31 juillet, 2007

Cinéma, cinémas

Depuis l'annonce de la mort d'Ingmar Bergman, on voit des articles évaluant l'importance du réalisateur dans l'histoire du cinéma, ou des témoignages d'acteurs, cinéastes et critiques qui doivent à Bergman leur chemin de Damas en route vers la transcendance de l'Art des arts.

Simplement, comme témoin de la petite histoire au cas où un historien klingon trouverait le disque dur de mon ordinateur dans 1 000 ans, j'aimerais ajouter ce que fut Bergman pour moi, amateur très peu professionnel d'histoires de cowboys et de vieux films français en noir et blanc.

Bergman est entré quatre fois dans ma vie. La première fois, c'est par la scène de viol du film La source. J'étais jeune, impressionnable, et mon émotion se comprend. Mais toute la parlotte qui s'ensuivit et le tas de références religieuses qui l'accompagnaient m'ont, déjà à cette époque, profondément ennuyé. J'ai trouvé le film très long.

La deuxième fois s'est produite pendant les Scènes de la vie conjugale où, n'en pouvant plus, j'ai été obligé de sortir au beau milieu du film. Ma conjointe de l'époque et moi étions en querelle perpétuellement, comme cela arrive parfois à la fin d'une très belle relation. Nous nous assénions des vérités éternelles. Les personnages du film nous ressemblaient trop, ce qui me rendait le film intolérable. La sortie en plein milieu du film constituait dans le fond un hommage au réalisateur.

La troisième fois, un soir de spleen, j'ai vu défiler Cris et chuchotements. J'ai gardé un souvenir très vif des noirs, des blancs et des rouges qui faisaient les couleurs de ce film. La quatrième fois, pendant une nuit sans sommeil, j'ai figé devant Persona, ne comprenant rien à ce qui se passait sur l'écran. Mais je ne pouvais pas détacher mes yeux de ces images. Les paroles me renvoyaient des échos lointains mais pourtant reconnaissables. Encore aujourd'hui, je ne saurais distinguer si c'est l'insomnie ou Bergman qui a exercé ce pouvoir hypnotique sur moi.

J'admet volontiers que Bergman était un grand cinéaste, mais son style était facilement imitable par les légions de tâcherons qui se sont pris pour des génies chaque fois qu'ils réussissaient à écoeurer le peuple avec leurs navets. C'est de cette même façon que Picasso est facilement imitable par n'importe quel rapin, tandis que Vermeer ne l'est pas. C'est au point où je ne sais pas si les heures passées à souffrir des imitateurs sans talent de Bergman compensent adéquatement pour le bon cinéma qu'il a donné.

Michelangelo Antonioni aussi est mort. L'Avventura et La Notte ont été déterminants pour moi. Si je n'avais pas vu ces films, ma vie aurait été différente. Et je ne regrette rien de ce qu'ils m'ont appris.

Michel Serrault aussi est mort. C'était un bon comédien. Mais de là à faire de l'hyperventilation... Il ne faudrait quand même pas oublier Un Clair de lune à Maubeuge.
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photo: Parisien and skaters, par zadcat. On lui doit bien un hommage, à cette vieille boîte.

27 juillet, 2007

Une autre curiosité

Vous vous souvenez peut-être de ces chrétiens évangélistes qui financent Israël à coups de millions de dollars et qui attendent la fin du monde avec impatience pour enfin monter au ciel (rapture). Marc Nadeau expliquait ici les raisons de leur attachement: "Israël est aussi un pays cher au coeur des adhérents et dirigeants de la droite chrétienne. Pour les membres de ce mouvement, Israël est la terre de la seconde venue du Christ sur terre. L'État juif revêt donc un impératif religieux significatif."

Le 16 juillet dernier, l'organisation Christians United for Israel tenait sa réunion annuelle, le Washington-Israel Summit. Il y avait là du beau monde. Tom Delay, l'ancien leader républicain à la Chambre des représentants et partisan de la fin du monde, Joe Lieberman, le vrai politicien, Dore Gold, l'ancien ambassadeur israélien à Washington et John Hagee, le pasteur de ce troupeau égaré.

Je suis là, je parle, j'écris, vous lisez. Mais on ne veux pas le savoir, on veut le voir, disait un célèbre humoriste. Max Blumenthal est allé à leur congrès et les a filmés, jusqu'à ce qu'on l'expulse pour avoir posé les questions qu'il ne fallait pas poser. Eh oui, au sein de l'incroyable socio-diversité américaine, ces bébittes-là existent: les Chrétiens unis pour Israël, qui attendent la fin du monde, qui sont favorables à une attaque contre l'Iran et qui sont partisans de l'expansion des colonies en Israël.

Les voici, here they are!
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photo: Cross, par austinbarrow.

26 juillet, 2007

Les boeufs sont lents...


J'essaie depuis trois chroniques de conclure sur la situation actuelle du mouvement souverainiste, et tout ce que j'ai trouvé à dire, c'est: "Alors, que faire ?"

Rappelons quelques trouvailles récentes glanées dans l'opinion publique par CROP:
¤ les trois partis politiques sont statistiquements égaux à 28% dans les intentions de vote des Québécois;
¤ 32% des répondants voteraient “oui” lors d’un référendum sur la souveraineté du Québec et 68% voteraient “non”;
¤ 68% de l'ensemble des répondants croient que sous la direction de Pauline Marois, le Parti québécois devrait abandonner son idée de faire du Québec un pays souverain et réclamer plutôt plus de pouvoirs pour le Québec au sein du Canada; 48% des souverainistes sondés pensent la même chose;
¤ Pauline Marois et Mario Dumont sont à égalité comme meilleur choix dans la fonction de premier ministre.

Les gens veulent que le Parti québécois devienne autonomiste, mais l'ADQ occupe déjà ce créneau, sans compter que le PLQ veut lui aussi faire des gains à Ottawa pour prouver que le fédéralisme est rentable. Il y a encombrement dans cette option. Par ailleurs, le corridor stratégique du PQ, délimité d'un côté par l'urgence de faire la souveraineté et de l'autre côté, par la nécessité de la faire démocratiquement, est de plus en plus étroit, sinon même impraticable.

J'ai l'impression, la certitude même, que les Québécois n'accepteront jamais de prendre des raccourcis par rapport à la démocratie pour accéder à la souveraineté. De René Lévesque à Pierre Falardeau, ce qui couvre quand même un large échantillon de militants souverainistes, tous ont été intransigeants sur la nécessité de procéder démocratiquement. Au point même de se faire critiquer parfois pour excès de démocratie. Alors que les fédéralistes brûlaient des granges (1972) et fraudaient le gouvernement pour commanditer la distribution de drapeaux canadiens.

Étant donné le corridor stratégique dont j'ai parlé plus haut, il faudra donc attendre pour ce qui est de l'urgence de faire la souveraineté. Mais alors que même les penseurs fédéralistes les plus allumés savent bien que la flamme souverainiste n'est pas éteinte et qu'un vent imprévu pourrait rallumer un brasier, il ne faudrait tout de même pas que les partisans de la souveraineté eux-mêmes se mettent à décrocher...

Pour le reste, il faudra faire confiance aux institutions, entre autres, cette institution qu'on appelle le Parti québécois. C'est justement pour cela qu'on crée des institutions. Quand les héros sont fatigués, les institutions restent là, ramassent le flambeau et continuent.

Vrai, c'est long, 40 ans de militantisme. Et pour en arriver aux résultats mentionnés plus haut ! Jadis, Pierre Falardeau "a volé à un gars de Québec" une très belle phrase dont il a fait le titre d'un livre. Il est toujours bon de se rappeler que:
Les boeufs sont lents mais la terre est patiente.
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photo: Gefion-fontein, par moosterbroek.

25 juillet, 2007

Conclusion III

Enfin, il y a cette observation, pompeusement appelée Loi de Zylag, qui stipule que l'intelligence collective d'un groupe de personnes est inversement proportionnelle à l'intelligence moyenne des membres de ce groupe.

Il n'y a pas là de grande découverte. Il est assez courant de constater que les groupes formés de beaux parleurs qui se pensent bien intelligents auront beaucoup moins de succès dans leurs actions collectives que les groupes moins bavards qui expriment des considérations stratégiques plutôt frustes, mais qui restent fortement solidaires quand vient le temps d'attendre, et quand vient le temps d'agir.

Au niveau des grands groupes, les raffinements stratégiques ont rarement plus d'importance que la solidarité dans l'action. Et c'est pourquoi je me désole de voir le mouvement souverainiste éclaté dans de multiples options, assuré de perpétuer son inutilité tant qu'il n'aura pas rétabli son unité d'action. Après tout, il ne peut pas y avoir de référendum si le Parti québécois ne prend pas le pouvoir. Quand aux élections référendaires, il faudra en perdre combien avant que le Parti ne soit complètement marginalisé, déclare forfait et revienne aux élections pour un bon gouvernement ?

L'agitation des militants qui mettent en doute la sincérité des dirigeants, qui refont les stratégies ad nauseam, qui menacent de partir, qui déchirent leurs chemises et qui pleurent sur la patrie qu'ils ne verront pas avant de mourir n'est d'aucune utilité pour l'avancement de la cause et le moral des troupes.

Bien sûr, cela fait plus de 40 ans que l'idée de souveraineté tente de faire son chemin. C'est long quand on pense à la vitesse avec laquelle se sont constituées la République tchèque et la Slovaquie, par exemple. Mais nous vivons dans une vieille démocratie assez habile en général pour s'adapter aux changements qu'elle ne peut éviter. Après que l'élite francophone ait pris sa place dans la gouvernance du Québec et que la loi 101 ait rassuré, au moins à court terme, quant à l'avenir du français, l'urgence de la souveraineté est devenue passablement plus difficile à percevoir par l'ensemble de la population.

Alors, que faire ?

24 juillet, 2007

Conclusion II


Et puis il y a cette théorie de l'invraisemblable corrélation qui avance que les violations constitutionnelles, les guerres d'agressions, la torture, l'abolition de l'habeas corpus, les mensonges répétés au Congrès et le mépris ouvertement affiché des institutions démocratiques américaines ont des effets mineurs sur la popularité du président.Le seul facteur d'importance est le niveau des prix du pétrole. Ce facteur à lui seul suffit à expliquer les fluctuations dans la popularité de la présidence de Bush.

La revue Business Week s'est aussi intéressé à cette corrélation dans le temps. Elle a de plus constaté que le même phénomène s'appliquait à Nixon, Carter et Bush père.

Est-ce à dire que le peuple américain est constitué de brutes épaisses qui n'en ont que pour leur portefeuille et leur SUV ? Je ne le crois pas. Certainement pas pendant que le Congrès affûte ses armes en vue de l'impeachment et que plein d'intellectuels distingués, tel Robert Parry, énumèrent les raisons impérieuses de procéder en cette matière. Est-ce à dire, comme je l'ai déjà avancé avec dérision, que n'eût été le choc pétrolier de 1973, Nixon n'aurait pas été chassé de la présidence ? Non, je ne le crois pas.

Simplement, des dizaines et des centaines de facteurs inconscients, ou mal formulés, souvent contradictoires en plus, s'agitent dans l'esprit du citoyen américain qui porte un jugement sur son président. Et les Américains sont comme nous: la Constitution des États-Unis ne fait pas partie de leur première ligne de priorités. Ils savent intuitivement s'ils ont confiance ou pas dans la présidence, mais si, en plus, il faut que le prix du pétrole soit trop haut, alors là, c'est le "boutte du boutte"... D'où l'invraisemblable corrélation.

Quelles leçons en tirer pour le combat en faveur de la souveraineté du Québec ? Les questions constitutionnelles ne soulèveront jamais les masses populaires. La loi sur la Clarté n'intéresse personne: personne ne va voter NON à cause d'elle et si le OUI est majoritaire, elle sera balancée comme un fétu de paille. Les gains budgétaires provenant de la renégociation avec le reste du Canada sont immatériels pour les gens. Le "flag du Québec sur le hood" de la limousine de notre ambassadeur à Paris ne fait saliver personne, ni un siège à l'ONU, ni la contribution québécoise dans les forums internationaux sur la diversité culturelle.

Mais il existe une invraisemblable corrélation entre QUELQUE CHOSE et le fait de voter OUI. Il existe quelque chose d'irrationnel qui peut mobiliser puissamment la nation québécoise en faveur de la souveraineté, seulement, personne ne s'entend là-dessus. Les uns disent que c'est la sauvegarde du français. Mais j'ai remarqué qu'on parle de plus en plus de la sauvegarde du "bon français" et de moins en moins de la sauvegarde du français. Le peuple ne montera pas aux barricades pour le "bon français", il veut seulement ne pas être obligé d'apprendre l'anglais pour gagner sa vie.

Je pense personnellement que c'est le mépris d'une certaine portion des Canadiens pour le peuple québécois, de même que la hargne du PLC contre le nationalisme, qui sont les meilleurs motivateurs pour un vote en faveur de la souveraineté. Mais là, on dépend des erreurs de l'adversaire pour gagner. Peut-être que même Dion peut apprendre de Harper comment cesser d'écoeurer les Québécois ? Alors, que faire ?

23 juillet, 2007

Conclusion I


Il faudra bien, un jour, qu'à propos de la nation québécoise, je tire les conclusions inférées des lois, théories et hypothèses découvertes en observant la nation américaine. Je vais faire un premier essai aujourd'hui.

Par exemple, je posais ici l'hypothèse que l'ensemble des conditions socio-économiques d'une société forme un écosystème répondant, mutatis mutandi, aux mêmes règles environnementales qu'un milieu physique donné. J'ajoutais que les États-Unis, pays riche et diversifié, pouvaient facilement être assimilés à une forêt tropicale qui se permet une variété phénoménale d'espèces vivantes. L'impressionnante bio-diversité des tropiques correspondrait à la vaste socio-diversité des États-Unis. Tous les Américains, les géniaux comme les tarés, les "prix Nobel" comme les créationnistes, peuvent s'y côtoyer sans menacer l'écosystème social américain.

Selon cette hypothèse, il nous faudrait reconnaître que le Québec, en se classant parmi les 20 premières économies de la planète, bénéficie d'un écosystème social assez riche permettant une socio-diversité elle aussi exubérante. Qu'on le veuille ou non, c'est déjà entré dans les valeurs que l'on partage tous. On aime bien ceux d'ailleurs qui se sont d'emblée joints à nous, les Luck Mervil, la belle Nanette Workman, Khanh Hua (Monsieur 5.95$, le dépanneur de Catherine), etc, et tous ces compagnons de travail de la vraie vie, Louise la laotienne qui fait des beignes chez Krispy Kreme, David le cambodgien qui fait des sushis chez IGA...

Des Québécois comme eux, on peut en intégrer encore beaucoup d'autres sans mettre en danger notre écosystème social. Le seul problème qu'on a, pour l'instant, ce sont ces intégristes de carnaval qui veulent faire porter des casques de bain à des fillettes qui jouent au soccer. Mais ces gens-là trouvent leur raison d'être dans la provocation et je ne crois pas qu'ils aient beaucoup d'influence même au sein de leur propre communauté. D'une manière ou d'une autre, il n'y a pas moyen de les éviter, c'est à la planète entière que les intégristes islamiques donnent de l'urticaire.

Je ne peux pas comprendre les nostalgiques du nationalisme ethnique, lequel ne correspond à rien de réel aujourd'hui. Et si cela a correspondu à quoi que ce soit dans le passé, ça n'était pas toujours joli joli. Les curés pédophiles, les rongeux de balustres, les grenouilles de bénitiers, les mémères de paroisse, les gros cultivateurs bornés, les bûcherons saouls morts pendant la moitié de l'année, cela aussi faisait partie de ce que nous étions. Un nationalisme ethnique calqué sur l'image idéalisée de l'identité québécoise des années '30 ? Non merci.

Le nationalisme civique n'est pas assez mobilisateur, nous dit-on. Et puis, le Parlement canadien a déjà reconnu la nation qui habite à l'intérieur des frontières de l'État du Québec. Alors, que faire ?
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photo: Illuminated Crowd, par Half Crazy Girl.

22 juillet, 2007

BHL critique Sarkozy
















Le président français Nicolas Sarkozy vient de publier Testimony: France in the Twenty-First Century chez Pantheon Books. Bernard-Henri Lévy, multimillionnaire, philosophe et écrivain français, fait la critique littéraire de l'oeuvre présidentielle dans le New York Times d'aujourd'hui. C'est amusant, comme tout ce qu'écrit BHL, surtout quand on sait qu'il fut l'un des principaux conseillers de Ségolène Royal dans la dernière campagne électorale. Là-dessus, sur son opposition à Sarkozy, il minaude, il annonce un prochain livre: "I will explain elsewhere, in another way, when it is time."

Il commence bien son article sur le livre de Sarkozy en se posant la même question que nous tous: "Pourquoi tous les hommes politiques français ressentent-t-ils cette urgence de publier ? Et comment se fait-il qu'à l'arrivée, la France soit ce pays bizarre où les écrivains ont souvent été des hommes d'action ratés, et où les hommes d'action ont toujours été des écrivains ratés. Il évoque Chateaubriand, Stendhal, Mitterand, Clémenceau, Richelieu. Il aurait même pu s'évoquer lui-même. Mais je n'ai pas pu dégager de ligne claire pour élucider cette question.

BHL aime Sarkozy parce que Sarkozy aime Cécilia d'un amour fou, parce qu'il l'a reconquise après l'avoir perdue. BHL aime Sarkozy parce qu'il est le parfait "sujet sartrien", ce prototype de la subjectivité décrit dans "L'Être et le néant", lequel tire sa force, et même sa liberté, du fait qu'il est complètement vide intérieurement. BHL aime Sarkozy parce qu'il appuie Israël de façon inconditionnelle, qu'il révève l'Holocauste, qu'il rejette le "relativisme culturel" et enfin qu'il admire et aime les Américains.

Jusqu'ici, le texte de BHL m'en dit plus sur BHL que sur Sarkozy. Mais ça n'est pas très différent des autres textes de BHL qui est très près, en général, de son moi-même intérieur.

Par contre, BHL n'aime pas Sarkozy quand il dit aux Français d'arrêter de culpabiliser sur Vichy, le colonialisme et Mai '68. BHL n'aime pas que Sarkozy dise que la France n'a pas produit d'Hitler, de Staline ou de Pol Pot, ce dernier ayant bien fait ses études à Paris. "La fierté d'être Français" souvent entonnée par Sarkozy, rappelle l'antisémitisme de la période dreyfusienne, la collaboration de la période de Vichy et l'appui à la torture de la guerre d'Algérie.

BHL pense que Sarkozy n'a pas de mémoire et qu'il s'en fout. Il pirate les identités des autres, il est le mercenaire de la mémoire des autres: "He is our first president without a memory. He is the first of our presidents willing to listen to all ideas, because for him they are literally indistinguishable."

C'est pas joli, hein ? À la place de Sarkozy, je ne serais pas content. Et si j'avais su, je ne l'aurais pas écrit, ce livre...
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Photo: Nicolas Sarkozy, par Fr@nçois .

Bernard-Henri Lévy, par blacque jacques.

20 juillet, 2007

Debout, c'est le British Open !


J'ai une légère grippe et c'est le British Open. Quelle bonne occasion de s'enrouler dans une couverture dès 7:00 heures le matin pour regarder les yeux mi-clos les exploits des golfeurs internationaux sur le terrain de Carnoustie ! Alternant entre le sirop, le verre d'eau et les tylénol, je mène mon combat pendant que les joueurs s'escriment sur ce qui est sûrement un des plus laids terrains de golf au monde. Enfin, Carnoustie a les privilèges de l'ancienneté. On y joue au golf depuis les années 1500.

Il y a quelques semaines, j'ai failli décrocher du golf en apprenant que la très grande majorité des golfeurs américains membres de la PGA sont des partisans de Bush, des républicains chrétiens évangéliques qui supportent la guerre en Irak. Le penchant républicain des golfeurs professionnels est bien connu depuis les années Reagan, si bien qu'un vrai travail de journaliste consisterait davantage à en trouver un qui soit démocrate.

Ces pros républicains détestent les taxes mais sont fiers de dire qu'ils en paient. Ils divorcent comme tout le monde mais ils sont de farouches partisans des valeurs familiales. Ils se vantent d'être des entrepreneurs qui n'ont pas de contrats garantis à long terme, comme dans les autres sports, mais eux aussi font de la publicité. Enfin, ils sont bien contents de constater que leur sport jouit d'une réputation de gentilhommerie et d'intégrité pendant qu'ils se bourrent de pilules, comme tous les autres sportifs de haut niveau.

Ce sont en fin de compte de vrais républicains, hypocrites, menteurs et profiteurs, comme leurs maîtres politiques. Mais j'aime toujours regarder le golf à la télé. C'est beau, c'est vert, les commentaires se font à voix douce. Il y a beaucoup de joueurs internationaux qui régulièrement se faufilent entre les Américains. Le mois passé, l'argentin Angel Cabrera, mal rasé, fumant une cigarette après l'autre, s'empare du US Open devant le cyborg Tiger Wood aux dents éblouissantes. C'était pas beau, ça ?

Il y aura toujours un certain intérêt à regarder le golf, surtout les jours de grippe, parce que:
Every golf shot makes somebody happy.

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photo: IMG_2810, par John Mundy

18 juillet, 2007

Le lionceau rebelle


Les vieilles recettes sont les meilleures:
Nous l'allons montrer tout à l'heure.

Un beau lionceau vigoureux
Dominait sans peine ses frères
Dans les jeux innocents de la tanière.
Un grand chef s'affirmait, hardi et belliqueux.

Quand vint le temps de la chasse,
Le lionceau trouva que la vieille lionne
Attendait trop longtemps pour lancer la donne.
"Pour vaincre, lui dit-t-il, il nous faut de l'audace."
Et sautant, rugissant, parmi les antilopes,
Il effraya le troupeau qui lors disparut.
L'essai fut un vrai flop.

Las ! ayant tout appris mais rien retenu,
Vilipendant l'attentisme, le lionceau
Mit de l'avant un changement de stratégie:
"Nous sauterons sur le troupeau
À partir de cette saillie."
Mais les antilopes déjouèrent la ruse
Et la troupe des lions, confuse,
S'en tint dès lors aux conditions gagnantes.

Dégoûté, le lionceau rebelle voulut
Fonder un groupe de chasse selon ses vues.
Les lions lui souhaitèrent bonne chance,
Heureux de ne pas rater leurs prochaines chasses.

Le lionceau laissa un souvenir vivace
Mais peu de partisans.
La rumeur court qu'il serait mort de faim
À la suite de ses assauts pleins d'entrain
Mais hélas impuissants.
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photo: Youg Lion , par orclimber.

17 juillet, 2007

Cerveau mâle désespéré

Je me fais un devoir d'écouter Beautés désespérées avec ma conjointe. C'est l'occasion pour nous d'un bon dialogue car je ne comprends vraiment rien à cette série. Alors, elle me l'explique:

"Ils laissent entendre que c'est Orson l'assassin et non Mike, mais je sais que ce n'est pas Orson... Si Bree ne l'avait pas bitchée devant la mère d'Orson, elle n'aurait jamais dit ça... OK, Tom veut être le patron dans le restaurant, mais qu'il ne s'étonne pas si Lynette se comporte en employée... Qui a scié le barreau de l'échelle d'où Bree est tombée ? C'est sûrement la belle-mère... Zach manipule Gabrielle et il aura même peut-être une vraie idylle avec elle, mais il est certain que Carlos aime encore Gabrielle et qu'il va la reconquérir..."

À chaque semaine, j'attrape le tournis.

Il est évident que Beautés désespérés est une série de filles. "Chick flick" disent les Américains. Gloria Steinem s'est récemment emportée contre l'expression "chick flick" dans une envolée féministe digne de la période noire de Lise Payette. En substance elle nous dit: "Si vous dites "chick flick" pour les films où il y a plus de dialogues que d'effets spéciaux et plus de relations humaines que de violence, on appellera "prick flick" vos films de guerre et d'action, des "films de zizi". Il y a aussi la "chick lit", la littérature des bas-bleu. Si Shakespeare avait été une femme, il aurait fallu attendre qu'un érudit élizabéthain déterre son oeuvre des centaines années plus tard, etc, etc. Gloria était partie et rien ne pouvait l'arrêter, sauf les coupures de l'éditeur.


Mais qu'est-ce qu'on lui a donc fait, à Gloria? Pourquoi tant de dureté et d'intransigeance ?
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photo: Gloria Steinem, par gonycmagazine.

16 juillet, 2007

Les vacances


Les valeureux ouvriers de la constructions, ces fiers continuateurs de la tradition amérindienne où les femmes construisaient les wigwams, tombent en vacances ce matin. On leur en souhaite de bonnes.

Sans oublier un clin d'oeil à nos amis de BOA CONSTRUCTIONS Inc.:



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photo: 5 men raising the bar, par threecee .

15 juillet, 2007

J'ai un doute


Deux échos contradictoires sollicitent mon attention aujourd'hui. Ceci dans le Guardian:

Failure in Afghanistan risks rise in terror, say generals

Lord Peter Inge: "The situation in Afghanistan is much worse than many people recognise. (...) We need to face up to that issue, the consequence of strategic failure in Afghanistan and what that would mean for Nato... We need to recognise that the situation - in my view, and I have recently been in Afghanistan - is much, much more serious than people want to recognise."

Une source proche de l'état-major britannique: "If you talk privately to the generals, they are very very worried. You heard it in Inge's speech. Inge said we are failing and remember Inge speaks for the generals."

Lord Paddy Ashdown: "The consequences of failure in Afghanistan are far greater than in Iraq,' he said. 'If we fail in Afghanistan then Pakistan goes down. The security problems for Britain would be massively multiplied. I think you could not then stop a widening regional war that would start off in warlordism but it would become essentially a war in the end between Sunni and Shia right across the Middle East."

Adam Holloway: "We are getting to the point where it will be irretrievable. That's where we are now. We are in danger of a second strategic failure [after Iraq], which we cannot afford."

Et ceci dans La Presse:

Lieutenant-colonel Alain Gauthier : «Ici, on voit la lumière au bout du tunnel»

Alain Gauthier: "On voit un pays qui se rebâti. L’attitude des gens est là pour le prouver. Maintenant, les gens viennent nous voir pour nous dire où sont cachés des EEI (engins explosifs improvisés). Ici, on voit la lumière au bout du tunnel.»


Alain Gauthier: "Moi, ce que je fais est de me concentrer sur les tâches que j’ai à faire."

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photo: In the shadow of a doubt, par stigeredoo.

14 juillet, 2007

Salade de saison XVIII

Crise identitaire

Est-il pensable de percevoir Conrad Black comme un petit Québécois né à Montréal, diplômé en droit de Laval et en histoire de McGill, parti à la conquête d'un titre de baron de la presse internationale par l'achat du Sherbrooke Record ?

Est-il possible d'imaginer Conrad Black comme une métaphore du peuple québécois en ceci que, se voyant refuser par le Canada une reconnaissance internationale offerte par la reine d'Angleterre, Black déchire rageusement son passeport canadien pour devenir Lord Black de Crossharbour, choisissant lui-même de définir son identité nationale ?

Peut-on croire qu'enfiévré par ses rêves d'historien prestigieux comme Winston Churchill et de capitaine d'industrie comme son mentor John Angus McDougald, il ait oublié comme Don Quichotte les détails de la vie quotidienne, entre autres la tenue des comptes de dépenses, au point d'être accusé et condamné par les moulins judiciaires de la Ville des vents ?

Pas vraiment...

Et pourtant...


Il faut réagir !

Quarante-trois virgule huit milliards de dollars canadiens ont parlé en toute légalité, conformément aux pratiques d'affaires courantes et à la satisfaction des ayants droit dans la transaction de Rio Tinto avec Alcan.

Deux extraterrestres en provenance de nos facultés d'administration nous disent qu'il faut réagir de la façon suivante:

¤¤¤ Donner aux conseils d'administration l'autorité de recommander... (l'autorité de recommander ?...)

¤¤¤ Donner aux actionnaires le droit et l'obligation de voter... (donner... l'obligation de voter ?...)

¤¤¤ Accorder aux actionnaires, lors de propositions d'achat de l'entreprise, un nombre de votes proportionnel à leur ancienneté comme actionnaire; par exemple, un actionnaire aurait cinq votes pour chaque action qu'il détient depuis plus de cinq ans; deux votes pour les actions détenues depuis plus de deux ans, un seul vote pour les actions détenues depuis au moins un an et aucun vote pour les actions détenues depuis moins d'un an. (komankivontchékéça ?)

Il faut réagir !

Il faut placer ces deux extraterrestres dans la prochaine fusée en partance pour Alpha du Centaure.


L'invraisemblable corrélation

Les prix du pétrole grimpent encore alors que sur le New York Mercantile Exchange (NYMEX), le baril de "light sweet crude" pour livraison en août a monté de 1,43$, clôturant à 73,93$US.

La popularité du président Bush concernant l'ensemble de son oeuvre est au plus bas.

Pour rappel, la théorie de l'invraisemblable corrélation avance que les violations constitutionnelles, les guerres d'agressions, la torture, l'abolition de l'habeas corpus, les mensonges répétés au Congrès et le mépris ouvertement affiché des institutions démocratiques américaines ont des effets mineurs sur la popularité du président.

Le seul facteur d'importance est le niveau des prix du pétrole. Ce facteur à lui seul suffit à expliquer les fluctuations dans la popularité de la présidence.

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Bonne fête nationale à tous nos amis français ! Votre pays est un oasis de beauté et d'intelligence sur cette planète.

13 juillet, 2007

Un autre Iran


Je suis tombé par hasard, chez TFO (la télévision française d'Ontario), sur un documentaire ouvrant un champ de vision intéresssant sur la culture iranienne. Le film Hâl raconte en effet le retour en Iran d'un trio de joueurs de zarb vivant à Paris. L'instrument est assez primitif mais c'est vraiment incroyable ce que les Chemirani arrivent à en tirer. L'exemple offert plus haut de la sonorité de l'instrument est loin d'arriver à la subtilité et à la modernité que le trio persan peut exprimer.

Djamchid Chemirani nous explique que "le hâl, c'est quand le musicien est pris par la musique. Il ne se reconnaît plus, il est dominé par la musique, et lui, il n'existe plus." Il semble bien que la musique agisse de la même façon sur les humains peut importe la culture locale. Ainsi, on voit le trio improviser des rythmes et des sonorités à partir d'un poème persan et s'envoler dans un hâl magique, tout comme un musicien de jazz peut monter dans la stratosphère à partir d'un standard comme "Fly me to the moon"...

Et le poème est pas mal beau, même dans sa traduction française:
Abandonne la ruse,
Deviens fou, deviens fou,
Va dans le coeur du feu,
Deviens papillon, deviens papillon.
Dans un autre moment captivant du film, notre trio visite l'immense mosquée d'Ispahan, et là, seulement en frappant des mains et en tapant du pied, ils vous improvisent, de concert avec l'écho de l'édifice qui répond, une petite jam session pas piquée des vers.

Je ne parle pas de tout ça pour faire ma contribution au rayonnement des musiques du monde. Il y a 65 millions de personnes qui vivent en Iran et qui peuvent s'attendre à y passer 70 ans de leur vie, en moyenne. Ce pays a inventé une des plus anciennes cultures de la planète et cette culture, différente de la nôtre, est encore vivante. Ce pays développe des joint venture importants avec la Russie et avec le Venezuela. Les membres de la communauté juive en Iran viennent de refuser une offre de £5,000 par personne ou de £30,000 par famille pour émigrer en Israël. Les intervenants dans le dossier du nucléaire iranien commencent à se calmer.

Et de quoi parle-t-on au Canada quand il est question de l'Iran ? D'un petit juge de campagne, d'ailleurs sous enquête, qui a fait exécuter un homme adultère par lapidation, ladite lapidation se trouvant déjà proscrite par le responsable iranien des Affaires judiciaires, l'ayatollah Mahmoud Shahroudi. Le Canada, horrifié, constate qu'en Iran, sont punissables de la peine de mort le meurtre, le viol, le vol à main armée, l'apostasie, le blasphème, le trafic de drogue, l'adultère et la prostitution. Compte tenu qu'il y a eu en tout 177 exécutions l'an passé, il faut en conclure soit que la population iranienne est d'une moralité plus qu'exemplaire, soit que les lois désuètes y sont plus ou moins appliquées, comme c'est le cas dans tous les pays du monde, sauf par quelques juges fêlés, comme dans tous les pays du monde aussi.

L'ensemble de ces considérations n'a pas empêché le grand patron de la diplomatie canadienne, Peter MacKay, de se fendre d'une déclaration "condamnant vigoureusement" l'exécution par lapidation de l'homme adultère et exhortant les autorités iraniennes "à renoncer à appliquer cette sentence" dans le cas de la femme adultère. On vient juste de dire que les autorités iraniennes interdisent l'application de cette sentence. Mais ce n'est pas grave, c'est juste une bonne occasion d'asséner le coup de pied de l'âne à l'Iran et de faire plaisir à Condoleezza.

Lâche pas la patate, mon Pete.
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photo: Le Trio Chemirani

11 juillet, 2007

Les guerres de 4 ème génération

Je vous ai déjà parlé, je crois, de William S. Lind, ce paléoconservateur dont les principales "bêtes noires" sont les féministes, les homosexuels, les partisans du multiculturalisme, les professeurs de sexologie, les environnementalistes, les immigrants, les noirs militants et les néo-marxistes de l'École de Francfort. C'est aussi un expert dans le domaine militaire. Et il déteste Donald Rumsfeld. Et il s'oppose à la guerre en Irak.

C'est finalement un autre magnifique spécimen qui témoigne de la luxuriante socio-diversité du peuple américain.

William S. Lind est surtout connu comme l'un des penseurs à l'origine du concept de "la guerre de 4 ème génération". En résumé:

¤¤¤ Dans la guerre de 1 ère génération, ce sont les États qui guerroient, dans des batailles rangées comme sur les plaines d'Abraham, et les initiatives individuelles des soldats nuisent à la force de l'ensemble.

¤¤¤ Dans la guerre de 2 ème génération, les États s'affrontent et la puissance de feu, soit de l'artillerie ou de l'aviation, est appuyée par les fantassins, comme dans la I ère Guerre mondiale. Encore là, les initiatives des soldats sont sévèrement punies car nuisibles au plan d'attaque.

¤¤¤ Dans la guerre de 3 ème génération, les États s'affrontent et leurs armées utilisent le blitzkrieg, la guerre-éclair où on brise les rangs de l'ennemi, comme dans la II ème Guerre mondiale. Les initiatives des soldats sont souhaitables et l'erreur est tolérée.

¤¤¤ Dans la guerre de 4 ème génération, les États n'ont plus le monopole de faire la guerre et ils affrontent des groupes divers comme le Hamas, le Hezbollah, Al-Qaida, lesquels ont une culture de guerre différente de celle des armées traditionnelles; auparavant, les deux armées qui s'affrontaient partagaient une même façon de guerroyer. Les initiatives des soldats sont bienvenues dans ces conflits, ainsi qu'une bonne connaissance de la culture de l'ennemi.

Jusqu'ici, les armées régulières ont toutes perdu les guerres de 4 ème génération: URSS en Afghanistan, États-Unis et Grande-Bretagne en Irak, États-Unis et OTAN en Afghanistan, Israël dans sa 2ème guerre au Liban, l'été dernier. Le tout, malgré leurs armements sophistiqués convenant davantage à des guerres de 2 ème génération. C'est ainsi par exemple que l'OTAN bombarde à vol d'oiseau des familles afghanes pensant anéantir des Talibans.

Dans son billet du 2 juillet 2007, Lind annonce la mort de la théorie de Donald Rumsfeld, le RMA, pour "Revolution in Military Affairs", cette fameuse théorie où la précision chirurgicale des tirs de l'artillerie et de l'aviation rendait inutile le déploiement d'une nombreuse force d'infanterie sur le terrain.

Lind s'appuie sur le rapport préliminaire de la Commission Winograd sorti le 30 avril 2007 et dont un résumé a été rendu public le 29 mai dernier. Cette commission a été mise sur pied par le gouvernement israélien pour analyser la II ème Guerre du Liban et en tirer les leçons. La conclusion est claire et condamne carrément la méthode Rumsfeld:



Halutz (le général en chef) encouraged the civilian leaders to believe that Israel could launch a precision air and artillery offensive without getting dragged into a broad ground offensive. ... the failure of Halutz and the General Staff to appraise the enemy's abilities: correctly at the outbreak of the war stemmed not from incorrect intelligence or analysis, but from a willed denial of the limitations of the IDF's (armée israélienne) precision weapons. (N.S.)



Et Lind de remarquer que cette leçon pourrait servir également dans les vallées d'Afghanistan, dans les villes de la province de Diyala en Irak et dans les rues de Sadr City. Notant la gabegie du Pentagone dont les budgets avoisinent le demi-trillion de dollars annuellement, il conclut que l'actuelle façon de fonctionner de l'armée américaine, le RMA, n'a pas pour but de gagner les guerres modernes, mais de d'aller chercher une plus grande part encore du budget national:


The fact is, Pentagon policy has nothing to do with war, which has a great deal to do with why we are losing two wars. The Pentagon is the last Soviet industry. It is not about producing a product, least of all a product that works. It is solely, entirely, about acquiring and justifying resources. That the RMA does supremely well.


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photo: William S. Lind

10 juillet, 2007

Que ne nous le disiez-vous de suite ?

Chaque fois qu'un événement terroriste se présente à l'attention des médias, il se trouve toujours de bonnes âmes pour pontifier sur le sens général de l'événement et affirmer comprendre la frustration et l'impatience des rebelles. On l'a abondamment vu à l'occasion du naïnewonwon.

Au Québec, un phénomène analogue s'est produit lors des Événements d'Octobre '70, connerie brouillonne de terroristes amateurs pour les uns, symbole de l'élan révolutionnaire de tout un peuple pour les autres. Une caricature de Girerd dans La Presse a ridiculisé à l'époque la complaisance des élites nationalistes pour le terrorisme en les identifiant à la "cellule Pantoufle". La "cellule Pantoufle" désignait ces bons bourgeois qui encourageaient les jeunes à se sacrifier pour une nation éventuellement reconnaissante alors qu'eux-mêmes s'affairaient à rembourser leur hypothèque sur leur cabane à Outremont.

Depuis le couronnement de Pauline Marois et à la suite de l'énoncé de ses priorités, toute une frange de la mouvance nationaliste se réveille subitement et manque de mots pour vilipender l'intruse qui serait en train de démanteler les fondements même du Parti québécois. J'ai désigné ces personnes, un peu malicieusement je l'avoue, comme des membres de la "cellule Pantoufle réactivée".

La comparaison avec la "cellule Pantoufle" de '70 tient en ceci que les appels récemment lancés vont dans le sens d'une plus grande radicalisation des gestes et des actions du Parti québécois, mais sans le dire explicitement. Il y a des nostalgies de retour à l'agitprop pour ces vieux militants: on fout la merde, il y a répression, le peuple se scandalise et on gagne le prochain référendum plébiscité par la colère populaire. Pour eux, c'est ce que le Parti devrait faire, sans tenir compte de l'humeur de la population, pendant qu'eux-mêmes sont occupés à planifier leur retraite bien méritée...

La thèse de la trahison des élites est très vivante dans cette cellule. Pour eux, tout est de la faute des anciens dirigeants qui n'étaient pas de vrais indépendantistes: Pierre-Marc Johnson, beurk, un petit Mario de plâtre avant son temps; Lucien Bouchard, ouache, un néo-libéral tendance néo-conservatrice; Bernard Landry, ouain, un con-fédéraliste qui faisait du "walking" de droite; André Boisclair, ouf, un carriériste opportuniste; et maintenant Pauline qui en a déjà trop dit avant de commencer à parler...

Je vous livre en vrac des citations glanées ici et là chez Vigile, le site indispensable sur le Québec, soit dit en passant. Je ne mentionnerai pas les auteurs par souci de concision, mais chacun retrouvera les siens:
¤ Il est temps de passer à un autre parti.
¤ La lutte doit s’organiser hors PQ, autour des priorités nationales du Québec. Il faut qu’un mouvement, une formation voie le jour qui fasse éclater par contraste l’incompétence, voire l’obstruction péquistes.
¤ Il est temps de mettre en lumière cette imposture qu’est devenu ce parti politique.
¤ L’instrumentalisation de la cause indépendantiste pour la recherche du pouvoir va se poursuivre sous l’ère Marois.
¤ Le Parti québécois, sous Marois, parasite encore et toujours l’aspiration nationale des Québécois au lieu de l’incarner dans des actions politiques conséquentes et de la canaliser vers l’indépendance.
¤ Que nous reste-t-il faire ? S’assimiler et se la fermer ou foncer et faire du neuf. J’opte pour le neuf.
¤ Les Québécois se sont donné un parti indépendantiste pour faire l’indépendance, pas pour se faire demander s’ils la veulent.
¤ Ça fait 30 ans qu’il n’y a plus de nouvelles idées politiques et sociales. Nous sommes dans un vacuum où tout le monde est perdu. Politiquement, la seule raison d’être des partis, c’est d’accéder au pouvoir quand on ne l’a pas et d’essayer de le garder quand on l’a. Point. Avec une attitude comme celle-là, on ne va pas très loin et, socialement, ça paraît, puisque rien ne bouge.
¤ Bref, il semble bien que le Parti québécois aura été le parti de René Lévesque. Tout comme la défunte Union nationale aura été le parti de Maurice Duplessis.
¤ Pauline a réalisé son rêve. Elle est le chef. Mais chef de qui et de quoi ? Son parti se vide de jour en jour de sa substance.
¤ Maintenant, je sais que je ne verrai pas le pays du Québec de mon vivant.

Leurs textes sont émaillés de référence sibyllines à des gestes que les dirigeants n'ont pas osé poser, à des plans refusés, à la pusillanimité des stratèges, à de bonnes occasions ratées. Dans ce Québec où les centrales syndicales nécocient leur appui à la souveraineté en échange de meilleures conditions salariales, on voudrait par exemple que le gouvernement prenne l'argent des taxes pour assommer le peuple avec de la propagande souverainiste ?

Encore une fois, que veut la "cellule Pantoufle réactivée" ? Quelles actions le Parti québécois devrait-il initier pour secouer la bonne humeur nationale ? Quelles cages à homard devrait-t-on inventer et où les mettre en place pour mener les Québécois sur le chemin de la liberté ? Quels sont ces raccourcis antidémocratiques qui permettraient au peuple d'enfin comprendre l'urgence de faire le pays ?

Et si le Parti québécois a erré par excès de démocratie dans le passé, que ne nous le disiez-vous de suite ?

09 juillet, 2007

De l'eau au moulin


Au moulin de la chronique d'hier

Je vous rapportais hier le commentaire Dick Polman à l'effet que, si les bottines ne suivaient pas les babines, les Républicains "opposés" à la politique irakienne de Bush savaient bien que rien ne changerait. Et que c'était du pur cynisme politique (de type stalinien à mon avis, et non talleyrandien) que de prétendre s'opposer à cette guerre en évitant de prendre les moyens de l'arrêter.

Ce matin, le commentateur ultra-conservateur Robert Novak confirme que la Maison Blanche n'a pas l'intention de céder d'un pouce devant les demandes des dissidents républicains. La semaine dernière, le conseiller à la Sécurité Nationale Stephen J. Adley a rencontré d'urgence les sénateurs Lugar, Hagel et Warner, trois poids lourds en matière de politique étrangère, et il les a écoutés patiemment. Mais:

The tone set by Hadley signaled the White House did not understand that Lugar, in his fateful Senate speech the night of June 25, was sending a distress signal to Bush that a change in policy can be instituted only by the president and that it is imperative that he act now...

Based on what Hadley said, one senator concluded "they just do not recognize the depth of the difficulty they are in."



Au moulin de la chronique d'avant-hier

Je parlais avant-hier de l'effet délétère et corrupteur de la guerre sur le soldat, si bien entrainé et si bien intentionné qu'il soit. L'isolement dans l'uniforme, la langue et la couleur de la peau. L'isolement et la nécessaire solidarité des frères d'armes. La solidarité et les dommages collatéraux inévitables.

Laura King, du Los Angeles Times, nous fait part de la controverse soulevée par le fait qu'en Afghanistan, les forces de l'OTAN et les forces américaines ont tué plus de civils que les Talibans au cours de la dernière année. On invoque en défense que les insurgés utilisent les civils comme des boucliers humains et que les soldats de la coalition tuent sans le vouloir, à leur corps défendant, tandis que les Talibans, eux...

Pour illustrer son article, Laura King raconte l'histoire d'Azizullah Reza le marchand de sel, un père de 4 enfants agés de moins de 5 ans, qui sirotait tranquillement une boisson fraîche à quelques pas de son échoppe à Kaboul. Le matin du 16 juin, une auto avait sauté à un demi-mille plus loin. Les forces de l'Otan sont arrivées environ 1 heure plus tard. Tout était calme dans le secteur. Et pan, une arme se décharge accidentellement en direction d'Azizullah. Deux semaines après l'incident, c'est toujours la version officielle de l'affaire. Solidarité oblige.

Le clan rapproché d'Azizullah comprend 25 personnes qui vivent ensemble à la périphérie de la capitale. Hekmat Karzai, cousin du président et patron d'un groupe de consultation en sécurité, commente ainsi l'événement:

"... no death is isolated... When one person dies, it affects a whole village or clan or tribe. Ultimately, it affects everyone, and there's no escaping that."


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photo: Kabul street, par Carpetblogger
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08 juillet, 2007

Cynisme politique















J'aime bien le cynisme politique de Talleyrand, masquant souvent le désabusement sous la dérision. J'aime bien aussi celui de Churchill, ne serait-ce que pour ce bijou: "Le meilleur argument contre la démocratie est une conversation de 5 minutes avec l'électeur moyen."

Mais on ne peut pas placer tous les cynismes politiques sur le même pied. Hitler et Staline ("Ce qui compte ce n’est pas le vote, c’est comment on compte les votes.") sont particulièrement répugnants. De même George W. Bush lorsqu'il déclara, quand on l'a informé en février 2003 que plus de 11 millions de personnes avaient protesté contre l'invasion imminente de l'Irak: "Size of protest -- it's like deciding, well, I'm going to decide policy based upon a focus group."

Ces jours-ci, les médias américains sont pleins de déclarations de sénateurs et de représentants républicains cherchant à se démarquer de la politique irakienne du président (1). On fait grand cas de toutes les réticences exprimées par les ténors du Parti républicain qui voient bien que seulement 23 % de la population appuie Bush dans son entêtement insensé en Irak.

Seulement, voilà, ce qui nous est présenté comme une révolte du Parti républicain contre Bush n'est qu'affabulation, tromperie et calembredaines. Le journaliste et commentateur politique Dick Polman explique bien de quoi il retourne: "... unless these Republicans actually back up their words with action, it’s likely that nothing will change. President Bush and Vice President Cheney (or perhaps it’s the other way around) won’t budge unless confronted by a bipartisan, veto-proof demonstration of countervailing power."

Et encore: "It’s not hard to dissect the GOP dissidents’ strategy. They’re just trying to talk their way out of their political bind. With the ’08 elections looming, and with a landslide majority of Americans now opposing the war and supporting a troop drawdown, these nervous Republicans are trying to put themselves on record as skeptics..."

Je vous laisse juge de qualifier ce type de cynisme. Est-ce du Talleyrand, ou du Staline... ?

Par ailleurs, le cynisme naïf et involontaire de Rick "man on dog" Santorum a ses charmes:

Newsweek: But aren’t they (the GOP dissidents) merely listening to their constituents, who by and large want a change in America’s Iraq policy?

Santorum: Constituency always plays a role. The question is how much of a role? From my perspective, I listened very intently to the folks of my state but ultimately I did what I believed was of the best interest for my state and country.
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(1)
A Republican 'surge' against Bush
GOP Congressman Tells 'Sac Bee' Board: Time to Start Iraq Pullout
GOP Defections on Iraq: Who's Next?
Two more GOP senators break from Bush on Iraq
A GOP discord on Bush's Iraq strategy

07 juillet, 2007

Avoir trente ans à Kandahar


J'ai passé une partie de ma soirée d'hier avec un groupe de rebelles bretons plus ou moins pacifistes et plus ou moins tire-au-flanc. Ils ne voulaient pas faire la guerre d'Algérie parce que les Algériens ne leur avaient rien fait de mal. Ils avaient vingt ans et on les avait envoyés dans le massif montagneux des Aurès. René Vautier raconte leur histoire dans le film Avoir 20 ans dans les Aurès (1971).

Mis à l'écart des troupes régulières pour leur refus de combattre, les Bretons sont pris en charge par un lieutenant qui leur dit bien simplement: "Je pars du fait que vous êtes un groupe bien soudé. Nous allons faire une opération de commando en envoyant promener la hiérarchie militaire. Il n'y a que vous et moi. Êtes-vous partants ?"

Les Bretons acceptent et ils se rendront vite compte que, si l'armée n'a pas réussi à faire d'eux des soldats, la vraie guerre sur le terrain va en faire de vrais soldats. Le lieutenant va leur souligner que la solidarité avec la population locale est impossible quand on porte un uniforme, qu'on ne parle pas la langue du pays et qu'on n'a pas la même couleur de peau. Alors, on réalise qu'il n'y a qu'une solidarité: celle des frères d'armes.

Et là, au cours de leur expédition dans le pays de la guerre, les Bretons tueront des femmes et des enfants de loin, juste pour pratiquer leur tir. Ils tortureront le prisonnier qui a abattu leur copain au cours d'une escarmouche. Ils violeront des femmes en essayant de se déculpabiliser: "Il a bien fallu insister au début, mais par la suite, elle m'a passé la main dans le cou, enfin, je pense..."

Le Canada envoie à Kandahar une armée de professionnels bien formés, éduqués, entraînés, des jeunes gens sérieux de 25 à 30 ans, un peu grassouillets, volontaires, souvent mariés, avec enfants. Ils sont sujets, comme tous les humains, au stress post-traumatique et c'est au point où le sénateur Roméo Dallaire recommande d'envoyer du support psychologique pour appuyer nos soldats sur le terrain. Le gouvernement nous assure que la mission est surtout humanitaire. Bref, on a ici l'impression d'envoyer là-bas des travailleurs sociaux prêts à aider le peuple afghan qui ne demande que cela.

Il y a une comparaison à faire entre les Bretons dans les Aurès et les Canadiens à Kandahar en ceci que, peut importe la formation que l'Armée vous donne, peu importe votre bagage culturel, peu importe votre souci d'aider la population locale, c'est la guerre, la vraie guerre qui va faire de vous un vrai soldat. Et un vrai soldat, isolé par l'uniforme, la langue et la couleur de sa peau, ne peut compter que sur une solidarité, celle de ses frères d'armes.

À partir de là, si vous avez la solidarité de vos frères d'armes, tous les dérapages sont possibles. Tous les dommages collatéraux sont justifiables et inévitables. Vous vous dites après une grosse bavure: "C'est la guerre..." (1)

Et là vous êtes devenu un vrai soldat.
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photo: Op Archer, PRT par 'Scratch'

(1) Voir aussi:

Guerre en eau trouble: le Golfe et la Somalie

Soldat canadien et enfant afghan tué en Afghanistan: Hillier est dévasté

Le mystère plane sur la mort d’un détenu taliban

Nouvelles bavures de l'OTAN en Afghanistan

06 juillet, 2007

La presse anglo-saxonne se bidonne

Le président français Nicolas Sarkozy ne fume pas, ne boit pas et il jogge.

La BBC souligne que le quotidien de gauche Libération se demande si "le running" est de droite.

Channel 4 News cite l'éditrice sportive Odile Baudrier qui est bien d'accord: "Jogging is, of course, about performance and individualism, values that are traditionally ascribed to the right."

Timesonline rapporte que le grand philosophe Alain Finkelkraut a demandé au président, sur France 2 à part ça, d'abandonner ce sport indigne pour adopter la marche, tel Socrate ou le poète Rimbaud et d'autres grands hommes. D'où le titre de l'article: "More Rimbaud and less Rambo, critics tell sweaty jogger Sarkozy."

Pour Daniel Schneidermann, commentateur sur les médias, les images quotidiennes du running du président ne sont pas innocentes et M. Sarkozy les utilise comme "a major weapon of media manipulation", rien de moins.

Enfin, il y a évidemment le coach Longuèvre qui déclare à l'Équipe que le président ne jogge pas comme il faut: "Mr Sarkozy bends too far forward, his stride is off, his arms dangle and his feet hit the ground the wrong way."

Les Américains trouvent cette controverse bien drôle eux aussi.

Et moi aussi.
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dessin: Arthur Rimbaud, par un certain P. V.

05 juillet, 2007

La fin des illusions



J'ai passé une partie de ma soirée d'hier avec Vincent, François, Paul et les autres. Oui, ceux-là même, Vincent, François, Paul et les autres de Claude Sautet. Ce magnifique film nostalgique qui célèbre les amitiés qui durent sur un fond d'amours qui passent. Cet impitoyable film toujours pertinent qui fait le constat de la fin des illusions sur un fond de temps qui passe, lui aussi.

Depardieu, malgré une victoire chanceuse sur le boxeur Catano, réalise qu'il n'y a pas d'avenir pour lui à pratiquer le "noble art". Reggiani sait écrire mais il se rend compte qu'il ne sait pas raconter une histoire, ce est très utile finalement quand on veut publier des romans. Piccoli a mis de côté ses rêves de recherche scientifique et de médecine sociale pour les nécessités de la médecine-fric. Et Montand, le sublime cabotin, doit vendre sa petite entreprise après avoir surinvesti alors que son principal client le laisse tomber. Si cela n'est pas un film sur la fin des illusions, je ne sais pas ce que c'est.

Dans un tout autre domaine mais sur ce même thème de la fin des illusions: l'Irak. Les lecteurs réguliers de ce blogue savent à quel point Bush a cherché, avec la plus mauvaise foi du monde, à justifier la guerre en Irak: Saddam a voulu tuer mon papa, il a des armes de destruction massive, il n'a pas laissé entrer les inspecteurs de l'ONU pour vérifier, les Irakiens veulent vivre en démocratie, il faut combattre Al-Qaida, il faut refaire le visage du Moyen-Orient, etc. Ce n'était jamais pour le pétrole.

La vérité nous est venu cette fois d'Australie, comme le gigot d'agneau congelé, Olivia Newton-Jones et Nicole Kidman. therawstory fait état d'un article du Sydney Morning Herald où le ministre de la défense Brendan Nelson avoue que le pétrole a joué un rôle dans la participation de l'Australie à cette guerre impopulaire. La sécurité des approvisionnements en énergie est cruciale pour l'avenir de la nation australienne.

Alors là, c'est la fin des haricots, les carottes sont cuites, mes yeux se dessillent: l'Occident tue des Orientaux pour avoir leur pétrole. Cela me fait de la peine de critiquer encore l'Occident, mais que voulez-vous ? Il faut bien dire ce qui est. Ce n'est pas que je sois contre la guerre en soi. Mais il me semble que torturer et assassiner ses fournisseurs, ce n'est pas la bonne façon de s'assurer des approvisionnements de pétrole à long terme.

C'est bien pire qu'immoral, c'est stupide. On n'en est plus à l'époque coloniale où l'on torturait et assassinait les indigènes pour leur prendre leur or.

Mon esprit vagabondant, je me suis souvenu de ces films et de ces livres qui racontaient comment la jeunesse européenne de 1914 s'est jetée dans la guerre, la fleur au fusil, enthousiaste à l'idée d'en découdre avec l'ennemi. Et à quel point cette jeunesse a déchanté après plusieurs millions de morts et des années à patauger dans les tranchées. J'estime qu'il y a progrès humain dans le fait qu'après seulement 66 morts canadiens dans le conflit afghan, les commentateurs commencent à tempérer leur rhétorique guerrière et à douter de la nécessité d'imposer les valeurs canadiennes en Afghanistan.

Toujours surfant sur les vagues de l'histoire, j'ai ajouté comme un dommage collatéral de la Deuxième Guerre mondiale le fait qu'aujourd'hui encore on se serve d'Hitler et du nazisme pour justifier tout et n'importe quoi en politique internationale, faisant impudemment fi de tout sens de la mesure et des proportions. C'est le truc éculé de tous les fauteurs de guerre d'évoquer le spectre d'Hitler pour vilipender les "pacifisses" et vous envoyer vous faire tuer à leur place au nom de leurs valeurs.

Et si on n'avait rien fait contre Hitler, en '39 ? Hein !? Hein !? tksss... tksss... go, go go !

04 juillet, 2007

Minuit péquistes !

Pauline Marois fait le constat simple et évident que cela sert à rien de s'énerver: l'humeur souverainiste est à la baisse dans le peuple. On entretient la flamme et on attend des jours meilleurs. Et même, on gouvernera, s'il le faut !

Cette attitude réaliste ne fait pas l'affaire de tous. Les gros mots sont lancés: autonomisme, opportunisme, néo-libéralisme, attentisme, affirmationnisme, provincialisme, etc. Pour un peu, ces opposants nous expliqueraient que Pauline Marois est en train de nous chanter sa version du Minuit chrétiens:

Minuit ! Péquistes, c'est l'heure solennelle
Où... tagada... tagada...
Peuple à genoux, attends ta délivrance...

Il faut noter que la version officielle de Placide Clappeau a ici été changée par le déplacement d'une seule virgule. Dans l'originale, on dit: "Peuple, à genoux attends ta délivrance..." Dans l'originale donc, on exhorte un peuple debout à attendre sa délivrance à genoux. Dans la nouvelle version que l'on veut prêter à Pauline Marois, c'est un peuple déjà à genoux selon elle qui attend sa délivrance.

Les fiers membres de la "cellule Pantoufle" réactivée veulent nous montrer qu'ils sont encore "full testostérone". Le réalisme, c'est du défaitisme. On ne va pas s'écraser comme ça. On retourne dans la rue. Et toutes ces sortes de choses... nous disent-ils.

Il est vrai qu'attendre les "conditions gagnantes" sans rien faire n'est pas un projet stimulant. Mais, mettre de l'ordre dans les finances publiques par le "déficit zéro", ce n'est pas attendre sans rien faire. Lancer "l'opération déséquilibre fiscal" et taper le clou du scandale des commandites, ce n'est pas non plus attendre sans rien faire. Quoi ? On est en démocratie !

Ne pas attendre sans rien faire, cela veut dire quoi, pour la "cellule Pantoufle" réactivée ? Trouver des vieillards ontariens prêts à piétiner le drapeau du Québec ? Trouver des cages à homards moins visibles et plus efficaces ? Non, les Québécois sont des démocrates. Ils ont le droit de se prononcer sur leur sort depuis 1791. Il n'y a pas beaucoup de nations sur terre qui peuvent en dire autant. Et ils ne vont pas se laisser bousculer par des activistes brouillons.

Pour l'instant, c'est Pauline Marois qui est là, et c'est elle qui mène. Son programme est simple: respirons par le nez. Qu'il en soit ainsi.
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Bonne fête à nos voisins, le peuple américain, qui forment cette nation dont la socio-diversité est sans égale, et à laquelle nous sommes à jamais liés, pour le meilleur et pour le pire.

03 juillet, 2007

Et les guillemets ?


Comme beaucoup d'autres, j'avais prévu que George W. Bush éviterait la prison à son comparse Lewis «Scooter» Libby en vertu de son pouvoir présidentiel de pardonner à certains criminels. Pardon, je reprends: des observateurs présumaient que la procédure d'appel de Libby durerait aussi longtemps que nécessaire pour lui obtenir un pardon présidentiel et lui permettre ainsi d'éviter la prison. Comme le juge insistait pour que Libby aille en prison tout de suite malgré la procédure d'appel, le président a dû hâter son pardon.

Bon.

On pourrait donner une liste longue comme ça de commentaires pour ou contre et les médias américains ne s'en privent pas. J'attire simplement l'attention sur la façon dont Radio-Canada traite la nouvelle:



États-Unis
La clémence de Bush

Lewis Libby, ancien bras droit du vice-président américain Dick Cheney, n'ira pas en prison.

Le président George W. Bush a partiellement gracié l'homme, qui avait été condamné à une peine de 30 mois de prison, jugeant sa sentence « excessive »...


L'article n'est pas signé. On ne connaît pas davantage bien sûr l'identité du titreur. Il n'y a pas de guillemets pour indiquer une intention ironique dans l'utilisation du mot "clémence". Par ailleurs, il est impossible que Radio-Canada parle de "clémence" sans ironie, quand on sait que Bush a refusé de pardonner 152 condamnés à mort lorsqu'il était gouverneur du Texas.

C'est pourquoi je suis confus. Sans guillemets, Radio-Canada essaierait de nous faire gober que Bush est clément. Mais personne ne peut penser comme cela dans l'auguste maison et personne de sensé ne va croire une telle affirmation. Alors ?

Pour sûr, on a oublié de guillemeter, ou on a perdu les guillemets.

02 juillet, 2007

Les briques


ÉDITIONS DE NOYELLES, LA FEMME DU Ve (7), É.-U. 2007. Roman de Douglas Kennedy. Un Américain naïf et accablé de soucis divers rencontre à Paris, dans le Ve, un fantôme de sexe féminin qui le débarrasse de tous ses problèmes. Dialogues envahissants. Confusion de genres plutôt mal ficelée. ( 378 p.)

Les critiques littéraires devraient adopter le format "guide télé" pour nous protéger contre les immenses pertes de temps que nous infligent les briques. Je n'avais pas lu de brique depuis quelque temps et je ne m'en portais pas plus mal quand quelqu'un m'a proposé l'avant-dernier Connelly: Echo Park. Je n'ai pas pu résister et j'ai passé des heures fébriles à la recherche d'un assassin diablement retors.

Sur la voie de la guérison grâce à Connelly, encore convalescent de toutes ces briques qui s'étaient abattues sur moi dans le passé, je me lance dans La femme du Ve de Douglas Kennedy, un auteur traduit en 16 langues, assez bien vu de la critique pour "le suspens, la réalité des personnages". Et là, il m'arrive le pire du pire: on n'apprend qu'à la page 306 que la mystérieuse femme du Ve arrondissement est un fantôme. "La différence, c'est que tu saignes, et moi pas", s'écrie-t-elle.

Je me tape 306 pages d'une histoire qui n'allait nulle part, je poursuivais pour voir comment l'auteur allait s'en sortir et ne voilà-t-il pas qu'il me sort le cliché le plus éculé, tous arts confondus, le deus ex machina par excellence: un fantôme, et ce, avec encore 72 pages que l'on tourne rageusement pour lire jusqu'à la lie cet infâme verbiage. Douglas Kennedy. Retenez ce nom. À classer dans la même catégorie que la bière Dow, la Ford Edsel et les Nordiques de Québec, dans un recoin de cette portion de votre mémoire qui oublie.

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photo: Ghost Figurine par fuzzcat
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Addendum: Je sais, il y a une antilogie dans ma dernière phrase. J'aime bien les antilogies. Elles illustrent bien le désarroi de la pensée quand elle se retrouve devant trop d'excès...


01 juillet, 2007

Encore l'Occident


"Nous pouvons donner à ces sauvages une leçon sur l'efficacité des méthodes occidentales qui leur fera honte. Nous allons leur faire voir ce que le soldat britannique est capable de faire."

Le colonel Nicholson (Alec Guinness), dans Le Pont de la rivière Kwaï (1957).

Dans le film, le colonel Nicholson obtient du commandant japonais du camp de prisonniers que les officiers britanniques soient dispensés de travaux manuels. Le colonel, dans le but de ramener la discipline et de remonter le moral de ses soldats, décide avec ses officiers ingénieurs de construire un meilleur pont que celui que les Japonais essayaient de construire. D'où l'exclamation pleine de morgue citée plus haut en provenance du colonel.

Dans le contexte d'aujourd'hui, la citation est particulièrement ironique si l'on songe à l'efficacité des méthodes occidentales de l'industrie automobile américaine par rapport à celle de l'industrie automobile japonaise. Si les Orientaux n'ont fait qu'apprendre de nous, les Occidentaux, il faut de toute urgence que nous apprenions d'eux comment apprendre...
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photo: Kevin Yesbick