mercredi 12 septembre 2007

Le Bluff de Cheech

J'ai vu coup sur coup Bluff et Cheech, hier. Je vous le dis tout de suite, le bateau du cinéma québécwa ne vogue pas vers des aurores radieuses aux doigts de rose. Depuis la dernière fois où j'ai regardé jouer le club de hockey Canadien, je n'ai jamais vu autant de personnages inconsistants, minables et méprisables réunis par le scénario de parties perdues d'avance.

Je ne me ferai pas d'ennemis en décriant Cheech, la critique s'en est déjà chargé. Les acteurs, notamment Patrice Robitaille, ont fait du bon travail. Les techniciens aussi: les images sont claires, le son est net, c'est déjà ça. Bluff, encensé par la critique, n'a même pas un niveau de qualité technique acceptable et rappelle davantage les clips de Rire et délire que la somptuosité des images de Barry Lyndon.

Mais foin de détails triviaux ! Ce que je reproche surtout à ce type de cinéma québécwa, ce sont les faiblesses et les incohérences des scénarios qui leur font perdre toute crédibilité. C'est l'absence de personnages à la fibre morale un tant soit peu élevée qui nous permettent de s'identifier à eux, de partager leurs émotions, d'embarquer dans l'histoire. J'ai regardé la galerie de minables que ces deux films m'ont présenté dans le plus parfait détachement et je n'ai même pas été capable de rigoler devant le spectacle de tant de connerie et de misère morale.

Contrairement à ce qu'affirme la critique, seulement trois des six histoires de Bluff sont reliées entre elles, et par un fil si ténu qu'on peut presque n'y voir qu'un caprice de montage. L'éternel étudiant qui appréhende une entrevue d'embauche, le couple sans enfant qui soupe avec un géniteur sous contrat ( et secrètement amant de l'épouse ), le col bleu de la ville de Montréal qui teste les qualités pugilistiques de son futur gendre n'ont rien à voir avec la célèbre toile percée d'un trou de balle retrouvée lors de la rénovation de l'immeuble.

Ce scénario mou et décousu est meublé de personnages si cons qu'ils n'en sont même pas drôles. Marc Messier nous ressort tous les tics de Réjean dans La petite vie. Mais ce qui faisait rire dans un contexte absurde n'est plus crédible dans cette histoire. On ne peut s'accrocher à rien. On assiste médusé à ce défilé d'idiots et ça devient gênant de s'en amuser. Ma mère m'a toujours dit de ne pas rire des infirmes et des débiles.

Le cinéma québécwa ! Nous avons les comédiens, nous avons les réalisateurs, nous avons les techniciens, et nous aurons toujours, quoi qu'on dise, le financement pour de bons projets. Mais quand allons-nous élever, former, nourrir, entretenir, bichonner, supporter, encourager, payer, couvrir de gloire et d'honneurs les bons scénaristes que nous avons, et tous ceux qui ont le potentiel pour le devenir ?

Et le Bluff de Cheech ? Quoi, vous ne le saviez pas ? Cheech est mort depuis trois semaines et tout le monde s'énerve pour rien dans ce film. Et le bluff de Bluff ? Deux jeunes réalisateurs réussissent à réunir dans le même film le «top ten » du Bottin des artistes, si bien que les critiques n'osent pas descendre le film, si bien que je suis allé le voir et perdre mon temps. Le bluff là-dedans, c'est le film lui-même...

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