER: I have no idea, I change in my view from week to week on this, which presumably means they're about 50/50. I mean, the forces are in place, the runways have been lengthened, you know, the extra carriers are in the Gulf.
Alors, si l'expert chevronné Gwynne Dyer évalue la possibilité d'une guerre en Iran à 50 %, je trouve que c'est déjà beaucoup, et je trouve ça passablement terrifiant. Et comme nous sommes censés l'avoir appris depuis le déclenchement de la guerre en Irak, avec l'administration Bush on ne peut jamais dire: « Mais non, ce n'est pas possible, ça n'a pas de bon sens, ils ne feront jamais cela... »
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photo: Soldier's Cross, par nukeit1.

vendredi 26 octobre 2007

Zapping de neurones en vrac

Hillary Clinton a 60 ans. John Parisella a dit à Bazzo.tv qu'elle est en phase avec la société américaine. Elle a voté pour la guerre en Irak, une proposition vague que Bush a interprétée à sa manière. Elle a voté pour la guerre en Iran, une autre proposition vague que Bush interprétera aussi à sa façon. Quelle sorte de présidente sera-t-elle ?
Le débat sur la citoyenneté québécoise nous ramène tout l'arsenal de l'argumentaire fédéraliste. La levée de leurs boucliers rouillés en est presqu'amusante. « Je suis un fier québécois doublé d'un fier canadien et je n'ai pas peur de..., et caetera desunt. »

Ce midi, Saïd Jaziri maintenait à Pierre Maisonneuve en direct qu'il était réellement tombé à l'aéroport de transit et que ses gardiens l'avaient fait monter à bord sans ménagement. Il disait aimer le Québec et ne pas vouloir faire de tort aux Québécois.

C'est presqu'à tous les jours qu'on entend un des principaux représentants de l'administration Bush vilipender l'Iran. Bientôt, ils se seront trop avancés. Cela ne pourra plus être un bluff, sinon ils perdront la face. Cette guerre aura des effets dévastateurs difficiles à sous-estimer.

Je n'en reviens pas encore que trois créationnistes républicains se présentent comme candidats à la présidence. Et personne n'en rit. C'est comme ça. La foi religieuse est le dernier domaine à l'abri de toute critique.

René Homier-Roy a confié à Marc Cassivi que les critiques de cinéma n'étaient pas impartiaux dans les années '70. Ils exagéraient les qualités des films québécwas pour que les gens aillent les voir. C'est bien ce que je pensais.

Selon Chantal Hébert, le PLC ontarien fera campagne contre Harper en mettant l'emphase sur ses concessions à l'endroit des nationalistes québécois, lesquelles, à leur avis, affaiblissent le Canada. Comment Stéphane Dion va-t-il gérer cela, lui qui soudainement a décidé de nous aimer ?

Amis lecteurs, il y a ici un texte génial d'Uri Avnery, un de mes commentateurs préférés.
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photo: Remote Control, par ThunderChild5.


mercredi 24 octobre 2007

Jean Chrétien et l'Irak

Oui, j'ai déjà écrit dans un mouvement de naïveté que j'ai peine à me pardonner aujourd'hui: « C'est au point où je me suis senti fier de Jean Chrétien quand il a refusé d'accompagner les Américains en Irak. » Comment suis-je arrivé à penser que Jean Chrétien a pu poser en tant qu'homme politique un geste dont je pourrais être fier un jour ?

Jean Chrétien n'a pas refusé d'accompagner les Américains en Irak. Les Américains lui ont indiqué clairement, même pas poliment, de laisser faire l'Irak et de se concentrer en Afghanistan. Par la suite, la Chambre des Communes a débattu âprement de l'implication possible du Canada en Irak. Jean Chrétien, sachant que Rumsfeld ne voulait pas du Canada en Irak, s'est alors fait le champion du multilatéralisme en politique internationale et du respect de l'ONU comme institution. Il est devenu celui qui a tenu tête à George W. Bush, et il pose encore comme tel dans les mémoires qu'il vient de publier.

J'ai raté la nouvelle quand elle est sortie il y a deux semaines et c'est par al-Shifa que j'en ai pris connaissance. L'ancien chef de cabinet du ministre de la Défense John McCallum, Eugene Lang, a publié conjointement avec Janice Gross Stein le livre The Unexpected War: Canada in Kandahar, où il raconte en détail les tractations qui ont amené la Canada dans la situation où il est actuellement. CBC a fait une nouvelle de cette partie du livre où on explique la rebuffade des Américains et le jeu de Jean Chrétien. Eugene Lang précise:
In fact, they [les Américains] may as well have though that our military might in fact get in the way, complicating their mission planning...
Suis-je surpris que Jean Chrétien s'attribue faussement les mérites de sa « résistance courageuse » à l'impérialisme américain ? Un peu. Parce que c'est stupide. En 40 ans de vie politique, Jean Chrétien n'a pas été brillant très souvent, mais c'est encore plus rarement qu'il s'est montré stupide.
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Addendum I: Devant l'avalanche de blâmes à l'endroit de Pauline Marois qui parle d'enlever le droit fondamental (?) de l'éligibilité à 3 ou 4 unilingues anglophones qui voudraient se présenter comme conseiller scolaire, je me sens un peu mal à l'aise de voir qu'une loi inique du Parlement canadien va priver un million de Canadiens de leur droit de vote sans qu'on n'observe au moins une levée de boucliers équivalente.

Addendum II: Le militant exemplaire Bernard Landry pourrait-il réserver ses judicieux avis à Mme Marois et à ses conseillers, comme Brian Mulroney a la décence de faire avec Stephen Harper et ses conseillers ?

mardi 23 octobre 2007

Salade de saison XXIII

Ben, voyons donc !

Le projet de citoyenneté québécoise de Mme Marois suscite bien des réactions. Il y a celle de Patrick Lagacé, pleine de sarcasme et de fiel, ne reflétant que son ignorance: « Ben, voyons donc ! A-t-on déjà vu ? » Il y a celle de Vincent Marissal, l'analyste politique bien informé: « Cela a déjà été présenté, étudié et rejeté. Il s'agit seulement de partir une chicane avec Ottawa. » Des constitutionnalistes ont consulté leurs tasses de thé et conclu: « Me semble que ça passera pas. On pourrait-tu faire d'autres choses pour protéger le français ? » André Pratte s'inquiète: « Aïe les gars, c'est pas de ça qu'on parlait, on parlait de religion, pas de la langue ! » Dans les lettres au lecteur, il y a l'habituel: « Encore la constitution, quand on pense que l'économie s'en va chez le diable ! »

Puis il y a le « nerd », le fatiguant, le premier de classe, Jean-François Lisée pour ne pas le nommer, qui nous apprend que la double citoyenneté à l'intérieur d'un même pays existe déjà en Finlande, en France, en Suisse et au... Canada ! J'en suis tout baba. Cela me fait penser au jour où j'ai appris qu'on pouvait être citoyen de la France et du Canada en même temps. Comme Stéphane Dion.

Puis il y a le gars « practico-pratique » qui se demande: « À qui allons-nous nier un droit fondamental ? Qui seront ces futurs citoyens de seconde classe ? Quoi ? Il y a des personnes unilingues anglophones qui ont été élues au Québec pour représenter leurs concitoyens ? »

J'te cré pas !
Ben, j'te l'dis !
Ben, j'te cré pas !


Plus fort que ça...

Dans le numéro d'août 2007 du magazine Discover, on trouve un article sur le cerveau humain qualifié par l'auteur d'objet le plus complexe de l'univers, recelant autant de neurones que la Voie lactée ne contient d'étoiles. Puis, me servant de l'objet le plus complexe de tout l'univers, je lis un article sur le LHC (Large Hadron Collider), un accélérateur de particules d'une circonférence de 17 milles, qualifié par l'auteur comme la chose la plus compliquée que les humains aient jamais construite. Cette machine servira, les savants l'espèrent, à tirer au clair les plus grands mystères de l'univers, en trouvant par exemple le boson de Higgs. Enfin, la plus grande statue de maringouin au monde se trouve à Komarno, au Manitoba.

Vous ai-je dit que Discover est une revue américaine ?


Rumeurs reprend son rythme

L'excellente série d'Isabelle Langlois et de Pierre Théorêt reprend son rythme. Les tirades d'Hélène sont cyniques à point. Mme Lauzon retrouve son tonus. Ça redevient méchant méchant et très drôle. Le cotes d'écoute sont faibles. Les Québécois n'aiment pas la chicane, même bien tournée.

Cette saison, j'ai congé de télé les mardi, mercredi et jeudi. C'est le temps de surfer ou de regarder des vieux films en noir et blanc sous-titrés.
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photo: Rumor, par Lush.i.ous.

lundi 22 octobre 2007

Le cas Jaziri en perspective

Saïd Jaziri est expulsé du Canada pour avoir menti lors de la présentation de son dossier d'immigration. Si l'on avait su qu'il avait un dossier judiciaire suite à une arrestation pour coups et blessures, on ne lui aurait pas permis d'immigrer. Cela fait donc dix ans qu'il est ici frauduleusement. Ses recours sont épuisés. Il sera expulsé aujourd'hui. Une fois ce resquilleur parti, cela fait une place de plus pour l'entrée légitime d'un autre Tunisien qui, lui, y a véritablement droit.

Le fait est que l'imam intégriste Jaziri est devenu depuis son passage à l'émission de Luck Mervil une fameuse tête à claques et le représentant typique de ces musulmans qui viennent s'installer ici pour nous dire comment vivre. Les accomodements, c'est pour nous, si nous sommes raisonnables. On va siroter notre vin dans la cuisine pendant qu'ils trônent au salon. Cependant, on ne nous fera pas croire aujourd'hui qu'il est expulsé parce qu'il n'est pas aimable. Cela n'a rien à voir.

Heureusement, les musulmans de ce genre sont très peu nombreux. Je n'en ai jamais rencontré personnellement. Je ne saurais dire pourquoi exactement, mais les musulmans sont associés dans mon esprit à des gens gentils et drôles, un peu portés sur l'autodérision. Le dernier que j'ai rencontré venait d'Algérie. Il était ingénieur chimiste et il travaillait pour une entreprise d'extermination, en attendant mieux comme emploi. Affable, compétent, souriant, il a su charmer ma belle-mère de 80 ans qui s'est toujours un peu méfiée des « ethnies », comme elle dit.

J'ai pensé qu'il serait intéressant de savoir où le Canada se situe dans le monde par rapport à certaines caractéristiques du monde musulman. Un sondage Pew datant de mai 2007 nous apporte un certain éclairage. Ainsi, les Canadiens sont plus tolérants que plusieurs autres nations occidentales face au foulard islamique:




Les sondeurs ont constaté que la crainte de l'extrémisme islamique dans les pays occidentaux est plus élevée lorsque la population perçoit que les minorités musulmanes tiennent à conserver leurs différences culturelles et cherchent à développer un sens plus grand de leur identité islamique.





Il semble, au vu du tableau ci-haut, que nous soyons un des pays occidentaux qui craignent le moins le terrorisme islamique. Des cyniques pourront dire que c'est parce que nous sommes des naïfs, mais je ne le crois sincèrement pas. Cela reflète plutôt la qualité des gens qui proviennent de l'immigration musulmane et l'excellente perception que nous en avons en général. Si je mets de côté les stéréotypes véhiculés par les médias, et surtout le cinéma, si je m'en tiens à toutes les personnes musulmanes que j'ai rencontrées dans la vraie vie, concrètement, et je sais que je ne le dis pas pour être correct politiquement, les musulmans en général, c'est du « ben bon monde ».


samedi 20 octobre 2007

Éthiopiques


Le pouvoir évocateur de la poésie ! Ce poème, « L'Homme et la Bête » a été écrit par le Sénégalais Léopold Sédar Senghor en 1956. Mais déjà, il préfigure l'avenir de l'Afrique, tout en rappelant son lointain passé.

« L'Homme et la Bête »

(pour trois tabalas ou tam-tams de guerre)

Je te nomme Soir ô Soir ambigu, feuille mobile je te nomme.
Et c'est l'heure des peurs primaires, surgies des entrailles d'ancêtres.
Arrière inanes faces de ténèbre à souffle et mufle maléfiques !
Arrière par la palme et l'eau, par le Diseur-des-choses-très-cachées !
Mais informe la Bête dans la boue féconde que nourrit tsétsés stégomyas
Crapauds et trigonocéphales, araignées à poison caïmans à poignards.

Quel choc soudain sans éclat de silex ! Quel choc et pas une étincelle de passion.
Les pieds de l'Homme lourd patinent dans la ruse, où s'enfonce sa force jusques à mi-jambes.
Les feuilles les lient des plantes mauvaises. Plane sa pensée dans la brume.
Silence de combat sans éclats de silex, au rythme du tam-tam tendu de sa poitrine
Au seul rythme du tam-tam que syncope la Grande-Rayée à sénestre.
Sorcier qui dira la victoire !

Des griffes paraphent d'éclairs son dos de nuages houleux
La tornade rase ses reins et couche les graminées de son sexe
Les kaïcédrats sont émus dans leurs racines douloureuses
Mais l'Homme enfonce son épieu de foudre dans les entrailles de lune dorées très tard.
Le front d'or dompte les nuages, où tournoient des aigles glacés,
O pensée qui lui ceint le front ! La tête du serpent est son œil cardinal.

La lutte est longue trop ! dans l'ombre, longue des trois époques, de nuit millésime.
Force de l'Homme lourd les pieds dans le potopoto fécond
Force de l'Homme les roscaux qui embarrassent son effort.
Sa chaleur la chaleur des entrailles primaires, force de l'Homme dans l'ivresse
Le vin chaud du sang de la Bête, et la mousse pétille dans son cœur
Hê ! vive la bière de mil à l'Initié !

Un long cri de comète traverse la nuit, une large clameur rythmée d'une voix juste.
Et l'Homme terrasse la Bête de la glossolalie du chant dansé.
Il la terrasse dans un vaste éclat de rire, dans une danse rutilant dansée
Sous l'arc-en-ciel des sept voyelles. Salut Soleil-levant Lion au-regard-qui-tue
Donc salut Dompteur de la brousse, Toi Mbarodij ! seigneur des forces imbéciles.

Le lac fleurit de nénuphars, aurore du rire divin.


Léopold Sédar Senghor

«L'Homme et la Bête », Éthiopiques, Le Seuil, 1956.
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illustration: The Sleeping Gypsy, par Henri Rousseau.

vendredi 19 octobre 2007

Haditha: la conclusion du Wall Street Journal


Nous avons déjà parlé du massacre de 24 civils irakiens innocents à Haditha, ici et . Le Wall Street Journal tire une conclusion particulièrement cynique de ces événements:

1) Des civils ont été tués à Haditha, mais c'est inévitable dans toute guerre.

2) Les politiciens et les médias ont porté un jugement négatif sur Haditha pour discréditer la guerre en Irak.

3) Pis que tout, les politiciens et les médias créent et alimentent un climat politique qui expose nos soldats sur la ligne de feu à des poursuites criminelles alors qu'ils risquent leur vie. C'est cela la plus grande honte d'Haditha et on devrait s'en excuser auprès d'eux.

Vous ne me croyez pas ? L'effet « Rupert Murdoch » sur la dégradation du Wall Street Journal ne peut pas être aussi rapide ? Voyez par vous-mêmes:
At Haditha, did the Marines act reasonably and appropriately based on their training? They were in a hostile combat situation where deadly force was authorized against suspected triggermen for the IED, and were ordered to assault a suspected insurgent hideout. In retrospect, the men in the car had no weapons or explosives; in retrospect, the people in the house were not insurgents. No one knew at the time.

Innocents were killed at Haditha, as they inevitably are in all wars--though that does not excuse or justify wrongdoing. Yet neither was Haditha the atrocity or "massacre" that many assumed--though errors in judgment may well have been committed. And while some violent crimes have been visited on civilians in Iraq and Afghanistan, overall the highly disciplined U.S. military has conducted itself in an exemplary fashion. When there have been aberrations, the services have typically held themselves accountable.

The same cannot be said of the political and media classes. Many, including Members of Congress, were looking for another moral bonfire to discredit the cause in Iraq, and they found a pretext in Haditha. The critics rushed to judgment; facts and evidence were discarded to fit the antiwar template.

Most despicably, they created and stoked a political atmosphere that exposes American soldiers in the line of duty, risking and often losing their lives, to criminal liability for the chaos of war. This is the deepest shame of Haditha, and the one for which apologies ought to be made.
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photo: The Wall Street Journal, par Adrian MB.

mercredi 17 octobre 2007

Il est fou !


Poutine vient à peine de dire que L'Iran a droit à la technologie nucléaire que George W. Bush menace la planète d'une 3 ème Guerre Mondiale si Téhéran poursuit sa recherche pacifique de l'énergie nucléaire.

En fond de scène, le parlement turc autorise l'armée à intervenir au Kurdistan irakien et la Chine est en furie que Bush reçoive le dalaï-lama, lequel est pour les Chinois un séparatiste notoire.

Tout est ici, la nouvelle, les transcriptions verbatim de la conférence de presse et le clip vidéo.
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Addendum, le 19 octobre à 8:00. Voir aussi: Rachel Maddow: Bush says 'World War III is worth starting' over Iran.

mardi 16 octobre 2007

American Splendor

Je ne ris pas souvent. Les humoristes me font souvent sourire, mais rire, rarement. Tenez, je souris même aux publicités de Honda. C'est bien fait pareil, ces petites annonces-là. En humour, le sourire est facile, mais le rire est difficile. Elvis Gratton me fait rire, et les Boys aussi. Quand un produit culturel me fait rire, je m'en souviens, parce que cela n'arrive pas souvent.

American Splendor m'a fait rire. Quel film ! C'est bon, c'est drôle, cela finit bien, c'est sympathique et surtout c'est intelligent. À la fin, on se sent grandi, moins idiot, et en plus, on a ri.

Il y a dans ce film la scène de rupture la plus cocasse que j'aie jamais vue. En prime, il y a dans ce film les scènes de séduction les plus saugrenues que j'aie jamais vues. C'est vous dire l'étendue du registre...

Le personnage principal, Harvey Pekar, est préposé au classement des archives dans un hôpital. Il existe réellement. Il est d'ailleurs dans le film. Il est aussi passé souvent chez Letterman, comme tête de turc de l'animateur, bien entendu. Quand sa femme le quitte, Pekar a une extinction de voix. Il lui fait des reproches, il a payé ses études, et maintenant qu'elle est diplômée, elle s'en va. Il s'énerve, il tente de crier, mais cela ne sort pas. C'est le degré zéro de l'impuissance. Il ne peut que protester, et même cela, il ne le peut pas. Paul Giamatti arrive à en faire une scène très drôle.

Quand aux scènes de séduction, il faut les livrer verbatim. Harvey est seul depuis longtemps et il reçoit une lettre d'une fan de sa bande dessinée lui demandant s'il a le numéro 8 d'American Splendor. Ils finissent par s'appeler:
_ Harvey: Écoute, je trouve qu'on a plein de choses en commun, tu vois ? Comment je peux te convaincre de me rendre visite ?
_ Joyce: À Cleveland ?
_ Harvey: Ouais.
_ Joyce: Tu penses que c'est une bonne idée ?
_ Harvey: C'est une idée de génie. Il faudrait que tu me rencontres, je suis un type génial. Malgré ce qu'on voit dans mes B.D., j'ai des traits de caractère qui font passer le reste.
_ Joyce: Je sais pas. Où est-ce que je logerais ?
_ Harvey: Je sais pas. Chez moi. T'inquiète. Je vais pas te draguer.
_ Joyce¨: Ça ne m'inquiète pas. Attends, je me suis renversé mon infusion de camomille dessus.
_ Harvey: Qu'est-ce qui t'inquiète, alors ?
_ Joyce: C'est à cause de la façon dont les différents artistes t'ont dessiné.
_ Harvey: Quoi ?
_ Joyce: Je ne sais pas à quoi m'attendre. Des fois, tu ressembles à un jeune Brando. Mais dans les dessins de Crumb, tu ressembles à un singe poilu, avec plein de vagues de puanteur qui émanent de ton corps. Je ne sais pas trop à quoi m'attendre.
_ Harvey: Non, ce sont des lignes représentant des mouvements. Je suis un type actif. Écoute, tu n'as qu'à venir, et j'essayerai d'être l'homme que tu voudrais que je sois, d'accord ?
_ Joyce: C'est une proposition dangereuse. J'adore transformer les gens, c'est connu.
Elle arrive à la gare. Harvey s'approche d'elle de côté et il ne la regarde pas vraiment:
_ Harvey: C'est toi, Joyce ?
_ Joyce: Salut, Harvey.
_ Harvey: Salut.
_ Joyce: Enfin on se rencontre.
_ Harvey: Oui... Avant de commencer quoi que ce soit, sache que j'ai subi une vasectomie.
Ils vont dans un restaurant huppé. Joyce semble mal à l'aise:

_ Harvey: Qu'est-ce qui cloche ?
_ Joyce: Rien.
_ Harvey: Ça ne va pas. Tu n'arrêtes pas de regarder autour de toi.
_ Joyce: Je ne te voyais pas manger dans un endroit pareil.
_ Harvey: Qui ça, moi ? Je ne suis jamais venu ici. Je m'étais dit que ça te plairait. Mais c'est pas le cas, hein ?
_ Joyce: Non ça va. Qu'est-ce que ça change ?
_ Harvey: Je sais pas. Rien, j'imagine. Il y a beaucoup de viande dans ce menu.
_ Joyce: Tu es végétarien ?
_ Harvey: Plus ou moins, je veux dire. Depuis que j'ai le chat, j'ai du mal à manger les animaux.
_ Joyce: Je soutiens les associations de défense des animaux, mais malheureusement, j'ai découvert que je suis anémique. Et puis, je suis allergique à plein de légumes qui me causent de gros troubles intestinaux. J'ai de multiples quasi-dysfonctionnements physiques qui limitent mon activité politique au niveau alimentaire.
_ Harvey: Tu es malade.
_ Joyce: Pas encore. Ça ne saurait tarder. Toute ma famille souffre de maladies dégénératives.
Puis ils soupent. Finalement, ils entrent dans l'appartement d'Harvey. C'est sale et en désordre:

_ Harvey: Je voulais mettre de l'ordre. Mais pourquoi te donner une fausse impression ? En fait, faire le ménage me pose vraiment problème. Même si je lavais une assiette 10 fois, elle resterait sale. Ils m'ont même renvoyé de l'armée parce que je n'arrivait pas à faire mon lit.
_ Joyce: J'ai vu pire. Je pourrais avoir un verre d'eau avec de l'aspirine ?
_ Harvey: Tu as mal à la tête ?
_ Joyce: Non, mais je veux éviter que cela arrive.
_ Harvey: D'accord. (Il va à la cuisine.) Je vais te dire une chose. C'est vraiment agréable d'avoir de la compagnie. Tu vois, je veux dire, malgré tous tes problèmes, tu m'as l'air d'une fille géniale. Je suis désolé. J'ai un peu perdu la main, côté drague. C'est parce que ma vie avec les femmes a été un enfer. La dernière était une vraie salope.
_ Joyce: Moi aussi j'ai passé une bonne soirée.
_ Harvey: C'est vrai ? Toi aussi t'as passé une bonne soirée ?
_ Joyce: Ne me demande pas de répéter ce que je viens de dire. C'est énervant.
_ Harvey: Désolé.
_ Joyce: Viens là. (Ils s'embrassent. Puis Joyce commence à avoir des hauts le coeur.) Où se trouve la salle de bain ?
_ Harvey: Derrière la cuisine, à droite. (Rendue à la salle de bain, elle vomit.) Qu'est-ce qui ne va pas ? Que se passe-t-il ?
_ Joyce: Je crois que cette nourriture de yuppie m'a achevée.
_ Harvey: Je suis vraiment gêné. Laisse-moi au moins t'aider. Je peux te préparer quelque chose ? Une infusion de camomille ?
_ Joyce: De la camomille ? Qu'est-ce que tu fais avec ça ? Je croyais que tu buvais de l'orangeade au petit-déj.
_ Harvey: J'ai remarqué que tu en buvais beaucoup quand on se parlait au téléphone. La fille du marché m'a aidé à choisir toutes sortes d'herbes. (Elle vaporise de l'huile WD-40, pensant que c'est un purificateur d'air.) Un de ces machins aide à atténuer les maux d'estomac. La Tisane à la menthe de grand-mère, je crois. (Elle sourit.) Hé, t'es encore là ? (Elle ouvre la porte de la salle de bain.)
_ Joyce: On devrait oublier toutes ces histoires de drague et se marier.
Ce qu'ils firent. La drague, c'est pour les yuppies.
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photo: American Splendor, par busysignals.

lundi 15 octobre 2007

La quête identitaire


Jacques Brel le suggérait. Certaines quêtes sont désespérées. Notamment la quête identitaire.

Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir où personne ne part
Toutes sortes de gens défilent devant la Commission Bouchard-Taylor. Parfois, il y a des gens dont l'aspect ne convient pas à la rectitude vestimentaire médiatique. Parfois ce sont leurs paroles qui ne conviennent pas à la rectitude bien pensante. Et alors, dans la salle, dans les salons, il y a des gens qui ont « honte d'être Québécois ». Mais cela ne se dit plus, aujourd'hui, « avoir honte d'être Québécois », car aujourd'hui, on est fier d'être Québécois ! Alors on se replie sur le rejet et la négation du discours identitaire.

Les opposants à la quête identitaire sont d'avis qu'il faut arrêter de parler du « nous », car cela suppose un « eux ». Qu'est-ce qu'un Québécois dit « de souche » ? Faut-il être arrivé avant 1960, 1837 ou 1760 ? Les personnes qui sont bilingues mais qui parlent anglais à la maison sont-elles des « eux » ? Les questions identitaires sont difficiles à trancher et impossibles à définir selon ces termes. Cela crée des frictions, de la division, et il y a même des gens qui se mettent à parler fort dans les lignes ouvertes...

On essaie de nous faire croire que la quête identitaire est ringarde, «passée date». Et pourtant, elle a cours au sein de toutes les petites nations, et même au sein des grandes nations, y compris la nation américaine qui s'inquiète de sa forte minorité latino. Les Français «de souche» discutent minorité maghrébine et les bons Allemands de leurs Turcs.

On en a déjà parlé, les Écossais qui favorisent des gouvernements à la scandinave envisagent de se séparer des Anglais qui préfèrent être gouvernés à l'américaine; les gens de la Nouvelle-Écosse se cherchent une âme gaélique dans leurs vieilles poteries; les Terre-Neuviens se voient comme un coin d'Irlande en Amérique du Nord. L'éclatement de l'URSS et de la Yougoslavie en multiples pays selon les peuples qui les habitent, l'arrivée de nouvelles nations au sein de l'ONU, les succès économiques de la Catalogne ont remis la quête identitaire de l'âme nationale au goût du jour sur l'ensemble de la planète.

Et même... S'il y a un peuple sur terre qui ne doute pas de son identité, qui a préservé ses charactéristiques, sa langue et sa religion malgré les aléas auxquels il fut soumis pendant des millénaires, c'est bien le peuple juif. Et même le peuple juif essaie encore de définir qui est juif. Le Comité de la Knesset chargé de réécrire la constitution d'Israël bute en effet sur cette importante définition, si fondamentale. Il semble aussi, comme chez nous, qu'on y discute si le droit à l'égalité des personnes a préséance sur le droit à la liberté religieuse:

Thus far, the proposed preamble to the constitution does not include any mention of equality, since there is a major argument between religious and secular parties over the right to equality. Another matter that is being hotly debated is the definition of the state's character. Most committee members want to define Israel as a "Jewish state," but rightist MKs are demanding that it be defined as the "state of the Jewish nation."
On le voit, la quête identitaire des nations n'est pas ringarde, elle est in, elle est partout, elle fait partie de cet univers des communications instantanées qui nous enveloppe. La Commission Bouchard-Taylor est fondamentalement et profondément in. Et les vieux nationaleux canadiens qui en sont encore restés à l'anti-nationalisme primaire de Pierre Elliott Trudeau et de Jean Chrétien feraient bien d'en prendre note.
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photo: UN Geneva Flags, par lilivanili.

dimanche 14 octobre 2007

Les « bons Américains »

Avec un titre de blogue comme celui-là, je vois déjà, très hypothétiquement, Mario Roy et Joseph Facal lever les yeux au ciel en soupirant: « Ah non, pas encore une autre tirade anti-américaine ! » Beaucoup de commentateurs sont en désaccord avec les politiques américaines et ne se gênent pas pour les attaquer. Mais en ce domaine, les Américains sont un peu comme Cyrano de Bergerac:
Ah ! non ! c'est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire... Oh ! Dieu !... bien des choses en somme...
En variant le ton, -par exemple, tenez
Agressif : "Moi, monsieur, si j'avais un tel nez,
Il faudrait sur-le-champs que je me l'amputasse !" (...)

Eussiez-vous eu, d'ailleurs, l'invention qu'il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
Me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n'en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d'une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve.
Et quand on parle de verve, qui peut-on citer de mieux que le commentateur Frank Rich, du New York Times ? Il commence son article avec cette entrée coup de poing: « Ce n'est plus assez de dire que "Bush ment". Il faut affronter cette plus sombre réalité que nous nous mentons à nous-mêmes. » Il fait par la suite clairement référence à ces « bons Allemands » qui après la II ème Guerre mondiale affirmaient ne pas savoir, qui disaient n'avoir rien vu venir.

Les Américains torturent. Le peuple américaine se satisfait du mantra du président à l'effet que le gouvernement ne torture pas, selon les définitions de son copain Gonzalez. Abu Ghraib ? Quelques pommes pourries.

Les soldats contractuels en Irak qui tirent à volonté et impunément sur la population ! Où est le problème ? Il y en a 180 000. Ils sont plus nombreux que les soldats de l'armée régulìère. Leur solde est en moyenne six fois plus élevée. Blackwater et al. reçoivent des milliards de dollars en contrats. George W. Bush n'a pas besoin de déclencher la conscription. Il a sous-contracté la guerre à l'entreprise privée, comme l'explique Naomi Klein dans The Shock Doctrine.

Vous avez un problème avec ça ? Oui, disent les soldats de métier: ces 180 000 bozos surpayés ne relèvent pas de l'état-major de l'armée. En cas de coup dur, comme l'implosion de Bagdad ou une guerre avec l'Iran, ils n'ont qu'à laisser tomber leur fusil d'assaut et prendre l'avion pour des cieux plus cléments. Toute l'intendance de l'armée régulière s'écroule et c'est très difficile pour un soldat américain de faire la guerre s'il n'a pas de Big Mac ni de munitions. Si l'armée américaine s'enlise dans les sables d'Irak faute d'intendance, les « bons Américains » vont dire qu'ils ne l'avait pas vu venir, celle-là ?

Le commentateur termine en rappelant l'article du Washington Post qui nous parle des quelques 24 vétérans de la II ème Guerre mondiale qui se sont réunis pour la première fois en 60 ans, la semaine passée. Ce sont les hommes qui ont interrogé les 4000 prisonniers de guerre nazis. L'un d'eux rappelle qu'il n'a jamais levé la main sur quiconque. Aujourd'hui, il est fier de ne pas avoir entaché sa qualité d'être humain.
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photo: Iraq is a big prison, par Ahmed alRawy.


Addendum à 13:37: C'est cet après-midi que les « vrais bons américains », les intellos de la Côte Est, les Patriots de la Nouvelle-Angleterre vont planter les C-minus students du Texas, les Cowboys de Dallas. Cette victoire, plus l'article de Frank Rich, plus le pouding chômeur que je vais me préparer, cela me fera une bonne journée. Si en plus la gang de TLMEP réussit à boire du vin devant le visage horrifié de l'imam Said Jaziri, ce sera vraiment complet.

samedi 13 octobre 2007

To win the hearts and minds


Je n'invente pas cela. C'est Austin Merrill qui l'écrit dans Vanity Fair. Les Américains veulent combattre Al-Quaïda dans le désert, au Mali. Ils savent que les membres du GIA, devenu le GSPC, puis l'AQMI dont nous avons parlé ici, peuvent traverser le désert pour éviter la police algérienne qui, certains le pensent, les sponsorise. Et de l'autre côté de la frontière sud de l'Algérie, il y a le Mali. Et les instructeurs américains entraînent les Maliens à combattre Al-Quaïda.

C'est une opération « zumanitaire ». Ils distribuent des médicaments, ils disent aux soldats maliens de ne pas courir avec leur kalachnikov sans avoir mis le cran de sûreté, ils veulent gagner les « hearts and minds ». Ils savent bien qu'ils ne peuvent pas tout soigner, c'est pourquoi ils doivent être sélectifs envers les malades qu'ils voient et passer rapidement sur les incurables pour éviter le plus possible de décevoir.

Je n'invente rien. C'est Austin Merrill qui l'écrit. Les soldats américains arrivent dans une bourgade de 300 âmes, Darsalam. Les hommes sont d'un côté, les femmes de l'autre. Il fait 112 °F. Tous ont l'air patibulaires sous leurs turbans. Le capitaine sort son plus beau sourire pour parler aux hommes: « Bonjour ! Pourquoi fait-il si chaud, ici ? » Rien, pas de réaction, ils continuent de le dévisager. Puis le capitaine essaie avec les femmes: « Je ne pense pas avoir jamais vu autant de beaux bébés dans un même endroit. »

Doh !

"I don't think I've ever seen so many beautiful babies in one spot."
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photo: Baby Blues.........., par ANDI2........

vendredi 12 octobre 2007

Pourquoi l'Afrique va mal

L'Afrique va mal. L'Afrique est mal partie. L'Afrique a besoin d'aide. Famines, guerres, rébellions, groupes armés, seigneurs de la guerre, états faillis, pétrodollars, corruption, enfants-soldats, trafic de diamants, trafic d'esclaves, viols, exactions, excisions, malaria, sida. L'Afrique va mal.

L'Afrique a toujours été un mystère pour moi. Il ne peut pas y avoir une seule cause aux malheurs de ce continent. La population de 920 millions d'habitants est répartie en 57 pays. Mais peu importe leur situation géographique ou la richesse du pays où ils vivent, les Africains semblent souffrir de maux analogues. Il doit y avoir un facteur commun. Oxfam International et le Réseau d'Action international sur les armes légères l'ont peut-être trouvé.

Debbie Hillier, en collaboration avec Nick Martlew et Alun Howard, vient de publier Les milliards manquants de l'Afrique, Les flux d'armes internationaux et le coût des conflits (pdf). Depuis 1990, l'Afrique a perdu environ 300 milliards de dollars en coûts directs et indirects dûs aux conflits armés. C'est à peu près le même montant d'argent qui a été versé à l'Afrique en aide de diverses provenances pour la même période de temps.

L'auteure explique:
Les coûts proviennent de bon nombre de facteurs. Il y a les coûts directs évidents de la violence armée – coûts médicaux, dépenses militaires,destruction des infrastructures et soins apportés aux personnes déplacées –qui détournent l’argent utilisé à des fins plus productives. Les coûts indirects qui résultent d’opportunités perdues sont encore plus élevés. L’activité économique faiblit ou s’immobilise. Les revenus qui découlent des ressources naturelles de valeur finissent dans les poches d’individus, plutôt que de profiter au pays. Ce dernier souffre d’inflation, de dettes et de la diminution des investissements, tandis que les populations souffrent du chômage, du manque de services publics et de traumatismes. De plus en plus de personnes, en particulier des femmes et des enfants, meurent des conséquences des conflits, plutôt qu’à cause des conflits en eux-mêmes.
L'estimé des coûts est conservateur, puisqu'il ne couvre que les périodes précises de conflits armés, mettant de côté les crimes armés et les périodes de difficultés économiques qui font suite aux conflits comme tels. Près de 95 % des armes, surtout des fusils d'assaut de type kalachnikov, viennent de l'extérieur de l'Afrique. La majorité des munitions aussi viennent de l'extérieur.

Mme Hillier poursuit:

L’expérience de la violence armée en Afrique provient à la fois des conflits armés et des crimes armés (les deux étant de plus en plus souvent confondus), soutenus et rendus plus mortels par les approvisionnements en armes et munitions.(...)

En ce qui concerne les conflits, la plus grande partie du coût humain ne résulte
pas des morts et des blessures dues aux combats mais des pertes indirectes, en matière de santé et de moyens d’existence, causées par le bouleversement de l’économie et de la société. Dans neuf conflits africains, le nombre de morts indirectes était 14 fois plus élevé que le nombre de morts au combat.(...)

Trente-huit pour cent des conflits armés dans le monde ont lieu en Afrique et, en 2006, près de la moitié de tous les conflits de haute intensité étaient également situés en Afrique. Il existe toujours des conflits où le nombre de morts reste énorme et qui ont peu de chance de se résoudre rapidement (p. ex. au Darfour, en Somalie), ainsi qu’un nombre considérable de conflits prolongés et latents.(...)

Ces conflits sont un obstacle au développement. Paul Collier, professeur d’économie à l’Université d’Oxford, définit le conflit comme l’un des quatre « pièges » qui retiennent les pays les plus pauvres du monde dans un état de pauvreté et enferment le « milliard d’habitants les plus pauvres » dans une vie de pauvreté dans des économies stagnantes ou en régression.
Ainsi donc, les armes et les conflits armés sont un des problèmes majeurs de l'Afrique. L'auteure mentionne plus loin des conflits qui se sont résorbés par manque de munitions. L'Afrique souffrirait du syndrome Hygrade: il y a plus de conflits parce qu'il y a plus d'armes et il y a plus d'armes parce qu'il y a plus de conflits.

Les auteurs ne font pas mystère de plaider en faveur d'un Traité sur le commerce des armes qui soit robuste pour limiter les ventes d'armes à l'Afrique. Ils souhaitent « que le Groupe d’Experts gouvernementaux des Nations Unies, lors de sa réunion en 2008, recommande de lancer des négociations pour un Traité sur le commerce des armes. »


jeudi 11 octobre 2007

Des menaces, des menaces...


Treize soldats turcs ont été tués dimanche. Les rebelles du PKK, des Turcs kurdes, vont ensuite se réfugier au Kurdistan irakien. L'armée turque menace de les y poursuivre. Les autorités de la province kurde d'Irak avertissent les Turcs de ne pas faire cela. La Chambre des représentants américains s'apprête à reconnaître le génocide arménien de 1915 par les Turcs. Les Turcs, en beau fusil, ont envahi les rues. Les esprits sont surchauffés.

Mais le plus ..., je ne sais pas s'il faut dire drôle, ou culotté, ou bizarre, c'est que le Département d'État américain a mis en garde les Turcs de procéder à une incursion militaire unilatérale dans un autre pays:
"I am not sure that unilateral incursions are the way to go, the way to resolve the issue," US State Department spokesman Sean McCormack said of Turkey's latest warning that it would authorize an military operation inside Iraq against Kurdish rebels if it deemed necessary.
"We have counseled them both in public and private for many, many months (on) the idea that it is important to work cooperatively to resolve this issue," McCormack told reporters.
C'est Al Capone qui interdit la contrebande d'alcool.
C'est Stéphane Dion qui s'oppose au « Quebec bashing ».
C'est Jean Charest qui accuse ses adversaires de manquer de leadership.
C'est n'importe quoi.

mercredi 10 octobre 2007

Réalités tribales

Ce ne sera pas ma semaine de rectitude politique. Coeurs sensibles s'abstenir. Le mythe du bon sauvage est un mythe. Les guerres tribales, les massacres, la torture et l'esclavage ont fait partie du quotidien des « bons sauvages ». J'ai vu cette semaine Enterre mon coeur à Wounded Knee, d'Yves Simoneau. Le très beau long métrage a gagné l'Emmy du meilleur télé-film en plus d'être nominé dans 4 autres catégories.

Je vous livre ce dialogue entre Sitting Bull, chef des Sioux Lakotas et le colonel Nelson Miles, chargé de pacifier le territoire après la défaite du général Custer à Little Big Horn. Les deux se rencontrent dans la vallée de Cedar Creek en octobre 1876, pendant que les troupes de l'un et de l'autre se font face:

_Miles: Sitting Bull a convoqué ce conseil. Qu'il prenne la parole.

_Sitting Bull: Emmenez les soldats loin d'ici. Ils effraient les troupeaux de bisons.

_Miles: Bien sûr, monsieur. Dites-moi exactement à quelle distance j'emmène mes hommes.

_Sitting Bull: Emmenez vos hommes loin de nos terres.

_Miles: Soyez précis. C'est quoi, « vos terres » ?

_Sitting Bull: Ici. Ce sont les terres où mon peuple vivait bien des lunes avant l'arrivée des Blancs.

_Miles: Je ne comprends pas. Les Blancs ne sont pas vos premiers ennemis. Pourquoi alors ne pas réclamer les terres du Minnesota d'où les Chippewas vous ont chassés depuis des années ?

_Sitting Bull: Les Montagnes Noires sont les terres sacrées offertes à mon peuple par Wahatanka.

_Miles: C'est facile de revendiquer un territoire avec l'appui de la spiritualité. Que diriez-vous aux Mormons et autres qui croient que leur Dieu leur a donné toutes les terres indiennes à l'Ouest ?

_Sitting Bull (avec un sourire moqueur): Je leur dirais à tous d'écouter Wahatanka.

_Miles: Vous n'avez pas surgi dans la prairie comme l'herbe de printemps. Et vous n'êtes pas tombés du ciel non plus. Vous êtes partis des plaines boisées du Minnesota armés jusqu'aux dents, tuant au passage vos semblables. Vous avez massacré les Kiowas, les Omahas, les Poncas, les Utahs, les Pawnees sans pitié. Et vous, vous réclamez les Montagnes Noires comme une propriété privée qui vous a été donnée par le Grand Manitou ?

_Sitting Bull: Qui nous a donné fusils et poudre pour tuer nos ennemis ? Qui a vendu des armes aux Chippewas et à ceux qui nous ont chassés de nos tipis ?

_Miles: Chef Sitting Bull, oser prétendre que les Sioux étaient le plus paisible des peuples avant l'apparition de l'homme blanc, c'est la plus farfelue des légendes que j'ai entendues. Vous vous étripiez déjà depuis des centaines de lunes avant l'arrivée des blancs sur le continent. Vous avez vaincu ces tribus, convoitant leurs biens, leurs bisons et leurs terres, exactement comme on vous a vaincus, et pour une cause aussi noble que ça.

_Sitting Bull: Ça, c'est votre vision de mon peuple.

_Miles: Je parle de la vérité, et non de légendes !
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photo: Portrait of Sitting Bull taken in 1885 by D. F. Barry, Wikipedia.

mardi 9 octobre 2007

Un rayonnement fossile de l'âme humaine ?

Jean Hatzfeld a publié récemment un troisième livre sur le massacre rwandais, La stratégie des antilopes. Après avoir écouté les rescapés, puis les bourreaux, il rend compte maintenant de l'opération « réconciliation nationale » initiée par le président rwandais au début de 2003, appuyée et financée par la communauté internationale. Cette dernière veut littéralement importer le pardon au Rwanda à coups de dollars:
Au fond, qui parle de pardon? Les Tutsis, les Hutus, les prisonniers libérés, leurs familles? Aucun d’eux, ce sont les organisations humanitaires. Elles importent le pardon au Rwanda, et elles l’enveloppent de beaucoup de dollars pour nous convaincre. Il y un Plan Pardon comme il y a un Plan Sida, avec des réunions de vulgarisation, des affiches, des petits présidents locaux, des Blancs très polis en tout-terrain turbo. Ces humanitaires donnent des leçons aux enseignants, sensibilisent les conseillers communaux. Ils financent des projets d’aides assorties. Nous, on parle du pardon pour être bien considérés et parce que les subventions peuvent être lucratives.
En mai 2003, 40 000 assassins en série sont remis en liberté après 7 ans de détention parce qu'on a besoin de bras pour cultiver. Les femmes dont les maris ont été tués crient à l'injustice parce les femmes des assassins sont avantagées. Les gens se croisent dans les mêmes chemins, dans les mêmes champs, dans les mêmes lieux publics. Ceux qui ont cru mourir, ceux qui ont vu mourir leurs proches, ceux qui ont dû se cacher comme des animaux sauvages sentent encore l'humiliation et la culpabilité les ronger.

Quant aux assassins, ils n'ont pas changé. Mona Chollet racontait ici les grosses journées de ces gros travaillants du génocide. Le soir, ils étaient fatigués mais contents:

Tous tombent d'accord sur un point : les tueries pouvaient bien être «assoiffantes, éreintantes et souvent dégoûtantes», elles étaient, grâce aux pillages, «plus fructifiantes que les cultures» : «Les femmes étaient satisfaites de tout ce que ça rapportait» (Ignace). Adalbert Munzigura a ce raisonnement imparable: «L'agriculture, rien ne sert de l'accélérer, elle a ses saisons. Les tueries au contraire, elles se plient à nos caprices. Tu veux plus, tu cognes plus, tu saignes plus, tu prends plus.»
Les paysans devenus assassins en série n'éprouvaient aucun remords. Et les assassins en série redevenus paysans n'en éprouvent pas davantage:

Stupéfaits, inquiets quand ils ne sont pas terrorisés, les rescapés se rendent compte que les responsables du génocide ne regrettent pas leurs actes, même lorsqu’ils ont commis l’indicible. Puisqu’ils n’ont pas reçu de punition valable, les criminels ne peuvent pas requérir de pardon valable: «Aucun prisonnier ne s’est présenté pour demander pardon. Ils ont peur de dialoguer de façon que si on approche d’eux ils jettent vite un bonjour pour éviter de toucher la main, ils se présentent comme des anges, mais ils se détournent de tout geste intime avec nous», souffle un des survivants.
Franck Nouchi du journal Le Monde estime qu'il y a dans les propos rapportés par Hadzfeld « quelque chose de l'ordre de la poésie et de la philosophie entremêlées jusqu'à l'essentiel, jusqu'au plus profond de l'humain. » Pour sa part, le tutsi Innocent Rwililiza rappelle que « l'Afrique est le berceau de l'humanité. C'est grand-chose d'être les aïeux de tous les Homo sapiens, à l'origine de la connaissance, au départ de toutes les civilisations. »

Le comportement des génocidaires et leur absence de remords me rappelle les théories du physicien George Gamow sur le rayonnement fossile issu du Big Bang. Avant que la théorie du Big Bang ne soit généralement acceptée, Gamow s'est dit qu'il devait rester quelques traces du puissant flash qui avait accompagné le Big Bang. Hubert Reeves nous raconte:

Appuyés sur la théorie d'Einstein, des calculs l'amenèrent à la conclusion qu'il devait encore subsister à notre époque un faible rayonnement résiduel, une sorte de fossile cosmique, comme un pâle écho de cette luminescence primordiale, un rayonnement observable, en principe, avec des radiotélescopes. Mais pourrait-on le débusquer parmi l'ensemble des rayonnements émis par tous les astres du ciel ? Gamow en doutait sérieusement.

Et pourtant, ce rayonnement fut bel et bien observé en 1965.
De façon analogue, nous sommes aujourd'hui en 2007. Nous lisons les récits de Hadzfeld sur le Rwanda, et nous ne comprenons pas l'absence de remords. Nous lisons Un dimanche à la piscine à Kigali et nous ne comprenons pas la cruauté des assassins. Nous lisons J'ai serré la main du diable, et nous ne comprenons pas la folie de ces massacres. Nous ne comprenons pas parce nous portons en nous des milliers d'années de civilisation. Les religions monothéistes, la Renaissance, les Lumières, la révolution industrielle, la démocratie et maintenant, la civilisation post-industrielle, les communications, l'internet...

Est-il possible que le comportement du peuple rwandais soit un reflet de ce qu'était l'âme humaine au début de l'invention de l'agriculture, peu après le début de la disparition graduelle de la civilisation des cueilleurs-chasseurs, il y a 10 000 ans ? Est-ce un rayonnement fossile de l'âme humaine qui vient de traverser les âges pour nous offrir l'image de ce que nous étions avant que les morales et les rationalisations ne fassent de nous ce que nous sommes devenus. Est-ce pour cela que nous n'avons plus aucun critère pour analyser et comprendre le génocide rwandais ?

Mais les nazis qui avaient, eux, bénéficié des « bienfaits » de la civilisation au point d'industrialiser l'Holocauste, n'avaient pas non plus de remords après avoir procédé à un génocide encore bien pire que celui des Rwandais. Et les Turcs non plus n'ont pas l'air de se sentir coupables envers les Arméniens pour le génocide de 1915.

La thèse du rayonnement fossile ne mérite probablement pas dêtre fouillée. Et pourtant, il doit bien y avoir en nous un reste de cette âme des temps anciens. Et pourtant, le génocide rwandais demeure toujours inexpliqué, sans justification rationnelle.

dimanche 7 octobre 2007

Se souvenir surtout de ceux-là

j'ai toujours voulu avoir la voix vaillante
je n'ai jamais sacrifié à aucune des modes
même pas à celle de la dérision...

j'ai vraiment cru que c'était impensable
que les québécois se disent non...

je nous trouvais même chanceux
que chez nous ça soit pas trop compliqué...

je nous retrouve dans le taponnage systématisé
le statu quo le back-lash et le flash-back
résignés dans encore l'obscurité déjà
documentée comme une pornographie...

se donner les lois de sa propre vie
et cesser de se traîner par terre
même si c'est dans l'opulence américaine
et le confort de notre politesse...

quand je pense aux combats de tant de peuples
parmi la terre j'ai carrément honte
de notre façon de nos manières à nous
de ne pas se battre...

l'ennui avec la rage
c'est que si elle n'est pas commune
ce n'est pas une force...

oui je suis plein d'une vieille rage
c'est la rage de mon peuple
c'est pas moi qui l'ai inventée
je l'ai reçue en héritage

et je sais qu'il faut qu'elle règne

sinon c'est elle qui nous tuera

extraits d'un poème de Michel Garneau


samedi 6 octobre 2007

(un mois après le référendum)

a)

j'ai toujours voulu avoir la voix vaillante
je n'ai jamais sacrifié à aucune des modes
même pas à celle de la dérision

je travaille depuis l'enfance
à me faire la voix claire
que mes positions soient responsables
j'aurais aujourd'hui envie d'écrire n'importe quoi

pour dire que je souffre et pour me punir
tout punir nous punir vous punir
mégalomane dans la douleur
pour me laisser être malade
pour faire comme tout le monde
n'importe quoi


b)

montrer comme je suis triste
comme la santé de l'espoir me paraît vaine

j'ai vraiment cru que mon pays s'en allait
par décision par désir par courage
et par la passion naturelle d'être
et de se dire
que mon pays allait se faire simplement
par le goût de devenir
quelqu'un de fier dans sa raison

j'ai vraiment cru que c'était impensable
que les québécois se disent non

oh mais qui étaient tous ces gens
qui ont dit non en notre nom

j'ai vraiment cru que l'aventure
était tentante pour tout le monde
jusqu'aux plus mous qu'on allait
justement encourager mettre d'aplomb



c)

après tout il ne s'agit que de courage
et d'une liberté à agir
il s'agit seulement du fondement même de l'être

je nous trouvais même chanceux
que chez nous ça soit pas trop compliqué

notre situation est simple
les moyens sont évidents

et je nous retrouve aussi à plat ventre
qu'aux temps douteux de mon adolescence
où l'on s'en allait vers les petits frémissements
d'une révolution que nous avons eu l'honnêteté
d'accepter qu'elle soit nommée par je ne sais qui
et je veux pas vraiment le savoir
tranquille

je nous retrouve dans le taponnage systématisé
le statu quo le back-lash et le flash-back
résignés dans encore l'obscurité déjà
documentée comme une pornographie



d)

très raisonnable je dis seulement
que je veux l'identité politique
et le possible d'améliorer les conditions
de toutes les vies
il me semblait qu'ici c'était le meilleur lieu
pour commencer
puisque je peux dire devant l'histoire
qu'ici c'est mon pays
même si mon député s'appelle harry blank
oui je suis représenté comme électeur
par un fantôme persistant qui est là pour défendre
les intérêts des autres
blank harry n'est pas mon homme
et voilà pourquoi la dérision me frôle
j'en suis encore là je suis canadian encore
et le parti qui s'occupe officiellement de mon espoir
est en train de réinventer la chienne et le petit pain

notre travail est d'indépendance et de légitimité
notre travail vient du goût de commencer
selon nos termes une solidarité courageuse



e)

vous le savez que la justice est travaillable
et commence par soi-même et sa dignité
et se donner les lois de sa propre vie
et cesser de se traîner par terre
même si c'est dans l'opulence américaine
et le confort de notre politesse

quand je pense aux combats de tant de peuples
parmi la terre j'ai carrément honte
de notre façon de nos manières à nous
de ne pas se battre
je ne parle pas de violence je parle de force
et de toujours négocier
depuis que je suis petit je ne connais
que ce négoce dans ce négoce je suis né
mon père était nationaliste et ne voulait rien briser
ma mère croit encore à une harmonie qu'il faut accepter
et qui vient des autres



f)

j'ai commencé à penser tout seul autour de 1957
tout seul vous savez ce que je veux dire

nous avons changé l'air mais pas la chanson

je ne sais pas comment vous vous portez
mais moi certains soirs j'en pleure j'en braille
que nous ayons changé l'air mais pas la chanson

j'essaie de m'encourager dans ma vaillance
je siffle dans le noir comme d'habitude
je tiens mon bout au fond du soir en sachant
qu'on est pas assez mais qu'on est plusieurs
et autres choses stimulantes mais c'est pas vrai

je suis comme on dit au bord du désespoir



g)

au bord du désespoir il n'y a plus grand-chose
que la dérision justement
l'art pour l'art la bière
les suaves folies de l'autodestruction
et la rage

l'ennui avec la rage
c'est que si elle n'est pas commune
ce n'est pas une force
c'est peut-être une grande faiblesse
si c'est tout ce qui reste
au fond de certains soirs
pas nés d'hier

oui je suis plein d'une vieille rage
c'est la rage de mon peuple
c'est pas moi qui l'ai inventée
je l'ai reçue en héritage

et je sais qu'il faut qu'elle règne

sinon c'est elle qui nous tuera



Michel Garneau

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P.S. Il n'y a pas de date pour indiquer quel référendum. C'est parce que ce poème n'a pas vieilli. Il est plein de dignité, d'intelligence et de lucidité. Sa tristesse est belle.

vendredi 5 octobre 2007

La réalité est invraisemblable

Il était une fois, dans les États-Unis d'Amérique, un programme d'assurance-santé pour les enfants pauvres (SCHIP), mais pas assez pauvres pour être admissibles à Medicaid. Chaque État met en place son propre programme et le gouvernement fédéral fournit 70 % des fonds. La mesure fédérale est venue à expiration le 30 septembre dernier mais peut encore être renouvelée dans les 6 prochaines semaines.

La Chambre des représentants et le Sénat ont chacun de leur côté, et d'une façon bipartisane qui implique les Démocrates et les Républicains, approuvé le renouvellement de la mesure et son amélioration. Près de 6,6 millions d'enfants sont actuellement couverts et on prévoit en assurer 4 millions de plus, pour un coût supplémentaire de 35 milliards de dollars échelonné sur les 5 prochaines années. Plus de 12 % des enfants n'ont pas d'assurance-santé et leur nombre augmente. Le Congrès a reconnu qu'il fallait faire quelque chose.

Le financement du nouveau programme fédéral proviendra des revenus obtenus par une hausse de taxe de 61¢ par paquet de cigarette.

Le président Bush qui, depuis 6 ans et 10 mois, n'a utilisé son droit de véto que 3 fois est d'avis que les Démocrates sont trop dépensiers et que lui, il est un gardien responsable de l'argent des contribuables. Il demande aux Démocrates de renouveler l'ancien programme temporairement et de cesser de faire de la petite politique sur le dos des enfants en lui envoyant à la dernière minute une loi à laquelle il s'oppose:

In other words, members of Congress are putting health coverage for poor children at risk so they can score political points in Washington.
Les conservateurs au sein du Parti républicain sont heureux de voir qu'enfin le président met un frein aux dépenses exagérées qui ont cours depuis 6 ans et qui ont amené des déficits énormes, d'ailleurs maintenant vertement critiqués par Alan Greenspan, l'ancien président de la Réserve fédérale à la retraite. En plus de trouver la mesure trop coûteuse, le président pense que la loi risque d'amener le pays sur le chemin dangereux de la nationalisation des soins de santé. Enfin, il est opposé aux hausses de taxe sur les cigarettes.

En conséquence, il a posé son véto le 3 octobre dernier au programme SCHIP.

L'association des familles américaines, Families USA, n'est pas d'accord. Il faut les deux tiers des voix dans chacune des deux chambres pour renverser un véto présidentiel. C'est possible au Sénat qui a voté 68 à 31. Ce sera plus difficile, pour ne pas dire impossible, à la Chambre des représentants où le vote fut de 225 à 204.

Bye bye SCHIP, hello Irak, hello Iran. Here we come !

jeudi 4 octobre 2007

Kouchner, le gaffeur arrogant

Au début de 2003, quelques mois avant l'invasion de l'Irak, le mantra de Bernard Kouchner était: « Ni la guerre, ni Saddam ». Farouche défenseur du droit d'ingérence dans les pays étrangers qui ne respectent pas ses codes de valeurs, Kouchner appuyait le changement de régime à Bagdad, et la mise au rancart de toutes les dictatures, pour bien faire. Aujourd'hui, il accuse l'administration Bush d'avoir mal géré la guerre en Irak, ce qui a conduit le pays en plein chaos social.

En mai 2007, Nicolas Sarkozy nomme Bernard Kouchner au Ministère des Affaires Étrangères. Depuis quatre mois, nous assistons à un festival de gaffes majeures, mais l'image tient toujours, celle du French Doctor au secours des plus démunis de la terre. Le narratif des médias sur Ségolène Royal, c'est qu'elle gaffe. Et on lui en invente même quand il n'y en a pas. Alors que dans le cas de Kouchner, on ne voit rien, même si les bourdes sont grosses comme le nez au milieu du visage.

Kouchner se fait préfet de discipline dans une conférence de presse au Liban: « Non, vous pouvez vous taire deux secondes, là... soyez pas trop libanais ! » Au retour d'un voyage en Irak, il évoque le départ du premier ministre irakien, ce que les ministres des affaires étrangères évitent en général de faire, et il se trompe sur le nom de son propre patron, le premier ministre Fillon. Ayant réitéré à Newsweek ses propos sur le départ du premier ministre Al-Maliki d'Irak, il est par la suite forcé de s'excuser et dit avoir été « mal compris ». Comme Pierre Elliott Trudeau avec Madeleine Poulin, il ne supporte pas les intervieweuses qui lui tiennent tête.

Et là où cela devient encore plus important, il y a toute cette histoire autour de la « guerre en Iran ». Kouchner affirme qu'il faut se préparer au pire. Et qu'est-ce que c'est, le pire ? « Mais c'est la guerre, monsieur ! » Depuis, il ne cesse de patiner à reculons, et avec mauvaise grâce en plus. Il traite de stupide une opposante à la guerre lors d'une conférence de presse à Washinton.
Par deux fois en quelques jours, le président de la France se démarque clairement de la prise de position de son ministre et réaffirme que, pour sa part, il ne prononce pas le mot « guerre ».

Depuis, Kouchner s'est expliqué sur sa déclaration avec son hologue iranien Manouchehr Mottaki, mais les observateurs ont conclu qu'il n'y avait eu là qu'un dialogue de sourds. Le gaffeur arrogant et impénitent, en plus d'oublier le nom de son patron, le premier ministre de France, tient maintenant tête au président de la France en faisant de l'esprit de bottine à propos de l'utilisation ou non du vocable « guerre »:
«Si vous voulez qu'on se cache derrière les mots, on peut dire 'kinetic action'«, a dit M. Kouchner, en référence à un terme souvent utilisé par le président américain George W. Bush.

«On peut dire aussi : conflit de haute intensité. On peut dire également : l'acmé de la crise», a ajouté M. Kouchner devant l'Association de la presse diplomatique française (APDF). «Enfin, quand on évoque les bombardements sur un pays, en gros, ça s'appelle la guerre.»
Décidément, Sarkozy et Fillon ne sont pas au bout de leurs peines avec leur ministre vedette, pourfendeur de dictatures et partisan du droit d'ingérence. Je leur souhaite que Kouchner ne soit pas un disciple du Falun Gong et ne déclare pas la guerre à la Chine au nom des droits de l'homme...
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photo: bernard_kouchner, par maDDaLoSka.

mercredi 3 octobre 2007

Pour rire

Les Français appellent ces petits clips des « détournements ». C'est au moins aussi drôle que les « Têtes à claques ». Tapez « Mozinor » sur YouTube et vous en avez plein d'autres. Mozinor a aussi son site web: « www.mozinor.com ».

mardi 2 octobre 2007

Le terrorisme islamique à la sauce algérienne

François Gèze est un homme d'affaires à la tête des éditions La Découverte, lesquelles ont pris la suite des Éditions Maspéro au départ de François Maspéro. De la génération de Mai '68, Gèze est aussi un intellectuel engagé qui a participé à tous les débats sur la décolonisation et s'est peu à peu fait la réputation d'un spécialiste des questions algériennes.

Salima Mellah est une journaliste algérienne vivant à Berlin. Directrice de l'association Algeria Watch, elle anime le site web Algeria-Watch.

Ensemble, Gèze et Mellah ont écrit un important article très documenté sur le terrorisme islamique en Algérie. Ils sont conscients des pièges du conspirationnisme et ils ont voulu les éviter. Leur thèse, résumée bièvement dans Rue89 fait dresser les cheveux sur la tête. Si elle est vraie, Lénine est un enfant d'école et Trotsky une midinette. On dit que la réalité dépasse souvent la fiction vu qu'elle n'a pas à être vraisemblable. Dans ce contexte, même George Orwell n'aurait pu imaginer une telle histoire.

Voici la thèse. Les services secrets de l'armée algérienne, i.e. le Département de renseignement et de sécurité (DRS), contrôlent les organisations terroristes islamiques algériennes depuis 1992. Les généraux qui dirigent les services secrets ont érigé le contre-terrorisme en système de gouvernement. Quand ils veulent mettre de la pression sur le président algérien, ou qu'ils veulent tout simplement s'en débarrasser, ils augmentent les activités de terrorisme, de même que les activités de contre-terrorisme. Quand ça va à leur goût, il ne font que maintenir des activités « résiduelles » de terrorisme.

Ce sont les généraux Mohammed Médiène et Smaïl Lamari qui dirigent le DRS depuis 1990. Leur clan est entré en conflit avec le clan du président d'alors, Liamine Zéroual, sans doute sur la question du partage de la rente pétrolière, objet universel de toutes les convoitises dans ce pays. Selon Gèze et Mellah, les services secrets ont donc activé le GIA qui s'est livré aux massacres épouvantables dont on se souvient encore:

En effet, il ne fait aujourd’hui aucun doute que les atroces massacres de masse perpétrés (principalement dans l’Algérois) en 1997 et 1998 par les « groupes islamiques de l’armée » – comme les qualifie la vox populi algérienne – ont été conçus par les chefs du DRS comme un moyen de déstabiliser le clan adverse qui s’était constitué au sommet du pouvoir autour du président Liamine Zéroual.
Le président Zéroual démissionne le 11 septembre 1998 devant le chaos généralisé. Le GIA disparaît graduellement et le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), celui qui prend la relève du GIA pour le terrorisme « résiduel », publie son premier communiqué le 16 septembre 1998... Fin de la sale guerre (1992-1999).

Le nouveau président, Abdelaziz Bouteflika, fait voter la loi de « concorde civile » pour permettre aux agents doubles des services secrets de rentrer dans les rangs et aux soldats de l'AIS qui pactisaient avec les services secrets de retourner à la vie civile. Le terrorisme islamique se tient tranquille un bout de temps, avec des petits attentats par ci par là.

Mais là, récemment, de gros attentats sont survenus, ciblant principalement les étrangers. En mars 2003, trente-deux touristes européens sont enlevés dans le Sahara et leur détention durera plusieurs mois. Le GSPC a pris la relève et poursuit ses actions jusqu'en 2007, où il annonce qu'il devient « l'Organisation d'Al-Qaida au Pays du Maghreb islamique »(AQMI).

François Gèze et Salima Mellah en tirent la conclusion que le clan Bouteflika, celui du président, est devenu trop gourmand lors du partage de la rente pétrolière, et que le clan Médiène, celui des services secrets, a réactivé la machine du terrorisme islamique pour corriger la situation.

Incroyable, n'est-ce pas ? Chez nous, ce sont les élections qui permettent de se passer l'assiette au beurre. C'est quand même plus civilisé comme méthode !
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photo: Butter!, par tamdotcom.
Addendum, le 2 octobre à 17:30: Antoine Vitkine n'est pas d'accord avec la thèse Gèze-Mellah. Personnellement, je trouve qu'il existe des méthodes plus expéditives pour les services secrets de faire sauter le président d'un pays ou de s'accaparer des richesses nationales. Égorger 150 000 personnes pendant 9-10 ans, ce qui est finalement le bilan de la « sale guerre », c'est long, c'est salissant et c'est risqué. Alors, j'ai aussi des doutes.

lundi 1 octobre 2007

Salade de saison XXII

L'Iran, le chaud et le froid

Ce blogue a rapporté des articles provenant de journalistes crédibles, tels Sanger et Shanker, qui laissent entendre sans le dire ouvertement que les menaces américaines envers l'Iran sont en fait un grand bluff destiné à faire reculer les Iraniens sur leurs projets nucléaires. Les médias sont d'un autre côté pleins d'articles et de commentaires qui font irrésistiblement penser à la montée de la tension qui a conduit à l'invasion de l'Irak.

Vincent Marissal disait à Bazzo.tv que les Américains aimaient bien avoir un méchant dans leur ligne de mire: Hitler, Staline, Mao, Hussein, Ahmadinejad. Seymour Hersh disait à peu près la même chose dans cette interview à SpiegelOnLine:

SPIEGEL ONLINE: Is this just another case [la bombe nucléaire iranienne] of exaggerating the danger in preparation for an invasion like we saw in 2002 and 2003 prior to the Iraq War?
HERSH: We have this wonderful capacity in America to Hitlerize people. We had Hitler, and since Hitler we've had about 20 of them. Khrushchev and Mao and of course Stalin, and for a little while Gadhafi was our Hitler. And now we have this guy Ahmadinejad. The reality is, he's not nearly as powerful inside the country as we like to think he is. The Revolutionary Guards have direct control over the missile program and if there is a weapons program, they would be the ones running it. Not Ahmadinejad.
SPIEGEL ONLINE: Where does this feeling of urgency that the US has with Iran come from?
HERSH: Pressure from the White House. That's just their game.


Pauline

La petitesse de la réaction des élites médiatiques vis-à-vis l'attaque du journal The Gazette contre Mme Marois m'a étonné. Un petit comique l'adjure de transformer sa maison familiale en auberge pour nécessiteux. C'est en vain que j'ai lu son blogue trois fois pour y déceler une blague de second niveau. Un chroniqueur prestigieux prend le parti de Mme Marois pour la laisser tomber au dernier paragraphe en déplorant le côté ostentatoire de « l'humble demeure ». D'autres jouent malicieusement la carte à l'effet que Mme Marois a essayé de nous tromper avec son petit chalet de Charlevoix. Un autre chroniqueur bien au fait de la loi ne veut pas porter de jugement sur le type de journalisme pratiqué par The Gazette. Un dernier, bien au-dessus de tout ce grenouillage, estime que Mme Marois a réagi trop fortement, ce qui lui aurait davantage nui qu'aidé. Tout ça, finalement, c'est de sa faute. Elle a mal géré les médias.

Les élites médiatiques sont bizarres. The medium is the message. Elles sont devenues le message.


La golondrina (L'hirondelle)

Cela fait des années que je me demande comment s'appelle la merveilleuse ballade qui accompagne The Wild Bunch lorsque les bandits quittent le village d'Angel. C'est La Golondrina, ce qui veut dire l'hirondelle en français. Elle fut composée par Narciso Serradel Sevilla en 1862. C'est une chanson d'adieu pour les Mexicains, souvent utilisée lors des funérailles. C'est aussi une chanson pour les Mexicains expatriés qui ont le mal du pays.

Raymond Berthiaume l'a chantée au Québec.



Les droits de l'homme en Chine

L'homme a le droit de se reproduire à volonté. Or, en Chine, l'homme ne peut pas se reproduire à volonté. Donc, les droits de l'homme ne sont pas respectés en Chine. Nous devons nous battre pour faire respecter les droits de l'homme. Un jour nous, les Occidentaux, nous vaincrons, et les Chinois laisseront leur population exploser pour respecter les droits de l'homme.


Gong Show

Wikipédia m'apprend qu'AsiaTimesOn Line a interviewé le gourou multimillionnaire du Falun Gong Li Hongzhi, lequel vit à New York. Le Falun Gong pense que ses participants peuvent léviter, que le chaos des sociétés actuelles est causé par des extra-terrestres qui ont inventé les avions et les ordinateurs, que ces extra-terrestres veulent contrôler nos corps et nous détourner de la spiritualité, que la peau des participants devient plus lisse et plus rosée, que les personnes agées voient leurs rides s'atténuer et presque disparaître, etc...

Li Hongzhi a su associer les problèmes de sa secte « d'individus fragiles » aux problèmes des droits de l'homme en Chine. Un jour nous, les Occidentaux, nous vaincrons et les problèmes des droits de l'homme en Chine seront réglés. Les Chinois pourront enfin léviter, se débarrasser de leurs ordinateurs et avoir la peau lisse.