mardi 28 août 2007

Le réflexe du colonisé: un exemple

Être Québécois francophone et, en opposition à ses compatriotes, penser comme les Canadiens anglophones qui administrent le Canada, c'est cela "être colonisé". C'est de s'approprier, souvent sans le savoir, les façons de penser de ses maîtres politiques, même aux dépens de ses propres intérêts.

L'équipe éditoriale de La Presse véhicule depuis des mois l'idée que les Québécois, contrairement aux Canadiens, sont opposés à la guerre en Afghanistan parce que, et là je sais que j'arrondis un peu,

¤ les Québécois ont toujours eu peur de la guerre. Déjà en '41 on se sauvait dans les bois pour échapper aux MP. On était contre la guerre au nazisme et on avait tort, comme on a tort d'être contre la guerre au terrorisme;

¤ les Québécois sont aveuglés par leur antiaméricanisme hystérique. La seule mention du nom de Bush les empêche de raisonner logiquement et de conclure au caractère noble et généreux de la guerre en Afghanistan;

¤ la pacifistes québécois sont très actifs et réussissent par leurs manifestations agressives à faire pencher l'opinion publique de leur côté.

Alors, il y avait cette petite tribu de Québécois francophones un peu déconnectée qui, contrairement au reste du monde, s'opposait très fortement à la guerre en Afghanistan. Nous étions en quelque sorte la justification de la vindicte francophobe qui avait frappé l'Amérique: les freedom fries et les French pea soups étaient au menu de la presse anglo-saxonne... et de La Presse.

Et survint le jour de ce sondage Angus Reid: Les Canadiens (49%) expriment moins de scepticisme sur la mission (en Afghanistan) que les Britanniques (63%), les Français (63%), les Italiens (66%) et les Allemands (69%). Mon premier réflexe a été de m'exclamer intérieurement: "Coudonc, chose, c'est nous autres qu'était normal !" Car je dois l'avouer, mon for intérieur ne parle pas toujours bien le français.

Voilà. C'est ça l'exemple dont je voulais parler. Se désolidariser de ses compatriotes pour penser comme ses maîtres politiques, c'est cela être colonisé. Sur ce point précis de la guerre en Afghanistan, les éditorialistes de La Presse ont écrit en colonisés.

Il n'y a pas de hargne ni de colère dans ce constat. Dans La Presse, les informations sur la guerre sont fouillées, honnêtes, fréquentes. Les pages 2 et 3 sont magnifiques. Tous les points de vue sont véhiculés par les chroniqueurs, les lettres au journal et les manchettes choisies. Jooneed Khan nous fait toujours ses petits topos sur l'état du monde. Ça reste un sacré bon journal. Et de classe mondiale à part ça. Je ne boude pas mon plaisir mais cette démonstration du mécanisme de la pensée du colonisé était trop éclatante pour que je n'en parle pas.

8 commentaires:

Artimon a dit...

Ah comme c'est agréable de lire cela! Savoir qu’en effet, on est normal d’être anti-guerre (surtout dans Ce conflit là).

Mais je ne comprends par contre pas, Zylag, comment vous faites pour être abonné à ce quotidien (La Presse). Moi, qui n’ai jamais été abonné à aucun journal, je ne lis même pas les éditoriaux et chroniques retranscrites gratuitement sur les sites Internet, quand ces derniers proviennent de sources carrément alignées. Pas capable de lire ne serait-ce que le premier paragraphe, le poil me retrousse. Le fait d’être biaisé enlève, en partant, la grande majorité de crédibilité à un auteur. Je tolère même à peine les articles de la revue, quand même passablement neutre, L’actualité. Mes parents ont été abonnés à la Presse, pendant … merde, toute ma vie! Et bien eux même n’en peuvent plus. Ils passent au Devoir, c’est vous dire.

De grâce, n’arrêtez pas de dénoncer les publications véreuses. En convaincre ne serait-ce qu’un, de ne plus croire à la mystification Gesca et autre, c’est déjà ça de pris.

Anonyme a dit...

Oh, Zylag...

Comment s'appelle le monsieur âgé, présentateur de nouvelles à CTV? C'est tellement à droite que c'en est à peine possible.

Quand on présente notamment la Saint-Jean-Baptiste comme étant -genre- (mon for intérieur...), une fête québécoise, couverte en 17 secondes et l'air franchement haineux et dédaigneux du monsieur dont je n'arrive pas à faire l'effort de me souvenir du nom...

Tu vois, malgré les prétextes économiques que l'on sait bien être faux, je ne peux être entièrement contre la guerre en Afghanistan.

La façon dont elle se déroule, notre rôle, ne déléguant peut-être pas suffisamment les pouvoirs structurels, je l'ignore, je n'y suis pas, peut-être, mais nous ne vivons plus sur des continents séparés notre petite histoire personnelle.

Ça fait suer les faux prétextes, mais les idéologies défendues devant elles justifient à tout le moins certaines interventions. Sauf que, comme tu l'as souligné ailleurs, d'autres prendront la relève car les enjeux sont bien trop grands pour nous, les Talibans ont des appuis ailleurs aussi. Les guerres intestines des différentes factions, sont au-dessus de nos capacités. Il faut penser à se retirer le plus rapidement possible, en laissant derrière nous le plus de traces positives relativement aux idéologies de façade auxquelles nous sommes plusieurs à croire réellement.

Islamisme = guerre mondiale, intérêts pétroliers, $ et pouvoir. Faux prétextes s'il en est : Allah et la guerre sainte, on sait bien que ça ne sert encore qu'une poignée...

Je trouve vraiment plus intéressantes les discussions sur la Toile que dans les journaux officiels ou les actus télévisées. Pour le moment, les filtres sont différents. Profitons-en le temps que ça dure et avant que nos blogues ne se transforment tous (c'est commencé chez IQuébec) en pages publicitaires complètes.


Zed ;-)

Artimon a dit...

et parlant de guerre, un montage intéressant sur les développements en Iraq: http://www.youtube.com/watch?v=LwQBQcZhmmU

Une ambassade aussi étendue que le Vatican? Et les autres bases, construites à coup de milliards ... je rêve là ou quoi?

En tout cas, c'est loin d'être un deuxième VietNam, comme certains l'ont dit.

Zylag a dit...

@ artimon: l'abonnement à La Presse est la résultante de deux facteurs:

(1) le développement d'anticorps permettant de survivre à la connerie. Croyez-moi, si vous pouvez survivre à Marcel Adam et Renaude Lapointe, ce n'est pas Mario Roy qui va vous achever. Collard et Kroll sont bien dans leur sphère d'expertise. Gruda l'était aussi. Quand à Pratte, on ne règle pas son cas en 2 coups de cuillère à pot. Il est intelligent et j'aime bien les tourments qui l'habitent.

(2) on en revient toujours à ça: la sensualité physique du journal, de l'odeur du café et des bagels rotis s'accomode bien de ces grands papiers qui vous racontent des histoires.

Sur les bases en Irak, il est bien documenté que les guerres du Pentagone n'ont pas eu pour but de gagner la guerre ne Irak mais de gagner les guerres budgétaires pour s'approprier une plus grande part du budget américain. Le Pentagone a gagné. D'où les bases luxueuses.

Zylag a dit...

@ zed blog: si les sergents bien intentionnés et les colonels à la retraite ont pu vous convaincre que notre combat en Afghanistan avait un sens, cela veut dire qu'ils ont fait un bon travail. Je l'ai toujours dit: il y a un côté noble et généreux à cette mission. Et je comprends que vous y soyiez sensible.

Artimon a dit...

Zylag,

merci pour ces réponses, appuyés d’arguments éloquents, et documentés de surcroît. Il y a un vrai dialogue avec vous. C'est rare.

Anonyme a dit...

Ils ne m'ont convaincue de rien, Zylag. Ils doivent afficher de bons prétextes et s'organiser pour que ça fonctionne minimalement.

Je n'ai aucune attente profonde envers aucun gouvernement. Seulement, j'ai une vision très à long terme des choses. toute action visant à promouvoir les droits de la personne, par exemple, est un pas dans la bonne direction pour moi. Avec de vraies ou de fausses intentions ou un mélange des deux, c'est de moindre importance (hélas, mais c'est ainsi).

Toute action pour réellement prendre soin de notre environnement aussi.

Cela ne fait probablement que ralentir notre perte, mais je ne peux être une humaine sans donner sens à ma vie. Or, ce sens, il est ici et pas dans un au-delà. C'est donc ici que je travaille, avec mes petits moyens.

En homéopathie, on mise sur la mémoire de l'eau. Une goutte dans l'océan, c'est l'équivalent d'une dose homéopathique. On n'arrive pas à s'entendre sur la scientificité de la démarche.

N'y a-til pas un peu de « mémoire » dans l'humain? Dans toute la nature, en fait?

Sans compter que les soldats,^pour la plupart, partent probablement avec ces intentions d'amélioration des conditions de vie humaines en tête. Ce n'est pas rien.

Zylag a dit...

@ zed blog: Je comprends. Vous n'avez pas eu besoin des colonels pour voir que la mission allait dans le sens de vos valeurs, i.e. promouvoir les droits de la personne.

Je suis d'accord que pour donner un sens à la vie, il faut conserver des valeurs et contribuer à leur mise en place.