17 janvier, 2007

Le gorille vous salue bien



Le gorille s'en va.

Dorénavant, il pardonnera davantage aux journalistes et commentateurs, connaissant mieux les difficultés liées à leur tâche.

Merci aux correspondants Accent Grave, Artimon, miss Patata, Pat, Celle qui va, David, L'Akratique et deprenyl qui m'ont stimulé, et particulièrement à epsilon et Charlie B. qui m'ont posé de grands défis forçant la réflexion. Mes excuses aux commentateurs que j'oublie.

Merci à www.vigile.net qui a ouvert pendant quelques mois une fenêtre sur Après tout...

Je crois que je vais remplacer le blogging par le bowling, comme loisir. J'aimerais bien être le champion de mon CHSLD, quand le temps sera venu.

16 janvier, 2007

Enfin l'hiver

La neige immaculée reflète les joyeux rayons du soleil.
Il fait - 8 °C. Il ne vente pas.
Tout va bien.
Il n'y a rien à dire.
Je m'en vais jouer dehors.

15 janvier, 2007

Patriots 24, Chargers 21

Le bonheur, c'est comme la confiture, quand on en veut, on s'en fait. L'an passé, je m'étais satisfait de la victoire des Steelers au Super Bowl parce que les Patriots n'y étaient pas. Je n'avais adopté les Steelers que comme club de substitution. Mais cette année, ce sera de la vraie confiture avec du vrai sucre, pas un substitut avec de l'aspartame. Les Patriots de la Nouvelle-Angleterre sont là. Oui monsieur ! Et ils sont tous là !

Je suis passé hier par toute la gamme des émotions. Je regardais courir LaDainian Tomlinson des Chargers et je voyais bien qu'il était impossible de l'arrêter. Il filait comme un camion avec l'agilité d'une voiture sport. Je me désolais de voir les mastodontes de la défensive des Chargers bousculer Brady, le quart des Pats. Je rageais de voir le jeu aérien des Pats pulvérisé, Brady intercepté 3 fois. Le jeu au sol ne décollait pas plus. Les Pats ont traîné de l'arrière pendant tout le match.

Et là, conformément à ce qui est en train de devenir sa légende, Tom Brady, le quart calme et méthodique, avec de l'antigel dans le corps au lieu de sang, orchestre une poussée de 11 points en l'espace de 3:26 à la fin de la rencontre: Patriots 24, Chargers 21.

Joie contenue mais intense. Promesse de parties excitantes à venir. Le futur adversaire de Brady, Peyton Manning, n'a rien fait hier: aucun touché et deux interceptions. Adam Vinatieri, l'ancien botteur des Patriots, a scoré tous les points.

Des préjugés favorables, cela s'entretient et se renforce. Dans le cas de mon appui aux Patriots de la Nouvelle-Angleterre, c'est une tirade d'Alan Shore dans Boston Legal (Saison 1, épisode 17)qui m'a définitivement convaincu. Alan Shore plaide devant la Cour Suprême du Texas le dernier appel d'un condammé à mort:

"Zeke Borns never had a chance. He was rounded up as a teenager, thrown in a cell while he was still doped up on drugs, brow-beaten and interrogated, until his IQ of 80 was overcome, he confessed to a crime he had no memory of, still has no memory of, for which there is no evidence, other than two witnesses who saw him pumping gas around the time of the murder. He was given a coked-up lawyer, who admittedly did nothing. I’m now before 9 presumably intelligent people in the justice business, who have the benefit of knowing all of this. Add to that, you know DNA places somebody else at the scene, and you’re indifferent! You don’t care! Whether you believe in my client’s innocence, and I’ll assume, with all due respect, may it please the court that you don’t! You cannot be sure of his guilt! You simply cannot! And failing that. How can you kill him? How can you kill him? (Walks away from the podium.) And I would sincerely, sincerely, sincerely, hope that you don’t penalize my client, simply because his lawyers happen to be from Massachusetts. (He moves to sit down, then rises.) The home of the New England Patriots, who could kick ass with any football team you’ve got in the good state of Texas. May it please the court." (N.S.)

C'est niaiseux, hein ?

14 janvier, 2007

Salade de saison XVII

Coup de gueule

Dany Laferrière, drôle comme tout lors d'une improbable table ronde sur les Miss Météo à Bazzo.tv, a aujourd'hui ce coup de gueule dans La Presse contre la mission "militaire et humanitaire" du Canada en Afghanistan:

"J'ai entendu, l'autre jour, un chef de guerre canadien définir notre présence au Moyen-Orient comme une mission à la fois "militaire et humanitaire". On vous blesse pour vous soigner après. Ou on vous tue afin de consoler votre famille. Le grand coeur judéo-chrétien doit exulter en ce moment. (...) On va vous bâtir des écoles afin de vous enseigner nos valeurs. On vous bâtira aussi des hôpitaux pour vous soigner quand nos balles vous transperceront. C'est une plaisanterie d'autant plus sinistre qu'on entend des journalistes, des inspecteurs indépendants, s'extasier devant ce formidable travail de reconstruction que l'on fait là-bas."


Entre Feuille de gui et Ça fait longtemps déjà

Jean-Pierre Ferland mérite toutes les belles choses qu'on dit de lui. Il mérite même les belles choses qu'il pense n'avoir pas mérité qu'on dise de lui. Il racontait il y a quelque temps ses débuts difficiles en France. Un bon soir où il enchaînait avec Ça fait longtemps déjà après Feuille de gui, un Ti-Clin français a démoli l'atmosphère poétique de son spectacle. Cela a donné ceci:

Ferland: (...) Dites-moi comment mère, écrit-on le mot PAIX?
Un Ti-Clin: P-E-T (rires épars)
Ferland: Je sens encore... (la salle s'écroule de rire)


The postmodern temptations of identity politics

On parlait ici de cette tentation comme un des moteurs du nationalisme écossais. Manon Cornellier parlait cette semaine des habitants de la Nouvelle-Écosse qui se cherchaient une âme gaélique dans leurs vieilles poteries. Elle parlait aussi des habitants de Terre-Neuve qui, malgré le fait que seulement 20 % d'entre eux aient des ancêtres irlandais, voulaient redéfinir Terre-Neuve comme un coin d'Irlande en Amérique du Nord. Puis il y a les Basques, les Catalans, les Québécois, les Flamands, les Wallons, les Bretons, les Gallois, les Bavarois. Et là, on n'a pas encore mentionné les 3 000 langues parlées en Inde, lesquelles sont toutes supportées par des populations aux cultures particulières. Et là, on n'a encore rien dit de la Chine, où...

La mise en valeur des différences identitaires n'est-elle qu'un bidule servant à donner une plus-value à l'industrie touristique d'une région ? Bien sûr que non. Mais elle peut n'être que cela, aussi.

La mise en valeur des différences identitaires a-t-elle la même signification dans un pays développé que dans un pays en voie de développement ? Bien sûr que non. Mais... mais quoi ?

13 janvier, 2007

L'Iran et la constitution américaine

Qui, du président ou du Congrès américain, peut initier une guerre contre l'Iran ? On ne le sait pas. C'est une question importante car une action militaire en Iran précipitera des bouleversements qui dérouleront longtemps leurs effets, pour paraphraser Chirac.

Les forces armées des États-Unis sont intervenues dans 142 conflits depuis 1890, mais on ne sait pas encore qui peut enclencher une guerre contre l'Iran.

Voici, en gros, comment cela fonctionne. La Constitution américaine dit: "Congress shall have the power to ... declare War." Cela est arrivé 9 fois où le président a demandé au Congrès réuni en session conjointe de déclarer la guerre. Mais beaucoup de conflits ne requièrent pas d'engagement majeur aussi solennel qu'une déclaration de guerre formelle.

S'il n'y a pas de déclaration de guerre, la pratique veut que ce soit le président qui enclenche les opérations militaires. Rappelons-nous cependant que c'est la Chambre des représentants qui vote les budgets. Alors si un conflit risque d'être long et coûteux, les présidents préfèrent une autorisation formelle du Congrès avant d'agir. Ainsi, il est arrivé 12 fois que le Congrès a autorisé l'emploi de la force armée dans un conflit important, sans pour autant déclarer la guerre. La guerre du Vietnam et l'actuelle guerre en Irak sont dans ce cas.

La loi War Powers Resolution (WPR) de 1973 est venue formaliser ce processus en exigeant du pouvoir exécutif qu'il déclare au Congrès combien de soldats il requiert pour faire la guerre et pendant combien de temps. Je résume, c'est plus complexe que cela. Depuis 1973, le président a informé le Congrès de ses projets militaires tout en spécifiant qu'il n'est pas obligé de le faire, et le Congrès a donné ses autorisations en fonction de la loi WPR. Mais la constitutionnalité de cette loi n'a pas encore été testée.

C'est pourquoi le sénateur Joe Biden a averti cette semaine Condoleezza Rice qu'une attaque contre l'Iran "would generate a constitutional confrontation in the Senate". En octobre dernier, Condoleezza Rice avait répondu aux membres du Comité sénatorial des Affaires étrangères qui lui demandaient si le président se passerait de l'autorisation du Congrès pour attaquer la Syrie et l'Iran:"I will not say anything that constrains his authority as commander-in-chief."

Et c'est aussi pourquoi, tel que rapporté par Glenn Greenwald, Chris Matthews n'a pas pu, jeudi dernier, obtenir de réponse du porte-parole présidentiel Tony Snow à la simple question: "Tony, will the president ask Congress‘ approval before any attack on Iran?"

12 janvier, 2007

100 nomades somaliens sont morts

Il est tard. C'était jour de marché aujourd'hui. Je devais aussi m'acheter une ceinture (plus grande) parce que j'ai arrêté de fumer, il y a trois mois. Bref, diverses occupations liées à la vie courante d'un citadin moyen du XXI ème siècle demeurant dans un pays développé ont pris la majeure partie de mon temps. Je n'ai donc pas eu l'occasion de faire mes recherches habituelles en vue de ce blogue, de peser le pour et le contre d'une situation et de porter un jugement éclairé sur la chose. Je vais donc verser dans l'indignation morale.

La cible est déjà toute désignée. Ce sont les États-Unis bien sûr. L'escalade en Irak ? C'est pas mal passé date comme nouvelle. Les empiétements américains sur la Charte canadienne des droits et libertés dans les contrats de Bell Helicopter ? C'est choquant, mais il n'y a pas beaucoup de morts. Les menaces de Bush et Rice contre la Syrie et l'Iran ? Quoi de neuf, docteur ?

Il y a les raids aériens de lundi et mercredi effectués par l'armée américaine en Somalie. Cent nomades somaliens sont morts, victimes innocentes qui passaient par là, c'est le cas de le dire. Elles n'ont même pas de domicile fixe. Elles vivaient encore sur le même mode que les tribus nomades de l'ère préhistorique. Elles sont mortes en passant par là, frappées par les bombes bénéficiant de la dernière technologie, des bombes d'une précision chirurgicale, dit-on.

La France n'est pas d'accord.
L'Italie n'est pas d'accord.
L'Union Africaine n'est pas d'accord.
Ban Ki-moon n'est pas d'accord.
La Commission Européenne n'est pas d'accord.
Amnesty International n'est pas d'accord.
Je ne suis pas d'accord.

Et alors ?

11 janvier, 2007

Les tentations totalitaires

Ce matin, je mélange tout. Chávez, les islamo-fascistes d'ici, les Canadiens en Afghanistan, l'interdiction de fumer dans les bars, Bush en Irak, l'Éthiopie en Somalie et l'ONU qui n'est pas au Darfour.

À l'occasion de ce qu'il faudra maintenant appeler l'intronisation d'Hugo Chávez, l'AFP rapporte: "Le président vénézuélien Hugo Chávez a annoncé hier qu'il allait déposer un projet de réforme constitutionnelle permettant un renouvellement indéfini du mandat présidentiel.
«Nous sommes en train de rédiger la proposition pour la réélection indéfinie du président», a déclaré M. Chávez au cours de la cérémonie de prestation de serment pour un nouveau mandat de six ans. «Si la majorité du peuple refusait [ce projet], je serai le premier à l'applaudir», a toutefois ajouté le chef de l'État."

Je suivais jusqu'ici avec intérêt et sympathie les aventures du chevalier sans peur et sans reproche Hugo Chávez. Je les suivrai dorénavant avec intérêt seulement. Rien selon moi, rien ne justifie, pas même une modification constitutionnelle démocratiquement consentie, la mise en place d'un pouvoir totalitaire.

L'approche totalitaire consiste à prendre totalement en charge. On vous prend en charge et on va régler votre problème, malgré vous s'il le faut.

Totalitaire, comme George Bush qui débarrasse les Irakiens de Saddam Hussein en violant le droit international et en ridiculisant le Conseil de sécurité de l'ONU.

Totalitaire, comme l'État qui intervient par la contrainte en santé publique dans des domaines non urgents, comme le tabac, les gras trans, le foie gras, la construction d'un casino et bientôt l'obésité. Qu'on se concentre donc sur la recrudescence des MTS, les maladies nosocomiales et les campagnes de vaccinations collectives.

Totalitaire, comme le Canada en Afghanistan qui, afin de combattre des coutumes tribales ancestrales, tue les pères pour permettre à leurs petites filles d'aller à l'école.

Totalitaire, comme l'extrémiste militant, de quelque groupe qu'il soit, qui utilise la tolérance de notre société pour imposer son intolérance.

Totalitaire, comme l'environnementaliste qui pour notre bien s'oppose par principe à tout projet de développement ayant des impacts sur la nature, sans même tenter de porter de jugement sur la balance des avantages et des inconvénients du projet.

Totalitaire, comme l'Éthiopie qui appuie militairement les forces gouvernementales en Somalie sans se préoccuper de la souveraineté territoriale de la Somalie, du droit international et de l'ONU.

Totalitaires comme tous ceux qui empêchent l'ONU d'intervenir au Darfour, lequel se retrouve dans une situation où le devoir de protection de la communauté internationale est clair.

Ce monde n'est pas parfait. La liberté de penser bien ou mal, d'agir en héros, de faire des niaiseries, de se tromper, d'être malade et de mourir permet de trouver un intérêt à ce long séjour d'environ 80 ans sur la planète. C'est comme dans un téléroman, quand l'intrigue s'étire et devient ennuyeuse, on amène un accident, une naissance, un crime, etc.

Mais les États eux, ils vivent longtemps. Ils n'ont pas à faire d'erreurs pour retrouver le sel de la vie. Je suis fortement partisan de l'affirmation du droit international, de responsabilités accrues pour l'ONU et de moyens d'action plus efficaces pour elle. Je suis pour le respect de la souveraineté territoriale selon le droit reconnu, même si cela entraîne des situations qui heurtent mes valeurs. Et je suis pour le maintien des garde-fous constitutionnels qui empêchent les généraux d'exercer indéfiniment leur pouvoir bienveillant sur les masses populaires.

Ce matin, vraiment, je mélange tout.

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P.S.
_Une petite voix: Oui mais Jean Charest, lui, il peut être réélu indéfiniment et cela n'en fait pas un dictateur.
_Moi, en tant que moi: Oui mais nous, nous vivons dans une démocratie parlementaire de type britannique. Ce n'est pas la même chose. Il ne faut pas tout mélanger, quand même !

10 janvier, 2007

Où sont les Démocrates ?

Je rapportais hier que "penser uniquement Républicains VS Démocrates ne permet pas de comprendre ce qui se passe sur la scène politique américaine". J'en ai douté pendant un instant à la lecture des deux manchettes suivantes. Les Démocrates allaient-ils renoncer à s'impliquer au Proche-Orient et laisser tomber le lobby israélien qui demande instamment aux Américains de s'y engager ?


Irak: les démocrates lancent un avertissement à Bush

"Les nouveaux responsables démocrates au Congrès ont averti le président américain George W. Bush qu'envoyer des renforts en Irak était une stratégie vouée à l'échec et qu'il était temps de terminer la guerre, dans une lettre diffusée vendredi.
Alors que M. Bush doit annoncer la semaine prochaine une nouvelle stratégie pour l'Irak, la nouvelle présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi et le nouveau chef de la majorité démocrate au Sénat Harry Reid ont accentué la pression sur le président américain."

Les démocrates ouvrent le feu sur le plan Bush

"À la veille du discours de George W. Bush sur l'Irak, Edward Kennedy a prononcé le sien hier, exprimant avec passion l'opposition des démocrates du Congrès à l'envoi de renforts en Irak, une des propositions que présentera le président ce soir à la nation américaine.
En plus de critiquer le plan Bush, le sénateur du Massachusetts a déposé un projet de loi pour obliger le chef de la Maison-Blanche à obtenir l'accord du Congrès avant d'augmenter les effectifs militaires en Irak. Depuis le début de la guerre, le président n'a jamais eu besoin de demander la permission au Congrès pour définir sa stratégie irakienne.
Mais les élections du 7 novembre 2006 ont changé la donne à Washington, où les démocrates sont désormais majoritaires au Congrès."


Avouons qu'il y a de quoi hésiter. Les Démocrates semblent déterminés à contrer l'administration Bush. Mais non. Richard Hétu est le premier à souligner que le projet de loi du sénateur Kennedy ne sera probablement pas adopté, malgré que les Démocrates contrôlent le Congrès. Il souligne aussi que le nouvel état-major démocrate a passablement nuancé sa position originale sur l'Irak.

Le New York Times explique:

"Democratic leaders said Tuesday that they intended to hold symbolic votes in the House and Senate on President Bush’s plan to send more troops to Baghdad (...)
In both chambers, Democrats made clear that the resolutions — which would do nothing in practical terms to block Mr. Bush’s intention to increase the United States military presence in Iraq — would be the minimum steps they would pursue." (N.S.)

Pendant ce temps-là, Nation Overwhelmingly Opposes Sending More Troops.... mais personne n'est là pour la représenter. John Walsh a bien raison.

09 janvier, 2007

Dernières nouveautés



Il y a des matins plus féconds que d'autres. J'ai aujourd'hui trouvé deux nouvelles idées:

La bataille qui n'a pas de nom

John Walsh explique ici que de penser uniquement Républicains VS Démocrates ne permet pas de comprendre ce qui se passe sur la scène politique américaine. Une bataille fait actuellement rage pour gagner l'appui de l'opinion publique entre les néo-conservateurs et l'élite politique traditionnelle sur la question de l'Irak et du Proche-Orient. La bataille est publique mais personne n'en parle ouvertement.

Du côté des élites traditionnelles, nous retrouvons des officiers senior de l'armée comme Jack Murtha, Colin Powell et John Abizaid, des représentants des vieilles fortunes comme Ned Lamont, des hommes de pétrole comme James Baker, plein d'actuels et anciens employés de la CIA, d'anciens conseillers politiques comme Zbigniew Brzezinski et même Jimmy Carter avec son dernier livre Palestine, Peace Not Apartheid.

Du côté des néo-conservateurs, nous avons ces penseurs et ces opérateurs politiques des Think Tanks de Washington, les civils au Pentagone de l'ère Rumsfeld, le bureau de Dick Cheney, de larges pans dans les deux partis au Congrès, les pages éditoriales des médias imprimés et le lobby israélien auquel beaucoup de politiciens sont redevables de leur financement.

George W. Bush tourne le dos à son establishment politique

Paul Craig Roberts nous explique ici qu'en lançant son Grand Bond en avant (surge) en Irak, le président américain prend une décision politique où il met de côté l'avis de l'establishment militaire ainsi que celui de l'establishment de son propre parti. Ce dernier a tenté de reprendre le contrôle de la politique extérieure américaine par le Groupe d'étude sur l'Irak dirigé par James Baker. En choisissant d'augmenter le nombre de soldats en Irak, Bush se range clairement du côté des néo-conservateurs et du lobby israélien.

Ce faisant, Bush se rend d'autant plus vulnérable à une procédure d'impeachment et aura de la difficulté à trouver des alliés au niveau de son propre parti.



08 janvier, 2007

Ah ces Français... (II)

Dans la série des vieux films en noir et blanc enregistrés aux petites heures de la nuit, j'ai regardé hier "Les barbouzes" (1964) de Georges Lautner, dialogues de Michel Audiard. Dr. No (1962) sait peut-être faire des introductions cinématographiquement impeccables, mais j'aime bien l'ironie un peu littéraire de l'introduction des Barbouzes:

"Nous allons ouvrir pour vous les dossiers les plus secrets de l'histoire contemporaine. Les événements et les personnages de ce film sont tellement criants de vérité qu'il serait superflu d'en garantir l'authenticité. Mais ce témoignage est aussi une ode à la gloire de ceux dont on ne soulignera jamais assez le rôle joué dans l'épanouissement du respect de la personne humaine, de la liberté de penser et du progrès social: "LES BARBOUZES" ...vulgairement appelés agents de renseignements."

La méthode de présentation des personnages est aussi quelque peu différente, et j'aime bien. Ainsi, pour le premier "méchant", on nous montre des photos biscornues de Bernard Blier pendant qu'une voix-off débite d'un ton monocorde:

"Citoyen de Genève, représentant des banques et dépositaire de la pensée neutraliste, voici Eusebio Cafarelli, dit le Chanoine, entomologiste et esprit distingué. Son mystisme à la fois très hostile au rationalisme de Saint Thomas et à l'orthodoxie mécanique de la scolastique, le pousse parfois à des actions brutales que sa conscience réprouve. Mais, le meilleur des hommes ne saurait être parfait... "

Et pour présenter l'élément féminin, pendant que la caméra nous montre Mireille Darc vêtue seulement de son voile de veuve et d'un bikini, la voix-off nous susurre:

"Dans ce monde violent, âpre et sanguinaire, un rayon de lumière troue parfois les ténèbres. Ainsi, tel celui de l'ange de Reims, le doux visage d'Amaranthe Benar Shah, veuve inconsolable de son Excellence. "

Le dialoguiste ne fait aucune concession au caractère populaire du public cible. Parlant de Lino Ventura qui vient de passer une nuit torride avec Mireille Darc, Bernard Blier prédit qu'il ne descendra pas de sitôt:

"Millot: Je m'interroge...Osera-t-il descendre ?
Blier: Qui ? Sardanapale ? Moi j'l'vois plutôt hébété, vautré sur sa litière, ensuqué par le stupre...Oh il n'fera surface qu'avec le coucher du soleil, façon oiseau de nuit..."

Ce déluge de mots d'auteur en fait-il un film d'intello ? Pas du tout. Il y a plein d'assassinats et même des bagarres au karaté avec des nuées de chinois, comme dans les films d'aujourd'hui. Mais surtout, il y a ce morceau d'anthologie, la bagarre entre Lino Ventura, 5' 9'', 210 lbs et Jess Hahn, 6' 3'', 250 lbs. Je vous fais le bilan: 9 torgnoles par Ventura et 7 par Hahn, une table fracassée, une chaise démolie, trois portes et un paravent défoncés, une armoire à linge démantibulée. À la fin, les deux sont chancelants, mais Hahn plus que Ventura. Ce dernier s'élance pour le coup de poing final, mais Hahn chancelle vers la gauche. Ventura le replace bien droit. Ventura s'élance mais Hahn penche vers l'avant. Ventura le replace bien droit, et kaboom! il l'étend pour le compte. Et le tout, sans une goutte de sang, dans une atmosphère de camaraderie qui a sans doute inspiré la Guerre des tuques plus tard.

Vous direz: "Oui, bien sûr, les mots d'esprit, les calembours, les références culturelles, tout cela fait bien français, mais..." Et bien oui, l'espion français Ventura est bel et bien râleur. Quand on lui confie la mission au début du film, il se plaint qu'il avait loué une villa et qu'il avait prévu de ... Les bagarres aussi l'emmerdent. Il s'en plaint à Mireille Darc:

"Darc: Vous avez l'air soucieux.
Ventura: Y'a de quoi, oui...Y faut dire qu'ça fait jamais plaisir...
Darc: Qu'est ce que je vous ai fait?
Ventura: Mais vous rien, mais c'est tous ces autres là...le ricain...les Chinois, toutes ces fatalités...vous allez finir par me prendre pour un brutal !
Darc: Oh !
Ventura: Mais si, mais si !"

07 janvier, 2007

Fleurs et couronne

FLEURS ET COURONNE
Homme
Tu as regardé la plus triste
la plus morne de toutes les fleurs de la terre
Et comme aux autres fleurs tu lui as donné un nom
Tu l'as appelée Pensée.
Pensée
C'était comme on dit bien observé
Bien pensé
Et ces sales fleurs qui ne vivent ni ne se fanent
jamais
Tu les as appelées immortelles...
C'était bien fait pour elles...
Mais le lilas tu l'as appelé lilas
Lilas c'était tout à fait ça
Lilas... Lilas...
Aux marguerites tu as donné un nom de femme
Ou bien aux femmes tu as donné un nom de fleur
C'est pareil.
L'essentiel c'était que ce soit joli
Que ça fasse plaisir...
Enfin tu as donné les noms simples
à toutes les fleurs simples
Et la plus grande la plus belle
Celle qui pousse toute droite sur le fumier de la
misère
Celle qui se dresse à côté des vieux ressorts
rouillés
A côté des vieux chiens mouillés
A côte des vieux matelas éventrés
A côté des baraques de planches où vivent les
sous-alimentés
Cette fleur tellement vivante
Toute jaune toute brillante
Celle que les savants appellent Hélianthe
Toi tu l'as appelée soleil
...Soleil...
Hélas! hélas! hélas et beaucoup de fois hélas!
Qui regarde le soleil hein ?
Qui regarde le soleil ?
Personne ne regarde plus le soleil
Les hommes sont devenus ce qu'ils sont devenus
Des hommes intelligents...
Une fleur cancéreuse tubéreuse et méticuleuse à leur boutonnière
Ils se promènent en regardant par terre
Et ils pensent au ciel
Ils pensent... Ils pensent... ils n'arrêtent pas de
penser...
Ils ne peuvent plus aimer les véritables fleurs
vivantes
Ils aiment les fleurs fanées les fleurs séchées
Les immortelles et les pensées
Et ils marchent dans la boue des souvenirs dans la
boue des regrets
Ils se traînent
A grand-peine
Dans les marécages du passé
Et ils traînent... ils traînent leurs chaînes
Et ils traînent les pieds au pas cadencé...
Ils avancent à grand-peine
Enlisés dans leurs champs-élysées
Et ils chantent à tue-tête la chanson mortuaire
Oui ils chantent
A tue-tête
Mais tout ce qui est mort dans leur tête
Pour rien au monde ils ne voudraient l'enlever
Parce que
Dans leur tête
Pousse la fleur sacrée
La sale maigre petite fleur
La fleur malade
La fleur aigre
La fleur toujours fanée
La fleur personnelle...
...La pensée...
Jacques Prévert

06 janvier, 2007

Les chaises du Titanic

Une semaine avant l'annonce par George W. Bush de son "Grand bond en avant" en Irak, les spéculations vont bon train sur la signification des diverses nominations effectuées par la Maison Blanche. Les commentateurs de gauche parlent d'un réarrangement des chaises sur le pont du Titanic. Ceux de droite louent la résolution du "Decider" qui écarte les serviteurs de l'État trop tièdes dans le service de la patrie.

Pour trouver un sens à ce chassé-croisé, il serait bon de rappeler certains événements récents.

Le voyage de Dick Cheney en Arabie saoudite, le 25 novembre 2006. Je ne crois pas que Cheney se déplace pour discuter cuisine et demander la collaboration des sunnites pour réduire le nombre d'attentats en Irak. Il a discuté réorientation stratégique pour l'ensemble du Proche-Orient, ce qui inclut l'Iran.

Le départ soudain de l'ambassadeur saoudien Turki al-Faisal, le 11 décembre 2006. Intime de Rumsfeld lui aussi récemment limogé, il a dirigé les services secrets saoudiens jusqu'en septembre 2001. Son départ aurait été précipité par le fait que la justice new-yorkaise désirait l'interroger sur les attentats du 11 septembre.

On apprend le 22 décembre 2006 que le "Selective Service System" planifie un test sur le programme de sélection en vue de la conscription, inutilisé depuis 1998.

Après des mois de tractations et d'efforts de la part des Américains, l'ONU décrète des sanctions contre l'Iran le 23 décembre 2006.

Le 31 décembre 2006, Harriet Miers démissionne du poste de conseiller légal du président. Bush embauche 4 nouveaux assistants juridiques qui seront chapeautés par un poids lourd du Barreau. Il prévoit que le Congrès va bientôt lui signifier des subpoenas sur différents sujets.

L'Iran nie les rumeurs sur la mort de Khamenei, le 5 janvier 2007.

On apprend le 5 janvier 2007 qu'un nouveau porte-avions se rendra dans le Golfe persique, le USS John C. Stennis. Il rejoint le USS Eisenhower déjà arrivé depuis octobre 2006.

Début janvier, le président Bush se lance dans une vaste opération de remaniement de son personnel. Il remplace les héros fatigués par des employés plus "flexibles":

¤ Tout d'abord, Donald Rumsfeld par Robert Gates qui justement doit son ascension dans la hiérarchie à sa souplesse et à sa capacité de dire ce que le maître veut entendre.

¤ John Abizaid par l'amiral William Fallon pour commander le Proche-Orient. Fallon est familier des opérations aériennes et navales. On peut se demander pourquoi il va diriger deux opérations terrestres (Irak et Afghanistan). Mais si on pense à l'Iran, là il devient l'homme de la situation.

¤ George Casey par David Petraeus comme chef des forces américaines en Irak. Casey avait exprimé des réserves sur l'opportunité d'envoyer des troupes supplémentaires en Irak, tandis que Petraeus appuie l'idée.

¤ John Negroponte par l'amiral Michael McConnell à la tête des services de renseignement. McConnell, un professionnel du renseignement, a travaillé avec Robert Gates quand ce dernier dirigeait la CIA et avec Dick Cheney quand ce dernier était secrétaire à la Défense lors de la première guerre d'Irak. Negroponte devient l'adjoint de Condoleeza Rice au département d'État.

¤ John Bolton, ambassadeur à l'ONU, par Zalmay Khalilzad et Zalmay Khalilzad, ambassadeur en Irak, par Ryan Crocker, ambassadeur au Pakistan. Ces dernières nominations devraient être annoncées bientôt.


Jusqu'ici, j'ai vu trois hypothèses pour expliquer ces récents développements:

¤ Bush envoie de nouvelles troupes en Irak pour y retarder l'effondrement de la position américaine jusqu'à la fin de son mandat présidentiel.

¤ Bush nomme Negroponte adjoint de Rice pour effectuer un remplacement rapide de cette dernière lorsqu'elle sera nommée vice-présidente. Dick Cheney est mis de côté parce qu'il n'est plus présentable devant l'électorat.

¤ Dick Cheney est plus fort que jamais et on pourrait surnommer la nouvelle équipe: "all the vice-president's men". Ils se préparent à donner le coup qui va définir la présidence de Bush: attaquer l'Iran.

05 janvier, 2007

Ah ces Français...

Jacques Chirac a fait aujourd'hui le discours annuel où il présente ses voeux au corps diplomatique installé en France. À quatre mois des élections présidentielles qui vont lui permettre de tomber en vacances, il a fait des suggestions sur la politique internationale à mon avis pleines de bon sens et tellement évidentes qu'elles ont l'air de banalités. Mais là où je ne cache pas mon admiration sincère, c'est dans l'élégance de leur expression et la concision de leur formulation. Voici en vrac quelques extraits:

¤ "Comme la France le pressentait et le redoutait, la guerre en Irak a précipité des bouleversements qui n’ont pas fini de dérouler leurs effets."

¤ [Cette guerre] "a offert au terrorisme un nouveau champ d’expansion."

¤ [La guerre] "a exacerbé les clivages entre communautés et ébranlé l’intégrité même de l’Irak. Elle a fragilisé la stabilité de l’ensemble de la région où chaque pays, désormais, est inquiet pour sa sécurité et son indépendance."

¤ "En moins d’une génération, nous avons connu l’effondrement du communisme puis les impasses de l’unilatéralisme (…). Nous sommes passés de la victoire proclamée du libéralisme à la prise de conscience des inégalités criantes qui perdurent sur la plupart des continents, notamment en Afrique, et de la crise écologique qui menace l’humanité tout entière."

¤ [Le Proche-Orient] "épicentre des tensions internationales."

¤ [Le conflit israélo-palestinien] "entretient dans le monde musulman tout entier un sentiment d'incompréhension et d'injustice, comme si le nouvel ordre international comportait deux poids et deux mesures."

¤ "Cette émergence [de la Chine, de l'Inde et du Brésil] marque la fin de la domination séculaire et sans partage de l'Occident sur le reste du monde."

¤ " (...) dans ce nouveau monde en gestation (...), la France refuse la fatalité de l'affrontement comme la facilité du laisser-faire."

¤ " (...) la persistance d'une pauvreté extrême dans un monde de plus en plus riche [constitue]un scandale moral autant qu'une absurdité économique et un risque politique majeur."


J'admire.

Et de quels titres les médias ont-t-ils coiffé ces perles de sagesse ?

Agence France-Presse: "Chirac se livre à une critique en règle de la politique américaine en Irak"

Libération: "Chirac sort sa panoplie écolo, tiers-mondiste et anti-américaine"

Ah ces Français... Ils savent bien parler. Mais il n'y a pas plus râleurs.

04 janvier, 2007

Trois questions

Première question

Il fait 8° C à l'extérieur. Quelque part, quelqu'un joue au golf au Québec et nous sommes en janvier. Une banquise énorme s'est détachée de la calotte polaire artique. Les ours blancs manquent de glace pour chasser les phoques et ils ont faim. La Chine a déjà 2 000 centrales électriques au charbon qui génèrent un nuage de pollution visible de l'espace. Elle prévoit en construire 500 autres. Il y a 80 conflits armés qui se déroulent actuellement sur la planète selon le journaliste René Mailhot.

La nature humaine étant ce qu'elle est, les hommes unissent leurs forces lorsqu'un ennemi commun se présente à eux. Admettons que le réchauffement global, la pollution et la détérioration de l'environnement peuvent jouer le rôle d'ennemi commun qui va unir l'humanité derrière une seule cause. Beaucoup de nations industrialisées vivent en démocratie. Pensons aux chances de se faire élire que l'on peut attribuer à un politicien qui se présenterait avec un vigoureux programme environnementaliste, lequel s'attaquerait vraiment à nos habitudes de gaspillage.

Les luttes environnementales sont-t-elles solubles dans la démocratie ?


Deuxième question

Le 20 décembre dernier, Bush a signé une loi réformant la poste. Il en a profité pour ajouter un de ses fameux "signing statements" en vertu desquels il s'arroge le pouvoir d'interpréter la loi à sa guise, ou tout simplement, de ne pas la mettre en application. Celui sur la poste lui permettrait d'ouvrir le courrier des gens sans mandat, simplement sur sa déclaration que la situation est urgente.

De même, après la signature de l'entente Inde-États-Unis sur le nucléaire, Bush a émis des "signing statements" affirmant que le pouvoir exécutif n'était pas lié par les termes de l'entente approuvés par la Chambre des représentants et le Sénat. Depuis son arrivée en 2001, Bush aurait émis plus de 700 "signing statements" redéfinissant les pouvoirs de l'exécutif américain d'un façon qui en fait le plus puissant président que les Américains aient connu: King George.

Que veut faire Bush de tous ces pouvoirs ? Le prochain président utilisera-t-il ces nouveaux pouvoirs ?


Troisième question

Y a-t-il un lien entre ces deux questions ?

03 janvier, 2007

Mononc' Art et matante Mimi (II)

Nous sommes allés visiter Arthur et Mireille à la campagne. Il y avait ma conjointe, sa soeur et sa mère, ce qui veut dire en fin de compte ma belle-soeur et ma belle-mère. Nous avons acheté du poulet chez St-Hubert BBQ en passant et nous avons pris un bon petit dîner avec eux, vite fait bien fait.

Nous avons parlé parenté et maladie. "Oui, tu sais le Robert à Madeleine. Il doit bien avoir 52-53 aujourd'hui..." Et ainsi de suite. La mémoire de ces gens est phénoménale. Je n'ai jamais été capable de retenir ce genre de données. J'ai la mémoire des visages mais pas celle des noms. Ma vie est une galerie de portraits. Je regardais l'autre jour le film Little Women tourné en 1994. Je m'exclamai en voyant Kirsten Dunst agée de 10 ans: "Hé, c'est la fille..., là, tu sais, la blonde de Spiderman... voyons..." Il m'a fallu consulter allmovie.com pour me rappeler son nom.

J'ai tout de même passé un excellent après-midi. Il n'y a rien de bien intéressant à écouter parler de parenté quand on ne connaît pas les personnes mentionnées. Mais quand on parlait maladie, là c'était quelque chose. La radio-oncologie pour les prostates..., les 25 petits vieux en ligne..., hé! aujourd'hui il y a deux femmes pour les seins..., puis là madame c'est son 22ème traitement..., lui y est ben tanné mais moi ça fait plus longtemps que ça que je suis tannée...

Je n'ai jamais tant rigolé à parler de maladie. Je vous ai déjà dit qu'il n'y a pas de mal-entendants dans cette maison, seulement des sourds. Ben, il n'y avait pas non plus de personnes agées, seulement des petits vieux et des petites vieilles. Qui parfois auraient bien aimé que le bon Dieu vienne les chercher. Qu'on a laissé dépérir bourrés de morphine parce qu'ils n'avaient plus assez d'argent pour payer leur séjour. Qui ont jeté leurs médicaments dans la toilette pour que le bon Dieu viennent les chercher plus vite.

Et malgré tout, on a bien rigolé: "C'est pas compliqué. C'est juste ça la vie. Qu'esse-tu veux ? " On a parlé maladie, mais avec une lucidité et une santé mentale à toute épreuve.

02 janvier, 2007

Salade de saison XVI

L'Iran qualifie l'exécution de Saddam de "victoire pour le peuple irakien"

Les fondamentalistes iraniens sont d'accord avec les mollahs américains: "L'exécution de Saddam Hussein marque la fin d'une année difficile pour le peuple irakien et nos troupes", a déclaré le président depuis son ranch de Crawford au Texas (sud) où il doit passer le Nouvel an.


Bonjour Grisham, adieu Hemingway ?

Dans notre série amorcée hier sur le déclin de la civilisation américaine, la bibliothèque du comté de Fairfax vient de prendre une décision. Elle a besoin d'espace pour offrir des disques, des vidéos et divers documents audio-visuels. Elle a donc mis sur pied un programme informatique pour éliminer toutes les oeuvres qui n'ont pas été louées dans les derniers 24 mois. Comme les librairies commerciales, Fairfax calcule le rendement de son investissement pour chaque pied linéaire de tablette:

"We're being very ruthless," said Sam Clay, director of the 21-branch system since 1982. "A book is not forever. If you have 40 feet of shelf space taken up by books on tulips and you find that only one is checked out, that's a cost."


Régimes: des dangers de la lecture

Toujours dans la même série sur le déclin de la civilisation américaine, une équipe de l'Université du Minnesota a publié dans la revue scientifique Pediatrics, une étude offrant à première vue un raisonnement tautologique parfait.

"Selon cette étude menée une première fois en 1999 et répétée en 2004, les adolescentes qui lisent souvent des articles sur les régimes alimentaires sont plus susceptibles, cinq ans plus tard, de prendre des moyens extrêmes pour perdre du poids que celles qui ne lisent jamais ces articles. (...)
Selon une chercheuse de la Harvard Medical School, qui n'a pas participé à la présente étude, ces articles donnent parfois de bons conseils comme, par exemple, réduire la consommation de gras trans et de boissons gazeuses. Cependant, elle dénonce le message sous-jacent de ces articles, qui incite à se préoccuper de son poids de façon excessive."

Se préoccupent-elles de leur poids de façon excessive parce qu'elles ont lu ces articles, ou lisent-elles ces articles parce qu'elles se préoccupent de leur poids de façon excessive ?

Cela ne surprend pas de gens qui sont d'accord à 66 % pour qu'on enseigne le créationnisme parallèlement à la théorie de l'évolution: ils tiennent encore des raisonnements de finalité comme dans:
¤ nous avons des yeux pour voir, au lieu de
¤ les espèces qui, à un moment donné de leur évolution, ont par mutation au hasard développé la capacité de voir, ont été mieux en mesure de survivre dans un environnement difficile et de perdurer jusqu'à nos jours. Je sais, c'est plus long, mais la précision est importante en sciences.


Bye Bye RBO

RBO évolue. Il ajoute des blagues homophobes à son répertoire de pitreries scatologiques. J'entends déjà Guy A. polémiquer: "Quoi ? Le grand comique grec Aristophane faisait plein de références à la scatologie. Nous honorons une tradition qui remonte à l'antiquité..."

01 janvier, 2007

À bien y penser

Je rapportais bien légèrement hier que 25 % des Américains pensent que le second avènement du Christ va se faire cette année. En l'écrivant, je me promettais d'en faire le sujet du blogue d'aujourd'hui. Je me disais qu'on allait bien rigoler, rappelant aussi que 42 % d'entre eux sont créationnistes, que la société qui administre le Grand Canyon vient d'interdire des études permettant d'en dater la formation pour ne pas déplaire à sa clientèle créationniste, que 20 % des Américains (60 millions) pensent que le soleil tourne autour de la terre, etc.

Puis Artimon m'a rappelé ce fait tout bête: 25 % des Américains, ce n'est pas insignifiant, c'est 75 millions de personnes, c'est plus de deux fois la population du Canada, c'est plus que la population de la France, plus que la population du Royaume-Uni. Et tous ces gens pensent que la fin du monde va arriver cette année. Ils ne seront pas surpris si Bush ordonne une frappe nucléaire sur l'Iran. La fin du monde ne leur fait pas peur. Ils seront enfin amenés au ciel en vertu du rapture, quittant ainsi cette vallée de larmes.

Ces gens-là ont la haute main sur le bouton nucléaire de la plus formidable puissance militaire qu'on ait jamais connue. C'est l'un des leurs qui est à la tête du pays. Bush l'a déjà dit, il ne prend les conseils que de son Père qui est dans les cieux, et lui, c'est le Decider. Il n'y a pas de quoi rigoler, c'est même plutôt tragique.

Émile Boutmy, un des précurseurs des sciences politiques et auteur de "Éléments d'une psychologie politique du peuple américain" notait après la Commune de Paris: " Nous avions été frappés de l'ignorance avec laquelle l'opinion s'était prononcée sur de si grandes aventures. Nous nous sommes demandé s'il n’était pas possible de faire mieux comprendre à la génération qui grandit la complexité et la difficulté des questions politiques."

Il est assez désespérant de constater qu'au XXI ème siècle, on en soit encore au même niveau qu'au XIX ème siècle en matière d'éducation politique. Et tout cela ne se passe pas dans un pays démuni qui n'a que des madrassas à offrir pour éduquer sa population.