vendredi 28 septembre 2007

Soyons réalistes, voyons !

David Sanger, depuis 24 ans au New York Times et l'un de ses journalistes senior, dirige le bureau de Washington pour le journal. Il sait de quoi il parle quand il parle de l'administration Bush. Est-ce qu'il nous dit tout ? Ça, c'est une autre question.
Thom Shanker, depuis 10 ans au New York Times, couvre les activités du Pentagone. Il écrit sur la politique internationale depuis plus de 20 ans. Il a fait la Bosnie, la Croatie, Moscou, l'OTAN, etc. Lui, y connait ça, itou. Est-ce qu'il nous dit tout ? Ça, c'est une autre question.

En plus de tout ce talent et de ces expériences accumulées, Sanger et Shanker ont rencontré mardi dernier Stephen J. Hadley lui-même, le conseiller à la Sécurité nationale de George W. Bush en personne. C'est vous dire si c'est des nouvelles fraîches cueillies au top niveau: Sanger et Shanker ont publié hier un article dont le titre est: « Washington Sees an Opportunity on Iran ».

Innocemment, je le lis rapidement. Le ton général ressemble à ceci: «Écoutez, les boys, fatiguez-vous pas avec les Iraniens. On a essayé de leur faire peur avec des menaces de guerre, mais ça n'a pas marché. Sarko s'essaie à son tour. On trouve ça bien sympathique mais on n'y croit pas trop. Ça fait qu'on va bien être obligé d'accepter que l'Iran ait la bombe atomique. Mais faut pas s'énerver avec ça. Si nos bombes sont capables de dissuader les Russes et les Chinois d'attaquer, ça devrait suffire à dissuader aussi les Iraniens. »

Je n'en revenais pas ! Les premières impressions sont parfois trompeuses. Est-ce bien cela qu'ils ont écrit ? Je relis le texte attentivement. Mais bon sang, c'est bien sûr ! Sanger et Shanker ont bien écrit cela.

Nous, les pacifistes, les naïfs, les gauchistes, les âmes sensibles, les bleeding hearts, on est là à s'énerver, à s'indigner moralement, à vouer aux gémonies les sénateurs américains qui votent la guerre, ainsi que les 300 millions de personnes qui les ont élus, à ... enfin, quoi, tout ça. Puis là, le même jour, il y a deux Ti-Jos Connaissant, Sanger et Shanker, qui nous disent: « Whoah les boys, énervez-vous pas. C'était juste pour faire peur. Anyway, c'est pas grave si les Iraniens ont la bombe. »

_ Ben, j'te cré pas.
_ Ben, j'te l'dis.
_ Ben, j'te cré pas.
_ Ben, j'te l'dis.
_ Ben, j'te cré pas.
_ Ben, j'te l'dis.

_ Ben, j'te cré.

jeudi 27 septembre 2007

L'amendement Kyl-Lieberman













Mohamed Ali a dit: « I ain't got no quarrel with them Viet Cong ... They never called me nigger. » Mais qu'est-ce que les Iraniens ont fait aux Américains ?

Je l'avoue. Je suis profondément perturbé par le pointage de 76 à 22 obtenu au Sénat américain par les partisans d'une guerre avec l'Iran. Soixante-seize d'entre eux ont voté avant-hier à 12:44 PM pour l'amendement Kyl-Lieberman, pour en fait dire que (1) c'est la politique du gouvernement américain de combattre en Irak les activités violentes et déstabilisatrices de l'Iran et de ses satellites tels le Hezbollah; (2) que le Sénat approuve l'usage prudent de tous les instruments, y compris l'armée, pour mettre en vigueur la politique décrite en (1) concernat l'Iran et ses satellites; (3) que les États-Unis désignent les Gardiens de la révolution islamique comme une organisation terroriste.

Hillary Clinton, représentante du 2 ème État juif sur la planète, l'État de New York, a voté pour. Barack Obama, représentant des noirs qui pensent qu'il faut être gentil avec les blancs, n'a voulu choquer personne et s'est abstenu. Le Parti démocrate, digne membre participant de la ploutocratie américaine, s'est encore effondré. On est parti pour une autre guerre. Si vous en doutez encore, considérez ceci: quand le président d'une université prestigieuse comme Columbia insulte ouvertement un chef d'état invité, fut-il Mahmoud Ahmadinejad, il y a là un symptôme. Mais quand tout le monde aux États-Unis le félicite de son geste courageux au lieu de le blâmer pour son incivilité, on a là un syndrome, celui d'une maladie mortelle en phase terminale, celui du déclin de l'empire américain.

Gareth Porter analyse ici, en détail, que l'amendement Kyl-Lieberman ne repose sur aucun fondement réaliste. Ce n'est basé que sur du vent et des mensonges. Les milices shiites n'ont pas été entraînées en Iran, l'Iran ne les contrôle pas et ne leur fournit pas d'armes, de l'avis de la communauté américaine du renseignement.

Chris Durang nous met ici en garde contre l'utilisation que l'administration Bush peut faire de l'amendement Kyl-Lieberman:

It is non-binding, but it is a "sense of the Senate" amendment basically saying the Senate views Iran as a danger to our war in Iraq, and that it is hunky-dory for the president to use everything at his benighted fingertips to oppose Iran, including military options, which means bombing and war.
Mais ne voient-ils pas ? Les Américains ne voient-ils pas où leur folie meurtrière va conduire l'humanité ? Un jour ou l'autre, ils vont finir par écraser le petit orteil ou de la Russie ou de la Chine. Et alors ? Non mais, quelle bande de ploucs et d'idiots ! Collectivement, bien entendu !
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Photos, à gauche, le républicain Jon Kyl et à droite, l'indépendant Joe Lieberman. Source: Wikipédia dans les deux cas.

mercredi 26 septembre 2007

Pour Cheney et al.

Cette illustration de leurs rêves par la magie du cinéma de Stanley Kubrick...

mardi 25 septembre 2007

Escarmouches pour une guerre


Il y a une foule de raisons pour lesquelles le raid israélien du 6 septembre en Syrie me préoccupe autant, et je ne sais pas laquelle est la plus justifiée.

La simple violation de l'espace aérien syrien par Israël devrait inquiéter, mais il semble que ce n'est pas le cas. Et si personne ne s'inquiète du fait que les chasseurs d'Israël vont où bon leur semble au Moyen-Orient, n'est-ce pas inquiétant en soi ?

Le raid du 6 septembre n'est-il qu'un épisode de la bataille bureaucratique entre Cheney et les néo-cons contre Rice, le Département d'État et les généraux de l'armée pour déterminer s'il y aura une guerre en Iran ? J'imagine le topo: Netanyahu et d'autres partisans de la ligne dure en Israël réussissent à forcer une opération aérienne contre l'emplacement militaire syrien, disant avoir la preuve d'activités nucléaires, et ce, dans le but de créer le casus belli permettant de mettre le feu aux poudres. Barak, épouvanté par cette perspective, fait savoir aux Syriens par Solana qu'Israël ne veut pas la guerre et il retire ses troupes des Hauteurs du Golan en signe de bonne foi. On sait aujourd'hui qu'il n'y avait pas de matériel nucléaire.

On voit partout d'autres signes de cette lutte bureaucratique entre les partisans de la guerre en Iran et ses opposants. Par exemple, Condoleezza Rice n'est plus invitée aux talk shows politiques du dimanche, les réseaux disant officiellement qu'elle n'est pas intéressante et ne fait que répéter les positions officielles que d'autres ont déjà exposé. Ne serait-ce pas plutôt que Cheney ne veut pas entendre la version du Département d'État sur les ondes ?

al-Shifa nous rapporte une autre histoire digne d'Hollywood lue dans La Pravda. Des analystes de l'espionnage militaire russe rapportent qu'un des satellites les plus secrets de l'armée américaine vient d'exploser dans l'espace. Ce satellite, le KH-13 avait pour mission de surveiller l'Iran. Le plus étonnant, selon les analystes russes, c'est que le satellite-espion a été abattu par l'armée américaine, soit la United States Air Forces' 30th Space Wing, située à la base de Vandenberg en Californie. Les Russes pensent aussi que cela vient de généraux américains opposés à la guerre en Iran.

Je n'ai pas le temps de les recenser ici, mais les escarmouches pour provoquer les Syriens et les Iraniens ont été très nombreuses, et jusqu'ici, elles n'ont pas réussi à les déstabiliser. Lorsque les Américains auront leur guerre, ils essaieront de nous faire croire qu'ils n'ont pas le choix, qu'ils ont été provoqués. La presse occidentale va entonner en choeur que les Américains n'ont pas le choix et qu'ils ont été provoqués. Et le grand cirque ordinaire de la folie humaine va se poursuivre.
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photo: Combat, par SNOWFactory.com.

dimanche 23 septembre 2007

Le mystère du raid israélien en Syrie


Le 6 septembre 2007, des chasseurs israéliens F-15 attaquent un emplacement militaire situé au nord de la Syrie, près de Dayr az-Zwar. La Syrie dénonce alors la violation de son espace aérien et rapporte qu'elle a contraint les chasseurs israéliens à la fuite. L'affaire en reste là. Le gouvernement israélien ne commente pas, sauf Benjamin Netanyahu, l'ami des néo-cons, qui affirme avoir donné son appui à l'opération.

Et la machine à rumeurs s'emballe. On apprend de sources gouvernementales américaines qu'il s'agissait d'une usine servant à produire des armes nucléaires avec l'aide de la Corée du Nord. John Bolton affirme que le site sert à cacher du matériel nucléaire que la Corée du Nord veut soustraire à l'inspection de l'Agence internationale de l'Énergie atomique. Il est question d'un navire nord-coréen qui a livré sa cargaison trois jours plus tôt dans un port syrien. Pour d'autres, c'est un avertissement à la Syrie de ne pas réarmer les milices du Hezbollah. Il s'agissait, dit-on, d'un convoi d'armes à destination du Liban. Pour certains, il n'était question que de vols de reconnaissance photographique, pour d'autres, d'une attaque à caractère stratégique qui a permis à l'état hébreu d'anéantir, pour le moment, la menace syrienne.

Pendant que les organes de presse occidentaux se livraient aux pires rumeurs décrites ci-haut, le gouvernement Olmert se livrait avec la Syrie au jeu de la diplomatie. Il se disait prêt à ouvrir des négociations de paix sans conditions préalables. Le premier ministre israélien déclara le 11 septembre sur le réseau Al-Arabiyya:

I am ready to sit with you and talk about peace, not war. I will be happy if I could make peace with Syria. I do not want to wage war against Syria.
Le 18 septembre, le président Shimon Peres renchérissait:
We are ready for dialogue with Damascus.
À la suite de l'incursion aérienne, l'armée israélienne transférait ses troupes des hauteurs du Golan à la vallée du Néguev pour réduire les tensions à la frontière. L'analyste politique Sami Moubayed nous apprend, dans le même article cité plus haut, que quelques heures avant le raid aérien, Javier Solana, le chef de la diplomatie européenne, transmettait un message aux Syriens de la part de l'israélien Ehud Barak, à l'effet que les troupes israéliennes à la frontière seraient déplacées et qu'Israël ne voulait pas la guerre avec la Syrie.

Curieux, hein ? Ça explique peut-être la réaction modérée des Syriens. Mais l'affaire n'en reste pas là.

Vous sous souvenez de cette remarque étonnante de Paul Wolfowitz au sujet des mille et une raisons d'envahir l'Irak:

For bureaucratic reasons, we settled on one issue, weapons of mass destruction, because it was the one reason everyone could agree on.
Une raison bureaucratique pour faire des centaines de milliers de morts ! Je le vois encore, ce Wolfowitz, en train de sucer son peigne pour mieux lustrer ses cheveux... Eh bien, il semble que cela ait pris deux semaines pour que Washington et Jérusalem s'entendent sur une raison bureaucratique pour violer l'espace aérien d'un pays souverain et elle nous est donnée aujourd'hui par le Sunday Times:

Israeli commandos seized nuclear material of North Korean origin during a daring raid on a secret military site in Syria before Israel bombed it this month, according to informed sources in Washington and Jerusalem.

The attack was launched with American approval on September 6 after Washington was shown evidence the material was nuclear related, the well-placed sources say.

They confirmed that samples taken from Syria for testing had been identified as North Korean. This raised fears that Syria might have joined North Korea and Iran in seeking to acquire nuclear weapons.
Un commando israélien vole de l'armement nucléaire dans une usine isolée en Syrie. On analyse les bidules qui viennent à n'en pas douter de la Corée du Nord. La Syrie, comme l'Iran et la Corée du Nord, veut des armes atomiques. Washington donne son accord et Israël bombarde la Syrie.

Toute une raison bureaucratique pour bombarder ! J'ai l'impression qu'il y avait plus de scénaristes d'Hollywood que de bureaucrates dans la réunion qui en est arrivée à cette décision.
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photo par Sgt. Kevin Gruenwald, U.S. Air Force.

vendredi 21 septembre 2007

Dion


J'écoutais d'un oeil distrait l'entrevue que Stéphane Dion donnait à Céline Galipeau mercredi soir dernier quand soudain j'ai réalisé qu'on assistait à un moment de télévision. Stéphane Dion nous livrait en direct une démonstration de l'utilisation de la dissociation et de la dissonance cognitive comme puissants mécanismes de défense pour surmonter le traumatisme que lui a infligé la défaite de son parti dans Outremont.

Prenons à témoin ce bref échange, qui n'est pas verbatim, mais pas loin:

C.G.: À court terme, qu'est-ce que vous aller changer si vous voulez regagner la confiance des Québécois ?
S.D.: On va faire le débat au sujet de Stéphane Dion, qui je suis, qu'est-ce que je veux faire.
C.G.: Pas sur les erreurs que vous auriez pu commettre lors des élections partielles ?

S.D.: La principale erreur, c'est que j'ai hésité à me mettre au devant du débat. Je suis une personne très collégiale...

Cette affirmation ! Alors que tous les observateurs notaient que le principal repoussoir du PLC, c'était justement Stéphane Dion. L'eût-on mis davantage en évidence que le résultat aurait été encore pire. À quel point l'esprit de Stéphane Dion est-il dissocié de la réalité quand ce dernier affirme:

Le problème, par exemple, c'est que les gens pensent que je ne reconnais pas l'identité québécoise, alors que j'ai été le premier à parler de la nation québécoise, que le bureau de M. Harper m'a appelé pour savoir..., pour faire en sorte que ce soit bien fait. M. Dubuc dans son article dit que M. Dion ne reconnaît pas la nation québécoise. Si quelqu'un d'aussi bien informé que lui croit cela, combien de gens sont dans l'erreur à mon endroit ?
Combien de gens sont dans l'erreur à son endroit ? Tous ceux qui se rappellent avec quelle arrogance et quel cynisme il a combattu la résolution sur la nation québécoise présentée en octobre 2006 devant les militants québécois du PLC. Maisonneuve en direct en a aussi gardé souvenir:

P.M.: En pleine campagne au leadership où vous êtes le seul candidat québécois, arrive une résolution qui est réclamée, Marc Garneau (...) a dit que cette résolution, cette préoccupation de la nation québécoise a surgi dans le débat. Or, vous avez voté contre, alors que votre adversaire principal, M. Ignatieff, lui, a voté pour.
S.D.: (...) M. Maisonneuve, je vous demanderais de me donner votre définition du mot nation, qui ne figure pas dans cette résolution.(...)
P.M.: Est-ce qu'il existe une nation écossaise ?
S.D.: On peut certainement trouver une définition pour ça.(...)
P.M.: (...) Il y a actuellement un débat politique. Reconnaissez-vous la nation québécoise ?
S.D.: (...) Ça c'est le genre de question... si vous dites non, ça veut dire que vous n'aimez pas le Québec.(...) Il faut sortir de ça, c'est de la sémantique. Je peux trouver une définition comme quoi il n'y a qu'une seule nation au Québec, comme je peux en trouver une comme quoi il y a plusieurs nations, comme la nation anglo-québécoise, pourquoi pas ? Qui sommes-nous pour dire que certains vont avoir le monopole de la définition du mot nation ?
Stéphane Dion complétera sa pensée en affirmant que l'emballement sur ce sujet lui apparaît surréaliste, qu'il ne s'agit là que «d'un débat sémantique gonflé à l'hélium ». Et il se plaint qu'on ne le perçoit pas correctement, tout en affirmant qu'il a été le premier à parler de la nation québécoise ? Dissociation, dissonance cognitive, mécanisme de défense, traumatisme. Mon for intérieur, qui n'a toujours pas amélioré son français, me suggère la formule suivante: dans ces cas-là, le monde disent: « Y é pu là... »

Chez Bazzo, Joseph Facal et Vincent Marissal n'ont pas trop voulu critiquer la prestation de Stéphane Dion tellement elle suscitait la pitié. Je termine sur cette perle lancée à Céline Galipeau, et qui mérite de se retrouver dans les résumés de la carrière de Stéphane Dion qu'on verra bientôt dans les Who's Who, dictionnaires ou encyclopédies: « La question maintenant, c'est comment je peux assumer pleinement l'idée que je suis le chef... »
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photo: Stephane Dion, par The JF.

jeudi 20 septembre 2007

Sagesse persane

L'écrivain Percy Kemp nous raconte dans rue89 une histoire intéressante à propos d'un ami antiquaire:

« Cet ami-là était récemment à Téhéran en quête de l’objet rare. Or voilà qu’au bazar, passant l’échoppe d’un marchand d’épices, le spectacle d’un chien enfournant sa pitance attire son regard. C’est alors qu’il se rend compte que le bol bleu turquoise qui sert à l’animal de gamelle est un précieux kachan datant du treizième siècle et valant des dizaines de milliers de dollars.
Il me le faut, se dit-il, mais je dois à tout prix éviter de mettre la puce à l’oreille du marchand. Il s’approche donc de ce dernier et lui demande du safran."Accepteriez-vous" lui dit-il ensuite en agitant devant ses yeux un beau billet vert, "de me vendre ce chien pour cent dollars américains? "
"Marché conclu" s’empresse de dire le marchand en empochant l’argent.
"Je vais lui prendre sa gamelle", lui dit alors mon ami qui voyait bien que l’Iranien avait mordu à l’hameçon.
"Je vous en donne dix dollars". Mais à sa grande surprise, ce dernier refuse de lui céder la gamelle du chien pour dix dollars. Mon ami lui en offre alors cent, puis deux cents, puis cinq cents, puis mille, mais en vain.
"Pourquoi diable tenez-vous tant à cette gamelle?" s’insurge-t-il finalement. "C’est un talisman, monsieur" lui répond le marchand persan. "Un vrai porte-bonheur !"ajoute-t-il. "Un porte-bonheur? Un talisman?" Mon ami n’y comprenait rien.

"Voyez-vous", lui explique alors l’Iranien, "depuis que j’ai cette gamelle, j’ai bien dû vendre un millier de chiens comme celui-ci à des messieurs occidentaux comme vous."

Cela pour dire qu’avant de se fourvoyer plus avant dans ce bras de fer [ contre l'Iran ], nos gouvernants feraient bien de se rappeler que les ancêtres de ceux qui président aujourd’hui aux destinées de l’Iran excellaient déjà dans l’art de la diplomatie quand, en Occident, on en était encore à pousser des grognements, à se taper dessus à coups de massue et à traîner les femmes par les cheveux. »

mercredi 19 septembre 2007

La subversion par le meurtre


Je suis allé voir L'épreuve du courage de Neil Jordan, avec Jodie Foster et Terrence Howard. Certaines critiques ont en effet piqué ma curiosité, notamment ces remarques de Sonia Sarfati:

Le dernier acte est aussi désespérant de maladresse que choquant. Mais n'en disons pas plus pour préserver (tout de même) le contenu de ce dénouement. Simplement, disons qu'il est à des lustres de la finesse et de l'intelligence de celui de The Crying Game. Et que les questions morales jusque-là soulevées y trouvent une réponse qui distille un discours aussi malheureux que discutable.
Je l'ai déjà dit, je ne suis pas critique de cinéma. Je vais donc dévoiler la fin parce que c'est justement des questions morales soulevées par le film dont je veux discuter. Erica ( Jodie Foster ) se fait donc tabasser par trois voyous qui tuent son ami de coeur par la même occasion. Devenue craintive, elle s'achète une arme illégale.

Lors d'une visite à un dépanneur, elle voit un client tuer la caissière et elle abat le client qui cherche à l'éliminer comme témoin. Il y a ici un clin d'oeil à Taxi Driver où de Niro tue un voleur dans un dépanneur. Puis elle descend deux voyous qui la menacent dans le métro, tard le soir. Ensuite, dans un parc, encore le soir, elle libère une prostituée d'un client violent et elle le tue quand ce dernier cherche à les assassiner pour se venger. Enfin, elle élimine violemment le criminel que le policier ( Terrence Howard ) cherche en vain à coincer depuis des années avec les outils de la loi.

Tout l'art de Jordan et de Foster consiste à bien montrer la progression de l'obsession de vengeance d'Erica, en parallèle avec l'amitié qui se développe entre elle et le policier. Et il n'y aura qu'un critique de cinéma provenant de la ville de Québec pour trouver irréaliste qu'une fille qui se promène tard le soir à New York dans des endroits mal famés se fasse agresser autant:

Trop souvent à la mauvaise place au mauvais moment — point faible du scénario — Erica s’en servira pour régler ses comptes, avec le sentiment de faire le ménage parmi la canaille. Au troisième tableau, on a bien du mal à croire que tout cela peut arriver à la même personne, aussi malchanceuse soit-elle.
On y arrive, maintenant, à la fin. Un fait nouveau s'étant produit, une brève enquête permet à Erica de retracer ses trois agresseurs du début. Elle se rend chez eux et en abat deux. Le troisième parvient à la désarmer mais le policier qu'elle avait prévenu survient et maîtrise le voyou. Le policier orchestre alors une mise en scène où ce serait lui qui a tué le malfrat en légitime défense: il offre son propre pistolet à Erica pour lui permettre d'assouvir sa vengeance sur le mal rasé, ce qu'elle fait d'une balle en plein visage; puis il redonne à Erica le pistolet illégal pour qu'elle lui tire une balle dans l'épaule, ce qu'elle fait également.

C'est cette conclusion « qui distille un discours aussi malheureux que discutable ». Pourtant, des scènes de crime arrangées par des policiers ripoux, on en voit souvent sans qu'on s'en formalise. Pourtant, dans Sudden Impact, Dirty Harry donne un laissez-passer à l'héroïne qui vient d'assassiner les 4 violeurs qui ont empoisonné sa vie et rendu folle sa jeune soeur. Si la conclusion de L'épreuve du courage dérange tant, et elle dérange, c'est parce que le film est efficace.

En théorie, je ne suis pas favorable à ce que les citoyens se fassent justice eux-mêmes. Mais cette façon de faire nous fait collectivement ressembler à un troupeau de caribous où les loups, les prédateurs, viennent prélever de temps en temps un certain quota de victimes. Cela devient normal. Il y a des prédateurs, il y a des proies, c'est la vie, on pleure un peu et on poursuit notre errance vers de plus gras pâturages. Quand à la justice, elle fait ce qu'elle peut...

Ce que L'épreuve du courage fait bien voir, c'est qu'après une telle agression, on ne recolle pas les morceaux pour redevenir comme avant. On fait avec cette autre personne que l'on est devenu. Et franchement, je ne sais pas ce que je deviendrais. Je ne le sais pas. Après ce film, je sais que je ne le sais pas. C'est le message que j'ai reçu. Mais je conçois qu'on puisse penser que le message soit plutôt un appel à la subversion et une invitation à se faire justice soi-même.

Et quand bien même cela serait. Depuis quand les oeuvres d'art sont-elles soumises aux morales ambiantes ? Devra-t-on revenir aux mises en garde hypocrites qui devaient accompagner les oeuvres audacieuses dans les temps anciens ?
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photo: NYC - Central Park: Inscope Arch, par wallyg.

mardi 18 septembre 2007

Les Pats all the way !


J'ai rarement vu un journaliste se planter comme ça. Et je ne vous parle pas de celui qui avait prédit une victoire libérale dans Outremont, mais de Miguel Bujold, un journaliste de La Presse qui couvre le football. Il a pris une demi-page pour descendre les Patriots en flammes, utilisant le « nous », prétendant écrire au nom d'on ne sait quelle coterie:

Mais nous, on se sent ridicule. Ridicule de les avoir vantés...
Il est clair que ce « on » ne se rapporte pas à des gens indéfinis, mais à « nous, les gars de notre gang ». En tout cas, son collègue Richard Labbé n'en fait probablement pas parti, puisque Miguel Bujold lui fait l'injure de nous révéler que sa chanteuse préférée est Britney Spears. Ça c'est un vrai coup bas !

On connaît l'histoire. Les Patriots ont été trouvés coupables d'avoir enregistré les signaux défensifs d'une équipe adverse. L'entraîneur-chef Bill Belichick a été condamné à une amende de 500 000 $ et l'équipe des Patriots à 250 000 $ d'amende, plus la perte de certains choix au repêchage.

Et là, Miguel Bujold rejoue les défaites des Lions, des Eagles, des Steelers, des Jets et des Colts en expliquant tout par la tricherie. Il nous rappelle que l'entraîneur-chef Bill Belichick gagnait un match aux deux mois avec les Browns et que le quart-arrière Tom Brady devrait bientôt se mettre à jouer comme le choix de sixième ronde qu'il est.

Le soir où paraîssait son article, les Patriots rencontraient les Chargers de San Diego, sur lesquels Miguel Bujold a déjà écrit:

L’équipe la plus talentueuse de la NFL est fort probablement à San Diego. Elle n’est pas parfaite, mais la qualité des meilleurs effectifs de cette équipe est à ce point remarquable qu’elle en devient dominante.
Donc, enflammé par sa verve anti-patriotique, notre journaliste prédit les pires malheurs à l'équipe honnie qui affronte ses chouchous menés par leur génial porteur de ballon:

LaDanian Tomlinson a une dent contre les Patriots. Il a trouvé les tricheurs arrogants après le match éliminatoire de janvier dernier, à San Diego. L.T. enragé, ce n'est pas une bonne nouvelle pour l'adversaire. On a vraiment hâte de voir ce que ça donnera maintenant que les Patriots n'auront plus le livre de jeux de l'adversaire dans leurs mains.
Et badang! Les Patriots gagnent 38 à 14. LaDainian Tomlinson réussit de peine et de misère à courir pour 43 verges. Et c'est Richard Labbé en plus qui est allé à Boston pour rapporter:

Plus que le résultat, c'est la manière qui aura étonné: une victoire qui n'a jamais fait de doute, une victoire décisive remportée contre les Chargers, généralement considérés comme l'une des puissances du football américain. (...)

Hier soir en tout cas, la supériorité de Belichick et des Patriots aura été évidente d'un bout à l'autre.
Continue de couvrir tes Alouettes, mon Miguel...
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photo: Are you ready for some..., par velo city.
Addendum à 10:27: Non mais, je vous jure. L'Irak est en feu, l'Iran est sur le point d'être bombardée. Les gens ont de ces priorités ! Minizylag en éprouve des sursauts d'indignation.

lundi 17 septembre 2007

Iran: on fait bouillir l'eau

Attaque virulente de l'Iran contre Sarkozy et Kouchner






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photo: boiling water, par olya.

dimanche 16 septembre 2007

Irak: les carottes sont cuites

Rappelons-nous que l'Irak se compose d'une région sud chiite possédant du pétrole et la majorité de la population irakienne, d'une région centre sunnite qui n'a pas de pétrole ni de majorité au parlement mais qui a toujours dirigé le pays jusqu'ici, et d'une région nord kurde possédant du pétrole et un gouvernement régional largement autonome. Les seuls revenus gouvernementaux proviennent pratiquement du pétrole et pour que l'Irak survive avec ses trois composantes, il faut que le parlement central réussisse à voter une loi partageant les ressources pétrolières entre chiites, kurdes et sunnites.

On peut comprendre que les chiites et les kurdes qui ont été malmenés durement par les sunnites pendant des décennies n'aient pas plus le goût qu'il ne faut de partager leurs ressources et, de fait, la fameuse loi sur le pétrole vient encore de s'échouer sur les récifs du parlement irakien mercredi dernier. Pendant ce temps, le gouvernement semi-autonome du kurdistan irakien, au nord, travaille de concert avec des compagnies de pétrole et avance ses dossiers. Et surtout, il vient de signer une entente avec Hunt Oil Co., de Dallas, pour des explorations géologiques à la fin de 2007 et pour le forage d'un puits en 2008.

Voici comment le commentateur du New York Times Paul Krugman interprète la chose. Ray L. Hunt, président-directeur-général de Hunt Oil Co., est un allié politique de George W. Bush. Il a fait des levées de fonds pour Bush, collectant environ 100 000 dollars lors de la campagne présidentielle de 2000. Ray L. Hunt est maintenant membre d'un comité consultatif très près du président, le Foreign Intelligence Advisory Board. À ce titre, Ray L. Hunt est l'insider du milieu pétrolier sans doute le mieux informé sur ce qui se passe vraiment en Irak.

Or, Hunt Oil Co. place son argent chez les Kurdes malgré les protestations du gouvernement central irakien qui déclara la transaction illégale. En fait, Ray L. Hunt fait un pari de plusieurs millions de dollars que le gouvernement central irakien ne va pas survivre. Il gage que l'Irak ne survivra pas en tant que nation et va se désagréger en trois parties à plus ou moins long terme.

L'investisseur avisé sait que la tentative de ce printemps (surge) a échoué, que la guerre est perdue et que l'Irak va subir le même sort que la Yougoslavie. Krugman pense que l'administration Bush le sait, et probablement Bush aussi, vu qu'ils laissent aller les choses et interviennent très peu pour corriger les erreurs du premier ministre Nouri al-Maliki. Bush ne se comporte pas en leader qui veut gagner la guerre. Il veut simplement tenir le temps d'ici la fin de son mandat et passer les problèmes à son successeur pour le blâmer de n'avoir pas su les résoudre.
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Source principale: Nick Juliano de The Raw Story.
Photo: derrick par visual infrastructure.

samedi 15 septembre 2007

Un pan de la vie de Rice

Dans la série « Ce qu'ils sont bizarres, ces républicains ! », le correspondant du Washington Post au Département d'État, Glenn Kessler, vient de publier un livre où il affirme que Condoleezza Rice partage une maison et une ligne de crédit avec une autre femme.

Avant d'être recrutée par George W. Bush, le Dr Condoleezza Rice avait enseigné à l'Université Stanford de Californie à compter de 1981. De 1993 à 1996, elle y occupait la fonction de principal, en charge d'un budget de 1,5 milliard de dollars et du programme académique de 14 000 étudiants.

De son côté, Mme Randy Bean, l'amie du Dr. Rice partageant une maison avec elle, occupe le poste de productrice exécutive pour les projets de documentaires télévisuels à l'Université Stanford de Californie. Glenn Kessler explique dans The Confidante: Condoleezza Rice and the Creation of the Bush Legacy qu'il a fait cette découverte en fouillant dans les registres de biens immobiliers.
Mme Bean explique que, les frais médicaux l'ayant ruinée, le Dr Rice a décidé de l'aider par l'achat d'une maison en copropriété et le partage d'une ligne de crédit. Un professeur de l'Université Stanford ouvertement gay, Coit Blacker, a participé à la transaction au début, mais il a par la suite revendu sa part au Dr Rice et à Mme Bean.

Les rumeurs courent et John Byrne en fait état dans un article de Raw Story. La communauté gaie américaine critique le fait que le Dr Rice soit compréhensive en privé devant l'homosexualité pendant que le Département d'État ne fait rien au sujet des pays qui maltraitent les homosexuels. Elle reproche aussi au Dr Rice de faire partie d'un gouvernement qui gagne des votes en s'attaquant aux droits des gais tout en gardant le silence sur cette question.
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photo: Condoleezza Rice visite le Wiesbaden Army Airfield, Allemagne, 23 février 2005.

vendredi 14 septembre 2007

Un haut fonctionnaire dévoilé

En l'an 1170, l'archevêque de Canterbury Thomas Becket est mort pour s'être opposé à la volonté royale. Son bon ami, le roi Henry II, était certain d'obtenir l'accord de Thomas pour accorder davantage de pouvoirs à l'autorité royale aux dépens des privilèges de l'Église. Mais Thomas Becket refusa obstinément de signer les constitutions de Clarendon qui redéfinissaient les pouvoirs royaux en ce sens.

En l'an 1535, le chancelier du royaume d'Angleterre Thomas More est mort pour s'être opposé à la volonté royale. Son bon ami, le roi Henry VIII, a été fort déçu de constater que Thomas refusait de reconnaître la suprématie spirituelle du roi sur l'Église. Comme on sait, le roi était en conflit avec le pape parce que ce dernier refusait de dissoudre son mariage avec Catherine d'Aragon, ce qui lui était nécessaire pour épouser Anne Boleyn, de qui il s'était amouraché. Mais Thomas More fut inflexible et resta fidèle au pape malgré son amitié avec le roi.

En l'an 2007, dans une ancienne colonie, le Canada, Becket et More viennent de trouver un digne émule, le haut fonctionnaire Marc Mayrand:

Je veux seulement réitérer que la loi n'oblige pas à l'identification visuelle de l'électeur.

Selon les comtés, entre 70 et 90 % de la population s'oppose à ce qu'on puisse voter le visage voilé. Tous les partis politiques représentés au Parlement demandent à Marc Mayrand d'utiliser son pouvoir spécial d'adapter la loi afin d'exiger l'identification visuelle lors du vote de lundi prochain. Le premier ministre Harper a exprimé la semaine dernière son « profond désaccord » avec la décision de Marc Mayrand de permettre le vote voilé. Le Comité des procédures et des affaires de la Chambre des Communes a voté une motion demandant à Marc Mayrand de se servir des pouvoirs que lui donne la loi pour permettre un déroulement serein de la votation. Rien n'y fait. Marc Mayrand est intraitable:

C'est une question fondamentale. Nous vivons dans un régime de droit. Tant que la loi n'aura pas été modifiée selon les règles parlementaires habituelles, je ne modifierai pas cette loi. (...) Ce n'est pas à moi de choisir entre deux droits fondamentaux qui sont accordés par notre Constitution.(...) J'estime qu'à ce moment-ci il n'y a pas de raison pour moi d'exercer mon pouvoir d'adaptation de la loi.

À ce stade-ci, nous en sommes réduits aux conjectures pour expliquer une position si inhabituelle, d'autant qu'un autre directeur général des élections, dans l'une des provinces de ce lointain Canada, a pour sa part jugé qu'il y avait lieu de se servir des dispositions spéciales de la loi pour assurer la sérénité de la votation. Trois hypothèses se dessinent à première vue au sujet de Marc Mayrand:

1. Tout comme Becket et More, Mayrand possède en lui la fibre du martyre;
2. Mayrand est atteint de la folie des grandeurs et pense pouvoir victorieusement tenir tête à 33 millions de personnes;
3. Mayrand est simplement un haut fonctionnaire crypto-libéral, comme des milliers d'autres, et pense ainsi pouvoir nuire aux conservateurs, ce qui, dans son idée, lui sera remis au centuple lorsque les libéraux reviendront au pouvoir.
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photo: Marc Mayrand, par Élections Canada.

jeudi 13 septembre 2007

Le blogueur capote

Le blogueur jurassicpork qui nous accueille sur le site Welcome to Pottersville est dans tous ses états. Welcome to Pottersville est le site qui ose reproduire les chroniques du New York Times ( Krugman, Dowd, et al. ) pour qu'on puisse les lire sans frais. Le blogueur, qui fait lui même de très bons textes, réalise que le clip d'une jeune fille prenant la défense de Britney Spears a obtenu plus de 2,3 millions de touches sur YouTube.

Pendant ce temps, le texte de jurassicpork commentant l'anniversaire du naïnewonwon, qui par ailleurs a été aussi publié sur des sites prestigieux comme Daily Kos, Brilliant at Breakfast et Out of Iraq Bloggers Caucus, n'a obtenu qu'un seul commentaire dans la première demi-journée de sa publication.

L'auteur déplore que le peuple américain choisisse mal ses priorités. J'ai parfois aussi des sursauts d'indignation du même ordre au sujet du peuple québécois. Sont-ce des frustrations futiles d'intellos déconnectés ?

Minizylag s'interroge. De par leur nature, les foules sont-elles en mesure d'éprouver autre chose que des émotions primaires, indépendamment de la qualité des gens qui en font partie ?

mercredi 12 septembre 2007

Le Bluff de Cheech

J'ai vu coup sur coup Bluff et Cheech, hier. Je vous le dis tout de suite, le bateau du cinéma québécwa ne vogue pas vers des aurores radieuses aux doigts de rose. Depuis la dernière fois où j'ai regardé jouer le club de hockey Canadien, je n'ai jamais vu autant de personnages inconsistants, minables et méprisables réunis par le scénario de parties perdues d'avance.

Je ne me ferai pas d'ennemis en décriant Cheech, la critique s'en est déjà chargé. Les acteurs, notamment Patrice Robitaille, ont fait du bon travail. Les techniciens aussi: les images sont claires, le son est net, c'est déjà ça. Bluff, encensé par la critique, n'a même pas un niveau de qualité technique acceptable et rappelle davantage les clips de Rire et délire que la somptuosité des images de Barry Lyndon.

Mais foin de détails triviaux ! Ce que je reproche surtout à ce type de cinéma québécwa, ce sont les faiblesses et les incohérences des scénarios qui leur font perdre toute crédibilité. C'est l'absence de personnages à la fibre morale un tant soit peu élevée qui nous permettent de s'identifier à eux, de partager leurs émotions, d'embarquer dans l'histoire. J'ai regardé la galerie de minables que ces deux films m'ont présenté dans le plus parfait détachement et je n'ai même pas été capable de rigoler devant le spectacle de tant de connerie et de misère morale.

Contrairement à ce qu'affirme la critique, seulement trois des six histoires de Bluff sont reliées entre elles, et par un fil si ténu qu'on peut presque n'y voir qu'un caprice de montage. L'éternel étudiant qui appréhende une entrevue d'embauche, le couple sans enfant qui soupe avec un géniteur sous contrat ( et secrètement amant de l'épouse ), le col bleu de la ville de Montréal qui teste les qualités pugilistiques de son futur gendre n'ont rien à voir avec la célèbre toile percée d'un trou de balle retrouvée lors de la rénovation de l'immeuble.

Ce scénario mou et décousu est meublé de personnages si cons qu'ils n'en sont même pas drôles. Marc Messier nous ressort tous les tics de Réjean dans La petite vie. Mais ce qui faisait rire dans un contexte absurde n'est plus crédible dans cette histoire. On ne peut s'accrocher à rien. On assiste médusé à ce défilé d'idiots et ça devient gênant de s'en amuser. Ma mère m'a toujours dit de ne pas rire des infirmes et des débiles.

Le cinéma québécwa ! Nous avons les comédiens, nous avons les réalisateurs, nous avons les techniciens, et nous aurons toujours, quoi qu'on dise, le financement pour de bons projets. Mais quand allons-nous élever, former, nourrir, entretenir, bichonner, supporter, encourager, payer, couvrir de gloire et d'honneurs les bons scénaristes que nous avons, et tous ceux qui ont le potentiel pour le devenir ?

Et le Bluff de Cheech ? Quoi, vous ne le saviez pas ? Cheech est mort depuis trois semaines et tout le monde s'énerve pour rien dans ce film. Et le bluff de Bluff ? Deux jeunes réalisateurs réussissent à réunir dans le même film le «top ten » du Bottin des artistes, si bien que les critiques n'osent pas descendre le film, si bien que je suis allé le voir et perdre mon temps. Le bluff là-dedans, c'est le film lui-même...

mardi 11 septembre 2007

Bill et Brian















Lundi le 3 septembre, Brian Mulroney publiait son autobiographie intitulée « Brian Mulroney: mémoires 1939-1993 » et dimanche le 9, il participait à « Triomphes et trahisons », une émission de 2 heures animée par Paul Arcand à TVA. Entre ces deux dates, William Jefferson Clinton se retrouvait mercredi chez Larry King pour, entre autres choses, parler de son livre « Giving _ How Each of Us Can Change the World ».

Le contraste est frappant entre le « Comeback Kid » de 61 ans qui fait campagne pour se retrouver à la Maison Blanche par épouse interposée et le vieux bagarreur de Baie-Comeau qui, à 68 ans, panse encore les blessures reçues lors de ses combats politiques:

On sait que le sénateur républicain Larry Craig vient de plaider coupable à une accusation d'avoir posé des gestes homosexuels dans les toilettes d'un aéroport. Larry King demande à Clinton s'il éprouve une satisfaction de voir le sort réservé au sénateur Larry Craig, celui-là même qui pendant la procédure d'impeachment a utilisé des termes dégradants à son endroit (ma traduction) :
_ Non.
_ Non ?
_ Non, parce que je savais que plusieurs d'entre eux avaient déjà été démasqués comme hypocrites. Tout le monde savait que la procédure était artificielle et qu'ils ne faisaient que profiter d'une erreur de ma part.

Cela m'a donné l'occasion de réfléchir à ces occasions dans le passé où j'avais jugé des personnes trop sévèrement parce qu'ils avaient des problèmes que je n'avais pas. (...) Je me suis promis de ne jamais refaire cela. Et j'essaie de tenir cette promesse. C'est pourquoi, honnêtement, je ne ressens pas de satisfaction. Je n'aime pas voir une personne souffrir de blessures qu'elle s'inflige elle-même à cause de son incapacité à résoudre ses conflits intérieurs.

L'entrevue se poursuit. Clinton a une bonne parole pour chacun des adversaires de sa femme à la candidature démocrate. Il a également plein de bons mots pour les candidats à l'investiture républicaine. Le tout bien gentiment, sans sous-entendus malicieux. Il commente savamment la situation en Irak et en Afghanistan. Et à la fin, Larry King lui demande s'il aimerait que l'histoire retienne qu'il a été un grand philanthrope, qui par ailleurs a aussi été président des États-Unis:
Non. Je voudrais qu'elle dise qu'à la fin de mon terme, j'ai laissé l'Amérique dans une meilleure situation qu'au début; et qu'après mon mandat, en tant que simple citoyen, j'aidé mes compatriotes à s'organiser pour améliorer leur sort.(...)

J'espère également aider ma femme dans le processus de réconciliation qu'elle a amorcé au Sénat, afin que Démocrates et Républicains trouvent des terrains d'entente sur les grandes questions comme l'énergie, les soins de santé...


Bill Clinton va vers l'avant, à grand train, malgré son quadruple pontage. Les problèmes de santé de Brian Mulroney sont probablement plus graves, et le petit gars de Baie-Comeau n'a pas l'énergie de Clinton, ni son optimisme. Les blessures politiques infligées à Mulroney sont, somme toute, beaucoup moins graves que celles reçues par Clinton, et la résilience de Mulroney semble plus faible:
C'est la plus grande déception de ma vie, il a cessé d'exister dans ma vie. [moment de silence] Lorsque j'ai commencé ma carrière, je m'étais juré que j'écrirais un mémoire et que je ferais ça avec Lucien. [...] Je l'ai traité de tout temps comme un frère et quand je me suis retourné, il n'était plus là.(...)

Son départ [de mon parti] était un coup monté. Pendant qu'il était dans mon gouvernement, il travaillait avec d'autres gens au Québec et il sabotait mon gouvernement. [...] Je n'aime pas le mot trahison, mais c'est une définition assez précise de ce qui est arrivé. Il a trahi mon amitié. Pour moi qui l'aimais comme un frère, c'était comme un décès dans la famille. [...] M. Bouchard n'a jamais remis de lettre de démission, c'est moi qui l'ai congédié [après avoir appris qu'il planifiait son départ du Parti conservateur pour fonder le Bloc québécois].(...)

Même si la majeure partie du monde libre, incluant le Canada, reconnaissait la nature destructrice et criminelle de la machine de guerre nazi, Trudeau ne l'a pas fait.(...)

Pierre Trudeau n'a pas voulu contribuer à Meech parce qu'il ne voulait pas que je réussisse là où il avait échoué. [...] Il a affaibli le gouvernement fédéral avec ses politiques de défense et il a laissé un Canada central faible avec un héritage criblé de dettes.
Brian Mulroney vit dans le passé, un passé amer. Les Canadiens applaudissent un Trudeau qui n'a laissé que des problèmes à son départ et ils honnissent un Mulroney qui a cherché, et réussi partiellement, à y remédier. Il y a de quoi être amer. Mais Mulroney n'aurait pas dû le laisser paraître car c'est cette image de lui qui restera.

Je vois encore Clinton témoigner devant une mascarade d'hypocrites, en buvant son Coke diète. Je le vois repentant, avec son groupe de pasteurs noirs, s'accusant d'avoir péché. Et je le vois aujourd'hui, rayonnant devant Larry King. Le contraste ! C'est l'ultime « Comeback Kid ».

À l'inverse, je revois les succès diplomatiques de Brian Mulroney en Afrique du Sud, avec les présidents américains, surtout Reagan avec qui il a chanté « When Irish Eyes are Smiling ». Et maintenant, cette entrevue avec Arcand où il fait montre de peu de vitalité et s'attarde à vilipender de vieux fantômes. L'ancien bagarreur joue à la victime. Il s'est écrasé. Il a reçu trop de coups.

Triste spectacle.
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photo de Brian Mulroney: Gouvernement du Canada
photo de Bill Clinton: White House

lundi 10 septembre 2007

Salade de saison XXI

Let's go, Pats

Les Patriots de la Nouvelle-Angleterre ont écrasé et dominé les Jets de New York 38 à 14. On est allé chercher de bons receveurs de passe pour Tom Brady. Le directeur général des Patriots a trouvé des joueurs d'impact cet été, contrairement à des directeurs généraux de clubs de hockey que nous aurons la charité de ne pas nommer parce qu'ils travaillaient très fort dans les coins, au temps où ils jouaient...

Chaque fois que les Pats gagnent, j'entends la péroraison d'Alan Shore, l'avocat de Justice à Boston, plaidant contre la peine de mort devant la Cour suprême du Texas. Et je l'entends comme une petite musique: "And I would sincerely, sincerely, sincerely, hope that you don’t penalize my client, simply because his lawyers happen to be from Massachusetts. (He moves to sit down, then rises.) The home of the New England Patriots, who could kick ass with any football team you’ve got in the good state of Texas. May it please the court."

Justice à Boston revient à Séries + avec de nouveaux épisodes. Il y a peu d'émissions, parmi celles qui me sont accessibles, qui offrent des textes aussi allumés, brillants et actuels. Et la prétention, le cynisme et le machiavélisme des personnages ! À côté d'eux, Gérard Bouchard est un aimable pedzouille.


À bas les élites médiatiques

Je suis toujours fasciné de voir que de grands commentateurs culturels ne font pas encore la différence entre les Gémeaux et les Artis, entre les Oscars et les People's Choice Awards, entre François en série et Km/h, entre Minuit le soir et Virginie.

C'est incompréhensible. Pourtant, même le monde qui regarde TVA ou TQS a bien saisi la chose.


Le taylorisme de Martineau

La méthode de travail de Richard Martineau traite les personnes et les sujets d'actualité avec rapidité, avec efficacité, en supprimant toute réflexion inutile, le tout constituant finalement l'essence même du taylorisme dans le domaine du prêt-à-penser.

Si j'avais écrit ce qu'il a écrit au sujet de Charles Taylor, ce qui aurait pu arriver tellement je tiens les religions pour une des pires tares sociales de l'espèce humaine, et si on m'avait répondu ce qu'ont répondu Yves Boisvert et Pierre Nepveu, j'avoue qu'il ne me resterait qu'à froisser mes petits papiers et à les jeter à la poubelle. Noircir une personne par association n'était pas joli venant du sénateur Joseph McCarthy qui s'en prenait aux « communistes ». Ça ne l'est pas plus pour s'en prendre aux « rongeux de balustres ».

La question qui tue: « Que va faire Richard Martineau à la suite des commentaires de Boisvert et Nepveu ? »


Heul'sétumoé ?

Grosse discussion, samedi matin, chez Dutrizac, à 98,5 FM. M. Durand (théologien représentant l'école privée) et M. St-Germain (citoyen représentant l'école publique) échangent des propos civils sur les problèmes de l'une et de l'autre:

_ M. St-Germain (en substance): « L'école privée possède de multiples moyens de sélection avant le début de l'année, et elle y a recours aussi pendant l'année. »

_ Benoît Dutrizac (en subtance): « Est-ce le cas, M. Durand ? »

_ M. Durand (verbatim): « Je ne sais pas. »

vendredi 7 septembre 2007

Essai de causerie populaire

Maisonneuve en direct (1) nous a présenté une excellente émission hier sur la relation tumultueuse qu'ont vécue Pierre Bourgault et René Lévesque. Jean-François Nadeau et Pierre Godin, biographes respectifs de l'un et de l'autre ont même, eux aussi, croisé poliment le fer sur de légers points de désaccord, comme si Bourgault et Lévesque continuaient leur combat outre-tombe. Les deux étaient cependant d'accord pour admettre que, même si Bourgault était prêt à se comporter en bon soldat au sein du Parti québécois, Lévesque n'a jamais voulu lui faire confiance.

Pierre Godin invoque trois raisons au comportement de Lévesque. Il était d'abord physiquement incapable de tolérer sa présence. Il se dandinait, il se tortillait sur sa chaise en présence de Bourgault. Ensuite, il détestait le mode d'action préféré de Bourgault, c'est-à-dire les manifestations dans la rue. Finalement, il y avait un désaccord profond sur la question des droits linguistiques des anglophones et sur l'association avec le Canada.

De son côté, Jean-François Nadeau est d'avis que c'est probablement Lévesque qui a fait de Bourgault un marginal. Il ne lui a jamais offert un comté prenable, il ne lui a jamais offert de poste de ministre, ni de poste de responsabilité au sein du gouvernement. Rappelant le comportement exemplaire et solidaire de Bourgault au sein de l'exécutif du parti en 1971, Jean-François Nadeau pense qu'un poste de responsabilité aurait peut-être pu assagir le puissant tribun.

Il est frappant de voir comme rien n'a changé dans la dynamique des différentes factions péquistes. Il y a même un partisan du nouveau Parti indépendantiste qui a appelé pendant l'émission pour traiter Lévesque (Dieu ait son âme !) de confédéraliste. On nous a aussi rappelé que ce sont les militants qui, par leur travail acharné, ont valu au Parti québécois ses plus belles victoires. Le leadership, la vision et le charisme des dirigeants, c'est optionnel, dans leur esprit.

La dialectique et le vocabulaire des partisans du nouveau Parti indépendantiste me rappelle, toutes proportions gardées, « ceteris pas pantoute paribus », la dialectique et le vocabulaire d'un groupe de révolutionnaires attaqués et vilipendés par mon vieux sage russe préféré, Vladimir Ilitch Oulianov, lequel a justement écrit en 1920 un essai de causerie populaire sur la stratégie et la tactique marxistes (2). Je vous avais avertis, il y a quand même une transposition à faire pour pouvoir comparer.

De brèves citations vont illustrer mon propos:

¤ « La conclusion est claire : rejeter les compromis "en principe", nier la légitimité des compromis en général, quels qu'ils soient, c'est un enfantillage qu'il est même difficile de prendre au sérieux. L'homme politique désireux d'être utile au prolétariat révolutionnaire, doit savoir discerner les cas concrets où les compromis sont inadmissibles (...) »

¤ « Les communistes allemands dont nous aurons maintenant à parler ne se donnent pas le nom de communistes de "gauche", mais, si je ne me trompe, celui "d'opposition de principe". Mais qu'ils présentent des symptômes caractérisés de cette "maladie infantile, le gauchisme", c'est ce qu'on verra dans l'exposé ci-après. »

¤ N.D.L.R.: Une brochure du Parti communiste allemand affirmait ceci:

"... Ainsi, deux partis communistes se trouvent maintenant en présence : L'un est le parti des chefs, qui entend organiser la lutte révolutionnaire et la diriger par en haut, acceptant les compromis et le parlementarisme, afin de créer des situations permettant à ces chefs d'entrer dans un gouvernement de coalition qui détiendrait la dictature. L'autre est le parti des masses, qui attend l'essor de la lutte révolutionnaire d'en bas qui ne connaît et n'applique dans cette lutte que la seule méthode menant clairement au but ; qui repousse toutes les méthodes parlementaires et opportunistes; cette seule méthode est celle du renversement résolu de la bourgeoisie, afin d'instituer ensuite la dictature prolétarienne de classe et réaliser le socialisme. "
" ..Là, c'est la dictature des chefs; ici, c'est la dictature des masses! Tel est notre mot d'ordre."

Oulianov réplique:

Telles sont les thèses essentielles qui caractérisent les vues de l'opposition dans le Parti communiste allemand. Tout bolchevik qui a consciemment participé au développement du bolchevisme, ou l'a observé de près depuis 1903, dira aussitôt, après avoir lu ces raisonnements: "Quel vieux fatras connu de longue date! Quel enfantillage de "gauche"!
¤ « Tâchons que les communistes ne commettent pas la même erreur dans un autre sens, ou plutôt que cette même erreur, commise dans un autre sens par les communistes "de gauche", soit corrigée le plus vite et avec le moins de suites possibles pour l'organisme. Le doctrinarisme de gauche est aussi une erreur, pas seulement le doctrinarisme de droite. »


On le voit, que ce soit à l'intérieur d'un mouvement de gauche ou à l'intérieur d'un mouvement de droite, il y a une gauche et une droite. Il y a la droite de la droite et la gauche de la droite. Il y a la droite de la gauche et la gauche de la gauche. Dans la droite de la droite, il y a la droite et il y a la gauche et dans la gauche de la droite, il y a la droite et il y a la gauche. Ceux qui connaissent la blague de Gaston Lagaffe sur les Papous à poux pourront finir le paragraphe.

La morale de l'histoire, c'est qu'il ne faut pas s'énerver avec les « purs et durs ». Il y en a toujours eu, et il y en a toujours eu partout. Il y en aura toujours et il y en aura toujours partout. J'ai un vague souvenir de l'entrefilet d'une nouvelle scientifique parue il y a très longtemps: quelqu'un quelque part a réussi à établir une corrélation positive entre la prédisposition au mysticisme et la longueur des intestins. Je parie qu'un jour on trouvera la corrélation fatale qui prédispose au gauchisme et au rejet des compromis.

(1) Je recommende la prudence à ceux qui vont utiliser cet hyperlien. Radio-Canada a un site internet tellement captivant que vous risquez d'y passer plusieurs heures, notamment sur cette page et sur celle-ci.

(2) OULIANOV, Vladimir Illitch, La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme »), Essai de causerie populaire sur la stratégie et la tactique marxistes, Ouvrage disponible en ligne.
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photo: Grosse tête, par Chach Coati.

jeudi 6 septembre 2007

Avec des alliées comme ça...


En mars 2006, Pauline Marois quittait la politique à la suite de l'arrivée d'André Boisclair à la tête du Parti québécois. Denise Bombardier déclarait à TVA:
Ca veut dire qu'on a laissé partir une femme qui, dans l'histoire politique du Québec, a eu plus d'expérience qu'aucune autre femme avant elle. N'est-ce pas? C'est ça que ça voulait dire. Ca prouve évidemment que le Québec est une société qui n'est pas prête à avoir une femme à sa tête. Et on peut se dire: « Mon Dieu, c'est vrai, il faudrait qu'un gai qui affirme qu'il est gai puisse accéder au pouvoir, mais à condition qu'il soit un homme.» Parce que là, on voit bien qu'on préfère un... Si on préfère les gais aux femmes, on peut penser que peut-être qu'une femme viendrait avant, n'est-ce pas? Mais...
La déclaration légèrement ambigüe semble hésiter entre le regret que le Québec refuse d'avoir une femme à sa tête ou l'indignation qu'on préfère même un gai à une femme pour cette fonction. Denise Bombardier est une femme engagée qui s'est souvent prononcée en faveur de la promotion de la femme. Elle ne pouvait que déplorer le départ de Pauline Marois.

Aujourd'hui, Pauline Marois revient. Ses adversaires dans le comté de Charlevoix prétendent qu'elle y possède une luxueuse résidence secondaire qui serait l'équivalent d'un château. Elle invite le journaliste Robert Plouffe à visiter les lieux pour rétablir les faits: il s'agit d'un modeste chalet acheté il y a 3 ans sur un emplacement d'une beauté à couper le souffle. Les faits sont rétablis. Pauline Marois explique que beaucoup de résidents ne sont pas nés dans Charlevoix et qu'ils ont, comme elle, à coeur de participer à son développement. Rien de bien malin.

Et là, il y a la Denise Bombardier qui prend le crachoir à TVA pour accuser Pauline Marois de vouloir tromper la population. Je n'ai pas le texte exact mais le journaliste Michel Hébert rapporte que, selon elle, Pauline Marois a joué la comédie. Je me souviens cependant du ton faussement maternel où Denise Bombardier explique qu'il n'y a pas de mal à être riche et à faire de la politique et que Pauline Marois n'aurait simplement pas dû chercher à donner faussement l'impression qu'elle est de condition modeste.

Comme si quelqu'un au Québec ignorait que le couple Marois-Blanchet est, pour le moins, très à l'aise financièrement. Alors ?

Pauline Marois avait-elle le droit de répondre aux insinuations sur la soi-disant splendeur de son chalet, sans se faire accuser de jouer à celle qui a des moyens modestes ? Denise Bombardier avait-elle conscience qu'en étirant la sauce pour accuser Pauline Marois de tromperie, elle la poignardait dans le dos d'une façon beaucoup plus violente que les insinuations somme toute bénignes de ses adversaires politiques ?

Je ne sais pas comment les choses fonctionnent entre femmes, mais il y a un coin de ce voile qui a été soulevé par l'émission Beautés désespérées. Il paraît, c'est ce que ma conjointe m'explique pendant le débriefing qui suit une émission, que les femmes ont des façons d'attaquer les autres femmes mortellement sans que l'agressivité ne transpire, sous des airs gentils et compatissants.

Cela m'a pris plusieurs heures pour voir la chose. Je me demande ce matin: « Est-ce que Denise Bombardier, dans le fond, ne s'est pas livrée à une attaque sauvage contre Pauline Marois dans son commentaire d'hier, à TVA ? »
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photo: Refueling a B-52 par capturinglight.

lundi 3 septembre 2007

Édition spéciale !

Le président Bush est en Irak ? Et alors ! On tue la une !

Demain, à 14:00 heures, ils se passera quelque chose, chez vous, dans votre salon !

Voulez-vous voir comment on part une révolution ? Comment on libère un peuple du joug de ses oppresseurs pour lui en donner d'autres ?

Voulez-vous assister à cette leçon d'économie où le grand capital explique aux petits entrepreneurs que l'esclavage n'est pas un mode de production économique ?

Voulez-vous une démonstration sur la façon de créer des héros nationaux pour ensuite les démolir quand ils sortent naïvement de leur rôle préétabli ?


Tout cela sera disponible dans:


Queimada!


Tourné par le même réalisateur que «La Bataille d'Alger », (le film culte utilisé par l'armée américaine pour former ses soldats en vue de l'occupation en Irak):


Gillo Pontecorvo


Produit par le grand Alberto Grimaldi, également producteur de « Le Bon, la Brute et le Truand », « 1900 », « Le Dernier Tango à Paris », etc


Sur une musique de


Ennio Morricone


Mettant en vedette, (et pour un fois il semble s'être appliqué un peu...)


Marlon Brando


Demain donc, à 14:00 heures, à Ciné Pop, canal 205 chez Vidétron:
Queimada!


dimanche 2 septembre 2007

Le PQ, hier comme aujourd'hui

Février 1971. Si les yeux de René Lévesque avaient été des pistolets...

samedi 1 septembre 2007

Hillary, la pauvre petite fille riche

Jeudi soir, Hillary Clinton jasait avec David Letterman. Cela m'a rappelé des conversations que j'ai déjà eues avec des "matantes". Hillary parlait toute seule et semblait prendre grand plaisir à s'écouter. Elle alignait des platitudes qui s'harmonisaient parfaitement avec son ensemble beige, sable et « drabe ». Letterman laissait tourner la cassette. On n'interrompt pas quelqu'un qui peut devenir président des États-Unis.

Hillary semblait à l'aise, mais d'une aisance qui manquait de naturel. Dans la journée de jeudi, Arianna Huffington bloguait ceci:

Tonight will be an opportunity for her to highlight Hillary 2.0: relaxed, easy, comfortable in her own skin. One of the biggest knocks against her coming into this race was that she was stiff and uncomfortable. But no longer. Hillary is probably one of the few people who can decide to diligently work to become relaxed -- and succeed.
Une aisance travaillée: rien ne définit mieux Hillary Clinton. Tout en elle est travaillé, calculé. Tout est fait et dit en fonction de l'atteinte d'un objectif. Et je ne serais pas autrement surpris qu'elle ne se soit promis à 12 ans de devenir la femme du président des États-Unis en vue de se servir de cette position comme d'un marchepied pour la présidence.

Élevée dans une banlieue chic de Chicago, elle était républicaine au départ. Elle a voté pour la guerre en Irak et elle tient la ligne: "Si la guerre va mal, c'est parce que c'est mal géré." Le laxisme aux frontières canadiennes menace la nation américaine, selon elle. Elle est membre de ce parti qui a voté pour l'envoi de troupes supplémentaires en Irak, pour un budget militaire de 460 milliards de dollars l'an prochain et pour légaliser l'écoute électronique sans mandat.

Avec ses habits « drabes », ses propos « drabes », ses politiques mi-républicaines mi démocrates, « drabes » quoi !, il ne faudra pas s'attendre à grand-chose d'elle. Ce sera au mieux une « Bush light ». Et que tous les amateurs de bière me pardonnent.