21 juin, 2007

Socio-diversité


Je parlais l'autre jour de créationnisme et je vous faisais part de cette absurdité qui a conduit des Américains adultes et vaccinés à investir 27 millions de dollars dans le Creation Museum. Ces gens-là sont convaincus qu'Ève, vêtue d'une nuisette bien sage, batifolait dans le paradis terrestre au milieu de vélociraptors végétariens.

Je posais alors la question: "Pourquoi le Bible Belt dans une nation par ailleurs si souvent à l'avant-garde de ce qui se fait de mieux chez les humains ?" J'ai aussi mes faiblesses et il m'arrive de me poser des questions stupides, du genre: "Pourquoi le monde est sans amour ?" Il y a des interrogations qui ne font pas de sens et qui témoignent uniquement du fait qu'on soit complètement déconnecté d'avec la réalité. Cette question sur le Bible Belt en était une.

J'ai entrevu une partie de la solution à mon problème de créationnisme et de Bible Belt en posant l'hypothèse que l'ensemble des conditions socio-économiques d'une société forme un écosystème répondant, mutatis mutandi, aux mêmes règles environnementales qu'un milieu physique donné. Les taigas, les déserts, les forêts tropicales et les profondeurs marines vont permettre le développement de différentes formes de vie, en plus ou moins grande quantité, et selon des caractéristiques qui leur sont propres.

Nous viendrait-il à l'idée de poser la question: "Pourquoi cet isopode géant (illustré par la photo ci-haut) alors qu'il existe de si belles créatures tels les dauphins, ou mêmes les humains (dans certaines phases de leur existence) ?" La question n'a pas de sens. L'isopode a évolué au cours de centaines de millions d'années pour en arriver à cet état-là aujourd'hui. Au hasard de ses mutations génétiques, soumis à la nécessité de survivre et de se reproduire, il en est là, maintenant, au fond de ses mers profondes.

Les sociétés humaines pourraient être considérées comme des écosystèmes permettant le développement de certains types de personnes, liées au hasard de leur lieu de naissance et soumises à la nécessité de s'y adapter. Les États-Unis, pays riche et diversifié, peuvent facilement être assimilés à une forêt tropicale qui se permet une variété phénoménale d'espèces vivantes. L'impressionnante bio-diversité des tropiques correspondrait à la vaste socio-diversité des États-Unis. Tous ces individus, les géniaux comme les tarés, peuvent s'y côtoyer sans menacer l'écosystème social américain.

Par contre, des pays pauvres comme l'Afghanistan vont permettre un moins grand foisonnement d'espèces (ou de genres de personnes) et vont exiger d'eux de s'en tenir à des coutumes tribales traditionnelles et limitées. Là-bas, hors de l'Islam, point de salut; et la place de la femme, c'est à la maison !

C'est ainsi que dans ce grand melting pot américain qui nous produit des "prix Nobel" autant qu'on veut, de même que plein de choses belles et merveilleuses, les isopodes créationnistes peuvent prospérer et se reproduire sans problème parce que ce milieu est riche et foisonnant de vie.

Je sais bien, au fond, que je ne viens pas de faire une si grande découverte. J'ai un frère qui depuis plus de 30 ans passe tous ses hivers en Floride. Il m'a toujours dit: "T'sé, aux États, y a plusse de toutte dans toutte !"
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photo: Isopode géant par coda

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