Depuis l'annonce de la mort d'Ingmar Bergman, on voit des articles évaluant l'importance du réalisateur dans l'histoire du cinéma, ou des témoignages d'acteurs, cinéastes et critiques qui doivent à Bergman leur chemin de Damas en route vers la transcendance de l'Art des arts.Simplement, comme témoin de la petite histoire au cas où un historien klingon trouverait le disque dur de mon ordinateur dans 1 000 ans, j'aimerais ajouter ce que fut Bergman pour moi, amateur très peu professionnel d'histoires de cowboys et de vieux films français en noir et blanc.
Bergman est entré quatre fois dans ma vie. La première fois, c'est par la scène de viol du film La source. J'étais jeune, impressionnable, et mon émotion se comprend. Mais toute la parlotte qui s'ensuivit et le tas de références religieuses qui l'accompagnaient m'ont, déjà à cette époque, profondément ennuyé. J'ai trouvé le film très long.
La deuxième fois s'est produite pendant les Scènes de la vie conjugale où, n'en pouvant plus, j'ai été obligé de sortir au beau milieu du film. Ma conjointe de l'époque et moi étions en querelle perpétuellement, comme cela arrive parfois à la fin d'une très belle relation. Nous nous assénions des vérités éternelles. Les personnages du film nous ressemblaient trop, ce qui me rendait le film intolérable. La sortie en plein milieu du film constituait dans le fond un hommage au réalisateur.
La troisième fois, un soir de spleen, j'ai vu défiler Cris et chuchotements. J'ai gardé un souvenir très vif des noirs, des blancs et des rouges qui faisaient les couleurs de ce film. La quatrième fois, pendant une nuit sans sommeil, j'ai figé devant Persona, ne comprenant rien à ce qui se passait sur l'écran. Mais je ne pouvais pas détacher mes yeux de ces images. Les paroles me renvoyaient des échos lointains mais pourtant reconnaissables. Encore aujourd'hui, je ne saurais distinguer si c'est l'insomnie ou Bergman qui a exercé ce pouvoir hypnotique sur moi.
J'admet volontiers que Bergman était un grand cinéaste, mais son style était facilement imitable par les légions de tâcherons qui se sont pris pour des génies chaque fois qu'ils réussissaient à écoeurer le peuple avec leurs navets. C'est de cette même façon que Picasso est facilement imitable par n'importe quel rapin, tandis que Vermeer ne l'est pas. C'est au point où je ne sais pas si les heures passées à souffrir des imitateurs sans talent de Bergman compensent adéquatement pour le bon cinéma qu'il a donné.
Michelangelo Antonioni aussi est mort. L'Avventura et La Notte ont été déterminants pour moi. Si je n'avais pas vu ces films, ma vie aurait été différente. Et je ne regrette rien de ce qu'ils m'ont appris.
Michel Serrault aussi est mort. C'était un bon comédien. Mais de là à faire de l'hyperventilation... Il ne faudrait quand même pas oublier Un Clair de lune à Maubeuge.
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photo: Parisien and skaters, par zadcat. On lui doit bien un hommage, à cette vieille boîte.






























