mardi 11 septembre 2007

Bill et Brian















Lundi le 3 septembre, Brian Mulroney publiait son autobiographie intitulée « Brian Mulroney: mémoires 1939-1993 » et dimanche le 9, il participait à « Triomphes et trahisons », une émission de 2 heures animée par Paul Arcand à TVA. Entre ces deux dates, William Jefferson Clinton se retrouvait mercredi chez Larry King pour, entre autres choses, parler de son livre « Giving _ How Each of Us Can Change the World ».

Le contraste est frappant entre le « Comeback Kid » de 61 ans qui fait campagne pour se retrouver à la Maison Blanche par épouse interposée et le vieux bagarreur de Baie-Comeau qui, à 68 ans, panse encore les blessures reçues lors de ses combats politiques:

On sait que le sénateur républicain Larry Craig vient de plaider coupable à une accusation d'avoir posé des gestes homosexuels dans les toilettes d'un aéroport. Larry King demande à Clinton s'il éprouve une satisfaction de voir le sort réservé au sénateur Larry Craig, celui-là même qui pendant la procédure d'impeachment a utilisé des termes dégradants à son endroit (ma traduction) :
_ Non.
_ Non ?
_ Non, parce que je savais que plusieurs d'entre eux avaient déjà été démasqués comme hypocrites. Tout le monde savait que la procédure était artificielle et qu'ils ne faisaient que profiter d'une erreur de ma part.

Cela m'a donné l'occasion de réfléchir à ces occasions dans le passé où j'avais jugé des personnes trop sévèrement parce qu'ils avaient des problèmes que je n'avais pas. (...) Je me suis promis de ne jamais refaire cela. Et j'essaie de tenir cette promesse. C'est pourquoi, honnêtement, je ne ressens pas de satisfaction. Je n'aime pas voir une personne souffrir de blessures qu'elle s'inflige elle-même à cause de son incapacité à résoudre ses conflits intérieurs.

L'entrevue se poursuit. Clinton a une bonne parole pour chacun des adversaires de sa femme à la candidature démocrate. Il a également plein de bons mots pour les candidats à l'investiture républicaine. Le tout bien gentiment, sans sous-entendus malicieux. Il commente savamment la situation en Irak et en Afghanistan. Et à la fin, Larry King lui demande s'il aimerait que l'histoire retienne qu'il a été un grand philanthrope, qui par ailleurs a aussi été président des États-Unis:
Non. Je voudrais qu'elle dise qu'à la fin de mon terme, j'ai laissé l'Amérique dans une meilleure situation qu'au début; et qu'après mon mandat, en tant que simple citoyen, j'aidé mes compatriotes à s'organiser pour améliorer leur sort.(...)

J'espère également aider ma femme dans le processus de réconciliation qu'elle a amorcé au Sénat, afin que Démocrates et Républicains trouvent des terrains d'entente sur les grandes questions comme l'énergie, les soins de santé...


Bill Clinton va vers l'avant, à grand train, malgré son quadruple pontage. Les problèmes de santé de Brian Mulroney sont probablement plus graves, et le petit gars de Baie-Comeau n'a pas l'énergie de Clinton, ni son optimisme. Les blessures politiques infligées à Mulroney sont, somme toute, beaucoup moins graves que celles reçues par Clinton, et la résilience de Mulroney semble plus faible:
C'est la plus grande déception de ma vie, il a cessé d'exister dans ma vie. [moment de silence] Lorsque j'ai commencé ma carrière, je m'étais juré que j'écrirais un mémoire et que je ferais ça avec Lucien. [...] Je l'ai traité de tout temps comme un frère et quand je me suis retourné, il n'était plus là.(...)

Son départ [de mon parti] était un coup monté. Pendant qu'il était dans mon gouvernement, il travaillait avec d'autres gens au Québec et il sabotait mon gouvernement. [...] Je n'aime pas le mot trahison, mais c'est une définition assez précise de ce qui est arrivé. Il a trahi mon amitié. Pour moi qui l'aimais comme un frère, c'était comme un décès dans la famille. [...] M. Bouchard n'a jamais remis de lettre de démission, c'est moi qui l'ai congédié [après avoir appris qu'il planifiait son départ du Parti conservateur pour fonder le Bloc québécois].(...)

Même si la majeure partie du monde libre, incluant le Canada, reconnaissait la nature destructrice et criminelle de la machine de guerre nazi, Trudeau ne l'a pas fait.(...)

Pierre Trudeau n'a pas voulu contribuer à Meech parce qu'il ne voulait pas que je réussisse là où il avait échoué. [...] Il a affaibli le gouvernement fédéral avec ses politiques de défense et il a laissé un Canada central faible avec un héritage criblé de dettes.
Brian Mulroney vit dans le passé, un passé amer. Les Canadiens applaudissent un Trudeau qui n'a laissé que des problèmes à son départ et ils honnissent un Mulroney qui a cherché, et réussi partiellement, à y remédier. Il y a de quoi être amer. Mais Mulroney n'aurait pas dû le laisser paraître car c'est cette image de lui qui restera.

Je vois encore Clinton témoigner devant une mascarade d'hypocrites, en buvant son Coke diète. Je le vois repentant, avec son groupe de pasteurs noirs, s'accusant d'avoir péché. Et je le vois aujourd'hui, rayonnant devant Larry King. Le contraste ! C'est l'ultime « Comeback Kid ».

À l'inverse, je revois les succès diplomatiques de Brian Mulroney en Afrique du Sud, avec les présidents américains, surtout Reagan avec qui il a chanté « When Irish Eyes are Smiling ». Et maintenant, cette entrevue avec Arcand où il fait montre de peu de vitalité et s'attarde à vilipender de vieux fantômes. L'ancien bagarreur joue à la victime. Il s'est écrasé. Il a reçu trop de coups.

Triste spectacle.
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photo de Brian Mulroney: Gouvernement du Canada
photo de Bill Clinton: White House

2 commentaires:

Miss Patata a dit...

Je ne peux pas m'empêcher d'y voir une différence culturelle...

Zylag a dit...

Dans le sens de:
bagarreur irlandais versus chrétien du Bible Belt ?