31 juillet, 2006

Jour de bonheur, prise 7

Malgré Cana, malgré Gaza, nous avons tous une vie quotidienne à vivre. Et la mienne veut qu'aujourd'hui soit un jour de bonheur et de soleil. Bonne journée !

30 juillet, 2006

Les vrais amis d'Israël

Avant d'entrer dans le vif du sujet, rappelons quelques vérités simples.

L'Holocauste est un fait historique et toute personne bien née, au courant de l'histoire, ne veut absolument pas que l'humanité ne se rende à nouveau coupable d'un tel crime.

Israël possède la plus puissante armée du Proche-Orient et la bombe nucléaire comme arme de dissuasion massive. Il est appuyé solidement par le peuple américain qui possède la plus puissante machine de guerre que la planète ait jamais connue. Personne ne menace dans les faits de faire disparaître Israël et les effets de rhétorique de certains islamistes radicaux à ce sujet ne sont justement que cela: des effets de rhétorique.

Dans la bande de Gaza, les roquettes tirées sur Israël ont fait 5 morts dans les six dernières années. Ces roquettes ridicules et l'enlèvement du soldat Shalit ne constituent pas un casus belli justifiant la punition collective imposée à 1,3 million de personnes, soit la destruction de leurs infrastructures, l'enlèvement des députés du Hamas et la mort de 147 Palestiniens.

Au Liban, les roquettes tirées sur Israël n'ont fait aucun mort ces trois dernières années. Ces roquettes d'opérette et l'enlèvement de deux soldats dans un incident à la frontière ne constituent pas un casus belli justifiant la punition collective imposée à 4 millions de personnes, soit la destruction des leurs infrastructures, la mise à la rue de 800 000 réfugiés, la mort de 455 Libanais et le déclenchement de la pire catastrophe écologique en Méditerranée.

Israël a fait un grosse bourde, à la fois militaire et politique. Sur le plan militaire, il n'anéantira pas et ne désarmera même pas le Hezbollah. Sur le plan politique, il a réunifié la rue arabe contre lui, sunnites et chiites. L'opinion publique occidentale, abondamment nourrie d'images dévastatrices à la télé, est largement opposée aux deux opérations et la Chine ne semble pas apprécier du tout que l'on bombarde les observateurs de l'ONU.

Vous êtes un ami d'Israël et votre ami a fait une grosse bourde. Que faites-vous ? Que dites-vous ?

Les vrais amis vont faire appel à ce qu'il y a de meilleur en vous, la magnanimité, la confiance en des temps meilleurs, la reconnaissance des erreurs passées, la reconstruction de l'avenir, le respect des valeurs universelles, entre autres le respect de la vie et, au minimum, le respect du droit international et de ses institutions. Ils vont écouter les Martin van Creveld, les Ze'ev Maoz, les Yigal Allon, les Reuven Pedatzur, les Meron Benvenisti, et beaucoup d'autres, dont plusieurs Québécois.

Les faux amis vont faire appel à ce qu'il y a de pire en vous. Ils ne vont admettre aucune erreur, ils vont justifier la paranoïa et le militarisme, ils vont inventer des arguments moraux invraisemblables, ils vont vous enfoncer dans une logique de guerre et pour couronner le tout, ils vont désacraliser et banaliser la valeur historique de l'Holocauste en traitant d'antisémites tous ceux qui s'opposent aux politiques erronées d'Ehud Olmert et de son gouvernement. Ils vont écouter les Brigitte Pellerin, les Lysiane Gagnon, les Michel Gaudette, les Jean Renaud, les Noah Feldman, les Alan Dershowitz, et beaucoup d'autres, malheureusement.

Personnellement, je préfère l'avis d'un ami qui a conservé son sens critique à l'appui inconditionnel de celui qui, dans les faits, peut s'avérer mon pire ennemi.

29 juillet, 2006

Bruno Blanchet fait rêver

C'est la routine du samedi. Une odeur de café flotte dans la cuisine. Je me fais cuire un oeuf. Les demi-bagels rôtissent dans le grille-pain. Le journal m'attend à la porte. Il fait 25° C et un vent léger agite les fleurs sur la terrasse. Ce sera sans doute un autre long et beau samedi.

Je tourne les pages du journal en grignotant le déjeuner, vaguement agité par les drames et les bizarreries de la planète. Et là, juste au-dessus des Voyages Sears et des Vacances Transat, j'aperçois la 102ème chronique de Bruno Blanchet dans sa Frousse autour du monde:

" Tout à coup que, tchou-tchou, le train traverserait de grandes étendues désertiques où gambadent en toute liberté des gazelles et où broutent, paisibles, des chameaux sauvages, et que, tchou-tchou, nous pourrions ouvrir la porte du wagon pour nous asseoir dans les marches, délinquants, la chemise déboutonnée et les pieds ballants, à regarder défiler le paysage, enveloppés par le vent, avec nos petites bières tièdes et nos gros joints de pot, et qu'au huitième arrêt, à la gare de paille d'un village sans nom, envahi par les enfants qui chialent, les bébés qui pleurent et les mamans et les grands-pères et les moutons, le train sifflerait et que, pour une seconde, nous ne voudrions être nulle part ailleurs au monde ? "

J'arrête, et je rêve. Je songe aux moments fugitifs de ma vie où, en ces lieux et en ces temps, je n'aurais voulu être nulle part ailleurs au monde...

Puis, le fil du temps reprenant son cours, je me dis que Bruno Blanchet, même lui, doit parfois souhaiter des samedis matins paresseux où un vent léger agite les fleurs sur la terrasse. Et la lecture de ce billet le ferait rêver.

28 juillet, 2006

Salade de saison VI

Rain Man

J'ai appris par hasard, en furetant ici et là, que le personnage joué par Dustin Hoffman dans l'excellent film de Barry Levinson existait réellement. Il s'agit de Kim Peek et Wikipedia fait une description détaillée du personnage. Ayant développé assez d'habiletés sociales pour travailler en atelier protégé, Kim Peek n'est pas considéré comme un autiste. Mais c'est vrai qu'il possède une mémoire photographique et une capacité de calcul phénoménale, dont il se sert d'ailleurs pour préparer la paye des employés de l'atelier.


Ça aurait pu être pire

Je suis sincèrement désolé pour les victimes des roquettes du Hezbollah et pour les proches de ces victimes. Je peux comprendre le but de la manifestation organisée hier par le B'nai Brith au square Dominion. Les partisans des politiques de l'État d'Israël gagneraient cependant à mieux choisir leurs orateurs. Quand Thomas O. Hecht affirme que les paroles du président de l'Iran mettent en danger le peuple juif et toutes les nations, cela paraît au minimum exagéré. Mais quand le rabbin Reuben Poupko affirme que les frappes israéliennes au Liban sont proportionnellement bénignes si on les compare à celles du Hezbollah en Israël, là, on décroche franchement.


Coucou ! Revoilà Foglia !

Dans son article faisant suite à la victoire de Landis à la 17ème étape du Tour de France, Foglia écrivait: "J'ai vécu des grands moments dans le Tour de France depuis 20 ans, mais comme celui d'hier, jamais. Jamais vu un mort se relever et enlever le Tour de France. " Il parlait de foi, de religion. Landis était un "mutant".

Aujourd'hui, lui "qui en sait presque trop" sur le vélo, il pense que "c'est un problème de dopage qui a laissé Landis sans essence" dans la 16ème étape. En affirmant cela, il pense que le "truc" va nous étonner... Et là, il nous fait la démonstration que tous les cyclistes de très haut niveau carburent au cocktail testostérone-EPO-hormones de croissance.

Personnellement, je ne vois pas l'intérêt de savoir qui utilise le meilleur cocktail en cyclisme, pas plus que de savoir qui a la meilleure auto en F1. Je me demande même pourquoi Foglia couvre encore le Tour, sachant ce qu'il sait. Mais il nous assure que ce n'est pas immoral de tricher dans cette discipline, c'est "culturel". Il s'épuise même à nous le faire entendre.

Foglia, épuisé ? Une tartine de testostérone pourrait peut-être le ranimer ?


Le travail de Louise Arbour

On ne peut pas accuser Louise Arbour de carriérisme. En 2004, elle laisse son poste de juge à Cour suprême du Canada pour entreprendre, à titre de haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, une réforme de la Commission des droits de l'homme en butte aux critiques, notamment celles de l'administration américaine.

Le nouveau Conseil des droits de l'homme est créé le 15 mars 2006, ses 45 pays membres sont élus le 9 mai, la première session régulière s'est tenue du 19 juin au 30 juin et la première session extraordinaire, les 5 et 6 juillet. C'est quand même pas mal pour quelqu'un qui aurait pu se la couler douce en réfléchissant en profondeur sur la pertinence d'autoriser le kirpan à l'école.

Louise Arbour donne ici une entrevue sur la mission du nouveau Conseil des droits de l'homme, entrevue qui reflète bien l'énergie dont fait montre cette femme extraordinaire.

27 juillet, 2006

Un travailleur humanitaire assassiné

Un amateur de trekking, le Canadien Mike Frastacky, consacrait depuis 4 ans son temps et ses économies personnelles à la construction d'une école en Afghanistan. Il a été tué le 24 juillet dernier à Nahrin, au nord de Kaboul.

Homme bon et convaincu de la pertinence des valeurs canadiennes, il permit l'accession des filles à son école, il combattit la corruption locale en congédiant le directeur et les professeurs qui avaient accepté des pots-de-vin et il s'opposa au mariage forcé d'une fillette de 14 ans.

Commentant cet article paru tout d'abord dans le Globe and Mail, Bruce Banner écrivait: "There will be no reconstruction without security first. Whatever we build, the Taleban will destroy so that they can prevent people from relying on anyone else but them. Same with Hezbollah and Hamas. This man's efforts were noble and I hope the Afghans recognize his sacrifice. "

La civilisation occidentale va avoir de la grosse ouvrage à faire tout à l'heure. On ne pourra rien faire de bon avec ces peuplades arriérées tant qu'on n'aura pas éliminé les Talibans, le Hamas et le Hezbollah. Et Bruce Banner n'est pas le seul à le penser. C'est profondément ancré dans un petit recoin du cerveau de tous ceux qui sont bien contents de ne pas être comme "ces gens-là".

Parfois je pense à Antoine Daniel, Jean de Brébeuf, Gabriel Lalemant, Isaac Jogues, Charles Garnier, Noël Chabanel, Jean de la Lande et René Goupil, tous de valeureux jeunes hommes, remplis du désir de faire le bien et de transmettre aux Iroquois les valeurs chrétiennes et européennes. On les a lâchement assassinés en 1649.

Et le pire de tout, c'est que 357 ans plus tard, les Iroquois ont conservé leurs coutumes tribales et continuent de fonctionner en marge des valeurs chrétiennes et européennes.

26 juillet, 2006

L'ONU au pilori

Hier, parmi les 14 bombes tirées à proximité par l'armée israélienne, l'une d'entre elles a finalement touché un bâtiment clairement identifié comme appartenant à l'ONU, y tuant 4 observateurs, dont 1 Canadien.

Hier, une commentatrice montréalaise tirait à boulets rouges sur le Conseil des droits de l'homme de l'ONU et sur Madame Louise Arbour, haut-commissaire aux droits de l'homme, en les couvrant de mépris et de sarcasmes bien enveloppés.

Le 21 juillet, un professeur américain de l'Université Havard, assumant pleinement son rôle d'intellectuel dans la cité, réclamait dans le National Post le départ de Louise Arbour comme haut-commissaire aux droits de l'homme, simplement pour avoir rappelé l'état actuel du droit international sur les bombardements des populations civiles.

La semaine dernière, le Congrès américain ridiculisait l'autorité morale de l'ONU en appuyant fortement les frappes israéliennes au Liban, illégales selon de nombreux experts. L'administration Bush complétait leur travail de sape en s'opposant au cessez-le-feu instamment demandé par le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan.

Le 6 juillet dernier, lors de la première session spéciale du Conseil des droits de l'homme de l'ONU, le Canada de Stephen Harper a tenté de réduire à néant les pouvoirs d'intervention du Conseil en demandant que les décisions controversées ne s'y prennent qu'avec le consensus des 45 pays membres. Cela aurait évidemment eu pour effet de donner 45 droits de véto à l'action du Conseil des droits de l'homme.

Le coup d'envoi de l'assaut contre l'ONU et ses institutions, qui vient de culminer avec le bombardement de ses observateurs, a été donné l'an passé par la nomination de John Bolton comme ambassadeur américain à l'ONU. Le faucon colérique et ultraconservateur, bien connu pour son opposition au travail de l'ONU, y aurait été nommé pour réformer l'institution.
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Addendum (3h 30):

Et je ne parle pas de cette suite d'événements comme d'une conspiration.

Le soir, à la brunante, un loup se met à hurler sur une colline. Un autre loup lui répond. Ils ne se sont pas concertés. Bientôt, ils sont plusieurs à hurler à l'unissson. Ils ne conspirent pas ensemble, ils se sont simplement reconnus entre eux.

25 juillet, 2006

Un exemple de courage en Israël

Il y a quelque chose de franchement admirable chez le peuple israélien: c'est le courage et la lucidité de ses intellectuels. Dans mon billet du 23 juillet, je parlais du professeur Martin van Creveld qui enseigne à l'Université hébraïque de Jérusalem. Il y expliquait qu'Israël ne trouvera pas la solution à ses problèmes à s'enfoncer toujours davantage dans une logique de guerre.

Aujourd'hui, Ze'ev Maoz, professeur de sciences politiques à l'Université de Tel-Aviv, publie un article important dans Haaretz sur les récents développements au Liban. En voici de larges extraits:

Morality is not on our side

There's practically a holy consensus right now that the war in the North is a just war and that morality is on our side. The bitter truth must be said: this holy consensus is based on short-range selective memory, an introverted worldview, and double standards.

This war is not a just war. Israel is using excessive force without distinguishing between civilian population and enemy, whose sole purpose is extortion. That is not to say that morality and justice are on Hezbollah's side. Most certainly not. But the fact that Hezbollah "started it" when it kidnapped soldiers from across an international border does not even begin to tilt the scales of justice toward our side.

Let's start with a few facts. We invaded a sovereign state, and occupied its capital in 1982. In the process of this occupation, we dropped several tons of bombs from the air, ground and sea, while wounding and killing thousands of civilians. Approximately 14,000 civilians were killed between June and September of 1982, according to a conservative estimate. The majority of these civilians had nothing to do with the PLO, which provided the official pretext for the war. (...)

On July 28, 1989, we kidnapped Sheikh Obeid, and on May 12, 1994, we kidnapped Mustafa Dirani, who had captured Ron Arad. Israel held these two people and another 20-odd Lebanese detainees without trial, as "negotiating chips." That which is permissible to us is, of course, forbidden to Hezbollah. (...)

So much for the history of morality. Now, let's consider current affairs. What exactly is the difference between launching Katyushas into civilian population centers in Israel and the Israel Air Force bombing population centers in south Beirut, Tyre, Sidon and Tripoli? The IDF has fired thousands of shells into south Lebanon villages, alleging that Hezbollah men are concealed among the civilian population. Approximately 25 Israeli civilians have been killed as a result of Katyusha missiles to date. The number of dead in Lebanon, the vast majority comprised of civilians who have nothing to do with Hezbollah, is more than 300.

Worse yet, bombing infrastructure targets such as power stations, bridges and other civil facilities turns the entire Lebanese civilian population into a victim and hostage, even if we are not physically harming civilians. The use of bombings to achieve a diplomatic goal ( namely, coercing the Lebanese government into implementing UN Security Council Resolution 1559 ) is an attempt at political blackmail, and no less than the kidnapping of IDF soldiers by Hezbollah is the aim of bringing about a prisoner exchange.

There is a propaganda aspect to this war, and it involves a competition as to who is more miserable. Each side tries to persuade the world that it is more miserable. As in every propaganda campaign, the use of information is selective, distorted and self-righteous. If we want to base our information (or shall we call it propaganda?) policy on the assumption that the international environment is going to buy the dubious merchandise that we are selling, be it out of ignorance or hypocrisy, then fine. But in terms of our own national soul searching, we owe ourselves to confront the bitter truth: maybe we will win this conflict on the military field, maybe we will make some diplomatic gains, but on the moral plane, we have no advantage, and we have no special status.
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Commentaire:

C'est encore mieux dit que tout ce que j'ai pu écrire hier sur Les équivalences morales.

24 juillet, 2006

Les équivalences morales

Les soldats de la guerre de propagande sont très occupés par les temps qui courent. Leur imagination semble n'avoir pas de borne quand il s'agit d'inventer de nouveaux arguments moraux pour justifier l'immoralité des actes posés par leurs frères d'armes sur le terrain des opérations.

Mais avant de se perdre dans leurs abstactions fumeuses, faisons un bref bilan de la réalité que tous ont vu sur leurs écrans de télévision: après douze jours de combats entre Israël et le Liban, les victimes se répartissent ainsi:
° Israéliens tués par le Hezbollah:......... 17 civils et 20 militaires;
° Libanais tués par l'armée israélienne:.....318 civils et 43 militaires.

Le premier coup de feu des soldats de la vérité a été tiré par John Bolton, le 17 juillet à l'ONU: "Mais je pense que ce serait une erreur d'établir une équivalence morale entre les victimes d'actes terroristes et les morts de civils qui sont la conséquence tragique et malheureuse d'actions militaires dictées par l'auto-défense."

Ainsi donc, si le pilote du bombardier porte un uniforme, si l'avion et les bombes ont été financés (au moins partiellement...) par les payeurs de taxes d'une démocratie reconnue, s'il ne fait qu'obéir aux ordres de généraux nommés par des dirigeants politiques dûment élus qui s'auto-proclament en état de légitime défense au mépris du droit international, alors ce pilote peut bombarder des usines de produits laitiers, des usines de médicaments, des convois de réfugiés, et ce, dans un pays démocratique voisin bénéficiant d'une pleine souveraineté.

Toutes les victimes civiles de cette guerre stupide, qui aurait facilement pu être évitée par des négociations, le sont à la suite d'actes de guerre condamnables, et non pas seulement regrettables. Prétendre à la supériorité morale que conférerait la supériorité politique, économique et militaire est proprement odieux, surtout dans les circonstances présentes.

Et c'est ici que nous arrive un deuxième soldat de la vérité, le professeur Noah Feldman qui enseigne le droit à l'Université de New York. Dans son article, il reconnaît que le Liban est une démocratie. Par contre, il y a des démocraties moins respectables que d'autres, ce qui justifierait qu'on puisse les frapper:

"For its part, Israel is gambling that the right strategy is to make the people who elected Hamas and a government that includes Hezbollah reckon the costs of their representatives' recklessness. That is why Israel has targeted not only Hezbollah leaders and strongholds but has also bombed infrastructure that sustains daily life for everybody in Lebanon. From Israel's standpoint, this is no longer a fight with nonstate terrorists who are holding their fellow citizens hostage to their tactics. It is, rather, war between Israel and countries that are pursuing (or tolerating) violent policies endorsed (or at least accepted) by their electorates."

Ainsi donc, il faudrait punir les Palestiniens parce qu' il ont voté pour le Hamas, une organisation terroriste, et le Liban, parce qu'il accueille en son parlement le Hezbollah, une autre organisation terroriste. Le cher professeur ne voit pas que c'est justement l'argument des opposants qui accusent Israël de terrorisme d'État. Ces opposants, ou groupes terroristes, utilisent la même justification pour frapper les civils israéliens innocents qui ont élu le gouvernement israélien. Un argument immoral abject dans l'arsenal idéologique d'une organisation terroriste devient-il moral et noble quand il est avalisé par des payeurs de taxes ?

Enfin, un troisième valeureux soldat de la vérité et de la relativité des équivalences morales s'est avancé: le professeur Alan Dershowitz qui enseigne le droit à l'Université Harvard:

" There is a vast difference — both moral and legal — between a 2-year-old who is killed by an enemy rocket and a 30-year-old civilian who has allowed his house to be used to store Katyusha rockets. Both are technically civilians, but the former is far more innocent than the latter. There is also a difference between a civilian who merely favors or even votes for a terrorist group and one who provides financial or other material support for terrorism.

Finally, there is a difference between civilians who are held hostage against their will by terrorists who use them as involuntary human shields, and civilians who voluntarily place themselves in harm's way in order to protect terrorists from enemy fire."

Je note tout d'abord le subtil distinguo établi entre la situation d'un frêle enfant israélien de 2 ans tué par une roquette du Hezbollah et le robuste chiite libanais de 30 ans qui permet qu'on utilise sa maison pour entreposer des roquettes meurtrières. Il y a ensuite différents degrés d'innocence selon que vous êtes un simple sympatisant du Hezbollah, ou un électeur, ou un souscripteur, ou un collaborateur. Enfin, il faut savoir si tout cela fut fait volontairement et de bon coeur, ou sous la contrainte et les menaces de représailles du Hezbollah.

Bon.

Du côté israélien, il semble qu'on n'ait pas trop de problèmes. Tous les civils sont des victimes innocentes. La notion de terrorisme d'État n'est pas encore reconnue en droit international et il est a fortiori encore moins reconnu que ce soit un crime de voter pour un gouvernement ayant posé des gestes s'apparentant au terrorisme d'État.

Du côté libanais, les instances chargées de faire appliquer le droit pénal international font avoir de sérieux problèmes, si on se fie aux distinctions du professeur Dershowitz. En effet, selon Louise Arbour:

"Les pilonnages indiscriminés visant des villes représentent de façon prévisible et inacceptable la prise pour cible de civils", a affirmé Louise Arbour. De même, a-t-elle ajouté, "le bombardement de sites présumés militaires mais causant invariablement des morts parmi la population civile est injustifiable".

J'imagine donc que les autorités israéliennes qui devront faire face au Tribunal pénal international pour frappes indiscriminées sur le Liban vont invoquer les distinctions du professeur Dershowitz pour graduer la gravité de leurs crimes.

Ainsi, sur les 318 victimes civiles recensées à ce jour au Liban, il y a A enfants de 2 ans, B enfants de 3 ans, ..., H femmes sans enfants, ..., K mères de 2 enfants, ..., S robustes chiites libanais de 30 ans, ..., et finalement, Z chiites libanais de 45 ans volontaires pour élire le Hezbollah, y souscrire et collaborer pleinement. On entendrait au Tribunal des arguments comme: "D'accord, monsieur le juge, cet enfant avait deux ans, mais n'oubliez pas que son père a voté pour le Hezbollah."

Non mais !... Je ne peux pas croire que je suis en train d'écrire des conneries pareilles ! Je ne peux pas non plus croire que j'ai lu des conneries pareilles de la part d'un professeur de droit à Harvard, et dans un journal réputé comme le Los Angeles Times, en plus !

Il me semble que tout le monde devrait comprendre ce qu'est une victime civile, même si elle n'est que Palestinienne ou Libanaise.

Tout ce qu'on peut justifier avec les équivalences morales...
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Merci à Billmon d'avoir soulevé ces problèmes.

23 juillet, 2006

L'opinion d'un historien militaire israélien

Le 20 mars 2002, un an jour pour jour avant que les forces coalisées sous la direction des États-Unis n'envahissent l'Irak, le professeur Martin van Creveld accordait une entrevue à Jennifer Byrne du réseau américain ABC. Le professeur van Creveld, polémologue, historien militaire, enseigne à l'Université hébraïque de Jérusalem. Il est l'auteur de Supply and War, (1977), Command and War, (1985), Technology and War, (1988) et de The Transformation of War, (1991).

Dans cette entrevue, le professeur van Creveld exprimait l'avis que que les forces armées israéliennes, malgré leur puissance, allaient inévitablement perdre contre les Palestiniens. Il expliquait que si une puissance forte combat une puissance faible, ce n'est qu'une question de temps avant que le fort ne devienne faible lui aussi. C'est ce qui est arrivé aux Anglais en Palestine, aux Français en Algérie, aux Américains au Vietnam, aux Soviétiques en Afghanistan et dans d'autres situations trop nombreuses pour être comptées.

L'explication en est que si vous êtes fort et que vous combattez un faible, vous êtes un scélérat si vous le tuez; par ailleurs, vous êtes un idiot si vous êtes tué. C'est une situation perdant/perdant. Quand le fort combat le faible, tout ce qu'il fait est criminel. Lao-Tseu a dit, il y a 2 400 ans, qu'une "épée plongée dans l'eau salée va rouiller". Ce n'est qu'une question de temps.

Et le professeur van Creveld de conclure qu'Israël n'a pas de solution militaire à ses problèmes:

Byrne: : What options does the Israeli army have, do you think?
Van Creveld: Nothing will work.
Byrne: : Nothing at all? Do you think there’s no change of strategy?
Van Creveld: No. There is one thing that can be done – and that is to put and end to the situation whereby we are the strong fighting the weak, because that is the most stupid situation in which anybody can be.

Et le professeur van Creveld de suggérer sa solution pour régler le problème palestinien:

° attendre une situation favorable;
° faire ce qu'il faut pour rétablir un équilibre des pouvoirs entre les Palestiniens et nous;
° enlever 90 % des causes du conflit en se retirant des territoires occupés;
° bâtir un mur entre eux et nous, si haut que même les oiseaux ne pourraient pas le franchir.
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Commentaires

L'idée du retrait unilatéral des territoires occupés et de la construction du mur a fait son chemin. Malheureusement, le rétablissement d'un équilibre des pouvoirs entre les Palestiniens et les Israéliens n'a pas pu faire son chemin dans l'opinion publique israélienne, sans doute trop insécure pour y donner suite. Ainsi, les forces politiques extrémistes en Israël en sont revenu à l'option militaire, notamment dans la bande de Gaza, où l'armée israélienne est en train de se déshonorer.

La même situation prévaut au Liban, où encore une fois, le déséquilibre des forces en présence donne un véritable haut-le-coeur à toute personne qui n'est pas intoxiquée par la propagande du gouvernement israélien.

22 juillet, 2006

Gilles Groulx, cinéaste

Je viens de voir Le chat dans le sac (1964) et Où êtes-vous donc ? (1969) de Gilles Groulx, cinéaste à l'ONF. Je n'avais jamais vu de film de lui, mais je savais qu'on lui prêtait de grands talents.

En vrac, on dit à propos de lui, ou de ses oeuvres:

° Il s'est imposé une attitude fondamentalement dynamique : faire de la réflexion et de l'analyse politique l'élément moteur de ses films.

° Dans tous ses films il y a cette volonté de s'approcher de la réalité, de la comprendre, de la digérer, de la montrer et de la projeter aux spectateurs dans le but précis de faire réfléchir et de faire comprendre la société et le contexte tout québécois.

° Pierre Falardeau a dit de Gilles Groulx qu'il était l'un des plus grands réalisateurs de l'histoire du cinéma, mais que comme il était québécois, nous n'étions que quelques-uns à le savoir.

° En 1964, il réalise l'un des films les plus important du cinéma québécois : Le Chat dans le sac. Ce film-pionnier est soutenu par l'extrême liberté de sa structure et la portée politique de son sujet.

° Où êtes-vous donc ? (1969) poursuit sur la lancée du Chat dans le sac en continuant d'approfondir son étude de l'homme québécois. Le film est une fiction insolite et provocatrice sur la révolte et la révolution...

° Ses films, dans leur éclatement, demeurent tous fidèles au projet de départ de l'artiste, celui de faire du cinéma un outil de science et de conscience, celui de dénoncer l'aliénation moderne et la répression politique sans être dupe des formes et des structures économiques du cinéma.

° Ainsi, après Le Chat dans le sac (1964), dont la facture libre l'inscrit dans la même mouvance que ses contemporains Godard et Bertolucci, Groulx signe des « films collages » dans lesquels il approfondit sa réflexion sur la condition québécoise. C'est d'abord Où êtes-vous donc ? (1968), qualifié par certains d'oratorio lyrique...

° Ainsi, si Groulx fut de toujours scénariste de ses propres films (que ce soit ses fictions ou ses projets de recherche documentaire), rarement la réception populaire et médiatique de ses œuvres ne semble s’être arrêtée au travail de Groulx-scénariste. En effet, reconnaissant généralement l’intégrité finale du projet filmique comme résultante d’un effort continu dont la scénarisation ne semble constituer qu’une étape indigne de mention dans le processus créatif, le scénario, comme entité, ne devient alors rien de moins qu’une ébauche mineure d’un tout trouvant sa pleine expression dans la persona de Groulx et sa projection sur film.

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Excusez-moi un instant, il faut que je reprenne mon souffle... Groulx et Bertolucci, même mouvance cinématographique ? Oratorio lyrique ? Dénonciation de la répression politique ? Faire comprendre la société québécoise ?

Le chat dans le sac: un jeune homme idéaliste et timide s'enferme dans une maison de campagne en attendant de savoir quoi faire de sa vie...

Où êtes-vous donc ? : un choeur de pleureuses et des gros titres en surimpression vous disent quoi penser pendant que deux traîne-savates errent dans la ville...

C'est vrai qu'en 1964, j'écoutais des films de John Wayne. Oubliez ça. Je ne suis pas dans la game. Dans le fond, je l'avoue, je suis très Hollywood. J'aime les scénarios tricotés serré, les montages nerveux, les images somptueuses, les histoires envoûtantes... Mettons que je n'ai rien dit.

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Addendum: Je viens aussi de revoir Casablanca (1942), et j'en ai encore des larmes aux yeux de constater que ce film a été produit dans l'enfer capitaliste aliénant de Hollywood, par un dénommé Hal B. Wallis, qui a en plus osé se mettre les poches pleines de fric avec des films comme Little Caesar (1930), 42nd Street (1933), The Charge of the Light Brigade (1936), Dark Victory (1939), The Maltese Falcon (1941), Sergeant York (1941), Gunfight at the O.K. Corral (1957), Becket (1964), Anne of the Thousand Days (1969).

21 juillet, 2006

Cycles de l'histoire

Des horreurs de la première guerre mondiale (1914-1918) est née la Société des Nations (SDN).

"La SDN créée le 10 janvier 1920, est une première tentative de fonder une organisation internationale permanente apte à trouver des solutions pacifiques aux conflits entre États, par le biais de l'arbitrage et de la mise en place de sanctions collectives contre les Etats récalcitrants.

(...)les pays membres s'engageaient à se défendre mutuellement contre toute agression. Ce sont ces dispositions touchant à la prévention et à la solution des conflits qui étaient intéressantes : les membres de la SDN s'engageaient à respecter et à maintenir l'intégrité territoriale et l'indépendance politique de tous les États membres contre toute agression extérieure. Il ne s'agissait donc pas d'un simple pacte de non-agression, mais bien d'un engagement sur une action positive de secours au profit du pays agressé."
La documentation française

Le président américain Wilson, un démocrate, s'est fait le principal promoteur de la SDN mais le Sénat républicain fit en sorte que les États-Unis n'en firent jamais partie. Les pays de l'Axe, (Allemagne, Italie et Japon) s'en retirèrent dans les années '30. Mal financée, son autorité morale bafouée, la SDN n'a pas pu empêcher le déclenchement de la deuxième guerre mondiale (1939-1945).


Des horreurs de la deuxième guerre mondiale est née l'Oganisation des Nations unies (ONU).

À la suite de discussions préliminaires initiées pendant la guerre par le président américain Franklin D. Roosevelt, un démocrate, "l'Organisation des Nations unies (ONU) naquit officiellement le 24 octobre 1945, lorsque le traité fut ratifié par la Chine, les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni et l'URSS et par la majorité des autres pays signataires." (...)

Outre ses missions concernant la liberté et le développement, le premier but de l'ONU est de "maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin : prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d'écarter les menaces à la paix, et réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l'ajustement ou le règlement de différends ou de situations, de caractère international, susceptibles de mener à une rupture de la paix. (...)

La Charte prévoit que le Conseil de sécurité des Nations Unies peut recourir à des mesures non-militaires (embargo, sanctions économiques) pour faire pression sur les Etats. Elle donne également au Conseil de sécurité le pouvoir d'entreprendre toute action militaire, qu'il juge nécessaires, au cas où les mesures précédentes apparaîtraient d'emblée ou se seraient révélées inadéquates."
La documentation française

Ainsi donc, sauf en cas de légitime défense, tous les pays membres s'engagent à confier au seul Conseil de sécurité la décision d'attaquer militairement un autre pays. Et dans les cas de légitime défense, les actions militaires en riposte doivent être proportionnelles et mesurées.

En septembre 2002, l'administration Bush éleva au rang de doctrine et de statégie officielle l'utilisation de frappes préemptives et préventives en proclamant sa National Security Strategy. Plusieurs experts jugent qu'elle est illégale: " (...) aucune pratique internationale concordante et constante n’a, à ce jour, introduit dans le droit international positif le principe de légitime défense préemptive ni, a fortiori, n’en a élargi la portée au domaine de l’action militaire préventive."

En 2003, les États-Unis envahissent l'Irak en toute illégalité, selon Kofi Annan. En 2006, Israël bombarde le Liban de frappes massives et illégales. Le Congrès américain avalise l'agression israélienne par des votes favorables au Sénat le 18 juillet, et à la Chambre des Représentants le 20 juillet. Même Hillary Clinton, une démocrate, encourage Israël à "prendre toutes les mesures nécessaires" pour se défendre contre le Hamas, le Hezbollah, l'Iran et la Syrie." Vaste mandat...

Bref, l'autorité morale de l'ONU est carrément et ouvertement bafouée par toute l'élite politique américaine. À partir de là, la force fait le droit. Si les Américains et les Israéliens peuvent frapper quand ils se sentent menacés, tous les pays qui se sentent menacés en ont le droit. Pas plus tard qu'hier, les troupes éthiopiennes sont entrées en Somalie. Elles veulent défendre les valeurs éthiopiennes contre les tribunaux islamiques.

Newt Gingrich pense que nous sommes au beau milieu de la troisième guerre mondiale. Elle est loin d'être terminée. Elle sera probablement très laide si l'ONU n'arrive pas à l'endiguer. Et peut-être que, dans un certain nombre d'années, un blogueur inquiet commencera son billet de la façon suivante:

Des horreurs de la troisième guerre mondiale (2003-2009) est née la Société des Nations unies (SNU).

20 juillet, 2006

Le loup et l'agneau

Certains classiques ne se démodent pas. Il en est ainsi de cette fable:

Le Loup et l'Agneau
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La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure.
Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
- Sire, répond l'Agneau, que votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d'Elle,
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
- Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
- Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?
Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère.
- Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
- Je n'en ai point.
- C'est donc quelqu'un des tiens :
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge.
Là-dessus, au fond des forêts
Le Loup l'emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

Jean de La Fontaine

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(Mes soulignés)

19 juillet, 2006

Frappes verbales préventives

Bush replied: "See, the irony is what they need to do is get Syria to get Hizbollah to stop doing this shit and it's over."
Yahoo! News, lundi, le 17 juillet 2006


Le président américain George W. Bush a fait savoir mardi qu'il soupçonnait la Syrie de vouloir revenir au Liban, plus d'un an après la fin de son occupation militaire. "Il est dans notre intérêt que la Syrie reste en dehors du Liban et que ce gouvernement survive". (...)

Le président américain a estimé que la communauté internationale devait prendre des mesures contre la milice chiite. "Le monde doit s'occuper du Hezbollah, de la Syrie et continuer à isoler l'Iran".
Yahoo! Actualités, mardi, le 18 juillet 2006



George Bush a commencé à marteler le mème à l'effet que la Syrie est le problème. Elle est soupçonnée d'avoir de mauvaises intentions. Il faut venir au secours du Liban menacé par la Syrie. Noir est blanc... Admettons tout de suite qu'il faut un sacré culot pour parler de protéger le Liban contre la Syrie quand on laisse Israël dévaster le pays par des bombardements intensifs.

Beaucoup de gens pensent que George W. Bush est un idiot. J'ai lu et relu l'équivalent de la phrase suivante: "Mais personne n'a dit à Bush que la Syrie ne contrôle pas vraiment le Hezbollah ? C'est affreux d'être gouverné par quelqu'un qui vit dans une bulle !" Je pense que Bush sait que la Syrie ne contrôle pas vraiment le Hezbollah. Il le sait par expérience parce que lui-même ne contrôle pas vraiment Israël, ni le Pakistan, ni l'Irak, etc., tous pays lourdement subventionnés par les États-Unis.

Là où George W. Bush est imbattable, c'est quand il s'agit de répéter un slogan, un mème, une unité simple d'information qui va finir par pénétrer dans la psyché des Américains. Il reste centré sur le message à transmettre. Et il va le répéter sans cesse et sans gêne jusqu'à ce que s'épuisent les brillantes démonstrations des opposants. C'est pourquoi on le traite d'idiot, mais c'est aussi pourquoi il est redoutable dans une campagne électorale, ou quand il s'agit de promouvoir un agenda particulier. On n'a qu'à se rappeler le succès de la campagne de désinformation menant à l'invasion de l'Irak.

Donc, pour Bush, le problème actuel, c'est la Syrie. Regardons-le aller

18 juillet, 2006

Éradiquer le Hezbollah ?

Le Liban compte 3,8 millions d'habitants, dont 800 000 sont des musulmans chiites. C'est à l'intérieur de la communauté chiite libanaise qu'est né le Hezbollah, d'abord comme un groupe armé de résistance à l'invasion de l'armée israélienne de juin 1982. Puis le mouvement a joué un rôle social en s'occupant d'hôpitaux, d'écoles, d'orphelinats et d'une chaîne de télévision. Enfin, le mouvement s'est aussi impliqué en politique, faisant élire 14 députés sur 128 au parlement libanais. Le ministre de l'énergie du gouvernement libanais vient du Hezbollah.

En juin 2000, l'armée israélienne quitte le Liban. Le monde arabe en attribue le mérite au Hezbollah qui en retire une grande popularité. Le Hezbollah est depuis une des bêtes noires d'Israël. Il est soutenu financièrement par l'Iran et la Syrie.

Parmi les 800 000 chiites libanais, il en a sans doute qui n'approuvent pas le Hezbollah. Mais le Hezbollah ne survivrait pas sans un large appui de la communauté chiite libanaise et il faut considérer le Hezbollah comme le mouvement qui les représente et défend leurs intérêts sur le plan politique et communautaire.

Dans ce contexte, on ne peut pas parler d'éradiquer le Hezbollah comme s'il s'agissait d'extraire une mauvaise dent. Éradiquer le Hezbollah signifie causer des dommages collatéraux importants dans la communauté des 800 000 chiites libanais. Cela signifie que pour un membre actif de la branche armée que vous allez tuer, il y aura deux membres actifs de la branche communautaire qui vont reprendre la kalachnikov. Cela signifie que le neveu voudra venger un oncle, et ainsi de suite. Vous ne pouvez pas enlever seulement la mauvaise dent, il faut enlever toute la mâchoire.

Ce n'est plus de la dentisterie de précision, c'est de la boucherie.

Le Liban ne s'en va pas vers des jours meilleurs.

17 juillet, 2006

Comprendre ce qui se passe au Moyen-Orient

Après avoir été saisi par l'horreur de la situation dans la bande de Gaza et au Liban, il faut tenter de comprendre ce qui s'y passe.

George W. Bush a dit qu'Israël a le droit de se défendre. Stephen Harper a dit qu'Israël a le droit de se défendre, et que sa réponse militaire est mesurée. Les Européens ont dit que la réponse d'Israël est hors de proportion.

À la fin du G8, tous se sont entendus pour "exhorter les «forces extrémistes» du Hezbollah libanais et du Hamas palestinien à «immédiatement cesser leurs attaques», et Israël, dont «le droit à se défendre» est reconnu, à «faire preuve de la plus grande retenue»."

Dans son excellent article publié dans La Presse d'aujourd'hui, Gwynne Dyer fait un bon résumé des événements qui se sont déroulés dans la région depuis quelques semaines. Il cite le journaliste israélien Huberman écrivant que: "L'objectif de cette opération n'est clair pour personne, ni le gouvernement, ni le premier ministre, ni l'armée israélienne et tous ses chefs."

La thèse sous-jacente à l'article de Dyer, c'est que le Hamas et le Hezbollah provoquent Israël, lequel tombe dans leur piège et réagit de manière excessive sans trop savoir où cela mènera. Il conclut: "(...) aucun des protagonistes de la dangereuse partie qui a commencé n'a de stratégie cohérente pour y mettre fin."

Peut-être bien que oui, peut-être bien que non.

Généralement, on n'envahit pas un pays étranger sur le coup de la colère. Les grosses machines de guerre ont besoin de préparatifs minutieux. Les dirigeants israéliens nous ont démontré jusqu'ici plus de circonspection dans leurs décisions politiques et surtout militaires.

De leur côté, les Américains qui eux-mêmes financent Israël, ne cessent de souligner que la Syrie et l'Iran financent le Hezbollah. On sait que les Américains veulent en découdre avec l'Iran sur la question de l'enrichissement de l'uranium et que leurs plans militaires sont prêts. L'ancien speaker de la Chambre des représentants, Newt Gingrich, pousse le Parti républicain à faire campagne sur un agenda guerrier pour les élections de mi-mandat: "Let's face it, it's WWIII."

Et si on était tout simplement en train d'assister aux préparatifs menant à l'affrontement Bush-Ahmadinejad ? Cette thèse aurait au moins le mérite d'expliquer l'ampleur "soudaine" de la réaction israélienne aux roquettes du Hezbollah, précisément à cette période-ci de l'année.

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Addendum (23 h 30): Lectures complémentaires


Cheney wants security to top election agenda

"Either we're serious about fighting this war or we are not. With George Bush leading this nation we are serious and we will not let down our guard," Cheney said, adding America's enemies were "still lethal and still desperately trying to hit us again."

It's Our War: Bush should go to Jerusalem--and the U.S. should confront Iran.

For while Syria and Iran are enemies of Israel, they are also enemies of the United States. We have done a poor job of standing up to them and weakening them. They are now testing us more boldly than one would have thought possible a few years ago. Weakness is provocative. We have been too weak, and have allowed ourselves to be perceived as weak.

The right response is renewed strength--in supporting the governments of Iraq and Afghanistan, in standing with Israel, and in pursuing regime change in Syria and Iran. For that matter, we might consider countering this act of Iranian aggression with a military strike against Iranian nuclear facilities. Why wait?

James Woolsey calls for an attack on Syria

Former CIA man James Woolsey, appeared with John Gibson today and joined in with the neocon chorus and wants the US to attack Syria.

Woolsey says it’s really about Iran vs the US. No ceasefires or arrests. He wants air strikes on Syria immediately. Gibson asked him why the US shouldn’t just hit Iran.

Woolsey: Well, ahh, one has to take things to some degree by steps.

16 juillet, 2006

Rien

Voyez la une des journaux.

Voyez les nouvelles télévisées.

Il serait futile de parler d'autre chose.

Mais je n'ai toujours pas de mots pour parler de cela.

Alors, rien...

15 juillet, 2006

Poutine a compris

La trame narrative des manchettes de presse sur la Russie nous rappelle constamment à quel point le gouvernement Poutine ne comprend rien à la démocratie. Expulsions d'opposants, contrôle de la presse, répression en Tchétchénie, etc., tous ces incidents sont utilisés dans le cadre du narratif: "La Russie n'est pas une vraie démocratie".

Et pourtant, expulsions d'opposants, contrôle de la presse, répression en Irak et en Afghanistan sont aussi le lot quotidien de George W. Bush, lequel se présente comme le champion de la démocratie dans le monde. Bush a Fox News et Poutine Ria Novosti. Où est la différence ? Bush sait comment travailler avec la presse occidentale tandis que Poutine ne le sait pas.

Le gouvernement Bush ne fait pas dans le "no comment". Il nourrit la "Bête". Il fournit aux médias plein de choses à diffuser et à publier dans le langage orwellien qu'on lui connaît. Noir est blanc. Trouvez une contre-vérité, quelle qu'elle soit, à tout ce que peut affirmer l'opposition, de façon que les médias donnent un poids égal à vos mensonges pour faire "objectif". Nourissez la "Bête", elle vous fera une réputation de promoteur de la démocratie alors que, dans les faits, vous violez tous les jours la Constitution du pays et les conventions internationales qu'il se doit d'honorer.

Poutine vient d'engager la firme de relations publiques Ketchum Inc. pour gérer les relations avec les médias lors du Sommet du G8. Poutine a compris.

Dans un pays où même la plus obcure PME va engager la firme Le Cabinet de relations publiques NATIONAL (Canada) inc. pour gérer un problème de médias, on peut comprendre cela aussi.

14 juillet, 2006

Vengeance !

Ce matin, dans Peanuts, Linus offre un verre d'eau froide à sa soeur Lucy en train de se baigner dans une piscine d'enfant. Puis il lui verse sur la tête un grand seau d'eau froide. Je suis certain que c'est avec la plus parfaite mauvaise foi qu'il dit avoir parlé d'un verre d'eau, alors qu'il voulait parler d'un seau d'eau.

Depuis les décennies que Linus sert de souffre-douleur à Lucy et à Snoopy, il était temps que quelque chose se passe. Maintenant, au tour de Snoopy...

Parler de cette vengeance-là ou des vengeances qui s'exercent au Moyen-Orient ne changera pas grand-chose, venant d'un simple citoyen comme moi. Mais il me reste mon droit de vote. Et il est certain que je ne pourrai pas voter pour un parti qui, au regard des événements récents, trouve simplement à dire qu'Israël a le droit de se défendre.

De toutes façons, cela n'y changera rien, je n'aurais jamais voté pour ce parti. Déjà en naissant, je n'avais pas le profil conservateur. Le reste, ce ne sont que des rationalisations servant à justifier les options que mes instincts me dictent.

All that jazz...

13 juillet, 2006

Dieudonné et Stéphan

Je trouvais ça lourd. Cela tombait et cela repartait. Et on y revenait encore.

Stéphan Bureau faisait passer une entrevue à Dieudonné, hier, sur Artv. Je me disais: "Ce Dieudonné, pour un humoriste, il n'est pas léger..." Au fur et à mesure que l'entrevue se déroulait, je me rendais compte que Dieudonné n'était pas lourd, il était profond. Ce qui n'est pas la même chose.

Mais le climat était quand même lourd. Dieudonné ne cessait de répéter: "Il faut calmer le jeu..." Et Stéphan ne cessait de revenir sur les protestations hystériques des adversaires de Dieudonné. Il fallait calmer le jeu. Mais on y revenait encore.

Et là, j'ai compris que c'était Stéphan Bureau qui était lourd.

Ce Stéphan Bureau ! La nature l'a doté de tous les dons. Il a occupé les deux postes les plus prestigieux du monde journalistique québécois et il les a laissé tomber. Hier, dans cette entrevue, j'ai songé à une Ferrari qui, au lieu de vrombir sur le circuit Gilles-Villeneuve, tenterait péniblement de se frayer un chemin dans la sloche de la rue Mentana, un petit matin d'hiver.

12 juillet, 2006

La psychologie et la politique

Comment devient-on un électeur de droite ? Quel cheminement psychologique suit-on pour finalement se loger résolument à droite sur l'échiquier politique ? En général, les gens impliqués dans l'action politique, les militants de toutes les options, trouvent oiseuses sinon carrément trompeuses les explications psychologiques appliquées aux phénomènes politiques.

Écrivains et cinéastes se sont parfois hasardés sur ce terrain. Jean-Paul Sartre a raconté dans L'enfance d'un chef (1939) comment Lucien Fleurier, fils de bonne famille ayant vécu une enfance dorée, est passé de la révolte adolescente à la vie de bohème et finalement au militantisme d'extrême-droite. Dans son film Le conformiste (1970), Bernardo Bertolucci décrit comment un Marcello Clerici pusillanime et accomodant en vient à accepter de tuer son mentor sur les ordres des autorités fachistes italiennes.

En 2003, une étude menée par John T. Jost de l'Université Stanford intitulée "Political Conservatism as Motivated Social Cognition" a causé tout un émoi dans les milieux politiques conservateurs. Après enquête, le Congrès a trouvé que 1,2 million de dollars des payeurs de taxes américains avaient financé l'étude.

L'équipe de John T. Jost a répertorié toutes les études portant sur la psychologie du conservatisme depuis les 44 dernières années. Ils en ont conclu que les personnes dogmatiques, craintives, tolérant difficilement l'ambiguité et l'incertitude et, finalement, recherchant l'ordre et les choses bien structurées, vont pencher davantage vers le conservatisme. D'autres traits communs aux conservateurs consistent par exemple à souhaiter le retour à un passé idéalisé, à justifier facilement les inégalités sociales et à obéir aux leaders autoritaires.

Par ailleurs, le Dr. Jack Block de l'Université Berkely mène depuis 1968 une recherche longitudinale en profondeur sur la personnalité de 100 individus, et ce, depuis qu'ils ont l'âge de 3 ans. Les sujets ont été interrogés à 8 reprises depuis les débuts de la recherche. Cette longue enquête devenue célèbre a été à l'origine de plus de cent articles scientifiques dont plusieurs sont devenus des classiques.

Récemment, Kurt Kleiner du Toronto Star a fait état d'un de ces articles scientifiques qui a rapidement été très populaire dans la blogosphère. On y apprend que les enfants pleurnicheurs, insécures, ceux qui avaient peur des autres et couraient se plaindre à la maîtresse d'école, ont plutôt tendance à devenir conservateurs à l'âge adulte. À l'inverse, les enfants sûrs d'eux-mêmes, résilients et autonomes vont plutôt pencher vers la gauche en vieillissant.

Le journaliste en conclut que les traits de personnalité et les émotions d'un individu jouent peut-être un plus grand rôle qu'on ne le pense dans ses orientations politiques. Serait-il possible que l'évaluation des programmes politiques et des candidats ne soient que des exercices de rationalisation postérieurs à ce qu'intuitivement nous avons déjà décidé d'appuyer ?

11 juillet, 2006

Salade de saison V

La récupération de Zidane

Il y a un parallèle à faire entre Maurice Richard et Zinédine Zidane. Tous deux vedettes de leur sport, hommes de peu de mots, explosifs et violents sur le terrain, ils ont atteint le statut de symbole auquel de nombreuses causes cherchent à s'associer.

Né à Marseille d'immigrants kabyles, Zidane est "la fierté de tout un peuple", les Algériens, qui se sentent grandis par les exploits de la star qui partage leur pool génétique. Les Français aussi en sont bien fiers, car c'est chez eux qu'il est né et qu'il a grandi.

Tout le monde s'entend pour dire que son coup de tête à l'endroit de Materazzi en période de prolongation était injustifié. Mais alors, pourquoi devient-il si important de savoir quelle insulte lui a lancé le joueur italien ? Depuis deux jours, le monde est suspendu aux lèvres de l'homme de peu de mots et attend une explication à l'injustifiable.

Si jamais l'insulte de Materazzi a quelque connotation raciste, comme cela est courant dans l'arène sportive, il faut s'attendre à ce que Zidane soit porté en triomphe sur les Champs-Élysées pour avoir combattu le racisme.

Remarquez, je n'ai rien contre le fait que les bonnes causes fassent de la récupération. Au contraire.


Ben Laden n'en aurait plus pour longtemps

Le courageux journaliste d'Asia Times Online, Syed Saleem Shahzad, nous apprend qu'Osama Ben Laden dépérit malgré son appareil à dialyse et que sa santé décline rapidement. Il est sous traitement depuis plusieurs mois et il ne peut plus se déplacer. De plus, il commence à être à court d'argent.

C'est le Dr Ayman al-Zawahiri, le numéro 2 d'al-Qaida, qui a pris la suite des opérations.


Récoltes record en Afghanistan

L'Afghanistan a connu deux récoltes record de pavot cet année, produisant ainsi près de 90 % de l'opium dans le monde. Les revenus de cette production comptent pour près de 50 % du PNB du pays. Le président Hamid Karzai, qu'on surnomme de plus en plus "le maire de Kaboul", n'a pas le support des chefs de tribu et de la population pour éradiquer cette culture. Et avec un gouvernement dont le budget est de 600 millions de dollars pour une population de 31 millions d'habitants, il n'en a pas les moyens non plus.

Les Américains à eux seuls ont ajouté 1,0 milliard de dollars pour le seul programme d'éradication de la culture du pavot, mais en pure perte. Les Talibans offrent, contre rémunération, une protection aux producteurs de pavot.


La partisanerie

Jean Charest dit que le Québec a les moyens d'être souverain. Pauline Marois dit qu'il y aura un prix à payer pour accéder à la souveraineté. Et chaque camp de ridiculiser l'adversaire pour avoir dit la vérité.

J'ai des problèmes avec l'esprit partisan.


Billmon émotif

Ceux qui connaissent l'esprit brillant et sarcastique de Billmon seront étonnés d'apprendre que le commentateur a enfin avoué avoir ressenti une émotion. Voir Al Gore errant d'aéroport en aéroport pour ses conférences sur l'environnement, tel un commis-voyageur de la vérité, l'a attristé:

"But there is something tragic, even a little pathetic, about Gore's stubborn faith in the ability of facts and reasoned argument to save the world. The scenes of him schlepping through airports – alone, laptop in hand, on his way to yet another city to show his slides to another room full of college students or environmental activists – hit the edge of bathos. They make Al look too much like Willy Loman. "

Et il y a quelque chose de désespéré dans son envolée finale:

"(...) I like the image of him out there on the speaking trail, completely without illusions about the ultimate outcome of the battle, but determined that it won’t be lost because he gave up. It would make Gore a politician, maybe the only establishment politician, that I can relate to – as one Edwardian plant to another."

10 juillet, 2006

Notes sur "L'air des temps à venir"

Je relisais le billet d'hier sur mes prévisions pour les années 2007-2008. Je lui trouvais un ton vaguement astrologique. Il ne lui manquait que les cartes du ciel du Québec, du Canada et des États-Unis pour compléter.

La prédiction de grands événements sociaux, comme l'issue d'une campagne électorale, ressemble aux prévisions météorologiques. Des milliers, sinon des millions, de minuscules facteurs interviennent pour créer une tornade, une tempête de neige ou un tsunami. On a beau pester contre nos Miss Météo, il n'en reste pas moins que la science météorologique a fait des pas de géant avec l'arrivée des super-ordinateurs et des disciplines mathématiques qui permettent de traiter des données d'une telle ampleur.

Avec des outils plus modestes, pour ne pas dire rudimentaires, les sciences sociales tentent elles aussi de comprendre et de prédire l'évolution des sociétés et des problèmes auxquels elles doivent faire face. Les études des chercheurs universitaires en politique, les recherches en marketing et les travaux des firmes de sondage essaient tous de percer les mystères de ce magma informe qu'on appelle "l'air du temps".

Il est clair qu'en météo comme en politique, des millions de micro-facteurs interviennent. Mais dans un cas comme dans l'autre, il y a des facteurs plus importants qui sont les signes évidents des événements à venir. Les notes qui suivent ont pour but d'exposer les facteurs importants qui ont permis d'arriver aux prévisions mentionnées dans le billet d'hier.

Jean Charest sera réélu parce que c'est le nouveau Boubou. Les Québécois aimaient bien Robert Bourassa, mou, faible, peu menaçant. Jean Charest n'est pas Robert Bourassa, mais son image publique a quelque chose de lui. Quant à André Boisclair, il ne "pogne" pas. Les phénomènes d'identification ne jouent pas chez les hommes et le femmes ne peuvent pas entretenir une secrète libido à son égard. Dans la solitude de l'isoloir, la rectitude politique a bien peu d'emprise.

Stephen Harper perdra l'Ontario parce la greffe d'une jambe de bois américaine ne prendra sur le tissu des valeurs canadiennes. Si les éditoralistes de droite pensent que la gauche québécoise est anti-américaine, ma perception est qu'en Ontario la gauche, la droite, le centre et l'extrême-centre sont anti-américains. Quand à la popularité actuelle du Parti conservateur dans les sondages de l'opinion québécoise, elle s'apparente à celle de l'ADQ quand l'ADQ semblait apporter quelque chose de nouveau en politique.

Bush bombadera l'Iran et conservera un Congrès républicain lors des élections de mi-mandat en novembre parce qu'il se fout du jugement de l'Histoire. Il sait qu'il sera honni par les historiens académiques s'il déclenche ce nouveau conflit avec l'Iran, mais on trouvera toujours des idéologues pour en faire un grand président, comme on en a trouvé dans le cas de Ronald Reagan. Non, le seul jugement que Bush craint, c'est celui d'un Congrès démocrate déclenchant enquête sur enquête sur divers aspects de sa présidence pendant les deux prochaines années, voire même enclenchant une procédure "d'impeachment".

Et franchement, à moins de replonger le public américain dans une psychose de guerre, je ne vois pas comment Bush pourra empêcher qu'au moins la Chambre des représentants ne devienne démocrate. Toute la machine diplomatique, politique et militaire est en place pour le déclenchement d'une telle opération en Iran. Même inimaginable, on doit tirer la conclusion que cela se fera.

Quand aux quatres autres prédictions, elles sont assez vagues tout en étant quasiment des évidences. Je ne ressens pas le besoin de les étayer.

09 juillet, 2006

L'air des temps à venir

Les années 2007 et 2008 nous feront regretter le doux temps des années 2001-2006.

Jean Charest sera réélu et André Boisclair se fera "pierremarcjohnsonneriser" par un pur et dur qui lancera le Parti québécois dans une autre dérive stérile.

Stephen Harper perdra l'Ontario et reculera au Québec, ce qui ouvrira la porte à un Parti libéral du Canada majoritaire dirigé par Michael Ignatieff, secondé par Stéphane Dion. Les Canadiens, et les Québécois surtout, réaliseront graduellement qu'ils sont passés de Charydbe à Scylla.

Bush bombardera l'Iran et conservera un Congrès républicain. Il finira son mandat en achevant de placer son pays dans une position à la fois insoutenable et inextricable sur les plans diplomatique, militaire et financier.

La compétition pour mettre la main sur les dernières ressources pétrolières faciles à extraire va s'intensifier et continuera pour un temps à se faire sous le manteau de la lutte au terrorisme islamique.

L'Afghanistan va devenir un bourbier pour l'armée canadienne, "but we won't cut and run" et nous défendrons les valeurs canadiennes selon la doctrine Ignatieff du devoir d'ingérence.

Les tornades vont s'intensifier et la Nouvelle-Orléans sera inondée encore une fois. Les compagnies d'assurances vont se retirer de ce marché. La population abandonnera la ville qui deviendra ainsi la première victime officielle du réchauffement de la planète.

L'ONU, exsangue et discréditée par les coups de boutoir de la diplomatie américaine, tombera dans de nouveaux abîmes d'inefficacité et d'impuissance.


Aujourd'hui, 9 juillet 2006, il fait beau. Le match de la finale de la Coupe du Monde attire l'attention de tous. Le temps est bon.

Carpe diem quam minimum credula postero.

08 juillet, 2006

Clair de femme

J'ai regardé hier le film Clair de femme (1979) de Costa-Gavras, scénarisé d'après un roman de Romain Gary.

Michel (Yves Montand), un pilote de ligne, formait avec sa femme le couple idéal aux yeux de tous leurs amis. Cette dernière, atteinte d'un cancer, décide de mourir dans la dignité et demande à Michel de partir en voyage pendant qu'elle met fin à ses jours. Il erre dans Paris.

Lydia (Romy Schneider), épouse d'un riche héritier, vient de perdre sa fille dans un accident de voiture. Le mari, qui conduisait la voiture, a survécu mais sa santé mentale en a été gravement affectée. Ils se sont séparés mais restent quand même en contact.

Lydia et Michel se rencontrent de façon fortuite et enclenchent un processus de séduction désabusé et légèrement amer marqué par l'autodérision. Ils tentent même de faire l'amour mais le coeur n'y est pas. Ils en viennent à parler de leurs deuils respectifs et se demandent s'ils ne peuvent pas essayer, l'un avec l'autre, ce que les femmes et les hommes n'essaient jamais: la fraternité.

Après diverses péripéties, ils conviennent, à l'instigation de Lydia surtout, de vivre chacun leurs deuils séparément et de se revoir plus tard s'ils ont toujours de l'intérêt l'un pour l'autre.

Ma conjointe est d'avis que c'est la chose raisonnable à faire. Je ne sais pas trop. Est-il logique d'être raisonnable pendant les premières phases d'un amour ? Et puis, les souvenirs des premiers moments de folie ne sont-ils pas les plus beaux ?

07 juillet, 2006

La Corée du Nord se tire dans le pied

Vingt-trois millions de personnes vivent en Corée du Nord sous le régime d'une des dernières dictatures communistes pures et dures de la planète. Les fermes collectives n'arrivent pas à nourrir la population qui doit compter sur l'aide internationale pour manger à sa faim.

Avec un PNB d'environ 40 milliards de dollars, la Corée du Nord ne dispose pratiquement que de l'exportation de missiles et de leurs pièces de rechange pour obtenir les devises étrangères lui permettant d'importer les biens et services nécessaires à son économie. Elle en vend pour à peu près 1,5 milliard de dollars chaque année.

Mercredi dernier, au lendemain de la fête nationale américaine, la Corée du Nord a lancé sept missiles dans la mer du Japon. Protestation contre les Américains qui boycottent toute firme faisant affaire avec Pyongyang ? Opération de marketing destinée aux pays acheteurs de missiles ? Chantage et menace destinés à obtenir d'avantage d'aide humanitaire pour une population affamée ? Bien malin qui pourrait décoder la logique des lubies qui encombrent le cerveau de Kim Jong-il.

Le Japon, deuxième partenaire commercial de la Corée du Nord, s'est senti directement menacé par les missiles coréens. Il interdit l'entrée des ports japonais aux navires coréens, coupe toute aide humanitaire et envisage des restrictions à la vente de produits agricoles. Il renforce son dispositif militaire et exige des sanctions au Conseil de sécurité de l'ONU.

Le plus important donateur, la Corée du Sud, coupe également son aide humanitaire aux Nord-Coréens, alors que jusqu'ici il était partisan d'appuyer le droit de son voisin à procéder à des tirs de missiles pour fins de recherche.

Aux États-Unis, les partisans de la ligne dure jubilent en voyant leur position renforcée par la Corée du Nord elle-même. Tout en sachant d'avance que la Chine va opposer son véto à des sanctions contre la Corée du Nord, ils s'agitent pour obtenir une résolution du Conseil de sécurité. Cela les éloigne encore plus de la négociation sur le désarmement nucléaire dont ils ne veulent pas, au fond. La menace nucléaire nord-coréenne leur est indispensable pour pousser leur projet de bouclier anti-missile.

Encore plus que pour mettre en danger la paix dans le monde, il faut condamner le lancement des sept missiles par la Corée du Nord pour la stupidité même du geste, lequel ne va rien lui apporter. De plus,vingt-trois millions de personnes vont passer un hiver terrible à cause de l'idiotie de leurs dirigeants.

06 juillet, 2006

L'éléphant dans le salon

L'armée israélienne arrête députés et ministres du gouvernement palestinien élu. Les raids succèdent aux raids. Des civils sont tués.

La population de la bande de Gaza manque d'eau, d'électricité et de produits de base. Il y a 1,3 million de personnes qui vivent là, entassés avec un des plus hauts taux de concentration per capita au monde. Ils sont punis pour l'enlèvement du soldat Shalit.

Il y a là le plus grand camp de concentration que l'humanité ait jamais créé.

Et tout le monde regarde ailleurs.

Je n'ai pas de mots.

05 juillet, 2006

Bizarre autant qu'étrange...

Irak : la mort de Zarqaoui va-t-elle changer la donne ?
Yahoo! Actualités, 9 juin 2006

"L'ennemi public numéro 1 de la coalition a donc été tué mercredi dans une maison de Bakouba, trahi par de hauts responsables de son groupe. Deux bombes de 250 kg ont été larguées sur son repaire éliminant l'un des terroristes les plus sanguinaires de la planète."


Al Qaïda pleure Al Zarqawi
La Nouvelle République, 25 juin 2006

"Dans un nouveau message transmis par Internet, et dont de larges extraits ont été diffusés vendredi par la chaîne Al Jazira, le bras droit d’Oussama Ben Laden, l’Egyptien Aymen Al Zawahiri, a rendu hommage à l’ancien chef de la branche d’Al Qaïda en Irak, Abou Mossaeb Al Zarqawi, tué le 8 juin dernier par l’armée américaine à Baaqouba lors d’un raid aérien."


Ben Laden s'apprête à rendre hommage au défunt Zarqaoui dans un message vidéo, selon un site islamiste
Yahoo! Actualités, 29 juin 2006

"Ces vidéos semblent constituer une tentative d'Al-Qaïda de souligner leur lien avec Zarqaoui, encensé par les extrémistes islamistes pour ses attaques contre les Chiites et les alliées en Irak. Malgré son allégeance à Ben Laden, on estime pourtant que Zarqaoui entretenait des relations parfois difficiles avec les dirigeants d'Al-Qaïda basés dans la zone frontalière entre le Pakistan et l'Afghanistan."


Al-Zarqawi's wife: Al-Qaida sold him out
Yahoo! News, 3 juillet 2006

"ROME - Al-Qaida leaders sold out Abu Musab al-Zarqawi to the United States in exchange for a promise to let up in the search for Osama bin Laden, the slain militant's wife claimed in an interview with an Italian newspaper. "


C.I.A. Closes Unit Focused on Capture of bin Laden
Mark Mazzetti, New York Times, 4 juillet 2006

"The Central Intelligence Agency has closed a unit that for a decade had the mission of hunting Osama bin Laden and his top lieutenants, intelligence officials confirmed Monday. The unit, known as Alec Station, was disbanded late last year and its analysts reassigned within the C.I.A. Counterterrorist Center, the officials said.

The decision is a milestone for the agency, which formed the unit before Osama bin Laden became a household name and bolstered its ranks after the Sept. 11 attacks, when President Bush pledged to bring Mr. bin Laden to justice "dead or alive."

The realignment reflects a view that Al Qaeda is no longer as hierarchical as it once was, intelligence officials said, and a growing concern about Qaeda-inspired groups that have begun carrying out attacks independent of Mr. bin Laden and his top deputy, Ayman al-Zawahiri. "


Commentaires

Y en a pas.

04 juillet, 2006

En Afghanistan: mission impossible

Pourquoi l'Afghanistan ?

"Et là nous apparaissent au Canada, et au Québec, et à Montréal, des "gens de gauche avec des couilles", des "gens de gauche" qui n'ont pas peur d'envoyer de pauvres trouffions gonflés de testostérone mourir à leur place dans des missions impossibles.

Et c'est bien là le problème. La mission est impossible."


Le syndrome d'Oka

"Dans sa naïveté, Richard Foot demande à un officier britannique de Kandahar si ce n'est pas hypocrite de ne pas éliminer les champs de pavot. La réponse vint, claire et nette: "We're not arguing about some libertarian, lovely, sort of thing here. This isn't Ottawa. This is Afghanistan, and this is realpolitik."

Dans le langage fruste et concis des militaires, cela veut dire: "On fait ce qu'on peut. La mission telle que définie à Ottawa par les contribuables canadiens, est impossible."

Mission impossible."


Commanders begin to balk at mission impossible

"As Lt Gen Sir David Richards, head of the Nato international forces in Afghanistan, said last week: "We've stretched ourselves too far." British commanders in the field have told London they are concerned about the vulnerability of their Land Rovers and a shortage of helicopters for a campaign they appear to have been unprepared for. General Sir Mike Jackson, head of the army, has said that eradicating the poppy harvest now would make the task of British troops even harder."


Britain fears 'mission creep' in Afghanistan

"When British troops moved into southern Afghanistan two months ago, their mission was officially defined as one of 'peacekeeping, reconstruction and helping the ordinary Afghan farmer to a better life.' But after daily confrontations with Taliban militants, it is clear that this rosy picture does not reflect the reality on the ground.

Some experts in London are already predicting that it will not take long for the British death toll in Afghanistan to match the 113 soldiers who have died in Iraq in the last three years (...)

'It's no good us defeating the Taliban, the moment we turn our backs, they creep back into the towns and take control,' a senior British officer told the Telegraph. 'We need to be able to establish a permanent presence in all the key towns, and to do that we need more troops.' "

Troops 'desperately short of helicopters'

"Lieutenant-General David Richards, Commander of the Nato force in Afghanistan, and General Sir Mike Jackson, Chief of the General Staff, both said last week that they needed more helicopters. In a hostile country with few roads and vast distances, they are essential for transport, air cover and evacuations.

Yesterday the Government tried to play down public concerns about the safety of the 3,300 British troops in southern Afghanistan. In particular, there is unease that the force is too small and inadequately equipped to take on the Tal-eban, whose forces have recently killed five British soldiers in the province of Helmand. "

03 juillet, 2006

Encore 1900

Je viens de revoir pour la troisième fois 1900 de Bernardo Bertolucci. C'est démesuré, c'est beau, c'est volontairement didactique et résolument socialiste, c'est théâtral, c'est rouge, c'est fascinant, cela dure 4 h 15 et c'est du cinéma !

Pendant le film, je me demandais quel producteur pouvait être assez fou en 1976 pour regrouper le Gérard Depardieu de Les valseuses, le Robert De Niro de Taxi Driver et le Donald Sutherland de M*a*s*h pour dépenser des millions de dollars afin de raconter l'exploitation des ouvriers agricoles italiens au début du siècle, la vie torturée de leurs propriétaires terriens, la montée du fachisme et sa descente aux enfers.

Qui est ce producteur, Alberto Grimaldi ? Après vérification, il appert que c'est un producteur italien qui a débuté modestement en 1962 en produisant L'ombre de Zorro. Puis il est devenu millionnaire avec deux bons western-spaghetti: Pour quelques dollars de plus (1965) et Le bon, la brute et le truand (1966).

Après d'autres westerns alimentaires, Grimaldi a l'idée folle de réunir Frederico Fellini, Louis Malle et Roger Vadim pour illustrer trois contes d'Edgar Allan Poe. Cela donne Histoires extraordinaires (1968).

Grimaldi revient en 1969 avec le superbe, le décapant et le cynique Queimada !, où Marlon Brando, en agent secret britannique sur une île des Caraïbes du XVIII ème siècle, convainc les esclaves noirs de se révolter contre leurs maîtres portugais. En prime, c'est aussi dans ce film qu'on voit l'agent double Brando expliquer aux propriétaires terriens que l'esclavage n'est pas économiquement rentable: les esclaves ne sont pas motivés, il faut les faire vivre même quand ils sont moins productifs, voire improductifs, il faut nourrir leurs femmes et leurs enfants, etc. C'est beaucoup plus payant pour l'agent Brando d'avoir des employés qui doivent voir eux-mêmes à leurs petits soucis domestiques.

Par la suite, entre deux western-spaghetti, Grimaldi produit le Satyricon de Fellini, la sulfureuse trilogie de Pier Paolo Pasolini et Le dernier tango à Paris de Bernardo Bertolucci. Ce film dont le budget de production était de 1,25 million de dollars en rapporte 36 millions. C'est peut-être pour cette raison qu'il a accepté de mettre tant d'argent sur le 1900 du même réalisateur.

Grimaldi produit encore le somptueux Le Casanova de Fellini, par Fellini et le décapant Cadavres exquis de Rosi. Après des films mineurs, il a l'idée de faire Les gangs de New York , mais il est en fait écarté de la production du film par Disney et Universal. C'est à la suite d'une poursuite civile qu'il gagne le droit de porter seul le titre de producteur de ce film.

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'Alberto Grimaldi est un personnage énigmatique. Je n'ai rien trouvé sur sa biographie personnelle, à part qu'il soit né en 1925, ou en 1926. All Movie Guide dit qu'il a une formation d'avocat et Internet Movie Data Base a trouvé qu'il est le père de Maurizio Grimaldi. C'est tout. Ailleurs, il n'y a rien non plus. Si vous trouvez, prière de m'aviser.

Mais quelle carrière il a eu ! Seulement avec Le bon, la brute et le truand, 1900 et Queimada !, il m'a offert parmi mes plus beaux souvenirs de cinéma.

02 juillet, 2006

Les démagogues en baisse

Le New York Times, malgré Judith Miller et toutes ses autres compromissions vis-à-vis l'administration Bush, est demeuré un des plus solides critiques des politiques fiscales américaines, surtout par son chroniqueur Paul Krugman. Les baisses d'impôt pour les riches y ont été expliquées et dénoncées à maintes reprises, de même que la guerre sans merci que mène le Parti républicain contre la classe moyenne américaine au profit des mieux nantis.

Il ne semble y avoir aucune limite à l'effronterie et au culot des Républicains. Richard Hétu rapporte aujourd'hui dans La Presse les propos du représentant de New-York, Peter King, affirmant: "Le New York Times place ses propres priorités arrogantes, élitistes et de gauche avant les intérêts du peuple américain. "

Ce mélange de rhétorique populiste et de politiques au service de ceux qui financent le Parti républicain a jusqu'ici fait merveille pour les médias de droite et l'administration Bush. Mais le vent est peut-être en train de tourner.

Raw Story rapporte que les sites internet de droite sont moins fréquentés selon une analyse faite pour les trois derniers mois à l'aide de l'outil de recherche Alexa. Ainsi, Rush Limbaugh est en baisse de 18 %, Fox News en ligne de 13 %, Ann Coulter de 10 %, Bill O'Reilly de 40 %, Matt Drudge de 21 %, Washington Times en ligne de 27 %, et Townhall.com de 24 %.

Par contre, MoveOn.org est en hausse de 13 %, et les sites Raw Story, Crooks and Liars, Think Progress voient leur fréquentation augmenter.

Le Los Angeles Times de son côté nous rappelle qu'à la télévision, Fox News Channel a perdu en juin 17 % de son auditoire en heure de grande écoute par rapport à juin 2005. CNN progressait de 6 % pendant la même période.

Tel un naufragé sur une île déserte apercevant au loin un nuage bizarre en forme de voile, je cherche à voir dans tout cela un message d'espoir, un signal que le peuple américain en a assez de se faire charrier et qu'il s'apprête à donner un coup de barre.

01 juillet, 2006

Le syndrome de Roméo

J'ai beaucoup de respect pour la personne du général Roméo Dallaire. N'aurait-il fait que la moitié de ce qu'a accompli le personnage de Nick Nolte dans le film Hotel Rwanda, il aurait eu une vie bien remplie. Par ailleurs, c'est un homme que la vie a brisé, et qui a eu la franchise et le courage de le dire, et qui a surmonté ses épreuves depuis. Si la candeur et l'ingénuité étaient des noms propres, on dirait Roméo et Dallaire.

Roméo Dallaire a été marqué par le génocide rwandais. Nous avons été marqués par le génocide rwandais. Bill Clinton en a fait un des points faibles de sa présidence. Même si le génocide rwandais ne bénéficie pas de l'appui médiatique puissant qu'on accorde à la Shoah soixante ans plus tard, il est encore présent dans les esprits de ceux qui regardaient leur journal télévisé il y a douze ans. Et Roméo Dallaire en est le rappel vivant.

Devons-nous, pour autant, aller au-delà du maintien de la paix, comme le général nous y incite ? Et il n'y a pas que lui. Michael Ignatieff, candidat à la chefferie du Parti libéral du Canada, membre "proéminent" de la gauche américaine en faveur du devoir d'ingérence en Irak et des interrogations musclées des terroristes, croit aussi en la nécessité d'aller au-delà du maintien de la paix. Des tas de commentateurs, jadis inconnus au bataillon, sont sortis des écoles de l'armée pour venir dire sur les ondes de Radio-Canada que le maintien de la paix, c'était dépassé. Des truismes comme: "On ne peut pas bâtir d'écoles quand les terroristes vous tirent dessus !" ont envahi les ondes.

Le seul problème, c'est que ce n'est pas aussi simple que cela. Des écoles, des hôpitaux et des bureaux de vote, cela ne s'impose pas à la pointe du fusil. L'armée, quelle qu'elle soit, d'où qu'elle soit, n'est pas un outil valable pour faire un travail policier. Et s'il faut retenir les leçons du Vietnam, elle n'est pas non plus un outil valable pour combattre une guérilla bien enracinée dans la population locale. Au delà du maintien de la paix ? Pour faire quoi ?

Au-delà du maintien de la paix, l'armée ne peut faire qu'une chose: vaincre. Vaincre, c'est détruire, écraser, réduire à l'impuissance, éliminer, tuer.

Roméo Dallaire pense que notre armée peut faire plus, aller au-delà du maintien de la paix: "Afin de contribuer à la paix et à la sécurité internationales, il nous faut aujourd'hui demander à nos soldats d'accomplir les missions périlleuses requises pour faire respecter le droit international, pour mettre un terme aux crimes contre l'humanité et pour protéger les individus contre des persécutions fondées sur leur religion, leur race ou leur sexe." C'est certain que si une armée canadienne avait pu faire plus au Rwanda, il se sentirait moins coupable. Et nous aussi.

Mais qu'on le veuille ou non, "faire respecter le droit international, ...mettre un terme aux crimes contre l'humanité et ...protéger les individus contre des persécutions fondées sur leur religion, leur race ou leur sexe" requiert aujourd'hui, dans l'état du droit international, une approbation du Conseil de sécurité de l'ONU. Et, le moins qu'on puisse dire, c'est que les nobles idéaux que professe Roméo Dallaire, et le public canadien, ne font pas nécessairement l'unanimité au Conseil de sécurité.

Qu'y a-t-il d'étonnant à ce que la démocratie de ploutocrates à l'américaine rebute 1,2 milliard de Chinois ? Qu'y a-t-il d'étonnant à ce que les moeurs égalitaristes à l'occidentale rebutent les 800 millions d'Indiens qui vivent depuis des siècles sous un régime de castes immuables ? Qu'y a-t-il d'étonnant à ce que les sociétés traditionnelles musulmanes soient d'avis que les Occidentaux traitent mal leurs femmes en les obligeant à travailler en plus de pourvoir à la reproduction de l'espèce ?

Les valeurs changent selon les tropiques et les continents et il ne sert à rien de mobiliser notre armée pour défendre nos valeurs sur la planète. Si on voulait adopter le programme de Roméo Dallaire, il faudrait au départ déclarer la guerre à tous les pays qui ont adopté la charia comme loi du pays. Même les États-Unis d'Amérique commencent à ne plus avoir les moyens de leurs ambitions hégémoniques. Ne devrait-on pas commencer à baisser le ton, nous aussi, au lieu d'appuyer les rodomontades de Stephen Harper ?

Mais nous sommes actuellement au millieu d'une opération majeure de rééquipement de l'armée. Quinze milliards de dollars sont en jeu. Le ministre de la Défense nationale, Gordon O'Connor, un ancien brigadier général de 30 ans d'expérience dans les Forces armées y veille. Et tous les appuis sont utiles.

Y compris ceux d'un sénateur libéral, du nom de Roméo Dallaire: "Nos soldats, comme toujours, sauront s'acquitter avec détermination et professionnalisme des missions que nous leur confirons (sic). Mais ils doivent pouvoir compter sur notre soutien afin de demeurer efficaces hors de ce rôle de gardiens de la paix internationale que nous affectionnons tant."

Que Roméo Dallaire souffre du "syndrome de Roméo", une culpabilité diffuse accompagnée d'une volonté de lancer l'armée à l'assaut de ce qui peut heurter nos sensibilités nord-américaines, on peut le comprendre. Que Roméo Dallaire accepte de jouer le rôle de soldat dans la vaste campagne de dépenses militaires lancée par le gouvernement Harper, on peut le comprendre. Tous les anciens militaires pensent que l'armée a été sous-financée ces dernières années.

Mais il serait dommage que le public canadien, et québécois, avale sans y repenser cette salade indigeste d'une armée canadienne rééquipée pour voler au secours des valeurs canadiennes, bafouées dans des pays dont les citoyens ne pensent pas comme nous. Pour ma part, je suis d'avis qu'on s'en tienne aux missions de maintien de la paix qui auront fait consensus au Conseil de sécurité de l'ONU.