samedi 30 septembre 2006

Bob Woodward, conspirationniste ?

Vous vous souvenez de la fameuse corrélation ? La popularité du président Bush est inversement proportionnelle au prix de l'essence. Le professeur Pollkatz l'a établie ici. J'en ai d'abord ri, mais elle s'est avérée exacte sous plusieurs présidents, selon le Business Week.

Le Congrès américain vient de voter une loi abolissant l'habeas corpus institué par la Carta Magna en 1215 en Angleterre. Cette même loi autorise aussi le président à définir de sa propre autorité ce qu'est la torture. Pensez-vous que cela dérange les Américains ? Que nenni. Ils sont comme les Canadiens. Les problèmes constitutionnels, c'est plate. Ce qui les préoccupe ? Le prix de l'essence.

Dan K. Thomasson, un vieux journaliste d'enquête de plus de quarante ans d'expérience, pense aussi que le principal facteur que vont considérer les électeurs en entrant dans le bureau de scrutin, c'est le prix de l'essence. Et comme les prix à la pompe ont baissé dramatiquement dans les dernières semaines, il prévoit, comme beaucoup de ses collègues, que les Républicains ont des chances de conserver la Chambre des représentants et le Sénat, le 7 novembre prochain. Et ce, malgré que les sondages donnent une avance de 11 % aux Démocrates.

Michael T Klare, lui, est un analyste sérieux. Responsable des études sur la paix et la sécurité au Hampshire College d'Amherst, Massachusetts, il pense que la baisse du prix de l'essence est due au fait que l'administration Bush a mis un bémol à son discours guerrier contre l'Iran, ce qui a rassuré les marchés. De plus, aucun ouragan dévastateur n'est venu perturber les stations de forage sur le Golfe du Mexique. Toutes de bonnes nouvelles qui ont permis une baisse du brut et un prix réduit à la pompe.

Et là nous arrive le trouble-fête, Bob Woodward, le héros du Watergate, incarné par Robert Redfort au cinéma, celui-là même qui mange dans la main de Bush et des Républicains depuis janvier 2001. Il prétend, parlons moins fort, il prétend, entendons-nous bien, c'est une prétention de sa part, il prétend qu'il a entendu Bush en grande conversation avec le prince Bandar d'Arabie Saoudite, lequel lui promettait de faire baisser les prix du pétrole avant les élections de novembre:

"They could go down very quickly. That's the Saudi pledge. Certainly over the summer, or as we get closer to the election, they could increase production several million barrels a day," Mr Woodward said."

Le tout va être diffusé sur CBS dimanche, je ne vous dis pas à quelle heure, ni à quelle émission. Quoi ? Toute théorie conspirationniste doit comporter un peu de mystère, que diable !

vendredi 29 septembre 2006

Ubuntu

J'aime bien faire parfois des analyses psycho-pop de différentes philosophies politiques. Je sais que cela ne fait pas sérieux. Les commentateurs politiques ne font pas ce genre de choses. Ils se contentent d'écrire selon les canons de la psycho-pop politicienne, sans les analyser. Je reconnais cependant qu'il y a des choses qu'on peut faire dans un blogue mais pas dans un média de masse.

Le journaliste Sean Coughlan de la BBC couvrait hier la conférence de Bill Clinton donnée aux représentants du Labour Party. Visiblement sous le charme de la voix rauque et familière de l'ancien président, il raconte l'utilisation par ce dernier du terme africain "ubuntu": "La société est importante à cause de l'ubuntu".

Ubuntu est un concept africain se traduisant par "je suis parce que tu es". Il a été popularisé par Desmond Tutu pour qui il signifie:"Mon humanité est intimement liée à ce qu'est la tienne". L'association du terme avec Mgr Tutu a même suscité l'idée d'une "théologie de l'ubuntu", où la responsabilité morale découle du partage d'une même humanité.

Le concept d'ubuntu a beau être africain et découler de coutumes tribales anciennes, il n'en est pas moins authentiquement de gauche, et ce, des milliers d'années avant que les universitaires et politiciens européens ne se penchent sur une définition de la gauche. epsilon décrit ici de façon magistrale les origines de la gauche dans l'échelle de l'évolution. Un petit extrait: "Déjà à cette échelle cellulaire on peut distinguer les origines de la gauche et de la droite. La droite c’est la loi du plus fort, c’est la compétition impitoyable entre les cellules qui s’entre dévorent pour s’approprier les ressources énergétiques et survivre. La gauche c’est quand un amas de cellules inhibe son agressivité inter cellulaire et travaille en équipe pour accroître les chances de survie de l’ensemble." Il y a des idées comme celle d'epsilon qui calment et rassurent parce qu'elles expliquent.

Cette idée m'a aidé à comprendre l'inexplicable: j'ai fait une légère crise d'angoisse quand j'ai su que le projet de loi sur la torture allait passer au Sénat américain. Je ne comprenais pas. Aujourd'hui adoptée, la loi sur la torture fait même partie de l'arsenal électoral des Républicains pour le 7 novembre. Douze sénateurs démocrates ont aussi pensé que cela les rendraient plus populaires auprès de leurs électeurs. D'où ma légère angoisse et mon incompréhension.

Quoi ? Permettre au président américain de détenir indéfiniment un prisonnier et de le torturer à volonté plait au peuple américain ? Appuyer cette loi vous permet d'être réélu ? Quel sorte de peuple est-ce là ? Avouez que c'est angoissant. Au moins les Syriens ont relâché Maher Arar après un an. Si vous avez un ami d'origine Arabe qui revient d'un voyage d'affaires au Pakistan, n'allez pas aux États-Unis ! Si on vous soupçonne de complicité terroriste, vous pouvez être enfermé et torturé pour le restant de vos jours, et sans aucun recours.

Revenons aux idées qui calment et rassurent. Quand Bush a réduit les impôts des riches, je n'avais pas compris l'appui populaire reçu par cette mesure. Puis, je suis tombé sur une étude démontrant que 19 % des Américains pensaient se situer parmi les 1 % des plus riches Américains. Là je comprenais. Ils étaient au moins 50 % à se prendre pour des riches.

Une autre idée qui permet de comprendre: pourquoi cet engouement pour les armes dans la droite américaine ? Est-ce du machisme ? Il n'y a pourtant rien de viril à trembler dans ses culottes et à avoir peur de tout. Puis un jour je tombe sur une étude longitudinale s'étalant sur plus de 20 ans avec un petit groupe de personnes. Il s'avérait que les enfants pleurnicheurs qui se réfugiaient sous les jupes de maman sont plus tard devenus des Républicains. D'où leur besoin de remplacer maman par une arme une fois devenus grands. Psycho-pop. Amusant, n'est-ce-pas ?

Ainsi donc, on prend des positions politiques non pas en fonction de ce qu'on est, mais en fonction de ce qu'on pense qu'on est. Sur la torture, les Américains y sont favorables parce qu'ils se perçoivent comme des prédateurs sur la scène mondiale, et non pas comme des victimes. Ils se pensent les plus forts, ils sont donc pour la loi du plus fort. Ils pensent qu'ils ne seront pas torturés. C'est eux, bien protégés par leur budget militaire annuel de 450 milliards de dollars, qui vont torturer leurs ennemis. L'ubuntu, c'est pour les faibles.

Incroyable. La dégradation des institutions de ce peuple, poussé par ses élites à écouter ses pires démons intérieurs, se poursuit à une vitesse folle. Ralph Nader pense-t-il encore que Bush et Gore, c'est blanc bonnet et bonnet blanc ?

jeudi 28 septembre 2006

Réveil rural

Vous souvenez-vous de Bidou Laloge, le malheureux fils du père Laloge, frère de Donalda et beau-frère de Séraphin ? Bidou, en pleine période de colonisation, avait tenté de s'établir à Montréal où il avait occupé divers emplois, commis de magasin, commis à l'expédition, etc. Il y avait perdu son âme, devenant alcoolique et joueur, des vices de la grande ville. Il est devenu ici l’archétype des campagnards incapables de s’adapter à la vie urbaine.

Dans les années 1870 où cette histoire se passe, 80 % des Québécois vivaient à la campagne. En 1901, ils en étaient à 60 %, puis 33 % en 1951. Aujourd'hui, avec la modernisation de l'agriculture, il n'y a plus que 2 % de la population impliquée dans la production des denrées agricoles.

Aux États-Unis, 0,7 % de la population gagne sa vie dans une agriculture qui nourrit 298,4 millions de personnes et qui en plus est une des plus grandes exportatrices de denrées diverses. La France qui protège fortement ses agriculteurs et qui les appelle affectueusement les jardiniers de la terre, maintient un ratio de 4,1 % de personnes vivant de l'agriculture. La moyenne entre ces deux ratios reflète passablement la situation dans les pays industrialisés.

Ailleurs, c'est comme si aujourd'hui remontait dans le temps. Les 188,0 millions de Brésiliens sont nourris par 20 % de la population; les 165,8 millions de Pakistanais par 42 % de la population; 1,3 milliard de Chinois par 49 %; 1,1 milliard d'Indiens par 60 %; les 131,8 millions de Nigériens par 70 %.

Qu'allons-nous faire de tous ces Bidou Laloge en puissance ?

C'est la question que pose Spengler avec son cynisme habituel: "What do you do with all the farmers?" Comment en effet ne pas être cynique devant l'énormité du problème, si on définit le cynisme comme un effet du désespoir engendré par la lucidité ?

Spengler fait un bref rappel historique expliquant que les surplus de main d'oeuvre agricole amenés par les progrès de la mécanisation ont traditionnellement été éliminés par les guerres et par les épidémies, et ce, en partant de l'invention du collier des chevaux de trait.

La découverte de l'Amérique a pendant des années offert des nouvelles terres aux surplus de main d'oeuvre européens. Les frontières sont maintenant fermées, ce qui n'a pas empêché 20 millions de mexicains d'entrer clandestinement aux États-Unis, y créant un backlash anti-immigration. Plusieurs villes sud-américaines et sud-africaines sont devenues des champs de tir suite à l'afflux de populations rurales désorientées.

Tout ceci met en valeur la réussite de la Chine qui bon an mal an intègre 12 à 15 millions de campagnards dans les villes tout en maintenant sa cohésion sociale. C'est pourquoi la poursuite de l'expansion économique est si cruciale pour elle. Et c'est aussi pourquoi Spengler a écrit: "China must wait for democracy." Le Euston Group qui érige la démocratie libérale en impératif catégorique devra aller se rhabiller, et pour ce que j'en sais, pas mal d'autres intervenants politiques aussi.

Qu'allons-nous faire des centaines de millions de Bidou Laloge qui peuplent aujourd'hui notre planète ? La guerre serait-elle le seul régulateur des surplus de main d'oeuvre agricole ?


P.S. J’ai consacré 3 heures à la rédaction de ce blogue pendant lesquelles j’ai eu beaucoup de plaisir, et trois heures à la publication de ce blogue pendant lesquelles je me suis fait royalement …, pendant lesquelles je me suis franchement ennuyé. Blogger n’était pas en forme, aujourd’hui. J’ai abandonné les photos d’illustration parce que cela prenait trop de temps. Blogger buggait trop souvent. Et trop de petits malins exigeaient des droits d’auteurs pour avoir pris une photo de leur belle-mère ou d’une fleur du Jardin botanique de leur quartier. Ça fait que là, si ça continue, je vais lâcher le blogging. Je n’ai pas que ça à faire. Il y a le ménage, l’époussetage, le repassage, la commande. Je ne sais pas si vous vous faites une idée, mais…

mercredi 27 septembre 2006

Salade de saison X

Les optimistes disent que le rire est le propre de l'homme. Les pessimistes disent que la haine est le propre de l'homme.

Le cas Alphonso Gagliano

Je suis d'un naturel très sensible et je ne veux en aucun cas poser de gestes ou écrire des choses qui seraient susceptibles de me valoir des accusations de racisme. D'un autre côté, sans avoir carrément l'esprit de contradiction, il m'est difficile parfois de me rallier aux idées reçues. On a vu M. Gagliano sur toutes les tribunes cette semaine et l'idée généralement reçue à son sujet n'est pas très favorable. Par ailleurs, il m'est tout à fait impossible d'écrire sciemment des faussetés. Vous pouvez donc comprendre à quel point, pour moi, M. Gagliano est "un cas".


Le PQ et le PLQ à égalité

Traditionnellement, le PLQ perd le pouvoir à égalité parce que ses électeurs sont concentrés dans un petit nombre de circonscriptions. Il lui faut donc plus de votes pour obtenir la majorité des comtés, soit environ 5 % plus de votes. Aux États-Unis, les Démocrates doivent obtenir environ 8 % plus de voix que les Républicains pour prendre le contrôle de la Chambre des représentants.

Le Parti vert et Québec solidaire vont chercher 13 % des intentions de vote après répartition des indécis. On se trouve peut-être déjà dans cette situation, courante dans les démocraties occidentales, où les divisions de la gauche donne le pouvoir à la droite. À cause de la division du vote francophone, le PLQ n'a peut-être plus besoin de "payer" sa prime de 5 %.


Michaëlle Jean, gouverneur général du Canada

Mme Jean refuse à l'évidence de s'en tenir au rôle de potiche constitutionnelle. Elle est jeune, belle, anticonformiste et elle a l'habitude de voir les caméras tournées vers elle. Elle représente ici Élisabeth II, reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord, de ses autres Royaumes et Territoires, Chef du Commonwealth, Défenseur de la foi, Gouverneur suprême de l'Église d'Angleterre et Commandant en chef des forces armées britanniques.

En 54 ans de règne, Élisabeth II n'a jamais donné d'entrevues à la presse. Personne ne connaît ses opinions personnelles ou politiques sur quoi que ce soit, à part ses proches, sans doute, et encore ! Mme Michaëlle Jean ne vise sûrement pas à la longévité de son règne et le prix à payer pour elle sera moins élevé que celui de la maison Windsor s'il prenait envie aux Anglais de devenir républicains.

Je crois à la sincérité et à la bonne foi de Mme Jean. Cependant, elle affronte sans arme des forces terribles qu'elle ne pourra maîtriser. Elle est un drame en devenir.


Message de Santé Canada

J'ai reçu un message de Santé Canada en achetant mon dernier paquet de cigarettes: "Le fait d'arrêter de fumer réduit vos chances d'être atteint d'un cancer du poumon." Là, je ne sais plus si je veux arrêter. Je n'aime pas cela qu'on réduise mes chances pour quoi que ce soit.


Hee-Haw Tremblay avertit le Pakistan

"Certes, l’effort de reconstruction de l’Afghanistan est nécessaire, le pays restant fragile, et les Canadiens doivent le comprendre : nous sommes là, sous une forme ou une autre, pour au moins 25 ans. Mais les choses doivent être claires avec le Pakistan : nos soldats ne doivent pas mourir au cours de combats contre des talibans au service des intérêts géopolitiques pakistanais."

Que Jocelyn Coulon me pardonne, mais la conclusion de son article Notre "ami" le Pakistan m'a ouvert les portes si grandes que je n'ai pu résister. Je suis par ailleurs un admirateur sincère de son travail et de ses talents de vulgarisateur.

mardi 26 septembre 2006

La nouvelle gauche impérialiste

En avril 2006, un groupe de copains, des journalistes, des universitaires et des militants de gauche se réunirent chez O'Neill's, un pub de Euston Road, à Londres. Ils y approuvèrent ce qui allait devenir le Euston Manifesto, publié pour la première fois dans le magazine londonien The New Statesman.

Le document qui essentiellement faisait la promotion de la politique américaine en Irak auprès des intellos de gauche fit un certain bruit dans les Internets et recueillit près de 2 000 signatures. La cohésion doctrinale du groupe ne tenait pas à grand chose, puisque le journaliste Guy Rundle eût tôt fait de démontrer que lors des bombardements du Liban par Israël, les signataires en étaient presque tous revenus à leurs positions traditionnelles sur la guerre et le militarisme.

Le Euston Group comme tel m'intéresse assez peu car il n'est pas destiné à avoir un grand impact. Ce qui me fascine par contre, c'est la mouvance dont il est issu: ces intellectuels fatigués du relativisme moral, du relativisme culturel et de l'antiaméricanisme, résolument pro-israéliens et opposés à l'islam, qui ont surgi dans le paysage médiatique après l'attentat du World Trade Center.

Christopher Hitchens, encore identifié à la gauche à l'époque, est le premier que j'ai lu sur le sujet: il était favorable à la guerre en Irak parce qu'il avait un copain irakien qui avait bien souffert de la tyrannie de Saddam Hussein. Michael Ignatieff, alors universitaire américain prestigieux, écrivait:"To defeat evil, we may have to traffic in evils: indefinite detention of suspects, coercive interrogations, targeted assassinations, even pre-emptive war."

Les intellectuels de The New Republic me déconcertaient: comment pouvaient-ils ne pas réaliser la folie d'envahir l'Irak? On encensait la clarté morale de Bush et sa détermination. Le New York Times et le Washington Post relayaient tous les messages de la machine de propagande de Bush, quand ils ne la nourrissaient pas. Les Américains ne voyaient-ils pas l'horreur de bafouer carrément le droit international et les institutions qui en découlent ?

Le Euston Manifesto décrit bien la façon de penser de cette nouvelle gauche impérialiste:

¤ Nous nous reconnaissons dans les règles, procédures et structures démocratiques que sont notamment la liberté d'opinion et de réunion, les élections libres, la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, ainsi que la séparation entre l'Etat et les religions.

¤ Nous nous refusons à faire preuve de "compréhension" et d’indulgence à l’égard des régimes et des mouvements réactionnaires qui haïssent et combattent la démocratie, à savoir les régimes qui oppriment leur peuple et les mouvements qui aspirent à faire de même. Nous tenons à marquer notre différence par rapport à ces voix de gauche qui, aujourd'hui, sont promptes à offrir des explications culpabilisées de nature à excuser ces forces politiques.

¤ Nous tenons les droits humains fondamentaux, tels qu'ils sont codifiés dans la Déclaration Universelle, pour universels, précisément, applicables à tous les Etats et toutes les forces politiques, bref à tous. De même la violation de ces droits doit être condamnée quel qu'en soit le responsable ou le contexte culturel. Nous rejetons la pratique du "deux poids, deux mesures" de progressistes auto-proclamés qui dénoncent plus vigoureusement que d'autres violations manifestement plus graves des violations moindres (mêmes si elles sont bien réelles) survenant à domicile, où dont la responsabilité peut être imputée à des gouvernements honnis. Nous rejetons de même le point de vue relativiste selon lequel les droits fondamentaux ne seraient pas applicables dans certaines sociétés.

¤ Nous rejetons sans réserve l’anti-américanisme qui a désormais contaminé des pans entiers de la gauche.

¤ Nous nous opposons à toutes les formes de terrorisme. Selon le droit international et l'ensemble des normes reconnues de la guerre, le fait prendre délibérément pour cible des civils est un crime qui ne saurait être justifié par l’argument qu’il sert une cause juste. Le terrorisme inspiré par l’idéologie islamiste est aujourd’hui répandu.

¤ Conformément à sa tradition, la gauche lutte pour la justice et la dignité pour tous. La lutte contre la tyrannie et les forces du totalitarisme qui se manifestent à nouveau relève de la même tradition. Ces deux luttes doivent être menées simultanément, l'une ne saurait être sacrifiée au profit de l'autre.

¤ Sous prétexte d'"antisionisme", on voit des organisations se réclamant de la gauche accueillir désormais des orateurs ouvertement antisémites et faire alliance avec des groupes antisémites.

¤ La violation des droits fondamentaux à Abou Graib, à Guantanamo et au travers de la pratique des "transfèrements" de prisonniers doit être fermement condamnée (...). Mais nous rejetons la pratique du "deux poids, deux mesures" qui conduit une trop grande partie de la gauche à dénoncer comme pire les violations des droits de l'homme imputables aux démocraties, tout en étant silencieuse ou discrète sur d'autres violations bien plus effroyables.


Cette nouvelle gauche aime bien les avantages que procurent les démocraties occidentales à ses commettants. Elle ignore le poids de l'histoire, des inégalités économiques et des déterminants culturels archaïques qui pèsent sur la majorité des humains qui vivent en dehors de ces enclaves de la richesse. En mettant sur le même pied la lutte pour la justice et le combat contre la tyrannie, elle remet à plus tard la lutte pour la justice, car, on le voit bien, le fracas des bombes ne laisse place à aucun autre discours.

Cette nouvelle gauche est impérialiste, car imbue de notre supériorité inhérente, elle veut imposer notre "bonheur", celui des occidentaux vivant dans les démocraties libérales, à tous les peuples de la terre, qu'ils le veuillent ou non.

lundi 25 septembre 2006

Les guerres humanitaires

Le professeur Michel Wieviorka, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales de Paris, faisait dans son dernier billet une intéressante distinction entre trois types de guerres. Il y a tout d'abord les guerres traditionnelles, à la Clausewitz, qui sont la continuation de la politique par d'autres moyens, laquelle politique, à son tour, est la continuation de la business par d'autres moyens.

Il y a ensuite les guerres métapolitiques, qui vont au-delà des États-nations, ces luttes du bien contre le mal, contre le terrorisme, contre l'islamo-fascisme, entraînant le choc des civilisations. Il n'est pas besoin d'être devin pour savoir de quoi il parle. Il s'agit bien sûr des Croisades qui, du XI ème au XIII ème siècle, ont ravagé la Palestine...

Enfin, il y a les guerres humanitaires qui, "au nom de valeurs universelles, [se transforment] en missions humanitaires, en intervention pour théoriquement maintenir ou restaurer la paix, quitte pour l'État qui y participe, en général dans le cadre d'une organisation supra ou internationale, l'ONU, l'OTAN, l'UE, à s'arroger un droit d'ingérence et à entrer dans une sorte de concurrence-complémentarité avec les ONG privées - ce qui n'empêche pas les entorses au droit de la guerre." On pense bien sûr à la guerre au Kosovo de 1999 qui a ouvert une boîte de Pandore, et à la guerre en Afghanistan que ses partisans au Canada présentent comme une action humanitaire.

Michel Wieviorka souligne que la guerre "est ainsi aujourd'hui la figure composite, et changeante, de logiques qui s'enchevêtrent - mais avec une constante : ses victimes sont militaires, certes, mais surtout, massivement, civiles". Les guerres humanitaires peuvent cacher d'autres motifs et donner lieu à des massacres, comme elles peuvent être sincères et réussir. Ce n'est donc pas parce qu'on nous offre les meilleures raisons du monde qu'on doit s'engager dans une guerre "humanitaire". George Bush a au début invoqué plusieurs raisons humanitaires pour s'en prendre à l'Irak. Aujourd'hui, il dit combattre l'islamo-fascisme. Plusieurs pensent qu'il s'agit depuis toujours d'une guerre classique d'agression pour s'assurer d'approvisionnements en pétrole.

La famine au Biafra, le génocide au Rwanda et celui du Darfour ont finalement conduit l'ONU à reconnaître qu'il fallait trouver une façon d'intervenir dans ces situations qui soulèvent l'indignation générale dans le monde. À l'automne 2005, l'Assemblée générale de l'ONU a adopté le principe du devoir de protection:

"Tous les gouvernements admettent clairement et sans ambiguïté le devoir collectif de la communauté internationale de protéger les populations contre le génocide, les crimes de guerre, le nettoyage ethnique et les crimes contre l’humanité. Ils sont disposés à mener à cette fin, en temps voulu, une action collective résolue, par l’entremise du Conseil de sécurité, lorsque les moyens pacifiques se révèlent inadéquats et que les autorités nationales n’assurent manifestement pas cette protection."

Le Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix précise bien que "le devoir de protection ne doit pas constituer une remise en cause du principe de non ingérence ou de la souveraineté étatique, fondement des relations internationales - ni la justification d’un interventionnisme illimité : le seuil de sa mise en œuvre, dans le cadre des Nations Unies, a été fixé aux cas extrêmes de génocide, de crimes de guerre, de nettoyage ethnique ou de crimes contre l’humanité."

Il faut noter ici que la guerre du Canada en Afghanistan ne correspond en rien au devoir de protection adopté par l'ONU à l'automne 2005. Après avoir constaté le départ du gouvernement des Talibans, le Conseil de sécurité approuvait par la résolution 1378 une mission de stabilisation du pays, d'aide humanitaire d'urgence et de reconstruction. Cinq ans plus tard, nous y faisons la guerre au terrorisme en bombardant à outrance, selon la méthode américaine.

La situation en Afghanistan a changé. Les règles d'engagement ont changé. Les buts de la mission ont changé. L'armée canadienne s'est embourbée dans une longue guerre d'occupation. Parler aujourd'hui de mission humanitaire, de devoir d'ingérence et de la construction d'écoles à propos de cette opération militaire est de la démagogie et de l'imposture.

Il faut enlever la conduite de cette guerre aux militaires. Il faut que les hommes politiques fassent montre de leadership, réévaluent la mission avec les partenaires politiques et posent les gestes qui s'imposeront à la suite de ce nouveau bilan. En Afghanistan, entre rester et partir, repartir.

dimanche 24 septembre 2006

En marge de l'entrevue Clinton-Wallace

On n'a pas souvent l'occasion de voir un président des États-Unis d'humeur agressive. Les exigences de la fonction les amènent plus souvent, lorsque le public les regarde, à sourire et à contrôler leur agressivité même quand ils sont contrariés. On sait bien que c'est une autre histoire en privé. L'entrevue Clinton-Wallace de ce matin a levé brièvement le voile sur un Clinton en colère, qui a su garder le sourire tout en menant des attaques bien senties contre la droite américaine et contre Fox News.

L'entrevue n'avait pas été diffusée que déjà, hier, se basant sans doute sur le compte-rendu de Think Progress, Barry Yourgrau reprochait à Clinton de s'en tenir à la seule défense de sa réputation contre les calomnies, et de ne rien dire pour défendre les institutions attaquées par la nouvelle loi sur la torture. Pour être honnête envers son billet, ses reproches s'adressaient aussi aux Démocrates, aux médias, et à l'ensemble de la société américaine.

Et c'est ça, le point central de l'affaire. Que Bush et les Républicains instituent la torture, cette fois-ci légalement, au mépris de la Convention de Genève dont les États-Unis sont signataires, est considéré comme normal par Yourgrau: ce sont les méchants, c'est normal qu'ils soient méchants. Mais que les bons ne les dénoncent pas, ou pas suffisamment, ça c'est pas correct.

Ce type de problèmes n'appartient pas en propre à la gauche américaine. La gauche, dans tous les pays démocratiques est souvent divisée sur elle-même. Elle a beaucoup de généraux et peu de soldats. Et c'est comme ça que l'armée de Le Pen se place 2ème devant les socialistes en France, que Ralph Nader donne la présidence à Bush en 2000, etc. Les commentateurs politiques disent que c'est dans la nature de la gauche d'être comme cela.

samedi 23 septembre 2006

Bill Clinton en a assez !

Demain matin, dimanche le 24 septembre 2006, à 9h00, Bill Clinton pète sa coche chez Chris Wallace de Fox News. Le réseau ABC a diffusé la semaine dernière une dramatique qui essayait de blâmer l'administration Clinton pour l'attentat du World Trade Center. Au début de l'entrevue de dimanche, Chris Wallace remet sur le table les accusations du réseau ABC.

Think Progress a obtenu la transcription verbatim (1er jet) de l'entrevue que Bill Clinton a accordé à l'animateur vendredi pour diffusion dimanche.

(...)
WALLACE: …but the question is why didn’t you do more, connect the dots and put them [al Qaeda] out of business?

CLINTON: OK, let’s talk about it. I will answer all of those things on the merits but I want to talk about the context of which this…arises. I’m being asked this on the FOX network…(...)

All of President Bush’s neocons claimed that I was too obsessed with finding Bin Laden when they didn’t have a single meeting about Bin Laden for the nine months after I left office. All the right wingers who now say that I didn’t do enough said that I did too much. Same people.

They were all trying to get me to withdraw from Somalia in 1993 the next day after we were involved in black hawk down and I refused to do it and stayed 6 months and had an orderly transfer to the UN.(...)

WALLACE: May I ask a general question that you can answer. The 9/11 Commission, which you talk about, and this is what they did say, not what ABC pretended they said…

CLINTON: Wait, Wait…

WALLACE: …they said about you and 43 and I quote, “The US government took the threat seriously, not in the sense of mustering anything like that would be….to confront an enemy of the first, second or third rank”

CLINTON: That’s not true with us and Bin Laden…

WALLACE: …the 9/11 commission says…

CLINTON: Let’s look at what Richard Clarke says. You think Richard Clarke has a vigorous attitude about Bin Laden?

WALLACE: Yes I do

CLINTON: You do?

WALLACE: I think he has a variety of opinions and loyalties but yes.

CLINTON: He has a variety of opinion and loyalties now but let’s look at the facts. He worked for Ronald Regan. He was loyal to him. He worked for George Herbert Walker Bush and he was loyal to him. He worked for me and he was loyal to me. He worked for President Bush; he was loyal to him. They downgraded him and the terrorist operation.(...)

WALLACE: Do you think you did enough sir?

CLINTON: No, because I didn’t get him

WALLACE: Right…

CLINTON: But at least I tried. That’s the difference in me and some, including all the right wingers who are attacking me now. They ridiculed me for trying. They had eight months to try and they didn’t….. I tired. So I tried and failed. When I failed I left a comprehensive anti-terror strategy and the best guy in the country, Dick Clarke… So you did FOX’s bidding on this show. You did you nice little conservative hit job on me. But what I want to know..

WALLACE: Now wait a minute sir…

CLINTON:..

WALLACE: I asked a question. You don’t think that’s a legitimate question?

CLINTON: It was a perfectly legitimate question but I want to know how many people in the Bush administration you asked this question of. I want to know how many people in the Bush administration you asked why didn’t you do anything about the Cole. I want to know how many you asked why did you fire Dick Clarke. I want to know…

WALLACE: We asked..

CLINTON:..

WALLACE: Do you ever watch Fox News Sunday sir?

CLINTON: I don’t believe you ask them that.

WALLACE: We ask plenty of questions of…

CLINTON: You didn’t ask that did you? Tell the truth

WALLACE: About the USS Cole?

CLINTON: tell the truth.

WALLACE: I…with Iraq and Afghanistan there’s plenty of stuff to ask.

CLINTON: Did you ever ask that? You set this meeting up because you were going to get a lot of criticism from your viewers because Rupert Murdoch is going to get a lot of criticism from your viewers for supporting my work on Climate Change. And you came here under false pretenses and said that you’d spend half the time talking about…(...)

The people on my political right who say I didn’t do enough spent the whole time I was president saying why is he so obsessed with Bin Laden. And that was wag the dog when he tried to kill him. My Republican sec of defense — and I think I’m the only person since World War II to have a Secretary of Defense from the opposite party — Richard Clarke, and all the intelligence people said that I ordered a vigorous attempt to get Osama Bin Laden and came closer apparently than anybody has since.

WALLACE: alright…

CLINTON: And you guys try to create the opposite impression when all you have to do is read Richard Clarke’s findings and you know it’s not true. It’s just not true. And all this business about Somalia — the same people who criticized me about Somalia were demanding I leave the next day. Same exact crowd..

WALLACE: one of the…

CLINTON: …So if you’re going to do this for gods sake follow the same standards for everybody.

WALLACE: I think we do sir

CLINTON: …be fair (...)

vendredi 22 septembre 2006

Travail de session

Département des sciences du comportement collectif humain
Université du Québec à Natashquan
Session automne 2050

Cours: Résolution de problèmes historiques
Par: le professeur Zylagus Gorilla II

Travail de session:
Utilisant la Banque de données Google contenant tout le savoir humain, et les algorithmes de recherche et d'interprétation de données mis au point par Microsoft, la CIA et le professeur Chomsky, vous devrez trouver une explication valide pour une des cinq problématiques suivantes se rapportant à la période 2000-2010 de ce siècle.

Problématiques

Le concept de vérité n'étant pas opérationnel dans les activités politiques, justifiez les émeutes survenues en Hongrie en septembre 2006 lorsque le premier ministre Ferencs Gyurcsany a dit la vérité en avouant« Nous avons clairement menti pendant les 18 ou les 24 derniers mois. C’était parfaitement clair que ce que nous disions n’était pas vrai. »

En 2000, le peuple américain jouissait par sa Constitution d'un système de contre-pouvoirs très élaboré. Expliquez comment l'administration Bush, dans le but de promouvoir la démocratie dans le monde, a détruit la démocratie dans son propre pays en concentrant au niveau exécutif des pouvoirs relevant jadis du Congrès et des autorités judiciaires.

Le Canada a toujours eu une politique d'ouverture vis-à-vis les premières nations autochtones, leur reconnaissant le droit d'exister comme nation. Démontez les mécanismes de la psychologie collective des Canadiens anglais qui les ont conduits à refuser cette reconnaissance à la nation québécoise même au prix d'une rupture du lien fédératif.

Dans les démocraties occidentales, étant donné les multiples contraintes occasionnées par les nécessités électorales, l'émergence d'un véritable homme d'État à la tête d'un parti politique est un phénomène assez rare. Au Québec, le Parti québécois a eu la chance d'avoir quatre véritables hommes d'État à sa tête dans les 30 premières années de son existence. Expliquez pourquoi le Parti québécois leur a fait vivre à tous un véritable enfer au lieu de les appuyer.

À la fin du siècle dernier, tous les scientifiques indépendants ont signalé l'urgence de réduire l'émission de gaz à effet de serre pour éviter un réchauffement accéléré de la planète. La migration des populations vers le nord fera bientôt passer à Natashquan la barre des 2 millions d'habitants. À partir du retrait américain de l'accord de Kyoto en 2000, et du retrait canadien en 2006, retracez la chaîne des événements politiques et climatiques qui ont conduit la planète à l'état où elle est.


Pondération

Tous les étudiants sont inscrits au présent cours dans le cadre du MMPD (Maîtrise en management des personnes déplacées) pour y développer des compétences transversales. Aucune note ne sera donc attribuée à ce travail de session et seule comptera la note attribuée à la suite de l'examen oral final. Cependant, si le travail n'est pas remis au 10 décembre 2050 ou s'il est à l'évidence bâclé, le professeur Gorilla se réserve le droit de refuser votre admission à l'examen final.


Bonne session à tous !

jeudi 21 septembre 2006

Revue de presse musulmane

Terres de feu
Liban, L'Orient-Le Jour, 21 septembre 2006.

"Allez droit à la Palestine, c’est là le cœur du problème, le centre des crises dans le monde musulman. Cette exhortation angoissée du Pakistanais Pervez Musharraf, Kofi Annan l’avait formulée lundi déjà, dans son discours d’ouverture de l’Assemblée, lequel revêtait valeur de testament politique. C’est là le plus grand défi, en raison de toute la charge symbolique et émotionnelle que recèle ce conflit, a averti ainsi le secrétaire général, qui quittera ses fonctions en décembre. On ne sait trop cependant quelle sorte d’émotion peut habiter l’Administration américaine, quand elle persiste à déclarer une guerre sans merci au terrorisme sans prendre la peine de s’armer, en sus de ses formidables moyens technologiques et militaires, de réalisme et surtout de justice."


La 9ème Croisade
Tunis Hebdo, du 18 au 24 septembre 2006.

"Le plus déconcertant dans ce discours «diviseur» [de Benoît XVI] est qu’il intervient au moment même où le monde arabo-musulman déploie d’intenses efforts pour que Chrétiens et Musulmans, Orient et Occident dépassent les barrières de la méfiance réciproque et se rejoignent dans un élan commun sur la voie de la paix, de la liberté et de la solidarité. Des dizaines de rencontres d’envergure, allant dans ce sens, se sont tenues ces deux dernières années alternativement en terre arabe et occidentale, marquant de nombreux points de rapprochement. Cet acquis menace ruine malheureusement après cette déclaration pontificale, axée principalement sur une logique binaire («nous» et «eux») et l’antinomique concept «la Croix contre le Croissant»..."


ISESCO dénonce l'appel du Rabbin pour l'extermination des mâles palestiniens
WAFA Agence Palestine Presse, 20 septembre 2006.

RABAT, le 20 septembre 2006, WAFA - L'Organisation Educationnelle, Scientifique et Culturelle Islamique (ISESCO) a vigoureusement condamné les déclarations faites par le Rabbin israélien, Yousef Falay, dans lesquels, il avait réclamé l’extermination de tous les mâles palestiniens. Dans son communiqué de mardi, ISESCO a considéré cet appel "comme forme de terrorisme et d'incitation au meurtre et à l'annihilation."

ISESCO a appelé la communauté internationale à rapidement dénoncer l'appel raciste et terroriste du Rabbin."Les déclarations de Yousef Falay sont un modèle de haine et d'extrémisme et sont racistes, les déclarations de terroriste défient le monde entier et menacent la paix et la sécurité dans la région,"a t-elle indiqué."


Quelle mouche a piqué Benoît XVI ?
Djibouti, La Nation, 20 septembre 2006`.

"On se demande à quoi correspond exactement cette volonté de polémiquer. Le pape, personnage désormais hypermédiatisé est non seulement responsable de ses ouailles mais de la paix dans le monde.

Mais désormais, ce que l'Eglise catholique semble nous communiquer, c'est que les hommes de bonne volonté n'ont plu le vent en poupe. Mais ce que l'on retiendra de cette sortie du nouveau pape, c'est qu'il n'est pas facile de succéder à Jean-Paul II."


L'esprit des croisades
Maroc, L'Opinion, 21 septembre 2006.

"Le Pape doit évaluer à leur juste valeur les dangers des propos qu’il a prononcés contre l’Islam et le Prophète et présenter des excuses formelles et claires aux Musulmans de par le monde.

L’Islam est la religion de la tolérance par excellence et s’adresse à la raison qui complète la foi.
L’amalgame doit cesser car l’Islam est contre la violence et l’extrémisme. Il faut donc faire prévaloir la raison et le bon sens et cesser d’accuser à tord l’Islam et les Musulmans."


Pope Benedict’s historic reference is to enlighten Muslims rather than enrage them
Khasraw Saleh Koyi , Kurdishmedia.com, 20 septembre 2006.

"Thanks to the reasonable and necessary levels of tolerance and open-mindedness, the quality of human life in the Christian world is much better than that of the Muslim world. While peace, acceptance, fairness, kindness, cooperation and understanding form some of the core virtues and disciplines in the lives of Christian societies, violence, repression, vengeance, controlling of others lives and properties by force, are the types of virtues and disciplines that are nurtured by state and religious authorities in the Muslim countries with Turkey, Iran, Syria, Saudi Arabia being just a few notorious examples.

To those moderate Muslims who have earned their individual pride from their logical and free thinking and analysis, it is time that they use their words and pens to speak out of the truth as it can be substantiated by rational thinking and behaviour than by primitive religious moulding of their spirituality and believes."

mercredi 20 septembre 2006

D'Orwell à Jessep

Ferenc Gyurcsany, premier ministre de Hongrie, a avoué avoir menti aux électeurs: "Nous avons merdé, pas un peu, beaucoup. Personne en Europe n’a fait de pareilles conneries, sauf nous (en laissant filer les déficits publics) (...)
Il est évident que nous avons menti tout au long des 18 derniers mois. Il est clair que ce que nous disions n’était pas vrai."

Selon Agnès Gruda: "Ces phrases, noyées dans un flot de paroles brutales, parfois carrément obscènes, ont plongé la Hongrie dans ses pires émeutes depuis la chute du communisme, en 1989."

George Orwell en parlait déjà, en 1946: "Political language — and with variations this is true of all political parties, from Conservatives to Anarchists — is designed to make lies sound truthful and murder respectable, and to give an appearance of solidity to pure wind. "

TLMEP en a parlé aussi:
Animateur: Qu'est-ce qu'il ne faut jamais dire à une femme ?
Serge Lama: La vérité ! (rires)

A Few Good Men s'est montré très clair sur le sujet:
Jessep: You want answers?
Kaffee: I think I'm entitled.
Jessep: You want answers?!
Kaffee: I want the truth!
Jessep: You can't handle the truth!


Posons donc la question. Les politiciens sont-ils des menteurs sans scrupules ou les électeurs des imbéciles incapables d'entendre la vérité ?

Que penser des personnages publics qui mentent pour promouvoir des causes qui nous sont chères ?

Comment vivre avec les compagnons de route qui partagent nos convictions pour les plus mauvaises raisons du monde ?

mardi 19 septembre 2006

Darfour: le dossier avance

Au Darfour, l'Union Africaine a déployé une force de 7 000 hommes mal équipés pour aider les organismes d'aide à avoir accès aux camps de réfugiés. Cette mission se termine le 30 septembre et l'Union Africaine n'a plus d'argent pour la soutenir.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a voté le 31 août la résolution 1706 pour poursuivre le travail de l'Union Africaine et y dépêcher 22 000 militaires et policiers. La résolution insiste sur le respect de la souveraineté territoriale du gouvernement du Soudan. L'un des considérants se lit ainsi:

"Réaffirmant son ferme attachement à la souveraineté, à l’unité, à l’indépendance et à l’intégrité territoriale du Soudan, qui ne seraient pas remises en cause par le passage à une opération des Nations unies, ainsi qu’à la cause de la paix, et se déclarant résolu à prêter son concours au gouvernement soudanais pour faire face aux divers problèmes que rencontre le Soudan et à faire en sorte que, dans toute la mesure possible, toute opération des Nations unies au Darfour aurait un caractère africain marqué et compterait une forte participation africaine..."

Malheureusement, le président Omar el-Béchir ne veut rien entendre d'une force de l'ONU qui d'après lui en viendrait à renverser son gouvernement. La Chine est le principal partenaire commercial du Soudan. Elle approuve la mission de l'ONU et veut bien exercer des pressions sur le Soudan, mais rien n'y fait. El-Béchir ne bronche pas.

Une solution est cependant en vue. Le Soudan accepterait que l'Union Africaine prolonge sa mission avec le support de l'ONU. Les diplomates s'affairent. Le dossier bouge. Aucun choc des civilisations n'est prévu au Darfour, pour l'instant.

lundi 18 septembre 2006

La boîte de Pandore

Je ne sais pas encore quoi penser de la situation au Darfour. Je m'interroge sur le respect de l'intégrité territoriale des États membres de l'ONU, le devoir d'ingérence de la communauté internationale et la doctrine Bush sur la légitime défense préventive.

L'intégrité territoriale des États se trouve principalement définie dans ces trois articles de la Charte de l'ONU:

¤ L'Organisation est fondée sur le principe de l'égalité souveraine de tous ses Membres.
¤ Les Membres de l'Organisation s'abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force, soit contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout État.
¤ Aucune disposition de la présente Charte n'autorise les Nations Unies à intervenir dans des affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d'un État.

Cependant l'ONU peut intervenir contre un État membre par des sanctions, ou par la force armée lorsque:

¤ Le Conseil de sécurité constate l'existence d'une menace contre la paix, d'une rupture de la paix ou d'un acte d'agression et fait des recommandations ou décide quelles mesures seront prises conformément aux Articles 41 et 42 pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales.

On ne peut donc intervenir dans un État souverain qu'en légitime défense ou à la suite d'une résolution du Conseil de sécurité constatant une menace à la paix ou un acte d'agression.

Dans les années '90, la Yougoslavie a éclaté en plusieurs républiques à la suite de guerres qui ont fortement heurté les consciences du monde occidental. On a parlé d'épuration ethnique, de camps de concentration, de massacres collectifs. Les gens disaient qu'on ne pouvait pas laisser faire ça et les intellectuels ont commencé à écrire sur le devoir d'ingérence. Comme la Russie, une alliée traditionnelle de la Serbie, s'opposait à une résolution du Conseil de sécurité, l'OTAN est finalement intervenu sans mandat de l'ONU en 1999 en bombardant la Serbie, laquelle s'est finalement retirée du Kosovo.

Cette intervention militaire, légitime ou pas, s'est donc faite en dehors du cadre "légal" de l'ONU. Et, avec la meilleure volonté du monde, on ouvrit ainsi une boîte de Pandore.

Après l'attaque du World Trade Center, les États-Unis lancent l'opération Enduring Freedom contre l'Afghanistan le 7 octobre 2001 en vertu de leur droit à la légitime défense. Plus tard, le 14 novembre 2001, le Conseil de sécurité entérine l'opération par la résolution 1378.

Mais l'administration américaine visait l'Irak. Appuyée par une partie de la gauche qui croyait au devoir d'ingérence (Michael Ignatieff en faisait partie), nourrie par le lobby néo-conservateur infiltré aux plus haut niveaux, supportée par le Congrès et le peuple américain qui ont cru aux mensonges du président, la Maison Blanche a mis en marche la doctrine Bush. C'est d'abord la théorie de la légitime défense préventive: si vous pensez que vous allez être attaqué, n'attendez pas d'être frappé, frappez le premier. C'est ensuite la guerre au terrorisme, la promotion de la démocratie, la lutte aux dictatures, la création d'un nouveau Moyen-Orient, etc.

Le 20 mars 2003, sans résolution du Conseil de sécurité spécifique à cet effet, les États-Unis envahissent l'Irak, parce que le président Bush pensait qu'il était menacé par Saddam Hussein, en vertu de sa théorie sur la guerre préventive.

Depuis, tout le monde se sent menacé. Le Venezuela qui regarde les navires de guerre américains faire des manoeuvres au large de ses côtes. La Corée du Nord qui tire des missiles dans l'eau. La Syrie, trop voisine d'Israël et de l'Irak. L'Iran, à qui on refuse la technologie nucléaire parce qu'on pense qu'il en fera mauvais usage. Cuba, dont on ne facilite pas la transition vers l'après-Castro. Les 133 États membres du Mouvement des pays non alignés réunis à La Havane, qui doivent se défendre de l'accusation d'antiaméricanisme, simplement parce qu'ils demandent un retour aux principes de la coexistence pacifique et du droit international.

Et là, on ne parle que des pays qui se sentent menacés par les attaques préventives de l'éléphant américain. Que se passera-t-il quand l'ours russe, se sentant aussi menacé, invoquera son droit à la légitime défense préventive ? Et le droit à la légitime défense préventive du dragon chinois ? N'y a-t-il pas droit lui aussi autant que l'éléphant américain ?

Et le fameux devoir d'ingérence, en vertu de mes valeurs occidentales, la démocratie et tout le bataclan, le devoir d'ingérence est-il valide pour les valeurs musulmanes ? Pour les valeurs des peuples slaves ? Pour les valeurs millénaires de la civilisation chinoise ?

En 1999, le devoir d'ingérence au Kosovo a ouvert une boîte de Pandore.

dimanche 17 septembre 2006

Les pacifismes

Quand un pays se trouve impliqué dans une guerre, il y a forcément des citoyens qui sont pour, et d'autres qui sont contre. Et comme chaque fois qu'il est question de vie ou de mort, les débats deviennent tendus et les mots les plus innocents portent des charges émotives nouvelles. Il en est ainsi du mot "pacifiste" qui acquiert toutes sortes de connotations en temps de guerre. Dans le but de contribuer à la clarté des débats, je tenterai aujourd'hui de distinguer différentes sortes de pacifismes.

1¤ Le pacifisme idéaliste: je pense que rien, absolument rien ne justifie la guerre.

2¤ Le pacifisme idéologique: je m'oppose à telle guerre parce qu'elle alimente le complexe militaro-industriel américain, ou le néo-colonialisme de (..................).

3¤ Le pacifisme humanitaire: dans le cas de tel pays, la guerre n'est pas la façon de régler ses problèmes et de le ramener dans le concert des nations. Il faut plutôt l'aider à ...

4¤ Le pacifisme politique: je m'oppose à telle guerre qui nuira à mes alliés politiques. Prescott Bush (le grand-père de qui vous savez) et Joe Kennedy (le père de qui vous savez) s'opposaient à déclarer la guerre à Hitler.

5¤ Le pacifisme diplomatique: ce problème peut se régler par la diplomatie mieux que par la guerre. Au cours de ses négociations avec Gorbachev, Reagan a souvent été traité d'appeaser et de Chamberlain par les extrémistes républicains.

6¤ Le pacifisme moral: ce n'est pas un guerre défensive et elle n'a pas été sanctionnée par le Conseil de sécurité. L'exemple typique d'une guerre illégale et immorale est celle de l'Irak.

7¤ Le pacifisme réaliste: cette guerre est légale mais stupide, car elle n'apporte aucun avantage à ceux qui la mènent et elle ne peut pas être gagnée. On pense naturellement à la poursuite de la mission de l'OTAN en Afghanistan.

8¤ Le pacifisme opportuniste: je me fous de cette guerre et je me réfugie dans les bois pour éviter la conscription. C'est ce pacifisme qu'a combattu avec vigueur le sociologue Mathieu Bock-Côté à Il va y avoir du sport. Il a aussi fortement dénoncé les appeasers, dénonciation qui est le cri de ralliement de tous les fauteurs de guerre, comme l'explique Glenn Greenwald dans le blogue référé plus haut.

9¤ Le pacifisme des lâches: je suis favorable à cette guerre, mais je préfère que d'autres la fassent à ma place. On pense évidemment à George W. Bush qui n'a pas dégrisé pendant son stage dans le Champagne Unit durant la guerre au Vietnam et à Dick Cheney qui a obtenu 4 sursis administratifs parce qu'il avait d'autres "priorités" à cette même époque.


Cette liste n'est pas exhaustive, car l'inventivité de l'esprit humain n'a pas de limite.

samedi 16 septembre 2006

La tentation de Benoît XVI

Dans la Bible comme dans le Coran, il y a de tout et son contraire. On retrouve les malédictions d'Ézéchiel voisines du Cantique des cantiques dans l'Ancien Testament, les exhortations de Jésus à l'amour du prochain précédant de peu la menace des châtiments de l'Apocalypse dans le Nouveau Testament , la prescription d'absence de contrainte sur les religions côtoyant les appels au jihad dans le Coran. Il y a dans ces deux livres tout ce qu'il faut pour justifier les actions caritatives des juifs, des chrétiens et des musulmans, et aussi tout ce qu'il faut pour justifier l'Inquisition, brûler Jeanne d'Arc, envoyer deux avions dans le World Trade Center et bombarder le Liban.

Après l'attentat du 11 septembre 2001, quand l'islam est devenu un sujet d'actualité, je déplorais le silence des autorités religieuses musulmanes devant ce geste posé au nom d'une "guerre sainte". Des particuliers parlaient de l'islam comme d'une religion d'amour et de tolérance. Mais aucune autorité musulmane reconnue, un genre de pape par exemple, ne pouvait condamner le jihad d'Oussama ben Laden.

Les choses ont changé depuis et plusieurs organisations musulmanes, appuyées par des autorités religieuses diverses ont condamné l'utilisation perverse que les terroristes islamiques font du Coran. Mais elles n'ont pas vraiment touché les coeurs et les esprits des masses musulmanes humiliées et révoltées par le traitement réservé à leurs frères d'Irak, d'Afghanistan, de Palestine et du Liban.

De son côté, Benoît XVI a cru bon d'entrer dans l'arène. Il n'a pas su résister à la tentation d'étendre le message évangélique aux masses musulmanes: «À l'été 2005, il avait affirmé que l'islam ne parviendrait pas à se distancier de la violence tant qu'il demeurerait pris dans une interprétation fondamentaliste», explique John Allen, le vaticaniste de l'hebdomadaire américain The National Catholic Reporter, en entrevue avec La Presse. L'an dernier, durant les Journées mondiales de la jeunesse, en Allemagne, le pape avait accusé les leaders musulmans du pays de ne pas en faire assez pour détourner leur jeunesse de «la noirceur d'un nouveau barbarisme», rapporte Mathieu Perreault, de La Presse.

Dans son discours aux représentants de la science à l'Université de Ratisbonne, le message de Benoît XVI s'est fait plus direct. Pour appuyer le point principal de son discours, à l'effet qu'on ne peut pas dissocier la foi de la raison, il choisit spécifiquement comme entrée en matière la discussion d'un empereur byzantin avec un lettré persan sur la "guerre sainte", le jihad. C'est évidemment pour lui un example où la raison s'oppose à la foi: "Show me just what Mohammed brought that was new, and there you will find things only evil and inhuman, such as his command to spread by the sword the faith he preached". The emperor, after having expressed himself so forcefully, goes on to explain in detail the reasons why spreading the faith through violence is something unreasonable."

Sur cet aspect transcendant du Dieu des musulmans qui peut tout ordonner, même ce qui s'oppose à la raison, Benoît XVI, par citations interposées, en rajoute sur le mode ironique: "Were it God's will, we would even have to practise idolatry."

S'ensuit une longue discussion sur les relations entre la théologie, la philosophie et les sciences à travers l'histoire, où évidemment la théologie est indispensable pour pallier aux insuffisances des autres disciplines. Benoît XVI conclut par un appel au dialogue des cultures, mais d'une façon succinte et froide, d'une façon qui est presque un appel aux musulmans à échanger leur Dieu transcendant pour le Dieu raisonnable des catholiques: "Not to act reasonably, not to act with logos, is contrary to the nature of God", said Manuel II, according to his Christian understanding of God, in response to his Persian interlocutor. It is to this great logos, to this breadth of reason, that we invite our partners in the dialogue of cultures."

La tentation d'évangéliser a été trop forte chez Benoît XVI. Plusieurs catholiques saluent son courage parce qu'il ose dire leur fait aux musulmans, arguant qu'un vrai dialogue doit surmonter les contraintes de la rectitude politique. On a vu la réaction du monde musulman qui ne décolère pas.

Je maintiens mon point de vue sur la question déjà exprimé ici et . "Trop de conflits sont basés sur la haine des autres cultures, telles qu'exprimées et crystallisées dans les religions. Il faut trouver le chemin d'un humanisme qui transcende les religions, sinon l'humanité n'a pas d'avenir."

vendredi 15 septembre 2006

La prose de billmon

Au Whiskey Bar, c'est billmon qui sert à boire. Et c'est toujours assez corsé. Le blogueur américain billmon aime son pays, c'est pourquoi il le critique avec vigueur. Ce n'est pas le plus virulent de ceux que je lis, mais c'est certainement celui qui a la prose la plus élégante.

Ainsi, parlant de ces idées qui s'éloignent des sentiers de la sagesse conventionnelle:

"In the past I've used the economic concept of market failure to describe the process whereby dissident voices and uncomfortable views are gradually weeded out of the "marketplace of ideas," allowing errors to go uncorrected, lies to go unchallenged (or ignored) and ideological orthodoxy to calcify into self-delusion."

Je trouve intéressant ce concept de "marché public des idées" dans notre société assourdie par le bruit médiatique. À force de combattre la dissidence, une société risque de ne plus recevoir les signaux du marché des idées et de se scléroser dans ses vieilles orthodoxies. Ce genre de concept ne surprend pas de la part de billmon: la rumeur veut qu'il soit économiste pour une des plus importantes sociétés de courtage américain.

Parlant de cette fosse de 16 acres profonde de 70 pieds qui depuis 5 ans défigure Manhattan, et de cette ville importante, la Nouvelle-Orléans, qui patauge encore dans la boue un an après Katrina, billmon trouve les mots pour qualifier l'incurie des élites politiques et économiques américaines:

"If you had told me, five years ago, that on the fifth anniversary of the worst terrorist attack in history Ground Zero would still be nothing but an enormous hole in the ground, I wouldn't have believed you -- just as I wouldn't have believed that a major American city could be thoroughly trashed by a Category 4 hurricane and then left to moulder in the mud for a year while various federal, state and local bureaucrats and hack politicians tried to make up their minds what to do.

I would have said that while those kinds of things can and do happen in Third World kleptocracies or decaying Stalinist police states, they're simply not possible in the richest and most powerful nation in history. Even if the voters could somehow be bamboozled into accepting such incompetence, the wealthy elites and corporate technocrats who own and operate the world's only remaining superpower would never stand for it."

Et que dire de cette tirade à la Cyrano de Bergerac, sinon qu'elle a du panache:

"The physical symptoms [de la décadence] -- a lost war, a derelict city, a Potemkin memorial hastily erected in a vacant lot -- aren't nearly as alarming as the moral and intellectual paralysis that seems to have taken hold of the system. The old feedback mechanisms are broken or in deep disrepair, leaving America with an opposition party that doesn't know how (or what) to oppose, a military run by uniformed yes men, intelligence czars who couldn't find their way through a garden gate with a GPS locator, TV networks that don't even pretend to cover the news unless there's a missing white woman or a suspected child rapist involved, and talk radio hosts who think nuking Mecca is the solution to all our problems in the Middle East. We've got think tanks that can't think, security agencies that can't secure and accounting firms that can't count (except when their clients ask them to make 2+2=5). Our churches are either annexes to shopping malls, halfway homes for pederasts, or GOP precinct headquarters in disguise. Our economy is based on asset bubbles, defense contracts and an open-ended line of credit from the People's Bank of China, and we still can't push the poverty rate down or the median wage up. "

Que ceux qui se scandalisent des timides propos "anti-américains" d'Amir Khadir respirent par le nez et en tirent la leçon. Tout comme billmon sans doute, j'aime ce pays, ses gens, ce qu'ils ont créé. Je m'ennuie des États-Unis de Franklin D. Rossevelt qui, le fume-cigarette au bec, a civilisé le capitalisme avec le New Deal, qui a combattu les nazis et l'impérialisme japonais, qui a mis l'ONU sur pied. Qu'y a-t-il d'étonnant et d'incongru à critiquer l'actuelle administration qui s'acharne à détruire le New Deal, à saper l'autorité morale de l'ONU et envoie son armée partout où les nécessités de la "guerre préventive" le commandent ?

jeudi 14 septembre 2006

Salade de saison IX

La fusillade au Collège Dawson

Le tueur Kimveer Gill semble à première vue un individu solitaire et asocial qui ressentait beaucoup d'agressivité contre la société. Dans le réseau scolaire, les enfants donnent le nom de "reject" à ce genre d'individus. La plupart des rejects vont assumer leur situation, se trouver un petit boulot et passer à autre chose. Certains d'entre eux, psychopathes pour toutes sortes de raisons qu'on connaît mal encore, vont se venger et procéder à des tueries, surtout en milieu scolaire, car c'est là qu'on les a rejetés.

Ce genre d'événement est trop peu fréquent pour être appelé un phénomène de société. C'est un cas isolé, comme dit le maire Tremblay. Par contre, l'utilisation de ce fait divers spectaculaire peut être qualifié de phénomène de société. Marie-Andrée Amiot rapporte que: "De Bangkok à Bombay et de Londres à Los Angeles, la plupart des sites d'informations ont repris hier la nouvelle de la fusillade presque en temps réel.
Déjà, à 13h30, quelques grands quotidiens américains affichaient la nouvelle. À 17h, Google News dirigeait les internautes vers 470 sites."


La bravoure de Joseph Facal

J'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour Joseph Facal, autant comme politicien et ministre que comme commentateur de l'actualité chez Marie-France Bazzo. J'ai toujours pu facilement passer outre au débit saccadé et cassant de son élocution, largement compensé par la vision et l'intelligence de ses propos. Je n'ai pas non plus de problème avec les gens qui sont pour la guerre en Afghanistan, pour toutes sortes de raisons qui leur appartiennent, et qu'ils expriment librement, que soit dans leur cuisine ou en première page des journaux.

Là où je vois rouge, c'est quand un fauteur de guerre traite ses opposants de lâches, d'opportunistes minables, de "bonnes âmes". Là ou je vois rouge, c'est quand un fauteur de guerre, après avoir repris les arguments de Rumsfeld sur les "appeasers" d'Hitler dans les années '30, qualifie ses opposants de " gens pour qui la seule bonne politique est celle qui, en toute circonstance, prend le contre-pied de celle des États-Unis".

Et quand Joseph Facal me fait voir rouge comme cela, le débit saccadé et cassant de son élocution me revient à la mémoire, même s'il ne s'agit que d'une chronique écrite. Écrire devant un écran d'ordinateur que les "pacifistes" et les "appeasers" sont des lâches ne fera jamais de personne un homme brave.


La majorité au Sénat, hors de portée des Démocrates ?

Bob Geiger, un analyste de politique politicienne, donne ses prévisions sur la possibilité pour les Démocrates de reprendre le contrôle du Sénat. Un tiers des 100 sénateurs américains vient en élection à tous les deux ans. Cette année, 15 Républicains, 17 Démocrates et un indépendant sont sur les rangs. Le Sénat compte actuellement 55 Républicains, 44 Démocrates et un indépendant.

Le matin de l'élection, le Sénat compte donc 40 Républicains et 27 Démocrates, ce qui veut dire que les Démocrates doivent gagner 24 des 33 sièges qui sont mis en jeu pour avoir 51 sénateurs et contrôler le Sénat. S'ils ne perdent aucun siège, ils doivent en gagner 7 sur les Républicains, soit presque la moité des sièges républicains en jeu.

Or, en politique américaine, il y a des sénateurs qui pourraient étrangler un chat "live" en "prime time" et être facilement réélus. C'est comme ça et 7 des sénateurs républicains sont dans ce cas. Les Démocrates doivent donc gagner 7 des 9 sièges prenables, et n'en perdre aucun.

Faites vos mises.

mercredi 13 septembre 2006

Une étude du Rotobidon Institute (I)

Une enquête du Rotobidon Institute vient de démontrer que le vieil adage « Pierre qui roule n’amasse pas mousse » se vérifie dans les faits. Le sérieux institut de recherche, bien connu pour ses prises de position en faveur de l’épargne personnelle, a pris en compte différents facteurs comme le niveau de revenus, le statut socio-économique, le niveau de scolarité, les dépenses d’investissement du ménage et ses dépenses de consommation, le taux d’imposition et la part des revenus du ménage provenant des transferts de l’État. Après avoir établi une pondération de ces composantes, l’institut a fait enquête auprès de la population québécoise et les résultats montrent que le revenu des ménages est plus élevé dans les familles où la pratique de l’épargne personnelle est davantage favorisée.

Gwartney, Lawson et Easterly viennent de produire Economic Freedom of the World, une étude distribuée par le Fraser Institute au Canada et qui utilise sensiblement la même méthodologie que celle du Rotobidon Institute. L’étude conclut, comme l’a rapporté hier le journaliste économique Claude Picher du journal La Presse, que « le revenu par habitant dans les pays où il existe peu de contraintes économiques, se situe à 24 202$US par année. Dans les pays où les contraintes sont les plus élevées, il atteint seulement 2 998$US. »

Je regardais hier le classement des pays et là, je remarquai que le Botswana, voisin géographique du Zimbabwe qui est bon dernier au 130 ème rang, se classe au 35 ème rang, soit au même niveau de liberté économique qu’Israël, devant l’Italie, les Bahamas, l’Inde et le Mexique, pays pourtant réputés intéressants pour les investisseurs et portant haut le flambeau de la liberté économique. Jean Chrétien n’a jamais organisé de mission économique au Botswana. Je cherchai à comprendre.

Gwartney et al. accordent la note de 7.1 au Botswana et de 2.8 au Zimbabwe. L’espérance de vie étant de 34 ans au Botswana et de 39 ans au Zimbabwe, les deux pays étant ravagés par le sida, la malaria et la fièvre typhoïde, je ne comprenais toujours pas. J’ai donc fouillé davantage les 5 critères retenus par l’étude :
° la part de l’État dans l’économie : B--> 5.0; Z-->3.5
° infrastructure juridique protégeant le droit de propriété : B--> 6.8; Z--> 3.1
° politiques monétaires saines : B--> 9.4; Z--> 0.0
° facilitation du commerce international : B--> 7.2; Z--> 3.1
° réglementation pro-banque, anti-ouvrière et anti-bureaucracie : B--> 7.0; Z--> 4.1

Ainsi, il était facile de constater que les politiques de bonne gouvernance du Botswana lui valait de jouir du revenu par habitant le plus élevé d’Afrique, soit 10 500$US en 2005, tandis que le Zimbabwe, tout juste de l’autre côté de la frontière, avec un mauvais gouvernement, vivotait avec un maigre 2 300$US par habitant. Je le constatais bien, mais je ne comprenais toujours pas.

Une étude du Rotobidon Institute (II)

Et c’est alors que Wikipedia est venu à mon secours. Le Botswana extrait dans 4 mines le quart de la production mondiale de diamants et en partage les revenus avec une population de 1,7 million d’habitants, dont l’espérance de vie est de 34 ans. Le chômage est à 24 % et 46 % du PNB provient du secteur industriel. Debswana, un consortium 50-50 du gouvernement avec De Beers, a le monopole sur les mines de diamant et tout est vendu à l’international, c’est-à-dire que tout est livré juste à côté, au-delà de la frontière avec l’Afrique du Sud, où bien entendu se trouvent les installations de De Beers. Quand ça va bien, ça administre bien.

Le Zimbabwe, de son côté, patauge dans les réformes agraires alors que 80 % de la main d’œuvre est en chômage et que les 12,2 millions d’habitants peuvent espérer vivre jusqu’à 39 ans. Déficits fiscaux, inflation, taux de change irréalistes sont leur lot. Mugabe s’est en plus tiré dans la pied avec sa réforme agraire qui a tari les traditionnelles sources de revenu provenant des exportations agricoles. Quand ça va mal, ça administre mal.

En fait, toute l’étude est une vaste tautologie camouflée derrière l’écran de fumée de critères définis selon les standards des sociétés capitalistes occidentales et qui démontre que les sociétés capitalistes occidentales, et leurs avatars, « fonctionnent » mieux que les autres. Les notes sont attribuées au petit bonheur la chance. On apprend ainsi qu’au niveau de la part de l’État dans l’économie, la Russie (5.6) obtient une meilleure note que la Suède (4.0), et que la réglementation sur la main d’œuvre au Tchad (3.7) est légèrement supérieure à celle de la Suède (3.5). Pour ce qui est de favoriser le commerce international, on place le Venezuela (5.8), un des premiers exportateurs mondiaux de pétrole, pratiquement sur le même pied que l’Albanie (5.3), lequel est le symbole même d’un pays renfermé sur lui-même.

Quand je dis que les notes sont attribuées au petit bonheur la chance, je fais preuve de miséricorde à l’endroit des auteurs. On peut même penser, si on veut être plus incisif, que certains pays dont le modèle de développement ne convient pas aux auteurs ont été particulièrement maltraités. Je pense en autres au Venezuela (126 ème), à la Russie (sur le même pied que le Sierra Leone), à la Chine (sur le même pied que la Côte-d’Ivoire), au Brésil (sur le même pied que le Vietnam) et à la Suède (24 ème, bien loin derrière l’Estonie qui est 12 ème).

Des études de ce genre, il y en a à la tonne. Cela fait des manchettes. Et plein d’organismes sans but lucratif ont plein d’argent pour les disséminer. Le long combat idéologique est un travail de tous les jours.

mardi 12 septembre 2006

Leo revient de guerre

Le capitaine Leo Docherty était l'assistant personnel du commandant des forces britanniques au sud de l'Afghanistan. Ayant perdu ses illusions, il a quitté l'armée le mois passé. Il a déclaré à la journaliste du Sunday Times:

“Having a big old fight is pointless and just making things worse." (...)
“All those people whose homes have been destroyed and sons killed are going to turn against the British. It’s a pretty clear equation — if people are losing homes and poppy fields, they will go and fight. I certainly would." (...)
“We’ve been grotesquely clumsy — we’ve said we’ll be different to the Americans who were bombing and strafing villages, then behaved exactly like them.”

Heureusement, tous les soldats de l'OTAN n'ont pas perdu la foi, en Afghanistan. Galvanisés par les exhortations de Stephen Harper, les soldats canadiens mettent leur vie en péril dans "la perspective d'un monde meilleur". Ainsi, nous sommes en train de regagner l'Afghanistan un terrain de football à la fois, après l'avoir intensivement bombardé, comme le rapporte aujourd'hui Les Perreaux de la Presse Canadienne:

"Les troupes canadiennes ont réussi une avancée supplémentaire de quelques centaines de mètres en territoire contrôlé par les talibans, lundi, dans le district de Panjwaii, sans rencontrer de résistance particulière.
La tactique des soldats canadiens et de leurs collègues des forces de la coalition, qui consiste à avancer progressivement pour occuper un terrain préalablement soumis à un bombardement intensif, semble porter fruit.
«Si on continue comme ça, un terrain de football à la fois, nous réalisons des progrès importants», affirme le major canadien Geoff Abthorpe." (N.S.)

J'ai parlé tellement souvent de l'absurdité de la position canadienne en Afghanistan que je commence à manquer de mots. Je vais laisser parler le poète:

"Le monde peut battre de l'aile
On n'a pas le temps d'y penser

Faut-il pleurer, faut-il en rire
Fait-[on] envie ou bien pitié
Je n'ai pas le cœur à le dire
On ne voit pas le temps passer"

Ou encore, le poète inconnu de cette magnifique chanson, une des plus belles en langue française:

"Pauvre soldat revient de guerre,
Tout doux.
Pauvre soldat revient de guerre,
Tout doux.
Mal équipé, tout mal vêtu,
Un pied chaussé et l'autre nu,
Tout doux."

lundi 11 septembre 2006

11 septembre 2006

Le 15 avril, cela vous dit quelque chose ? C'est la date anniversaire d'une autre immense catastrophe où périrent 1 523 personnes. En 1912, le naufrage du Titanic inaugurait le XX ème siècle un 15 avril. Tout comme le 11 septembre 2001 inaugure le XXI ème siècle. C'est-à-dire pas du tout. Les deux catastrophes ont frappé l'imagination par leur côté spectaculaire. Elles ont eu toutes deux pour cause principale la bêtise humaine. Oliver Stone a eu raison de faire de World Trade Center un film-catastrophe ordinaire, parce qu'après, rien n'a changé.

En septembre 2001, Oussama ben Laden coulait des jours heureux parmi ses amis, les tribus pachtounes de l'Afghanistan. Aujourd'hui, Oussama coule des jours tranquilles chez des amis, les tribus pachtounes du Waziristan, province ingouvernable du Pakistan avec qui le gouvernement Musharraf vient de signer l'équivalent d'un pacte de non-agression.

En septembre 2001, l'administration Bush cherchait une raison pour envahir l'Irak. Aujourd'hui, elle cherche une raison pour envahir l'Iran. L'OTAN, oubliant son rôle traditionnel de pacte militaire uniquement défensif, poursuit une guerre d'agression contre les Talibans en Afghanistan, comme en 1999 au Kosovo. L'OTAN a aujourd'hui l'aval de l'ONU, mais par mandats successifs, reflétant le glissement progressif d'une mission de maintien de la paix vers une mission d'agression.

En 1982, Israël envahit le Liban à la suite d'un attentat à Londres contre un diplomate israélien qu'on estime perpétré par l'OLP. L'opération fait 20 000 morts. En 2006, Israël envahit le Liban à la suite d'une escarmouche frontalière où 2 soldats sont enlevés par le Hezbollah. L'opération fait 1 000 morts. Quoi de neuf ?

Ceci: la doctrine Bush, les guerres préventives, la "guerre au terrorisme". En octobre 2001, les États-Unis attaquent l'Afghanistan et commencent leur "guerre au terrorisme". L'Irak suivra, et peut-être d'autres pays aussi. Soixante mois plus tard, on n'en voit pas la fin. Bientôt, autant d'Américains seront morts à "venger" les victimes du World Trade Center qu'il y a eu de victimes. Pour rappel, les Américains ont été plongés dans la II ème guerre mondiale pendant 45 mois en tout. S'ils avaient combattu le fascisme au lieu de combattre l'Allemagne et le Japon, ils en seraient encore à cette guerre.

Quoi de neuf ? Une guêpe s'est introduite dans l'oreille de l'éléphant et l'a rendu fou. Depuis, il piétine et massacre tout ce qui est à sa portée, qui est grande. Rien ne peut l'arrêter sauf la Constitution américaine, car son mandat se termine en 2008. Jusqu'ici, les contre-pouvoirs n'ont pas réussi à le calmer, ni le Congrès, ni les tribunaux, ni la presse.

Je veux croire que cet épisode de la vie politique des États-Unis ne sera qu'un aberration de l'histoire. Je veux croire qu'après le 11 septembre 2001, rien n'a changé, qu'il y aura encore du terrorisme ordinaire, que les humains sont toujours aussi cons, mais d'une connerie ordinaire, à l'échelle humaine, sans être appuyée par un budget annuel de 450 milliards de dollars, comme l'armée américaine. Je veux aussi croire que le peuple américain maîtrisera sa peur et appuiera une politique extérieure plus réaliste, et qu'il votera pour les politiciens qui la proposeront.

Et ceci, je ne veux pas le croire parce que je le crois déjà fermement: "Tout ira mieux si on cesse de dire qu'après le 11 septembre, rien ne sera pareil." J'ai la nette impression que cela ne va pas mieux dans le monde depuis que rien n'est pareil.

De toutes façons, ces histoires de dates, c'est complètement idiot. L'Afghanistan, l'Iran et le Pakistan n'ont même pas encore adopté notre calendrier grégorien !

dimanche 10 septembre 2006

Plus fou que Spengler

Ce matin, veille du 5 ème anniversaire du naïnewonwon, je suis submergé par les vagues haineuses d'un milliard de musulmans révoltés par les politiques et les excursions militaires de l'administration américaine. On ne parle que de cela. J'en ai parlé aussi. Parfois c'en est trop et j'ai alors le goût de trouver des raisons d'espérer.

Vous vous souvenez de ce bizarre de "columnist" d'Asia Times Online ? Le bien nommé Spengler, qui ne brasse pas les idées à la petite cuillère. Reprenons son idée de l'évolution de l'Islam. Et même si j'ai tout de travers, ce n'est pas grave. Cela deviendra alors tout simplement mon idée de l'évolution de l'Islam. Ce ne sera pas pire que la chute d'un météorite de 0,6 gramme sur la face cachée de la lune.

Spengler disait donc que:
° l'Islam n'est pas une doctrine, c'est l'ensemble des rituels qui rythment la vie quotidienne des croyants dans les sociétés traditionnelles musulmanes;
° les ayatollahs et les mollahs ont la difficile tâche d'adapter les rituels traditionnels aux exigences de la vie moderne;
° dans les sociétés traditionnelles, l'Islam n'a jamais eu besoin de républiques islamiques pour s'imposer: l'avènement des républiques islamiques est une réaction contre la modernisation des sociétés.

Plus fou que Spengler, Zylag ajoute que:
° l'Iran, première république islamique, est une préfiguration des autres républiques islamiques à venir;
° derrière le rideau de coton du hijab, les femmes iraniennes ont déjà rejeté l'intégrisme musulman, comme en témoigne le faible taux de natalité en Iran;
° l'Iran connaîtra une révolution tranquille, comme au Québec, où tout a sauté après les années de plomb du régime "Duplessis-Église catholique", ce qui permettra enfin aux musulmans iraniens d'accéder à la modernité et de se dégager de l'emprise des mollahs rétrogrades.

Les républiques islamiques tant "souhaitées" par les extrémistes musulmans de tous poils ne seraient donc pas l'aboutissement final de l'Islam, mais seulement une étape, non nécessaire idéalement, mais parfois inévitable, vers l'accession à une véritable société laïque de culture musulmane. Comme le Québec est une société laïque sur fond de culture catholique.

Trop de conflits sont basés sur la haine des autres cultures, telles qu'exprimées et crystallisées dans les religions. Il faut trouver le chemin d'un humanisme qui transcende les religions, sinon l'humanité n'a pas d'avenir.

samedi 9 septembre 2006

La vérité, d'où qu'elle vienne...

Ron Paul est le représentant républicain du 14 ème district du Texas. D'abord chirurgien dans l'aviation américaine, il est par la suite devenu obstétricien et il a contribué à la naissance de 4 000 enfants. Il a 5 enfants et 17 petits-enfants. Ancien candidat libertarien, il est résolument pro-vie, pour la réduction de la taille de l'état, contre la redistribution des richesses et en faveur du retour à l'étalon-or en politique monétaire. Il est en plus reconnu pour la fidélité à ses principes; autrement dit, c'est une tête de cochon réfractaire aux compromis.

Plus à droite que cela, vous ne trouverez pas. Ce qui le sauve, c'est que Ron Paul est également sans compromis quand il s'agit de respecter la constitution américaine. C'est également un observateur extrêment lucide et aussi peu partisan que possible des aventures guerrières de l'administration Bush.

Il faut lire son discours au complet du 29 juin à la Chambre des représentants: "Why Are Americans So Angry?" Voici quelques extraits pour vous mettre en appétit:

"Proponents of the war too often are unable to admit the truth. They become frustrated with the progress of the war and then turn on those wanting to change course, angrily denouncing them as unpatriotic and un-American.(...)

It seems bizarre that it’s so unthinkable to change course if the current policy is failing. Our leaders are like a physician who makes a wrong diagnosis and prescribes the wrong medicine, but because of his ego can’t tell the patient he made a mistake.(...)

I don’t believe those who hide from the truth and refuse to face the reality of the war do so deliberately. The pain is too great. Deep down, psychologically, many are incapable of admitting such a costly and emotionally damaging error. They instead become even greater and more determined supporters of the failed policy.(...)

War supporters cannot see that for every Iraqi killed, another family turns on us-- regardless of who did the killing. We are and will continue to be blamed for every wrong done in Iraq: all deaths, illness, water problems, food shortages, and electricity outages.(...)

Policy changes in wartime are difficult, for it is almost impossible for the administration to change course since so much emotional energy has been invested in the effort. That’s why Eisenhower ended the Korean War, and not Truman. That’s why Nixon ended the Vietnam War, and not LBJ."

Bonne lecture.
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Via Vigile

vendredi 8 septembre 2006

Scènes de la vie quotidienne à Laval

Je vis dans une enclave naturelle de 246 km², soit l'île Jésus, sur laquelle se trouve une municipalité de 370 000 habitants, la ville de Laval. La superficie en est légèrement plus petite que celle de la bande de Gaza qui compte 360 km², mais où par contre il y a beaucoup plus d'habitants, soit 1 300 000 personnes. L'enclave de Laval est entourée de ponts et sillonnée par des autoroutes. Je peux sortir quand je veux de l'enclave. Aucun bateau ne patrouille les rivières et on ne vérifie pas mes papiers quand je sors de l'île.

Ce matin, j'avais rendez-vous au CLSC pour une prise de sang. C'était en même temps l'occasion d'une petite marche de santé de 20 minutes. Je regardai avec bienveillance une auto de patrouille qui surveillait les excès de vitesse sur le boulevard, dans le but de protéger les piétons. Les rues étaient propres, les ordures ménagères ramassées, les gazons tondus. Le bon maire et ses échevins veillaient à ce que la ville soit belle et que cela ne coûte pas trop cher. Plein de gens travaillaient pour moi, finalement, et je vois que cela est bon. Tandis qu'à Gaza, il n'y a plus d'argent, il y a 45 % de chômage, ceux qui ont un emploi travaillent pour la fonction publique, et ils sont en grève parce qu'ils n'ont pas été payés depuis des mois. Quand ça va mal...

J'arrive donc au CLSC. Je prends un numéro au bureau des prélèvements. Personne ne se bouscule. À l'urgence tout près, le temps d'attente est de 1,5 heure avant de voir un médecin.
Ce matin, pas de blessés graves, ni d'amputations, ni d'éclats de shrapnels à extraire. Mon tour arrive pour la prise de sang. Une infirmière souriante, semblant disposer d'un heureux mélange de dopamine et de sérotonine, effectue un prélèvement sans douleur, qui sera acheminé par voie automobile à un laboratoire certifié, lequel avisera mon médecin des résultats de la chose. Tout ça est très bien organisé. Tandis qu'à Gaza, les médecins sont débordés, ils manquent de médicaments, l'électricité est souvent coupée, l'eau est rationnée... J'oubliais de vous dire, à ma sortie du CLSC, le temps d'attente n'était plus que d'une heure. Ça veut dire que quelqu'un, soucieux de bien informer les bénéficiaires, est allé faire passer la petite aiguille de 1,5 heure à 1,0 heure. Quand je vous dis que c'est bien organisé...

J'admets que les gens de Montréal font de la discrimination envers nous, les Lavallois, parce qu'on est des 450 et eux, des 514. Bon. Mais ce n'est pas comme s'ils nous avaient entassés à Laval parce qu'on ne serait pas de la même couleur qu'eux, ou qu'on ne serait pas de la même race qu'eux. Même que notre revenu annuel moyen est légèrement supérieur à celui des Montréalais. C'est certain que si notre revenu annuel moyen était de 700 $ et le leur de 20 000 $, si en plus on ne pouvait pas sortir de l'île, et si en plus il n'y avait presque plus rien à manger dans les épiceries, c'est sûr qu'il y aurait des jeunes fous, des terroristes même peut-être, qui pourraient faire des conneries, comme prendre en otage un policier de Montréal.

Mais même là, je suis certain que notre bon monsieur Charest ne tolérerait pas qu'on nous inflige, à nous les Lavallois, des punitions collectives comme bombarder la Cité de la Santé, ou des pylônes de l'Hydro, ou tirer des roquettes sur du monde à partir d'hélicoptères Sea King qui risqueraient en plus de tomber sur des maisons, ou venir tout briser l'asphalte de nos belles rues avec des chars d'assaut.

Quand j'y pense, ça vaut quand même quelque chose de vivre dans une démocratie.

jeudi 7 septembre 2006

Ali al-Sistani ne fera plus de politique

Le journaliste et écrivain syrien Sami Moubayed rapporte dans Asia Times Online que le Grand Ayatollah Ali al-Sistani, une des plus hautes autorités religieuses chiites, a déclaré en fin de semaine qu'il n'agira plus désormais comme leader politique. Il se contentera de recevoir des questions en matière de religion.

Ali al-Sistani est ce penseur religieux qui a permis d'étouffer les deux insurrections de Muqtada al-Sadr en Irak, en 2004, et qui a ordonné d'aller voter aux élections organisées par les Américains, tout en spécifiant que les femmes avaient aussi le droit de vote. Sans se compromettre directement avec les Américains, al-Sistani était la voix de la cohabitation pacifique, en attendant que les envahisseurs s'en aillent. Il vient maintenant d'admettre ouvertement qu'il n'a plus le pouvoir d'empêcher la guerre civile en Irak.

C'est pourquoi je suis un peu surpris de constater qu' Asia Times Online soit le seul média à rapporter la chose, pour l'instant, étant donné son impact potentiel sur un Irak déjà en pleine décomposition.

Par contre, dans le même journal, Spengler commente la nouvelle. Spengler, vous le connaissez, il ne brasse pas les idées à la petite cuillère. Chez lui, c'est la malaxeur industriel, minimum. Il interprète le silence volontaire d'al-Sistani comme l'équivalent de celui de Pie XII, pendant la Deuxième guerre mondiale. Le silence politique de Pie XII a sonné la fin du christianisme en Europe et celui d'al-Sistani sonne celui de l'Islam au Moyen-Orient.

Son raisonnement est le suivant:

° l'Islam n'est pas une doctrine, c'est l'ensemble des rituels qui rythment la vie quotidienne des croyants dans les sociétés traditionnelles;
° les ayatollahs et les mollahs ont la difficile tâche d'adapter les rituels traditionnels aux exigences de la vie moderne (voir le site d'al-Sistani);
° dans les sociétés traditionnelles, l'Islam n'a jamais eu besoin de républiques islamiques pour s'imposer: l'avènement des républiques islamiques est une réaction contre la modernisation des sociétés (l'Iran est un exemple: le taux de fertilité a chuté à 1,79 naissance par femme, en bas du taux de 2,1 nécessaire pour maintenir la population, ce qui signifie que les Iraniens s'éloignent du modèle traditionnel; réaction des mollahs: une république islamique);
° Ali al-Sistani est un peu l'équivalent du pape pour les Chiites; en décidant de se taire, après avoir perdu son pouvoir s'influence, il donne le signal que l'Islam traditionnel, dont il est un des derniers représentants, va vers sa fin.

C'est résumé très brièvement, et j'échappe beaucoup de nuances, mais rebrassé par mon propre malaxeur industriel, cela y ressemble un peu
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Addenda (8 septembre à 8:48 heures):

Juan Cole -qui d'autre ?- a aussi parlé de la déclaration d'al-Sistani, de même que le Daily Telegraph, lequel est à l'origine de l'information.

mercredi 6 septembre 2006

Afghanistan:entre rester et partir, repartir

La guerre au terrorisme fait beaucoup de victimes. L'expression "guerre au terrorisme" fait encore plus de victimes. Elle enferme les nations occidentales dans une logique militariste et guerrière dont elles ne peuvent pas sortir. C'est la cage à homard idéologique. Et sur le terrain des opérations, Irak, Afghanistan, c'est l'enlisement, la destruction, les pertes de vie inutiles.

Dans une logique de guerre, partir, c'est laisser le champ libre aux terroristes; rester, c'est contribuer à leur recrutement et à leur entraînement. Partir, c'est admettre la défaite. Rester, c'est reporter à plus tard une défaite encore plus terrible. Dans une logique de guerre, partir, c'est avouer sa peur et sa lâcheté; rester, c'est refaire la noble charge de la Brigade légère, mais avec l'argent et la vie des autres.

Et s'il ne s'agissait pas d'une "guerre au terrorisme", mais de la reconstruction de pays faillis ? Cela requiert une autre approche, comme l'a demandé lui-même Hamid Karzai le 22 juin dernier, exaspéré par les tueries des forces alliées sur son territoire. Comme l'expliquait en détail Ann Jones, qui vient de passer 4 ans en Afghanistan, nous y avons tout fait de travers. Il n'y a pas de paix, pas de démocratie et surtout, pas de reconstruction.

En 2002, les États-Unis ont, conjointement avec d'autres pays, promis des milliards de dollars à l'Afghanistan. Quatre ans plus tard, les Afghans demandent: "Où cet argent est-il passé ?" La réponse officielle, c'est que le gouvernement Karzai est corrompu. Voyez les riches demeures que ses représentants se sont construites, dit-on.

La réalité, telle que débusquée par Action-Aid, une ONG respectée, c'est qu'à peu près 40 % des sommes promises se sont rendues en Afghanistan et ont surtout été utilisées à consolider les actions militaires. Le reste, les 60 %, c'est de "l'aide-fantôme" qui ne quitte jamais le pays donateur et qui est versée aux amis pour des biens et services dont les Afghans n'ont pas vraiment besoin. Il faut lire les autres histoires d'horreur qu'Ann Jones raconte sur le sujet pour bien voir que la reconstruction ne va nulle part.

Je sais bien qu'un gouvernement ne va pas facilement admettre qu'il s'est fourvoyé. Bush maintient qu'il ne quittera pas l'Irak avant la fin de son mandat et Harper ne s'est jamais rétracté sur la "réponse mesurée" d'Israël au Liban. Même les simples éditorialistes ne vont pas facilement admettre leurs erreurs d'appréciation. Et pour être tout à fait franc, moi non plus d'ailleurs. Mais en Afghanistan, il est certain que les forces alliées se sont fourvoyées. Doit-on pour autant assister passivement au déroulement de cette tragédie, comme si c'était du théâtre ?

Je crois aussi qu'il serait irresponsable, pour le Canada, de simplement dire à la communauté internationale: "Il y a trop de morts. Si j'avais su, j'aurais pas venu. Je rentre chez moi." Personne ne recommande cela, ni le NPD qui prône un retrait responsable jumelé avec de l'aide humanitaire et une politique de reconstruction, ni le Bloc québécois dont on veut faire l'allié des Talibans pour avoir posé trop de questions.

Entre rester en Afghanistan ou partir d'Afghanistan, n'y aurait-il pas la possiblité de repartir sur de nouvelles bases, tel que demandé par Hamid Karzai ? Cela suppose de la vision, du courage et du leadership. Cela suppose qu'on réévalue la situation, qu'on en discute et fasse consensus avec les partenaires internationaux. Cela suppose qu'on puisse infléchir la position de l'administration Bush, grande responsable du fiasco afghan, entre autre par ses 750 raids aériens en mai 2006, soit plus qu'en Irak.

Cela ne sera pas possible ? Bush ne changera jamais d'idée ? Alors on ne dit rien, on continue cette guerre stupide et on traite de peureux et d'irresponsables tout ceux qui ne sont pas d'accord ? Ce n'est pas là, vraiment, ce que j'appellerais une position courageuse et réaliste.

mardi 5 septembre 2006

Un bon gars

Hello, I'm Johnny Cash !

Il commençait ses spectacles de cette façon. Dans Walk the Line, Johnny est le bon gars. Pas trop futé, constamment rejeté par son père et incapable de l'affronter, il a l'idée géniale de transposer ce rejet sur ce que ressentent les prisonniers dans les prisons américaines. Cela donne ce disque live, un des plus vendus dans l'histoire de la musique américaine. Dans un pays qui compte 2,135,901 prisonniers, comme le soulignait epsilon, cela compose déjà un bon public cible.

S'adressant au mythe de la femme-mère salvatrice, parce qu'il l'a vécu pleinement avec sa June qui l'a sauvé de l'alcool et de la drogue, il a chanté des milliers de fois "Because you're mine, I walk the line."

Sur un rythme "tagada tagada", il s'adressait aux petits blancs misérables qui honorent le drapeau confédéré (hahem...) et votent républicain, la chair à canon des néo-cons et des milliardaires de Wall Street, ceux qui auraient préféré aller prendre une bière avec Bush plutôt qu'avec Gore.

Je m'excuse auprès de ceux qui me trouveront insensible aux charmes romantiques du lumpenproletariat. Le problème, c'est que j'en viens, et il y a longtemps que j'ai cessé de le trouver romantique.

Mais Johnny, c'était quand même le bon gars.
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Addendum, à 22:00 heures: sur le rôle des musiciens, ce couplet de

The One On The Right Is On The Left

Now this should be a lesson if you plan to start a folk group
Don't go mixin' politics with the folk songs of our land
Just work on harmony and diction
Play your banjo well
And if you have political convictions keep them to yourself

lundi 4 septembre 2006

Babillages

Il y a quelque part quelqu'un qui agit à titre de rédacteur en chef du blogue Après tout..., et cette entité, ne serait-elle que quelques neurones s'agitant dans la partie rationelle de ma tête, est en vacances aujourd'hui, jour de la Fête du travail. Ce sera donc tout et n'importe quoi dans le présent billet.

Le Téléjournal/Montréal sera animé par la souriante Pascale Nadeau à 6 heures tous les soirs. Je dois vous expliquer la dynamique complexe des circonstances qui m'ont amené à penser que cela posait problème. Tout d'abord, il faut dire que j'écoutais TVA l'an passé, avec l'extraordinaire tandem Bruneau-Charron. Cela tombait parfois un peu dans le pathos, mais jamais dans le pathétique. Et ces éditoriaux de Claude Charron, à l'heure des nouvelles, élevaient le niveau d'intelligence de l'émission tout en évitant les controverses stériles. C'était une première, peut-être mondiale, d'éditorialiser dans un journal télévisé. La tâche était tellement délicate et difficile qu'on n'a trouvé personne pour le remplacer quand il est parti.

Claude Charron est donc parti pour des raisons personnelles. Paul Larocque est descendu de Québec pour dynamiser les nouvelles de Pierre Bruneau. Catastrophe ! Le psychodrame des piscines tourne au cauchemar et se retourne contre leurs auteurs. Je regardais cela et je me disais: "C'est pas vrai, ils ne vont pas nous inventer un naïnewonwon à toutes les semaines ! Aujourd'hui, les piscines. Demain... ?" Finalement, à l'usage, cela donne Bruneau qui présente Larocque qui présente Jean-François Guérin. Je ne vois pas l'intérêt.

Ma conjointe et moi avons donc décidé de revenir à Radio-Canada, après en avoir été chassés par Simon Durivage. Pourquoi ? Ah, c'est une autre longue histoire... Mais voilà, il n'y a toujours pas de téléjournal à Radio-Canada à 5:30 heures. Patrice a remplacé Véro. Pourquoi, si c'est Véro, les protestations fusent-elles jusque sur le parquet du Parlement du Canada ? Et si c'est Patrice, il faudrait ne rien dire, revenir penaud à TVA et endurer les charges à la hussarde de Paul Larocque contre les "bébittes" et de Claude Poirier contre les juges, les policiers, les avocats, les travailleurs sociaux, la DPJ, les délinquants sexuels et parfois, parfois s'il reste du temps, contre les bandits ? Hein ? Pourquoi ?

Il nous faudra dorénavant choisir le moins pire de trois mondes, TVA à 5:30 heures, le sourire éblouissant de Pascale à 6:00 heures et Flash, à 6:30 heures, la plus sous-estimée et outrageusement méprisée des émissions de la télévision québécoise. J'aime ça, voir des vedettes, mais pas longtemps, par flashes* de 30 secondes. Les confessions confidentielles d'une heure ou les coq-à-l'âne de talk show ont vite fait de m'ennuyer.

Pourquoi parler du sourire de Pascale Nadeau ? C'est sans doute une journaliste compétente et une présentatrice émérite, mais elle est affligée d'un défaut physique important pour tout lecteur de nouvelles: un magnifique sourire. Voyez Bernard Derome, est-ce qu'il sourit, lui ? Il essaie, mais on sent encore que ce n'est pas naturel. Tandis que Pascale Nadeau...

Et c'est ça, le problème. La plupart des nouvelles sont tristes et il ne faut pas sourire. Mais certaines personnes ont les muscles faciaux disposés de telle sorte qu'ils ont toujours l'air de sourire, même au repos. Il leur faut faire un effort pour avoir l'air sérieux. Madame Nadeau en fait partie. Et Katie Couric aussi. Non mais, vous avez vu ce sourire. Je ne sais pas qui l'a choisie pour faire les nouvelles de CBS, mais ça ne va pas être triste.
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* autorisé par L'officiel du scrabble

dimanche 3 septembre 2006

American Schizo

Aujourd'hui, notre beagle mythomane Snoopy, agissant à titre de chef scout, demande à ses louveteaux s'ils ont fait leurs prières avant de s'endormir. S'en suit ce qu'on devine être la plus grande bataille d'oreillers à jamais être survenue dans un camp scout. En constatant le désastre, Snoopy se fait la réflexion suivante: "Je ne savais pas qu'ils avaient des différends théologiques".

Les religions, et particulièrement les religions monothéistes, ont justifié beaucoup de guerres, quand elles n'en étaient pas au départ carrément la cause. Aux États-Unis, à deux mois des élections de mi-mandat, la machine républicaine passe à la vitesse supérieure. Elle parle d'islamo-fascisme à combattre sur tous les fronts. Elle assimile les opposants à la "guerre au terrorisme" à ceux qui prônaient l'apaisement devant les ambitions guerrières du chancelier Hitler. (Notons en passant que le fait de tomber dans l'hyperbole hitlérienne est souvent un signe de la faiblesse de ses arguments. Mais ce n'est pas grave, ça marche quand même parfois.)

L'observateur "neutre" devant ces débordements de langage se dit que c'est complètement fou. La religion, le fascisme, Hitler, ce sont les enjeux de société qui confrontent la société américaine ? Les drapeaux brûlés, les mariages gais, l'avortement et les cellules-souches, c'est ce qui importe à ce peuple pour se choisir un Congrès ?

Derrière la plupart des obsessions politiques américaines, on voit se dessiner le spectre de la religion. Rodrigue Tremblay a bien décrit l'influence importante qu'exerce la droite religieuse conjointement avec les penseurs néo-conservateurs et le lobby israélien sur la politique du Parti républicain. Cette attitude schizophrénique a été endossée par 62,027,582 électeurs en novembre 2004, contre 59,026,003 électeurs qui voulaient s'attaquer aux vrais problèmes de la société américaine. Sont restés béatement à la maison 79,279,000 électeurs qui pensaient que leur vote n'allait rien changer et qui n'en avaient rien à cirer des constats suivants:

° L'Organisation mondiale de la Santé classe le peuple américain au 37 ème rang pour l'état de santé général de la population, au 54 ème rang pour l'équité dans l'attribution des soins de santé, et au 1 er rang pour les dépenses per capita en soins de santé;

° Les États-Unis et l'Afrique du sud sont les deux seuls pays développés au monde à ne pas bénéficier d'un régime universel d'assurance-santé;

° Les Américains sont 49 èmes au monde quant au niveau d'alphabétisation de la population;

° Parmi les nations de l'OCDE, les États-Unis se classent à l'avant dernier rang pour la pauvreté chez les enfants, juste avant le Mexique;

° Les États-Unis se classent 41 èmes au monde pour le taux de mortalité infantile et les Américaines sont à 70 % plus susceptibles de mourir en couches que les Européennes;

° La principale cause de mortalité chez les femmes américaines enceintes est le meurtre;

° Un tiers des enfants américains naissent hors mariage et 50 % des enfants seront élevés dans la mono-parentalité.

N'y a-t-il pas là assez de problèmes concrets pour que la population américaine choisisse ses dirigeants sur d'autres critères que les chimériques problèmes religieux ? La religiosité des Américains les entraîne dans des guerres coûteuses et dévastatrices à l'étranger, et elle maintient aussi les plus pauvres d'entre eux dans un état de sous-développement permanent.

Mais, avec la religion, on peut toujours se consoler de ses malheurs..., et espérer des jours meilleurs...

samedi 2 septembre 2006

L'Afghanistan, derrière le brouillard

Vu d'ici, au fin fond du Bloguistan, je suis heureux qu'une analyse réaliste de la politique du Canada en Afghanistan ait été faite et prise en charge par un parti politique important. La déclaration du NPD évite tous les pièges d'un pacifisme idéaliste et ceux d'un bellicisme déconnecté à la Harper, tout en demeurant respectueuse de la vie des soldats et du travail qu'ils doivent accomplir.

Vu d'ici, loin dans la foule de ceux qui cherchent à comprendre, je suis heureux des paroles simples et claires de la cinéaste Nelofer Pazira, et que son constat lucide ait trouvé place dans la une d'un journal important. La vedette du très beau film Kandahar a entrepris dans la vraie vie le voyage surréaliste que le film raconte, sans son passeport canadien, pour des raisons de sécurité. "Les Canadiens ne gagneront pas. Et mourront pour rien", nous dit-elle.

Le témoignage de Nelofer Pazira rejoint l'analyse serrée et extrêmement documentée d'Ann Jones, une journaliste et photographe new-yorkaise qui vient de passer la majeure partie des quatre dernières années à faire du travail humanitaire en Afghanistan et à enseigner l'anglais aux professeurs d'anglais de Kaboul. "Les troupes américaines, britanniques et canadiennes se retrouvent en guerre avec les Talibans - en fait, les Afghans- pendant que les commandants de l'OTAN, qui n'avaient pas outre mesure cherché le combat, se demandent ce qui a foiré. La réponse, c'est qu'il a eu un triple échec: pas de paix, pas de démocratie et pas de reconstruction." (Ma traduction)

Au fur et à mesure que les gens réaliseront que la "guerre au terrorisme" est une imposture et un écran de fumée pour permettre aux tyrans de balayer les oppositions inopportunes, les analyses réalistes seront mieux reçues que les slogans guerriers. Et les gens cesseront de croire aux peurs déraisonnables qu'on veut leur inculquer.

Comme le dit Ross Levine, "Si on avait qualifié la Deuxième guerre mondiale de "guerre au fascisme" plutôt que "guerre à l'Allemagne et au Japon", nous serions probablement encore en train d'y combattre." (Ma traduction)

vendredi 1 septembre 2006

Shinzo Abe

Tous les sondages vous le diront, ainsi que tous les observateurs qui lisent les sondages, Shinzo Abe sera le prochain premier ministre du Japon le 22 septembre prochain, après avoir été élu président du Parti libéral-démocrate deux jours auparavant.

C'est loin, le Japon. Aujourd'hui même où Shinzo Abe annonce sa candidature, on parle plus volontiers de la princesse Kiko, épouse du prince Akishino, qui accouchera bientôt d'un garçon. Le Japon étant une monarchie constitutionnelle héréditaire comme en Grande-Bretagne, cet événement compte autant que l'accouchement du prince William par lady Di.

Comme en Angleterre et au Canada, le président du parti majoritaire au parlement, la Diète, devient le chef du gouvernement. En somme, Shinzo Abe est le Paul Martin de Junichiro Koizumi, sauf que Koizumi quitte de son propre chef après avoir préparé Abe à lui succéder.

C'est loin, le Japon. J'essaie de trouver un angle intéressant à cette histoire. Le premier élément du programme de Shinzo Abe est constitutionnel. Il veut changer la Constitution, ce qui requiert les deux tiers des votes à la Diète et un référendum à majorité simple. En effet, l'article 9 de la Constitution japonaise, écrite par des avocats américains sous la dictée du général Douglas MacArthur en 1947, dit ceci:

"Aspirant sincèrement à une paix internationale fondée sur la justice et l'ordre, le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ou à la menace, ou à l'usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux.

Pour atteindre le but fixé au paragraphe précédent, il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales et aériennes, ou autre potentiel de guerre. Le droit de belligérance de l'État ne sera pas reconnu."

Il faut avouer que pour un pays de 128 millions d'habitants disposant d'un budget militaire de 46 milliards de dollars américains, soit l'équivalent du budget total du Québec, cela pose de sérieux problèmes de vocabulaire quand vient le temps de rédiger une loi votant le budget militaire, ou un appui à l'intervention militaire américaine en Irak. Les méchants pacificistes ont tôt fait de faire déclarer la loi inconstitutionnelle si les virgules ne sont pas à la bonne place.

C'est loin, le Japon. J'essaie toujours de trouver un angle. Tiens, le Sanctuaire de Yasukuni. C'est un peu le musée de la guerre des Japonais. Érigé en 1869, il honore les Japonais morts pour la patrie, mais d'une façon qui irrite prodigieusement la Chine et la Corée qui ont souffert atrocement des excès de l'armée japonaise pendant la 2 ème Guerre mondiale. Entre autres outrages, 15 criminels de guerre japonais reconnus y sont honorés.

La grosse affaire, c'est que Junichiro Koizumi s'y rendait tous les ans. C'est comme si Angela Merkel visitait un musée de la guerre allemand bâti après la guerre franco-allemande de 1870 et qui inclurait Hermann Göring et Joseph Goebbels parmi ses icônes. Shinzo Abe y est allé aussi, à ce fameux Sanctuaire de Yasukuni, mais il ne sait pas encore si c'est bien la place d'un premier ministre du Japon.

Petit-fils d'un ancien premier ministre et fils d'un ancien ministre des Affaires étrangères, Shinzo Abe, 51 ans, a été éduqué par sa famille pour le poste qu'il s'apprête à occuper. Ce n'est pas un matamore à la Koizumi, mais il poursuivra les politiques nationalistes et conservatrices du Parti libéral-démocrate. Les provocations de la Corée du Nord inquiètent passablement la population japonaise, de même que l'expansion économique accélérée de la Chine.

Theodore Roosevelt disait: "Speak softly and carry a big stick; you will go far." Shinzo Abe parle doucement. Quelle sera la grosseur du bâton qu'il portera ?