
Dans le douzième livre de son oeuvre, les
Vies parallèles des hommes illustres, l'historien grec Plutarque raconte les vies de Dion de Syracuse, vainqueur du tyran Denys et de Marcus Brutus, l'un des conjurés contre le tyran César. Le grand historien ne pouvait pas se douter qu'en écrivant la vie de Dion de Syracuse, il traçait le portrait d'une troisième vie parallèle, celle de Dion d'Ottawa.
Pour la suite du billet, je vous cite ce que dit Plutarque dans
la traduction de Bernard Latzarus et vous faites vous même le lien avec ce que vous savez de Dion d'Ottawa.
°°°Le petit provincial Dion a fait de grandes études, notamment à Athènes auprès de Platon: "Dion, très jeune encore, était pourtant de beaucoup, entre tous ceux qui approchèrent Platon, le plus capable d’être instruit et le plus prompt à profiter de sa prédication morale, comme l’a écrit Platon lui-même."
°°°Au début de sa carrière politique, malgré son franc parler, Dion jouissait de la confiance entière de son mentor le tyran Denys l'Ancien: " Dion eut à remplir les plus grandes ambassades ; et, envoyé à Carthage, il s’y attira une admiration extraordinaire. Il était à peu près le seul dont le tyran supportât le franc-parler et qu’il laissât dire hardiment ce qui lui venait à l’esprit."
°°°Quoique sage et d'une grande probité, Dion est plutôt isolé, cassant et malhabile socialement: "Dion était donc, comme de juste, à charge aux flatteurs, parce qu’il ne se livrait à aucun des plaisirs du jeune âge. Aussi le diffamaient-ils en appliquant à ses vertus des noms de vices, bien choisis, nommant mépris sa gravité, et sa franchise, insolence. S’il les réprimandait, c’était les accuser ; refuser de prendre part à leurs excès, c’était les dédaigner. (...)
Sa conversation manquait de charme et était même pénible ; beaucoup de ses amis les plus intimes, tout en appréciant la simplicité et la noblesse de son caractère, lui reprochaient ses façons, et surtout son attitude avec les solliciteurs, qu’il accueillait avec trop de brusquerie et de raideur pour un homme d’État."
°°°Dion reste imperturbable devant les supplications de ses proches à l'effet d'arrêter les combats: "Quand on lut ces lettres, l’idée ne vint pas aux Syracusains, comme il eût été juste, de s’étonner du calme et de la grandeur d’âme de Dion, qui, par amour de la vertu et de la justice, se raidissait contre ses affections de famille. Loin de là : ils conçurent à son égard des soupçons et un commencement de crainte."
°°°Dion accepte qu'Héraclide, son plus farouche opposant, devienne son plus proche collaborateur: "Puis Dion convoqua lui-même une nouvelle assemblée où il nomma Héraclide amiral et décida les citoyens à donner au nouveau dignitaire une garde du corps, comme lui-même en avait déjà une. L’autre, en paroles et en apparence, faisait la cour à Dion et reconnaissait lui devoir de la gratitude. Il l’escortait humblement et exécutait ses ordres ; mais en sous-main, il corrompait la masse et les révolutionnaires, et, tout en excitant des troubles, il circonvenait Dion, qu’il réduisit à une impuissance complète. "
°°°Vaincu après une nouvelle trahison, Héraclide demande un pardon que les amis de Dion ne veulent pas accorder. Dion leur tient ce langage: "Je veux me montrer supérieur à Héraclide moins en puissance et en intelligence qu’en bonté et en justice. Car la supériorité réelle consiste en cela ; et les avantages de la guerre, même s’il n’y a pas un homme pour vous les disputer, vous sont au moins contestés par la Fortune. Si Héraclide est devenu méchant et déloyal par envie, il ne faut certes pas que Dion laisse gâter sa propre vertu par la passion. "
°°°Dion ne sait pas utiliser favorablement ses concessions politiques: "Dion fit cette concession (aux marins et aux ouvriers) et rendit le commandement naval à Héraclide ; mais il se les aliéna en s’opposant à leur campagne pour le partage de la terre et des maisons, et même en abrogeant les mesures votées auparavant dans ce sens, ce dont Héraclide tira un nouveau prétexte d’agitation."
°°°Après le départ de la garnison de Denys, au sommet de sa gloire, Dion peine à composer avec la popularité: "Il s’obstinait cependant à ne rien retrancher ni relâcher de sa hauteur dans les compagnies et de sa rigidité envers le peuple, bien que la situation exigeât de la bonne grâce de sa part et que Platon lui fît remarquer sévèrement dans une lettre, comme nous l’avons dit, que l’infatuation est la compagne de la solitude."
°°°Lors d'une réception, Dion, entouré de conspirateurs venus pour l'assassiner, réalise que pas un de ses invités ne lève la main pour venir à son secours: "Comme les conjurés ne venaient pas à bout de Dion, ils demandèrent une épée. Nul, du dedans, n’osait ouvrir les portes. Car, si les compagnons de Dion à l’intérieur étaient nombreux, chacun d’eux croyait qu’en le sacrifiant il assurerait son propre salut ; personne n’osait donc le secourir. Du temps s’écoula ; et enfin Lycon de Syracuse tendit par la fenêtre à l’un des Zacynthiens un poignard avec lequel ce misérable immola, comme une victime, Dion, dominé depuis longtemps et épouvanté."
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