vendredi 14 septembre 2007

Un haut fonctionnaire dévoilé

En l'an 1170, l'archevêque de Canterbury Thomas Becket est mort pour s'être opposé à la volonté royale. Son bon ami, le roi Henry II, était certain d'obtenir l'accord de Thomas pour accorder davantage de pouvoirs à l'autorité royale aux dépens des privilèges de l'Église. Mais Thomas Becket refusa obstinément de signer les constitutions de Clarendon qui redéfinissaient les pouvoirs royaux en ce sens.

En l'an 1535, le chancelier du royaume d'Angleterre Thomas More est mort pour s'être opposé à la volonté royale. Son bon ami, le roi Henry VIII, a été fort déçu de constater que Thomas refusait de reconnaître la suprématie spirituelle du roi sur l'Église. Comme on sait, le roi était en conflit avec le pape parce que ce dernier refusait de dissoudre son mariage avec Catherine d'Aragon, ce qui lui était nécessaire pour épouser Anne Boleyn, de qui il s'était amouraché. Mais Thomas More fut inflexible et resta fidèle au pape malgré son amitié avec le roi.

En l'an 2007, dans une ancienne colonie, le Canada, Becket et More viennent de trouver un digne émule, le haut fonctionnaire Marc Mayrand:

Je veux seulement réitérer que la loi n'oblige pas à l'identification visuelle de l'électeur.

Selon les comtés, entre 70 et 90 % de la population s'oppose à ce qu'on puisse voter le visage voilé. Tous les partis politiques représentés au Parlement demandent à Marc Mayrand d'utiliser son pouvoir spécial d'adapter la loi afin d'exiger l'identification visuelle lors du vote de lundi prochain. Le premier ministre Harper a exprimé la semaine dernière son « profond désaccord » avec la décision de Marc Mayrand de permettre le vote voilé. Le Comité des procédures et des affaires de la Chambre des Communes a voté une motion demandant à Marc Mayrand de se servir des pouvoirs que lui donne la loi pour permettre un déroulement serein de la votation. Rien n'y fait. Marc Mayrand est intraitable:

C'est une question fondamentale. Nous vivons dans un régime de droit. Tant que la loi n'aura pas été modifiée selon les règles parlementaires habituelles, je ne modifierai pas cette loi. (...) Ce n'est pas à moi de choisir entre deux droits fondamentaux qui sont accordés par notre Constitution.(...) J'estime qu'à ce moment-ci il n'y a pas de raison pour moi d'exercer mon pouvoir d'adaptation de la loi.

À ce stade-ci, nous en sommes réduits aux conjectures pour expliquer une position si inhabituelle, d'autant qu'un autre directeur général des élections, dans l'une des provinces de ce lointain Canada, a pour sa part jugé qu'il y avait lieu de se servir des dispositions spéciales de la loi pour assurer la sérénité de la votation. Trois hypothèses se dessinent à première vue au sujet de Marc Mayrand:

1. Tout comme Becket et More, Mayrand possède en lui la fibre du martyre;
2. Mayrand est atteint de la folie des grandeurs et pense pouvoir victorieusement tenir tête à 33 millions de personnes;
3. Mayrand est simplement un haut fonctionnaire crypto-libéral, comme des milliers d'autres, et pense ainsi pouvoir nuire aux conservateurs, ce qui, dans son idée, lui sera remis au centuple lorsque les libéraux reviendront au pouvoir.
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photo: Marc Mayrand, par Élections Canada.

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