dimanche 16 décembre 2007

Après le NIE


Ce fameux National Intelligence Estimate ! (NIE) Ce rapport sur l'arrêt par l'Iran des recherches sur la bombe nucléaire que 16 agences américaines de renseignement ont balancé dans les gencives de George W. Bush... Imperturbable, Bush essaie de faire croire qu'il n'était pas au courant et que cela ne change rien. Sauf que...
Artimon me signale un long papier d'Uri Avnery sur le NIE:
C’était comme si une bombe atomique était tombée sur Israël.

La terre trembla. Nos dirigeants politiques et militaires furent tous sous le choc. Les gros titres étaient rageurs.

Que se passait-il ?

Une vraie catastrophe : l’ensemble des services de renseignement américains, comprenant seize agences différentes, ont abouti à une conclusion unanime : dès 2003, les Iraniens ont cessé leurs travaux pour produire une bombe nucléaire, et, depuis lors, ils ne les ont pas repris.
Le généralement pacifique Avnery semble partager l'avis des faucons et des néo-cons sur la question iranienne:
Quoiqu’il en soit, une chose est certaine : que le fils de chienne, Ahmadinejad, nous a encore bien eus.

Il a volé notre bien le plus précieux : la menace nucléaire iranienne.
C'est bizarre. La rapport a vraiment frappé en Israël. Le démantèlement des colonies est remis en question en affaiblissant la coalition d'Olmert. Benyamin Netanyahou qui faisait du millage avec la menace iranienne va manquer de gaz. Depuis la guerre du Sinaï en 1956, Israël n'a jamais frappé sans l'autorisation préalable des Américains et on ne prévoit pas qu'il le fera maintenant en Iran. La conclusion qu'en tirent les élites israéliennes, c'est que le NIE est faux, les Américains ont été bernés et les forces antisémites sont à l'oeuvre partout.

De son côté, M K Bhadrakumar, un ex-diplomate indien ayant travaillé pendant 29 ans dans l'Indian Foreign Service, nous explique les effets du NIE en Iran, en Afghanistan, en Chine et en Inde. C'est là qu'on voit que « l'effet papillon » est à peine une métaphore. Ces petits bouts de papier lancés à Washington ont déclenché un tsunami de milliards de dollars au Moyen Orient.

Une semaine après le dévoilement du NIE, le groupe chinois Sinopec signait avec le ministère iranien du pétrole un contrat évalué à 2 milliards de dollars US pour le développement des champs pétrolifères et gaziers du Yadavaran, dans le sud-ouest de l'Iran. Les Chinois ont agi très rapidement et certains semblent penser que les Chinois savaient que les États-Unis allaient faire volte-face dans leur rhétorique guerrière contre l'Iran. Cela ne nous étonne pas, sachant que c'est la Chine qui a le pied sur le tuyau qui finance les déficits du gouvernement américain.

De même, la Chine doit savoir quelque chose sur le départ des forces de l'OTAN et des forces américaines en Afghanistan puisque le China Metallurgical Group vient de se voir attribuer le dépôt de cuivre d'Aynak dans la province de Logar, près de Kaboul. Le projet de 4 milliards de dollars US inclut la construction d'une voie ferrée entre l'Afghanistant et la Chine et prévoit créer en tout 10 000 emplois. La tranquille assurance avec laquelle les Chinois évaluent le risque d'un retour des Talibans au pouvoir énerve pas mal de gens, surtout les Indiens.

L'Inde a effet gobé la stratégie américaine contre Téhéran et contre les Talibans pour se retrouver le bec à l'eau dans les deux dossiers:

Admittedly, Indian regional policy in the Middle East has been shaken to the core in recent days. The Indian strategic community was shell-shocked by the NIE.

The trauma was all the more painful as Delhi had just recently succumbed to Washington's arm-twisting and imposed banking restrictions on Iran, beyond what the two United Nations Security Council resolutions on that country demanded. That was a disastrous decision by any diplomatic yardstick. It is immaterial that Washington pressured Delhi into it despite knowing that the NIE was to sail into view. What matters is that Delhi looks very foolish and naive.
Qu'a gagné Blair à faire le poodle de Bush? Que pensent gagner Merkel, Sarkozy et Harper à faire les poodles d'un Bush discrédité, à sa dernière année comme le canard le plus boiteux que l'histoire américaine ait connue ?
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photo: After Holiday Pinch an Inch, par The Pack.

5 commentaires:

Artimon a dit…

intéressant papier sur la vision future des choses:

http://www.vigile.net/
La-fin-des-certitudes

J'espère pouvoir, longtemps encore, « garder intact MA capacité d’indignation ».

Zylag a dit…

La première partie du texte, sur la fin des certitudes, est vraiment bien.

Mais sur la capacité d'indignation, j'ai des réserves. Les Américains se sont indignés sur le dévoilement du sein de Janet Jackson, au SuperBowl. Ben Laden est indigné que les Américains conservent des bases militaires sur la Terre sainte de l'Islam. Le papa de la petite musulmane assassinée à Toronto s'indignait que sa fille ne respecte pas ses traditions ancestrales, etc etc.

Il y a les indignations pour des niaiseries. Mais le pire, c'est quand l'indignation pour de nobles idéaux nous conduit à faire des niaiseries, comme l'invasion de l'Afghanistan, le sauvetage de la rivière Rupert et la disparition des cigarettes des étalages des dépanneurs...

J'ai plutôt tendance à être très, très sélectif dans mes indignations.

Artimon a dit…

tout à fait d'accord avec ça ... mais j'ai cru comprendre que l'important c'est d'être encore "capable" de sentir de l'indignation. Évidemment, si on peut faire en sorte que cette indignation soit réelle et sensée, alors c'est sans doute utile. Mais en effet, c'est là que le bât blesse, comme vous l'exposez.

Artimon a dit…

voilà quelqu'un d'indigné!

http://www.vigile.net/CA-VA-FAIRE

et je le suis tout autant.

Zylag a dit…

Beau texte de Thérèse-Isabelle Saulnier, qui en a fait plusieurs de la même eau.

Belle indignation, que j'ai d'ailleurs partagée à l'écoute de l'arrogant Stephan Reichhold.