vendredi 30 juin 2006

Le New York Times de retour

Je viens de retrouver mes chers commentateurs du New York Times, Krugman, Dowd et Rich.

Quand le New York Times a institué TimesSelect, ses commentateurs ne sont devenus disponibles qu'en payant la souscription demandée, mais on retrouvait leurs textes sur topplebush.com. Puis leurs textes sont discrètement disparus de ce site aussi.

Je suis peut-être lent ou peu débrouillard, mais je viens de les retrouver sur le site The Progressive American.

Bonne nouvelle !

P.S. Dans son billet du 19 juin, Paul Krugman parle de la lutte de classe que mènent les riches contre la classe moyenne américaine par l'intermédiaire du Parti républicain où ils font alliance avec la droite religieuse. On y retrouve des échos de ce dont je parlais ici.

jeudi 29 juin 2006

Lune de miel

J'ai bien entendu, ici et là:

° moi, ce que j'aime des conservateurs, c'est qu'ils tiennent leurs promesses...
° les conservateurs, ils ont du "guts": ils sont minoritaires et ils gouvernent comme s'ils étaient majoritaires...

J'ai bien lu, ici:

"Un sondage Crop-La Presse indique que si des élections fédérales avaient lieu cette semaine, les conservateurs obtiendraient 34 % des voix au Québec, devant le Bloc québécois à 31 %, après répartition des 11 % d'indécis."

J'ai déjà vu, quelque part:

"Beware what you wish for, it can come true."
Anonyme

mardi 27 juin 2006

Le manteau libertarien

Je ne le savais pas, mais j'ai tout ce qu'il faut pour vivre l'idéal libertarien. Martin Masse, le directeur de la revue Le Québécois libre, en définit ainsi les exigences:

"Pour conclure, assumer ses choix et cesser de rejeter la responsabilité de ses actions sur les autres, voir l'aventure humaine avec optimisme, refuser de s'en remettre à des abstractions collectives, viser une amélioration constante à long terme plutôt qu'une perfection statique à court terme et être tolérant et accepter la diversité sont des attitudes psychologiques essentielles pour ceux qui souhaitent vivre l'idéal libertarien: quelqu'un qui les cultive et qui applique systématiquement ces façons de voir les choses aux situations de la vie a compris l'essentiel."

Je n'ai qu'un problème avec les libertariens: ils ne savent pas comment cela se passe à une table de poker. Si un quidam se pointe avec 1 000 $ et tous les autres avec 10 $, il est mathématique que le plus riche va ruiner tous les autres. C'est pourquoi on fait des règles si on veut jouer ensemble. Ça prend des règlements. Or le monde est aussi une table de poker.

Ainsi, il y a des pays où règnent les principes libertariens. L'État y a beaucoup de difficulté à percevoir l'impôt sur le revenu, quand il y en a un d'institué. Il n'y a pas de redistribution de la richesse collective, mais il y a la charité pour aider les pauvres. Dans ces pays, il n'y a pas de classe moyenne, donc pas de marché intérieur pour acheter les biens produits par les riches. Ces derniers doivent donc exporter, soit des bananes, soit du café, soit du sucre, etc. On appelle ça des pays du Tiers monde. Ce sont des libertariens, en quelque sorte.

Mais les pays vraiment libertariens vont plus loin que cela. Il n'y a pas pratiquement pas d'État du tout et c'est vraiment la liberté totale pour tous: on appelle ça des "pays faillis": la Côte-d'Ivoire, la République démocratique du Congo, la Somalie, le Sierra Leone, le Tchad, etc. Ces pays sont très très libertariens. Ils ont très très peu d'État.

C'est facile de professer des principes libertariens dans un démocratie où les principes "collectivistes" si détestés par les libertariens ont permis l'établissement d'une classe moyenne, des marchés intérieurs, un niveau d'activité économique élevé, une redistribution de la richesse et un minimum de dignité économique pour tous.

Pour comprendre comment les principes "collectivistes" ont permis un tel résultat, une simple lecture de la biographie de Franklin D. Roosevelt pourrait aider ceux qui n'aiment pas potasser les bouquins d'économie. Ses prédécesseurs, les partisans du laisser-faire et libertariens avant la lettre, les présidents Harding, Coolidge et Hoover ont conduit les États-Unis à une crise économique aux répercussions mondiales. Et c'est à cela qu'on veut revenir ?

Même si les thèses économiques des libertariens sont aujourd'hui complètement discréditées, elles n'en ont pas moins leur utilité. Je leur en trouve trois.

La première utilité du libertarianisme consiste à recouvrir d'un manteau d'idéalisme la cupidité de la droite conservatrice. Ainsi, c'est au nom de principes philosophiques remontant au noble combat de la liberté individuelle contre l'arbitraire du pouvoir royal que l'on veut, ici et maintenant, dérèglementer les obstacles au profit et réduire les revenus de l'État ("starve the Beast") qui prend la place du privé dans l'économie. Et ce n'est pas parce que le libertarien pur et dur se dit ni de droite ni de gauche que la droite va se priver d'un si noble manteau.

La deuxième utilité est mineure mais plus amusante. Le libertarianisme sert là aussi de manteau à la laideur des pulsions égoïstes et conservatrices qu'un adolescent ou un jeune adulte va ressentir en son for intérieur lorsqu'il découvre le monde. Je m'explique.

On connaît l'adage: "Si vous êtes de droite à 20 ans, vous n'avez pas de coeur..." Comment dire à vos copains de collège ou d'université qu'on devrait augmenter les frais de scolarité, réduire les bourses, réduire les impôts, sabrer dans les programmes sociaux, dérèglementer l'enregistrement des armes à feu, etc. ? Si vous n'êtes pas recouvert du manteau de la noble cause des libertés individuelles quand vous allez défendre ouvertement ces points de vue, vous aurez de sérieux problèmes avec votre entourage. Il vaut mieux alors passer pour un libertarien lunatique que pour un sale égoïste et un idiot.

Le troisième usage du libertarianisme concerne enfin les éditorialistes et commentateurs de droite dont il sert à améliorer le vocabulaire et à nourrir le nihilisme, tout en leur donnant un petit air vaguement intello leur permettant de recueillir l'imprimatur de diverses feuilles de chou. Sans ce manteau, même The Montreal Gazette n'oserait pas les publier.

Les grandes entrevues

Dans notre petit marché télévisuel, j'imagine que c'est le branle-bas de combat quand un réseau réussit à obtenir une grande entrevue. Aznavour de passage pour un spectacle, Jean Charest qui défend un long discours du trône, Nathalie Simard, André Caillé énervé par un reportage idiot, Karla Homolka, Stephen Harper, etc.

Pour faire changement, que diriez-vous de voir ce qu'ont à dire des personnalités comme Kofi Annan, Al Gore (ici, un bravo également à Dominique Poirier...), Noam Chomsky, Salman Rushdie, John Updike, George Clooney, William F. Buckley Jr., Sidney Lumet, Manmohan Singh (premier ministre de l'Inde), Zalmay Khalilzad (ambassadeur américain en Irak), Shaukat Aziz (premier ministre du Pakistan), etc.

C'est disponible gratuitement en deux ou trois clics sur Google Video. Les 1 462 émissions y sont. Et on n'est pas obligé d'attendre à 23 h 30 pour les regarder.

lundi 26 juin 2006

Spengler persiste et signe

Les optimistes disent que le rire est le propre de l'homme. Les pessimistes pensent que la haine est le propre de l'homme. Spengler, le commentateur d'Asia Times Online, est un pessimiste.

Dans sa dernière chronique, Spengler prévoit que les États-Unis attaqueront l'Iran avant les élections de mi-mandat en novembre. Les prémisses de son analyse sont les suivantes:

° le Parti républicain a fait son nid pour les élections: "they won't cut and run in Iraq" et les démocrates sont "soft on defense";

° en Irak, ce n'est qu'une question de temps avant que la bulle de la démocratie et de la réconciliation nationale n'éclate pour faire place à une guerre ouverte entre Shiites et Sunnites. Le plan Maliki est un écran de fumée, car il n'y a pas amnistie pour les rebelles qui ont tué des civils;

° c'est l'Iran, par ses contacts avec les Shiites d'Irak, qui contrôle le niveau de violence et d'insurrection en Irak, lequel niveau, à son tour, a une influence sur les élections américaines;

° l'Iran ne peut pas accepter la proposition américaine de cesser l'enrichissement de l'uranium comme préalable aux négociations, car le temps est alors du côté américain. C'est pourquoi Ahmadinejad reporte sa réponse à la proposition à la mi-août;

° l'Iran ne voit pas non plus l'urgence qu'une guerre civile ouvert éclate en Irak, car le maintien de la bulle démocratique lui donne un levier contre Washington;

° il ne se passera rien pendant les mois de juillet et août, sinon que les Américains montreront de plus en plus de signes d'impatience devant les tergiversations de Téhéran;

° l'Iran ne peut pas abandonner son programme d'enrichissement d'uranium et le gouvernement Bush ne peut pas renoncer à déstabiliser le régime de Téhéran.


Finalement, Spengler pose la question: "Pendant combien de temps deux adversaires négociant de mauvaise foi, avec l'intention de duper l'autre, vont-ils poursuivre leurs discussions avant de s'en remettre à la violence ?"

dimanche 25 juin 2006

Tranche de vie

C'était hier soir, à une petite soirée avec des amis. Parmi eux, deux anciens membres des Forces armées nous racontent des souvenirs.

FA 1: Quand j'étais au Vietnam, avec la mission canadienne, j'allais porter des sacs de riz à un prêtre canadien-français qui s'occupait d'un orphelinat, pas loin de la base. Puis, en cachette, je lui laissais un 40 oz de scotch, comme ça. Il était bien content.

Zylag: Mais il paraît que la mission de l'armée a bien changé. Il y a un soldat qui a dit sur France 2 qu'ils étaient en Afghanistan pour tuer. Ils défoncent les portes pour interroger le monde.

FA 1: Peut-être, mais s'il a dit ça, il n'a pas été bien "briefé"...

Zylag: Ben... il disait la même chose que le général Hillier: on s'en va tuer les "scumbags" de Talibans.

FA 1: Ouais, il a dû étre mal cité...

Zylag: À mon souvenir, c'était dans ses propres mots... Justement, qu'en pensez-vous de Hillier ?

FA 1: Je ne sais pas trop... toi, qu'est-ce que t'en penses ?

FA 2: Je sais pas. Tout ce que je sais, c'est qu'il est bien populaire avec les politiciens. Les autres chefs d'état-major, avant, ils ne s'occupaient pas trop de la politique. Mais lui... En tout cas, il va aller chercher du budget.

samedi 24 juin 2006

Tassez-vous de là !

Je dois m'en confesser: j'aime lire dangereusement. J'aime quand la pensée profonde d'un écrivain creuse de tels précipices qu'un périlleux vertige m'envahit à sa lecture. J'aime les textes brillants d'originalité et d'habileté qui, l'espace d'un instant et parfois plus encore, me font douter de mes certitudes. Mes idées reçues m'ennuient parfois, même si elles sont nécessaires à mon confort moral.

Je dois m'en confesser: j'aime lire les commentaires d'Alain Dubuc. Certains commentateurs du camp adverse sont des fantassins qui chargent baillonnette au canon; lui, c'est le tireur d'élite. Il y a peu d'aussi fins observateurs de la société québécoise. Si ses conclusions ratent la cible, ses analyses me rejoignent souvent.

J'aime bien, par exemple, quand Alain Dubuc écrit: "Les Québécois constituent une nation, avec sa majorité francophone, sa langue, sa culture et son histoire. Mais elle a aussi été façonnée par son interaction avec les anglophones, les autochtones, les communautés immigrées. Et pour ces raisons, la nation québécoise se définit aussi par sa complexité, ses tiraillements et ses contradictions. C'est ce qui fait sa richesse." (La Presse, 23 juin 2006)

Alain Dubuc trouve anormal que l'on confie l'organisation de la Fête nationale à la Société St-Jean-Baptiste à cause de ses activités militant en faveur de la langue française. Vrai, la St-Jean est passée de "fête des Canadiens-français de tout le Canada" à "fête des Québécois francophones" à "fête de tous les Québécois". Les Québécois francophones ont invité tous les citoyens du territoire du Québec à se joindre à eux, et c'est un beau geste. On ne veut exclure personne.

Plusieurs Québécois aiment bien se joindre aux Irlandais pour la St-Patrick. Il n'est venu à l'idée de personne de dire aux Irlandais: "Tassez-vous de là !" On sait bien qui nous invite, et on reste poli.

La Société St-Jean-Baptiste a toujours organisé les fêtes de la St-Jean. Avec les Québécois francophones, elle a évolué, elle s'est déconfessionnalisé, elle s'est faite plus inclusive. Que l'on aime ou pas ses dirigeants actuels, il n'y a pas lieu, maintenant que tous les Québécois fêtent ensemble, de dire aux hôtes de la fête: "Tassez-vous de là !"

Ce sont les Québécois francophones qui invitent. Et on reste poli.

vendredi 23 juin 2006

Nos féroces soldats

Rappelons que notre chef d'état major, le général Rick Hillier, déclarait l'automne dernier que les 2 200 soldats canadiens déployés à Kandahar avaient pour mission de " tuer les scumbags (sacs à merde) " que sont les Talibans, les membres d’Al-Qaeda et leurs partisans.

Ses voeux ont été exaucés par la mission Mountain Thrust où 11 000 soldats, incluant les Canadiens, se sont déployés sous les ordres des Américains pour la plus grande attaque contre les Talibans depuis 2001.

Le commentateur conservateur William S. Lind, auteur du Maneuver Warfare Handbook, a sévèrement critiqué Mountain Thrust dans une chronique justement intitulée Aaugh!. Ce genre d'offensive massive est selon lui la pire façon de mener une guerre de guérilla et elle sert surtout à faciliter le recrutement des forces adverses.

L'opération Mountain Thrust est si néfaste que le président Hamid Karzai lui-même a dû intervenir pour déclarer qu'il était inacceptable qu'on ait tué 500 à 600 Afghans dans cette opération. "Même s'ils sont Talibans, ils sont les fils de ce pays", a-t-il déclaré. Il a également critiqué cette façon de combattre le terrorisme en expliquant qu'il faut plutôt s'attaquer au financement, à l'entraînement, à l'équipement et à la motivation des terroristes.

L'opinion internationale a pris bonne note de la nouvelle attitude de l'armée canadienne. Déjà France 2 a diffusé un reportage montrant nos soldats en train de défoncer les portes pour interroger des villageois. Un de nos féroces soldats a bien résumé la chose: "Avant, on ne cherchait pas le combat. Mais ici, on cherche le combat. C'est quelque chose que l'on veut pour tuer l'ennemi. Pour assurer la sécurité."

Les stratèges talibans, que le courageux journaliste Syed Saleem Shahzad réussit à rejoindre par contacts interposés, en ont pris bonne note aussi. Les Talibans, après le déploiement massif de Mountain Thrust, entrent maintenant dans la phase de repli dans les montagnes, tout en intensifiant les communications avec la population afghane, de façon à récolter les fruits des gaffes commises par les "armées d'occupation".

Pendant ce temps-là au Canada, Stephen Harper va dépenser 15 milliards de dollars en équipements militaires pour permettre au général Rick Hillier de faire encore de plus grosses gaffes. À ce train-là, le déséquilibre fiscal va fondre sous le soleil afghan.

jeudi 22 juin 2006

Kandahar, le film

Je viens de revoir le film de Mohsen Makhmalbaf, Kandahar. Il n'y a pas d'oeuvre cinématographique aussi dure sur la stupidité de la guerre, et pourtant, on n'y montre aucune scène d'action. La structure du scénario est celle d'un road movie, mais on n'y voit ni route ni automobile. On y décrit la situation des femmes dans une société traditionnelle, mais ces processions de burqas dans le désert sont surréalistes.

Des jambes tombent du ciel en parachute, et la scène de la foule des unijambistes qui se précipite pour s'en emparer est triste à pleurer. La petitesse et la mesquinerie des victimes au dispensaire de la Croix-Rouge les rendent encore plus pathétiques. L'abrutissement des enfants par les imams des madrassas donne des lettres de noblesse à l'analphabétisme. Le "médecin" américain qui cherche Dieu par désespoir doit pourtant trouver des mots d'espoir pour la soeur de Nafas.

Les yeux des femmes afghanes sont-ils si beaux parce qu'ils sont tristes ? Les couleurs de leurs burqas sont-elles si riches parce qu'elles sont pauvres ?

mercredi 21 juin 2006

Scènes de la vie quotidienne à la frontière pakistanaise

Le décor physique

La petite ville de Chaman, avec une population d'environ 100 000 habitants, se trouve au Pakistan tout près de la frontière afghane. De l'autre côté de la frontière, on arrive à Spin Boldak après une petite marche de 6 kilomètres. Chaman et Spin Boldak ont reçu d'importants groupes de réfugiés afghans en des temps plus troublés. Plusieurs s'y sont installés en permanence.

À une soixantaine de kilomètres au sud-est de Chaman, nous arrivons à Quetta, une ville de 2 millions d'habitants, gonflée elle aussi par des réfugiés qui s'y sont installés à demeure. La distance de Quetta à Kandahar, en passant par Chaman et Spin Boldak fait environ 150 kilomètres. C'est comme aller de Montréal à Trois-Rivières. Et ça l'est vraiment, puisque partout nous sommes en pays pachtoun, indépendamment de la frontière. Des milliers de gens la traversent chaque jour.


Le décor politique

Au Pakistan, le Parlement se compose d'un Sénat de 100 membres élus et d'une Assemblée nationale de 342 députés. Le président Pervez Musharraf est élu par le Parlement et son mandat se termine en 2007. Le premier ministre est élu par l'Assemblée nationale et son mandat se termine aussi en 2007.

Le long de la frontière afghane, c'est une coalition de 6 partis religieux, le MMA (Muttahida Majlis-i-Amal), qui contrôle le vote populaire. Le MMA dispose de 20 sénateurs et de 63 députés au Parlement. Le chef de l'opposition officielle vient du MMA.

Officiellement, le MMA garde ses distances avec les Talibans mais il ne fait pas de doute que sa popularité dans la région tient au fait qu'il appuie sans équivoque le combat des mujahidines contre les envahisseurs étrangers en Afghanistan. De plus, des observateurs croient que le MMA dispose d'une sorte d'arrangement avec le gouvernement Musharraf pour que ce dernier lui laisse contrôler la région.


Scène I

Le marché de Chaman regorge d'appareils électroniques comme des lecteurs DVD neufs ou usagés, des vieux ordinateurs portables et des caméras numériques à des prix ridiculement bas. Mais lorsque le soir tombe, l'activité se déplace dans des petites boutiques qui louent des ordinateurs portables et où les jeunes hommes s'entassent pour regarder des films.

Le journaliste Syed Saleem Shahzad entre dans une d'entre elles où défile un film d'action rythmé de musique bruyante. On y voit des jeunes hommes à longue barbe attaquer un convoi militaire. Les balles sifflent de partout. L'un des héros est blessé. On appelle l'ambulance.

_ Que regardez-vous ? demande le journaliste.
_ Jihad.
_ Quoi ? insiste le journaliste, qui avait mal entendu.
_ Jihad ! Jihad ! Vous ne savez pas ce qu'est le jihad ? demande le tenancier, incrédule.

Presqu'à tous les jours, on entend parler dans la région des corps des jeunes hommes qu'on ramène dans leur village après avoir guerroyé en Afghanistan. Selon un travailleur humanitaire, on dirait presque que tous les jeunes hommes n'ont d'autre passion dans la vie que d'aller en Afghanistan et de tuer des Américains.


Scène II

Le journaliste rencontre un député local du MMA pour une entrevue. Il s'agit de Maulana Noor Mohammed, 80 ans, député à Quetta, membre du JUI (Jamiat-i-Ulema-i-Islam), le parti le plus important de la coalition MMA.

_ Pourquoi demandez-vous un appui total aux Talibans ? N'est-ce pas s'immiscer dans les affaires d'un pays voisin ?
_ La constitution du JUI précise clairement que lorsque des musulmans sont en danger, le JUI doit s'impliquer.
_ Cet appui ne risque-t-il pas de vous coûter cher ?
_ Nous avons une longue tradition en ce domaine. Notre fondateur, Mujadid Alf-i-Thani, s'est opposé en 1582 à la nouvelle religion proposée par l'empereur moghol Akbar.

Et là, Noor lui défile la liste des leaders du JUI qui se sont impliqués chaque fois que des musulmans ont été en difficulté, sans oublier la conquête britannique de l'Afghanistan au 19 ème siècle et l'invasion russe au 20ème siècle. Ce n'est pas différent à ses yeux maintenant que Bush et ses alliés sont en Afghanistan.


Opération "Mountain Thrust"

"Les forces de la coalition ont mobilisé onze mille hommes pour lancer une opération de grande envergure dans le sud de l'Afghanistan, la plus grande offensive depuis 2001. Baptisée «Mountain Thrust» (poussée montagnarde), l'opération vise à attaquer «le sanctuaire de l'ennemi taliban ou ses zones de repli» dans les quatre provinces de Kandahar, Helmand, Zaboul et Oruzgan.

Le but est «de barrer tout refuge aux forces ennemies, de bloquer leurs couloirs de circulation, en même temps que de réaliser des projets de reconstruction et de l'aide humanitaire», a dit mercredi le colonel Tom Collins, un de ses porte-parole."
La libre Belgique, 15 juin 2006

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Addenda
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«Les victimes d'hier sont les premières, pour le Canada, de l'opération Mountain Thrust.

Le bilan de l'opération, mardi, s'élevait à une quarantaine de tués. La majorité, selon les autorités militaires et afghanes, étaient des rebelles talibans.

Les commandants états-uniens avouaient du même coup que "l'opération est plus ardue que prévu", que "les rebelles sont plus nombreux qu'on avait estimé", et que "les combats vont devenir plus durs".»
La Presse, 22 juin 2006

mardi 20 juin 2006

Quel vent d'américanisme ?

La mise au rancart de Kyoto, le consentement sexuel à 16 ans, le démantèlement partiel du régime d'enregistrement des armes à feu, le piégeage illégal de terroristes amateurs, le contrôle de la presse parlementaire, les scéances de photo-propagande avec Jean Charest, la guerre d'agression en Afghanistan, les visites éclair aux militaires sur le terrain, les rappels de la menace terroriste, la coupure de l'aide aux Palestiniens lors de l'élection du Hamas, l'augmentation du budget militaire, etc. ne sont pas les signes qu'un vent d'américanisme souffle sur le Canada.

J'ai trop d'estime pour le peuple américain pour parler ainsi.

C'est un vent de bushisme, le vent d'un conservatisme rétrograde aux vapeurs républicaines et évangéliques, dégageant de fortes odeurs de sables bitumineux.

lundi 19 juin 2006

Circulez, y a rien à voir !

Il y a peu de musulmans aussi authentiquement intégrés au Québec que le médecin d'origine iranienne Amir Khadir. Il y a peu de citoyens québécois tout court aussi généreusement impliqués dans des actions communautaires concrètes que le Dr Khadir. Qu'on soit d'accord ou non avec ses idées, il nous enrichit tous par ses actions concrètes et par la qualité des débats qu'il soutient.

Le 7 juin dernier, La Presse a joué à la une l'entrevue qu'il accordait à Katia Gagnon sur les attentats du 11 septembre 2001. Tout semble indiquer qu'il s'exprimait à titre personnel, et non pas en tant que porte-parole de Québec Solidaire. Il faut démontrer une bonne dose de mauvaise foi pour penser que Québec Solidaire peut mener une enquête indépendante sur les événements du 11 septembre, et pour penser qu'Amir Khadir ait pu le penser.

Quand j'ai lu l'article pour la première fois, je n'y avais pas accordé d'importance tellement cela me semblait banal:
° beaucoup d'éléments sur les circonstances des attentats restent inexpliqués;
° ces attentats ont eu un impact majeur sur la politique internationale;
° il y aurait donc lieu qu'une enquête indépendante éclaircisse les points demeurés obscurs, sans écarter à priori la théorie d'un complot, même si personnellement Amir Khadir n'y croit pas trop.

Et ce fut l'avalanche. Toute la panoplie des arguments traditionnels de la droite s'est abattue sur lui: anti-américain, conspirationniste, irresponsable, fanatique, populiste, idéologue, dogmatique, farfelu. Des sympathisants de Québec Solidaire demandent à Françoise David de se débarrasser de ce "canard boiteux". Sa carrière politique est en péril.

Mais pourquoi ne faudrait-il pas éclaircir les nombreux points demeurés obscurs lors des attentats du 11 septembre ? Qu'y a-t-il d'anti-américain à le demander, quand au moins 50 millions d'Américains s'apprêtant à voter démocrate veulent la même chose ? Qui veut-on protéger en écartant à priori la théorie d'un complot ?

Et surtout, dans ce cas-ci, pourquoi s'en prend-t-on à Amir Khadir de façon si virulente, quand il ne fait que répéter ce que des centaines d'autres journalistes, commentateurs, éditorialistes, blogueurs influents, etc., répètent depuis des années ?

Il y a des mystères encore plus épais que les attentats du 11 septembre 2001.

dimanche 18 juin 2006

L'horreur...

Une mère accusée de complicité dans l'attentat de son fils
Presse Canadienne, 16 juin 2006

La mère de l'incendiaire sera jugée
La Presse, 17 juin 2006

Un jeune homme de 18 ans commet un crime. Sa maman a tenté de l'aider. La maman est accusée de complicité après le fait. On fixera la date de son procès le 5 septembre prochain.

J'avoue ne pas connaître très bien la scène judiciaire, mais il me semble que c'est la première fois qu'on dépose une telle accusation contre la mère d'un criminel. "Le ministère public lui reproche d'avoir tenté d'aider son fils... à fuir la justice après son crime."

Qu'a-t-elle fait ? Elle a dit qu'il n'était pas dans sa chambre alors qu'il y était ? Elle a refusé de dire chez quel ami il s'était réfugié après son crime ? Elle a lavé son linge pour enlever l'odeur de fumée ? Elle a dit aux enquêteurs que son fils n'avait rien fait ? Qu'il écoutait la télévision avec elle le soir du crime ?

S'agirait-il d'une première dans nos annales judiciaires ? Et si la mère est condamnée, va-t-on construire de nouvelles prisons, étant donné que les mères des criminels cherchent toutes à aider leurs enfants ? Vous en connaissez, vous, des mamans qui font le 911 et qui disent: "Au secours, police, venez chercher mon enfant, il vient de m'avouer un crime " ?

S'il ne s'agit pas d'une première, c'est à tout le moins peu courant. Dans ce cas, le crime doit être horrible. Il y a certainement eu plusieurs morts. Si ce n'est pas le crime qui est horrible, ça doit être le criminel qui est très dangereux, un genre d'individu appartenant à un groupe dangereux d'individus. Et la maman, peut-être qu'elle appartient aussi à un groupe dangereux qui a infiltré notre société tolérante ?

"La cause est frappée d'un interdit de publication." À la place du juge, c'est ce que j'aurais décidé moi aussi, pour que le conneries qui vont se dire à ce procès évitent de s'étaler en première page.

samedi 17 juin 2006

Comment font-ils ?

Greg Palast reçoit les confidences du général Garner, limogé en avril 2003 pour être remplacé par Bremer III comme gouverneur d'Irak. Le général avait refusé de mettre en marche la privatisation de l'industrie pétrolière irakienne. L'insurrection a vraiment commencé quand les Irakiens ont su que cela faisait partie du mandat de Bremer III.

Molly Ivins déplore la réaction de la droite américaine à l'annonce des trois suicides de Guantanamo: "Quoi ! Nous faire ça à nous ! C'est de la propagande islamique !..."

Doug Thompson, pour la X ième fois, traite Bush de criminel de guerre qui devrait être arrêté et menotté, traîné devant une Cour de justice internationale afin d'être jugé pour ses nombreux crimes contre l'humanité.

Chris Floyd revient sur les prisons européennes qui se sont complaisamment prêtées au jeu de la CIA pour s'échanger des personnes soupçonnées de terrorisme.

Où trouvent-ils cette énergie pour dénoncer encore, encore et encore ?

On retrouve le même phénomène à droite. Coulter, Krauthammer, Barone, Jonah Goldberg, Malkin ne lâchent pas et trouvent des justifications à toutes les lubies de l'administration Bush.

En moins tranché et beaucoup plus civilement, et dans certains cas, presque fraternellement, on retrouve cette polarisation au Québec. Commentateurs et éditorialistes, selon leur ligne de pensée, poursuivent inlassablement leurs fantômes sur leurs chemins respectifs.

Que font-ils quand leur survient une idée que leur public traditionnel n'approuverait pas ? Que peuvent-ils écrire quand un allié dans une cause commune sort une connerie grosse comme ça ?
Leur est-il possible au moins de téléphoner pour signifier leur désapprobation ?

Comment font-ils ?

vendredi 16 juin 2006

Le mystère du code Da Vinci éclairci

J'avais lu chez presque tous les critiques que la chimie ne passait pas entre Tom Hanks et Audrey Tautou. On déplorait que Mme Tautou, si chaleureuse Le fabuleux destin d'Amélie Poulin, n'ait pas répété la même performance. Quant à Tom Hanks, M. Empathie lui-même, il était étonnamment ridige dans ce rôle.

Il y avait mystère.

Je suis allé voir le film, cet après-midi. J'avais déjà lu le livre, et bien sûr, j'avais plaisir à revivre les scènes lues, à revoir Paris et son Louvre, et tout ça. J'avais aussi en tête cette remarque sur la froideur des interprètes principaux, de sorte que j'ai prêté une attention particulière à cet aspect du film.

Tom Hanks et Audrey Tautou discutent beaucoup, ils font des déductions, ils s'engueulent, ils courrent, mais ils ne se touchent pas, sauf à l'occasion et de façon paternelle pour Tom Hanks, sauf à l'occasion et de façon filiale pour Audrey Tautou. L'explication est simple: le personnage d'Audrey Tautou est la descendante directe de Notre Seigneur Jésus Christ, lequel s'était marié avec Marie Madeleine, et dont il avait eu une fille.

C'était déjà bien assez qu'on s'en prenne à l'Opus Dei et qu'on ressorte les évangiles apocryphes, le réalisateur Ron Howard ne pouvait pas ajouter l'insulte à l'injure envers les clientèles évangéliques ou catholiques en suggérant que Tom Hanks puisse, en plus, porter un regard concupiscent sur la descendante directe du Fils de Dieu.

C'est là l'explication du mystère du film Le code Da Vinci.

jeudi 15 juin 2006

The Old Gringo

Quand les choses vont trop bien, je sors Le dictionnaire du diable, d'Ambrose Bierce, pour me ramener à une saine réalité. Quand les choses vont trop mal, je ressors Le dictionnaire du diable pour me consoler, en me disant que cela n'allait pas mieux au 19 ème siècle.

Ambrose Bierce (1842-1914) était un journaliste, chroniqueur, éditorialiste et écrivain américain des plus célèbres, en son temps. Voici quelques définitions de son Dictionnaire.

Politique n. Lutte d'intérêts déguisée en débat de grands principes. Conduite d'affaires publiques pour un avantage privé.

Religion n. Fille de l'Espoir et de la Crainte, qui enseigne à l'Ignorance la nature de l'Inconnaissable.

Radicalisme n. Conservatisme de demain introduit dans les affaires d'aujourd'hui.

Homme n. Animal si éperdu dans la merveilleuse contemplation de ce qu'il pense qu'il est, qu'il néglige ce qu'il devrait indubitablement être. Sa préoccupation majeure réside dans l'extermination des autres animaux, et de sa propre espèce, laquelle néanmoins prolifère avec une si insolente rapidité qu'elle infeste tout le monde habitable, et le Canada.

Distance n. La seule chose que les riches soient prêts a accorder aux pauvres, en souhaitant qu'ils la gardent.

Réfléchir v. Peser les probabilités dans la balance du désir.

Longévité n. Prolongation inconfortable de la peur de la mort.

En 1913, à l'âge de 71 ans, Ambrose Bierce quitte Washington, visite les champs de bataille où il s'était battu contre l'esclavage pendant la guerre de Sécession et rejoint l'armée de Pancho Villa au Mexique. Il "disparut à une date inconnue en luttant aux côtés des paysans mexicains." (Bernard Sallé, traducteur du Dictionnaire)

Carlos Fuentes imagina la fin de sa vie dans un roman dont on tira le film The Old Gringo.

mercredi 14 juin 2006

Dissidences

Pierre Paradis, Jean-Pierre Charbonneau, Thomas Mulcair, Daniel Turp, Jonathan Valois, même combat ? Loin de là.

Si vous êtes membre d'un parti "traditionnel" qui a pour objectif principal la prise du pouvoir et son exercice subséquent, vous allez choisir un chef susceptible de rallier la population. Par la suite, ce dernier va choisir les experts en marketing politique qui vont déterminer le programme nécessaire pour aller chercher les votes.

Dans ce parti, les éléments de programme étant secondaires, toute dissidence est une attaque directe contre le chef. C'est pourquoi elle est si mal tolérée par les membres, sinon pour éviter de créer des martyrs. Il n'y a que l'impossibilité de prendre le pouvoir, ou la possibilité de le perdre, qui peuvent justifier la dissidence. D'où le malaise qu'éprouve le Parti libéral du Québec devant les prises de position de Pierre Paradis et de Thomas Mulcair.

Si vous êtes membre d'un parti "idéologique" visant d'abord la transformation d'une société, les éléments de programme prennent de l'importance et la dissidence ne vise pas nécessairement le chef dans son statut. Les militants ne vont donc pas condamner la dissidence puisqu'elle s'exerce de bonne foi, dans le but d'avancer la cause.

Il reste que même dans ce dernier parti, les nécessités de l'action électorale lui imposent d'adopter des formes de discipline propres aux partis traditionnels. D'où ces tiraillements entre l'aile parlementaire, plus large que l'ensemble des députés, et la base militante, laquelle peut inclure certains députés.

L'échange de propos acidulés entre André Boisclair et Jean-Pierre Charbonneau, via le journaliste de Radio-Canada Pierre Duchesne, en témoigne:

André Boisclair: "Ce n'est pas M. Charbonneau qui va dicter ce qui se passe au Parti québécois. C'est moi qui en est le chef !"
Jean-Pierre Charbonneau: "Y a pas de problème. Je pense que je n'ai jamais cherché à déterminer le plan de match d'André Boisclair..."

Je peux comprendre la raison d'être de Québec-Plus Démocratie dans laquelle se sont impliqués Jean-Pierre Charbonneau, Daniel Turp et Jonathan Valois. La question de la souveraineté est polarisée à l'extrème dans la population. Il n'est plus possible d'en discuter sereinement dans un climat propre à saisir les réalités politiques de 2006 et à permettre l'évolution des idées, que ce soit dans un sens ou dans l'autre. Ce que recherche Québec-Plus Démocratie, c'est de créer un forum où cette discussion est possible.

Cependant, Daniel Turp vient de déclarer: "cet exercice et cette démarche ne doivent [...] pas être une voie d'évitement pour un référendum sur la souveraineté [...] et doivent au contraire conduire à une consultation sur le projet de pays."

Dans ce nouveau contexte, jusqu'où les fédéralistes de bonne foi s'impliqueront-ils dans la démarche ?

mardi 13 juin 2006

Salade de saison IV

Les terroristes du vendredi

Deux ex-agents du SCRS confirment que les 17 "terroristes" de Toronto ne sont que des amateurs:

"... one former CSIS (SCRS) intelligence officer, who did not want to be identified, told The Hill Times last week that the arrests could have been done earlier instead of getting CSIS to watch them for the last two years and "nurture a training ground...He suspects human sources infiltrated the group and said allegations over two years can "make a bunch of idiots" look like pros, especially if no one can question the data."
The Hill Times, via Raw Story

"Michel Juneau Katsuya, ancien agent du Service canadien des renseignements de sécurité (SCRS), n'est pas étonné par l'arrestation de 17 présumés terroristes la semaine dernière à Toronto... Selon Michel Juneau Kutsuya, le groupe arrêté n'a pas de liens avec le réseau Al-Qaida. « Trop amateur », tranche-t-il. Il ne faut toutefois pas diminuer le risque que ce genre d'organisation « indépendante » représente.
Radio-Canada, Indicatif Présent


Coupe du monde de soccer

C'est sans doute de ma part une réaction de non-initié, mais je suis toujours surpris des douleurs extrêmes qui frappent les joueurs de soccer. Cet après-midi, lors du match Italie-Ghana, j'ai eu l'impression d'assister à la performance ultime.

Vincenzo Iaquinta en pleine course est légèrement touché au pied. Il tombe et se tord de douleur, le visage crispé. On le sort sur une civière. Sur les lignes de côté, il reçoit une tape sur le fesses du soigneur et retourne dans la mêlée. Cinq minutes plus tard, il file comme un zèbre vers le but adverse et marque le deuxième but des siens.

En parallèle, je regardais les visages en gros plan des joueurs de hockey, pendant les hymnes nationaux précédant le match Canes-Oilers. Des blessures, des points de suture, des ecchymoses jaunes ou brunes ou bleues, des yeux à demi-fermés, des dents manquantes, etc.


Lynchage

lyncher, v. tr. Exécuter sommairement, sans jugement régulier et par une décision collective.
Le petit Robert, 1979, page 1121.

Le Québec est devenu un village. Le village de Nathalie. Les villageois ont décidé de lyncher non seulement les pédophiles, mais aussi les juges qui essaient de contenir les fureurs de la foule déchaînée. Je n'en veux pour preuve que cette pétition organisée par le maire Gendron: "Destituons la Juge Côté de la Cour d'appel du Québec".

Sommes-nous en train de revivre The Ox-Bow Incident (1943), un western classique ?


Dominic Arpin

Je salue l'audace de Dominic Arpin et de TVA qui essaient de faire des blogues et de l'Internet un sujet de chronique régulière à leur journal télévisé. Il a déjà réussi dans l'insolite avec l'Explorateur Urbain. Pourquoi pas avec les blogues ?

Théoriquement, ce genre d'initiative fait davantage partie du mandat de Radio-Canada, vu le haut niveau de risque. Mais je ne veux pas trop critiquer Radio-Canada. Son site internet est vraiment extraordinaire.


Miss Patata frappe dans le mille

Miss Patata nous raconte les expériences de Selingman avec des chiens qu'il a placés dans une situation déplaisante dont ils ne peuvent pas s'extirper. Ces chiens deviennent des déprimés chroniques qui perdent tout ressort.

Elle fait l'intéressante comparaison entre ces chiens déprimés et les électeurs qui assistent passivement à la fin de session que nous concocte le gouvernement Charest. Nous avons perdu tout ressort devant l'odieux des lois qu'il s'apprête à imposer.

lundi 12 juin 2006

Des musulmans courageux

Plusieurs musulmans modérés ont fait entendre leur voix, et cette fois-ci, sans équivoque, dénonçant clairement l'intégrisme islamique dont ils sont, en fait, les premières victimes.

Le «J'accuse» de Fatima Houda-Pepin
Antoine Robitaille, Le Devoir, jeudi le 8 juin 2006

«Une «propagande haineuse», un véritable «cancer», se dissémine dans notre société depuis 25 ans, «sous couvert de religion», l'islam «réductionniste», a accusé hier la députée libérale de Lapinière, Fatima Houda-Pepin, dans un entretien au Devoir où elle a remis en question la représentativité de certains des porte-parole de cette communauté...

Elle s'étonne du fait que l'on soit si vigilant envers les «discours haineux» que propagent les «skinheads», par exemple, mais dès que des propos de la même eau sont formulés dans un discours «religieux», on laisse faire..

«N'importe qui peut se déclarer imam», déplore Mme Houda-Pepin...Vous pouvez presque entrer dans une mosquée, dire que vous voulez être un imam et vous êtes un imam ! Pourvu que vous ayez l'argent qui coule derrière vous, parce que c'est ce qui est nécessaire.»


Les leaders de la communauté musulmane veulent éliminer les éléments radicaux
Presse Canadienne, La Presse, dimanche le 11 juin 2006

«Les leaders religieux de la communauté musulmane ont demandé aux fidèles samedi de travailler à l'élimination de la "poignée d'éléments radicaux" dans leur communauté.

Le Conseil canadien d'Ahl Sunnah wal Jamaah (CCAS) estime que le présumé attentat à la bombe préparé en Ontario, de même que les attentats terroristes de Londres et Madrid sont dus à une minorité de musulmans qui souscrivent "à une doctrine ignoble et littérale"...

Un communiqué de l'organisation lu par M. Khan, recommande une tolérance zéro pour l'enseignement dans les mosquées et les centres communautaires musulmans de "toute forme de haine et d'intolérance, des sentiments qui vont à l'encontre des principes traditionnels musulmans".»


Un devoir de vigilance
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Bouafia Toufik, La Presse, samedi le 10 juin 2006.

«Les signes précurseurs de l'islamisme au Canada sont apparus à travers des comportements ostentatoires tels le port du hidjab et de la burqa, qui s'est généralisé de manière rapide et inquiétante ces dernières années. Sans compter d'autres revendications farfelues et à la limite du tolérable. Je le dis et je pèse bien mes mots: c'est de cette manière que les islamistes agissent pour provoquer des changements de comportement au sein d'une communauté. Vient ensuite la propagande haineuse qui se propage dans certains lieux de culte. Je suis originaire d'un pays dont le peuple a souffert dans sa chair de cette horrible catastrophe qu'est l'islamisme...

Certaines chaînes de télé donnent la parole à des imams obscurs sans qualification pour commenter les nouvelles. La communauté musulmane mérite mieux. Mais pour ce faire, elle doit s'organiser au sein de structures civiles représentatives dotées de programmes et d'objectifs clairs.»


Chaos
un film de Coline Serreau (2001)

Le film décrit la situation d'une jeune fille musulmane dont la famille vit en France. Il raconte les difficultés que rencontre la jeune musulmane lorsqu'elle veut s'émanciper et vivre comme les autres françaises. Et je vous assure que ce n'est pas léger.

Pour mieux comprendre l'impact de l'intégrisme islamique dans la vie réelle des musulmans qui vivent en dehors d'un pays à majorité musulmane.


Commentaire

Tout comme la documentariste musulmane Karina Goma, à Il va y avoir du sport, les musulmans modérés cités plus haut demandent de l'aide, au fond. Ils le font discrètement, mais ils nous disent de ne pas encourager l'intégrisme islamique. L'acceptation inconditionnelle d'autrui, qui fait merveille en thérapie, ne vaut rien pour les intégristes de tout poil.

Il faut exercer plus de discernement dans la pratique du multiculturalisme, négocier des accomodements raisonnables plus raisonnables et cesser de mettre des micros sous le nez de tous les petits imams autoproclamés.

Ainsi, La Presse de dimanche faisait sa une avec Un imam menacé de mort. Peu avare de manchettes sensationnalistes, elle ajoute en gros titre au-dessus de la photo de l'individu: "Crime haineux contre des musulmans à Montréal". Et l'individu, l'imam, le saint homme, le leader religieux, l'interprète du Coran saisit l'opportunité de cet article pour accuser Fatima Houda-Pépin, une musulmane modérée respectée partout au Québec, et pour la tenir responsable des menaces qu'on lui a faites ! Les 17 jihadistes du vendredi arrêtés à Toronto sont déjà pardonnés, dans son esprit. Non, la coupable, c'est Fatima Houda-Pepin !

Je n'en reviens pas encore.

dimanche 11 juin 2006

Ploutocratie

Les enfants nous font souvent sourire par leurs remarques naïves. Leurs bons mots débusquent des réalités qui nous sont cachées par l'appareil de rationalisation qui encombre nos esprits d'adultes. L'essentiel est invisible pour les yeux. La vérité sort de la bouche des enfants.

Bon, je crois bien que c'est complet...

Je vais finir par croire que cette image de gamin délinquant que Jean Chrétien entretenait n'était pas qu'une facade. Le petit gars de Shawinigan restera toujours un petit gars. Et la vérité est sortie de sa bouche vendredi dernier, à l'avant-première de l'exposition Déroulement qui se tenait à l'Espace Shawinigan.

La Presse Canadienne le cite pour avoir dit, à propos de la course au leadership du Parti libéral du Canada: "On ne manque pas de candidats pour faire le travail!... Ils sont tous venus me voir, me demandent des conseils. Je leur dis que s'il n'y a pas d'eau dans la piscine, ne plongez pas!"

Cette déclaration, qui semble incongrue, ne l'est plus si on ajoute les mots que j'ai entendus lors d'un reportage télévisé. Après "me demandent des conseils", Jean Chrétien ajoutait qu'il disait aux candidats, en substance: "Avez-vous des appuis ? Avez-vous de l'argent ? Si vous n'en avez pas, alors, comme le disait un philosophe chinois, s'il n'y a pas d'eau dans la piscine, ne plongez pas."

Dit clairement comme ça: "Avez-vous de l'argent ?", sans référence aux idées, au programme d'action, à l'organisation électorale, c'est la première fois que je l'entends. De la bouche du petit gars de Shawinigan est venue la vérité simple et nue quant aux prérequis pour être chef du Parti libéral du Canada. Il faut avoir du "cash". Ou des appuis qui donnent du "cash".

Sans en avoir l'air, Jean Chrétien rejoint ainsi le grand philosophe et historien Oswald Spengler: "Spengler asserts that democracy is simply the political weapon of money, and the media is the means through which money operates a democratic political system."
Wikipedia

samedi 10 juin 2006

Les enfants de la terre

La saga de Jean M. Auel, Les enfants de la terre, en 5 volumes, a illuminé mes nuits blanches pendant plusieurs semaines. C'est une oeuvre puissante et bien documentée qui raconte la vie des clans néandertaliens et des hommes de Cro-Magnon qui se sont partagé l'Europe, il y a 35 000 ans.

En général, je dors bien. Mais lorsque je trouve un livre dont je ne peux pas me séparer, il faut que je le lise jusqu'à 5 heures du matin. Le talent narratif de Mme Auel est extraordinaire. Il m'est arrivé de tomber sur un livre intéressant de, mettons, 600 pages et de me dire après 50 pages: "Quel plaisir ! Et j'en ai encore pour 550 pages." Avec Les enfants de la terre, je me disais: "Et dire que j'en ai encore pour 4 autres livres !"

L'hypothèse en était discutée à l'époque: y a-t-il eu des enfants issus des relations entre les Néandertaliens et les Cro-Magnons ? Dans la saga, Mme Auel suppose que oui. Une étude récente publiée dans Current Biology affirme que non. Néandertal et Cro-Magnon sont deux espèces différentes.

Mais ce détail mineur ne change rien à l'intérêt de cette histoire et à sa capacité d'envoûter l'imagination.

vendredi 9 juin 2006

Comment survivre aux médias de masse et rester de bonne humeur

Les médias de masse nous offrent généralement leurs produits sous deux catégories: le divertissement et l'information.

Le mot information revêt pour moi un caractère d'utilité, de sorte qu'une information dont je ne peux pas me servir personnellement devient un divertissement. Si on annonce le déraillement d'un train aux Indes qui fait 500 morts, j'en suis fugitivement triste pour eux, mais c'est tout. C'est du divertissement. Si le train déraillé occasionne un déversement toxique dans la rivière où mon village prend son eau, c'est de l'information.

De ce point de vue, presque tout ce que les médias de masse nous offrent est du divertissement.

D'un autre côté, en démocratie, il existe de telles choses que l'ordre social, la cohésion idéologique, l'action citoyenne et les intentions de vote. Rien n'est innocent dans cet univers et tout a son utilité. C'est ainsi que même le divertissement le plus vain nous informe des buts poursuivis par la société où l'on vit. Les grandes manchettes des nouvelles internationales suivent des trames narratives précises visant à guider notre pensée. Et les dernières pitreries du député local modifient nos intentions de vote.

De ce point de vue, tout ce que les médias de masse nous offrent est de l'information.

Pour rester pragmatiques, revenons donc aux définitions traditionnelles des catégories divertissement et information. Les médias de masse, leur nom le dit, sont omniprésents, partout. Pour survivre aux médias de masse et rester de bonne humeur, il faut exercer des choix conscients.

Le premier choix et le plus évident consiste à mettre le bouton à OFF. À la radio et à la télé, c'est assez évident. Ça l'est moins avec le journal et pourtant c'est faisable. C'est ainsi que quand j'estime qu'un journaliste ou un commentateur joue trop souvent sur le registre de la malhonnêteté intellectuelle, qu'il soit de gauche ou de droite, souverainiste ou fédéraliste, je l'écarte de ma liste de lectures.

Parfois c'est long avant que je ne me décide. Je me dis: "Oui, on peut raisonnablement écrire cela si on se situe dans tel courant de pensée... " Je prends mon temps. Mais une fois que ma décision est prise, après plusieurs flagrants délits de malhonnêteté, je n'y reviens plus. Et ce n'est pas si grave que cela. Dans un grand journal, il y a toujours assez de divertissement et d'information pour accompagner le déjeuner.

Le deuxième choix que l'on peut faire pour rester de bonne humeur sous le bombardement des médias de masse, c'est la lecture au deuxième niveau. Il s'agit ici de traiter comme divertissement ce qu'on nous présente comme information, et inversement, de traiter comme information ce qu'on nous présente comme divertissement.

Dans la catégorie "traiter l'information comme un divertissement", j'avoue que par certains après-midi oisifs, j'écoute le Doc Mailloux, notre psychiatre pour chevaux, aux remèdes de cheval. On y entend des propos parfois surréalistes. Ainsi l'autre jour, cette grand-mère qui nous lance, toute pénétrée de ses certitudes intérieures: "L'amour, c'est pas jusse de s'écartiller !" Dans la même catégorie, il y a Gilles Proulx, Richard Martineau et le maire Gendron.

Pour ce qui est de traiter le "divertissement comme une information", il est certainement possible de le faire avec les Star Académie, les Loft Story et les 110 %. On y apprend beaucoup de choses sur nos contemporains. Et quand on a fait le tour de ce qu'on peut y apprendre, il nous reste toujours la possibilité de mettre le bouton à OFF.

jeudi 8 juin 2006

Ça ne passe pas

Cela fait deux ans que la GRC épie la bande des 17 sinistres imbéciles musulmans de Toronto. La GRC sait que ces jihadistes du vendredi n'ont aucun contact avec Al-Qaida. Toute l'agitation stérile de la bande tourne autour d'un chauffeur d'autobus scolaire qui cherche à se rendre intéressant aux yeux des adolescents et des jeunes adultes qui fréquentent encore sa mosquée.

Supposons que vous êtes un capitaine, ou un lieutenant, ou un sergent de la GRC, vieux routier des opérations d'infiltration, baccalauréat en criminologie avec mineure en terrorisme, et que votre patron arrive dans votre bureau un bon matin et vous lance: " Ouais, on a un nouveau gouvernement. Le mot d'ordre a été passé en haut. Ils veulent de l'action. " Qu'est-ce que vous faites ?

Allez-vous voir Qayyum Abdul Jamal, 43 ans, chauffeur d'autobus scolaire, pour lui dire: "Écoute Qayyum, on sait tout sur tes niaiseries. Voici la liste de tes disciples. Alors, arrête ton cirque et tiens-toi tranquille "? Ou bien allez-vous lui acheter du faux nitrate d'ammonium pour ensuite mobiliser 400 policiers et faire une rafle spectaculaire ?

Ça ne passe pas.

Stockwell et Stephen n'ont même pas besoin de connaître les détails. Et ils ne le veulent surtout pas. Le voyage en Afghanistan. "Ces gens-là veulent détruire nos valeurs canadiennes ". " We won't cut and run in Afghanistan ". Le prolongement de la mission de l'armée. Stephen Harper veut instaurer un climat de peur. Il veut être réélu parce qu'il est " strong on defense ", comme Bush en 2004. Cela va aider dans certaines régions du pays. Faire flèche de tout bois.

Ça ne passe pas. Pas ici en tout cas.

Et là, comme si cela n'allait pas assez mal comme ça, nous arrive l'intéressant Bashar Elsolh, porte-parole du Forum musulman canadien. Il nous informe que les accusés de Toronto sont innocents jusqu'à ce qu'on puisse prouver hors de tout doute raisonnable qu'ils sont coupables. La Chariâ n'est pas aussi généreuse dans les pays où elle règne.

M. Elsolh nous rassure également sur le fait que l'Islam est une religion de paix. Il n'a pas ajouté d'amour, mais celle-là, je l'ai entendue aussi. Si ce n'était pas un musulman qui me le dit, je ne l'aurais pas cru.

Enfin, M. Elsolh a précisé que les intégristes musulmans sont une minorité dans la communauté musulmane. Il a oublié d'ajouter que le seul fait d'armes des intégristes catholiques, c'est d'aller communier tous les dimanches. Et que le seul fait d'armes des intégristes baptistes, c'est de chanter des cantiques en agitant les bras. On ne parle pas de la même affaire. Les intégristes musulmans, ils faudrait que le Forum musulman canadien s'en occupe mieux que ça.

Ça ne passe pas, ça non plus.

J'ai souvent entendu que la Chariâ n'exige pas le voile ni la burqa, que c'était des exigences liées aux coutumes tribales de certaines régions arriérées de la planète. Qu'attendez-vous pour arriver qu 21 ème siècle, en ce pays ? Qu'attendez-vous pour dire à vos jeunes que le Djihad, c'est contraire à la religion de paix que vos porte-parole cherchent à nous vendre ?

Chers porte-parole musulmans, vous ne pourrez pas indéfiniment parler des deux côtés de la bouche.

Ça ne passe plus.

mercredi 7 juin 2006

Encore Oswald

" The Second Religiousness appears as a harbinger of the decline of mature Civilization into an ahistorical state. The Second Religiousness occurs concurrently with Caeserism, the final political constitution of Late Civilization. Both the Second Religiousness and Caesarism demonstrate the lack of youthful strength or creativity that the Early Culture once possessed. The Second Religiousness is simply a rehashing of the original religious trend of the Culture. "
Wikipedia

Que Spengler ait prévu en 1920 le retour à la religion comme un des signes du déclin d'une civilisation, cela me fait réfléchir. Qu'il ait prévu en plus que ce retour à la religion s'accompagne de "césarisme", cela devient franchement étonnant, tellement cela décrit les États-Unis de ce début de siècle.

Le "césarisme" désigne cet état d'une civilisation qui, ne croyant plus en la valeur de ses institutions politiques, confie le pouvoir de facto au pouvoir exécutif, tout en maintenant la fiction de contrepoids institutionnels bidons. Quand je vois les Américains abandonner si facilement leurs droits constitutionnels au nom de la lutte au terrorisme, je me dis que le terrorisme a gagné. Et qu'il a gagné parce qu'ils ont perdu confiance en leurs institutions.

Déçu par la science, la médecine, le droit et ses élites intellectuelles en général, désabusé par rapport à la politique, le peuple se tourne vers des religions de pacotille pour se rassurer, ou vers le divertissement pour oublier.

André Malraux a dit: « On m'a fait dire: "Le XXIe siècle sera religieux". Je n'ai jamais dit cela, bien entendu, car je n'en sais rien. Ce que je dis est plus incertain : je n'exclus pas la possibilité d'un événement spirituel à l'échelle planétaire. » Était-ce une prédiction ou avait-il simplement lu Spengler ?

mardi 6 juin 2006

Les magasins de bonbons

Je viens de trouver deux magasins de bonbons. Et on m'a dit que je pouvais prendre tout de que je voulais.

Depuis quelque temps, je vais faire un tour sur Asia Times on line, un site basé à Hong Kong et comprenant 50 correspondants répartis dans 17 pays d'Asie, d'Amérique et d'Europe. Son commentateur vedette est un inconnu utilisant le pseudonyme de Spengler. C'est dans ses archives que j'ai trouvé mon premier magasin de bonbons.

Ayant lu quelque part que Spengler s'inspirait à l'occasion de son homonyme l'historien Oswald Spengler (1880-1936), je suis allé consulter quelques notes sur ce dernier dans Wikipedia. Et c'est là que j'ai trouvé le deuxième magasin de bonbons.

Leurs pensées lucides, cyniques et visionnaires s'écrasent parfois dans l'insignifiance, mais le plus souvent expriment des intuitions fulgurantes qui font réfléchir. Et ce n'est jamais ennuyant.


Oswald Spengler:

"Caesarism is essentially the death of the spirit that originally animated a nation and its institutions. It is marked by a government which is formless irrespective of its de jure constitutional structure. The antique forms are dead, despite the careful maintenance of the institutions; those institutions now have no meaning or weight. The only aspect of governance is the personal power exercised by the Caesar. This is the beginning of the Imperial Age."
Wikipedia

Cette définition du césarisme illustre parfaitement la présidence de George W. Bush pendant laquelle toutes les institutions américaines se sont écrasées devant l'arrogance et la brutalité du pouvoir exécutif. Oswald Spengler écrivait pendant les années '20.


Spengler d'Asia Times:

" Iran has failed as a society in the face of the modern world. It embodies a fatal combination of modern demographics, that is, a rapidly aging population, without having assimilated modern productivity. The forces that have rallied to the banner of the Islamic Revolution both at home and abroad have no more hope than Wallenstein's soldiery. Away from their jihad, they can look forward only to a relentless pulverization of the traditional society whence they came. Such is the stuff of strategic mysticism. When there is no retreat, nothing to which to return, Destiny beckons from the enemy's lines and the army leaves its trenches and flies forward into the cannons. "
Asia Times on line, 6 juin 2006

La thèse de Spengler sur l'Iran, c'est que dans 20 ans, le pays n'aura plus les revenus du pétrole pour supporter une population vieillissante. L'Iran doit donc viser à contrôler l'Irak et
les régions de l'Arabie saoudite où les Shiites sont majoritaires. Pour cela, l'Iran a besoin de l'arme nucléaire comme facteur dissuasif pour appuyer son leadership sur les Shiites du Moyen-Orient.

lundi 5 juin 2006

Salade de saison III

Des nouvelles de Linus

Lucy et Linus, toujours encombré de son inséparable doudou, vont jouer au croquet. Lucy répartit le travail: elle installe les portes et Linus enfonce les piquets. Linus précise qu'il aime bien s'attaquer à un travail d'homme. Malheureusement, après bien des efforts, il réalise qu'il a enfoncé le piquet dans sa doudou.

Serait-ce que le stéréotype véhiculé par les publicitaires, celui de la femme dominante, brillante et allumée dont le souffre-douleur est un homme dominé, niais et empoté, soit en train de gagner le royaume de la bande dessinée ?

L'oeuf ou la poule ?

Vous avez probablement tous lu cette nouvelle dans la rubrique Science de votre journal favori. L'oeuf est venu avant la poule parce que la première poule est forcément issue d'une mutation génétique à l'intérieur d'un oeuf pondu par une non-poule. J'ai trouvé cela drôle, bien raisonné, mais aucunement scientifique.

Et c'est ce qui rend l'article encore plus intéressant. C'est avec insistance qu'on appuie sur le sérieux de la nouvelle: John Brookfield, le scientifique – et philosophe – spécialiste de la génétique évolutive, affirme que... cette conclusion a reçu le soutien du professeur David Papineau du King's College de Londres... ainsi que du président de la Fédération britannique des éleveurs de poulets (Great British Chicken), Charles Bourns.

Cet articulet a fait le tour du monde. J'ai l'impression qu'un pince-sans-rire quelque part a dû bien rigoler.

La chanson de Grégory

J'avais écouté les trois quarts de la chanson de Grégory chez Miss Patata quand mon vieux routeur au deuxième étage a planté. J'en avais aussi écouté des bribes aux nouvelles de TVA, pendant que Pascale Wilhelmy interviewait les passants. C'est tout.

Et je le jure, je me suis levé le lendemain matin avec cette mélodie entre les deux oreilles. Le pouvoir de la chanson !

Le pouvoir du comédien

Un an plus tard dans les banlieues, j'ai regardé Une histoire de violence de Cronenberg. Ed Harris, je l'ai reconnu tout de suite, malgré ses cicatrices et son oeil de vitre. On ne me la fait pas. Je suis physionomiste.

Vers la fin, arrive Richie, le frère de Tom. Un personnage de maffieux un peu mou, prétentieux, avec des phrases longues comme ça. Cela m'a pris un gros deux minutes pour identifier William Hurt que je n'attendais pas du tout dans ce rôle. Deux minutes, c'est long pour un physionomiste. William Hurt, c'est dans d'autres films la personnification même du doux intello un peu perdu. Et là, il est très efficace dans ce rôle de maffieux. C'est cela, être un bon comédien, j'imagine.

Thriller à Montréal

Jetez un coup d'oeil sur ce billet de Pierre-Léon. Vous le lirez assis sur le bout de votre chaise.

dimanche 4 juin 2006

Triste spectacle

Une mère allemande condamnée à 15 ans de prison pour huit infanticides

Les deux parties proposent neuf ans de prison pour un père qui a secoué son bébé à mort

Luc X restera moins longtemps en prison
Luc X, ce père qui a agressé sexuellement sa fillette pour ensuite diffuser les photos de l'agression sur Internet, voit sa peine d'emprisonnement réduite. La Cour d'appel vient de ramener de 15 à 9 ans sa peine de prison.

La pédophilie est un crime. L'infanticide est aussi un crime. À la lumière des 3 cas judiciaires mentionnés plus haut, il y a tout lieu de penser que la Cour d'appel avait raison de reviser la sentence de 15 ans imposée à Luc X.

Le lendemain matin à TVA, le chroniqueur Claude Poirier dénonçait la réduction de sentence de Luc X en criant: "Y a assez de maudits pédophiles dans notre société !" Il recommençait au bulletin de 17:00 heures, en rabrouant publiquement la juge Lise Côté de la Cour d'appel, sans nommer l'autre juge qui avait appuyé la juge Côté. M. Poirier nous promettait également qu'à l'avenir il continuera de donner les noms des juges qui prononcent des sentences qui ne font pas son affaire.

Triste spectacle.

Nathalie Simard a aussi dénoncé la réduction de sentence, se croyant autorisée à se prononcer par son statut de victime de la pédophilie. Or, c'est justement à ce titre que son plaidoyer n'est pas recevable. Jacques Languirand a déjà parlé, à propos de tout autre chose, il faut le dire, de cette " envie perverse de se distinguer, de sortir de l’anonymat et, à l’abri de cette forteresse d’affliction, d’en imposer à ses semblables. "

Triste spectacle.

Mais c'est encore à Madame l'ex-juge Andrée Ruffo que revient la palme du plus triste des spectacles. Et j'en suis désolé, car je partage l'avis de Franco Nuovo qui disait à propos de l'ex-juge: "Reconnaissons cependant son panache et son charisme qui en ont fait une personne hautement médiatisable, voire médiatisée et inévitablement une chouchoute des médias. Ajoutons la noblesse de sa cause: la défense des enfants. Son attitude et sa détermination à défendre coûte que coûte le droit des gamins en ont fait un preux chevalier. "

Il n'y avait ni panache ni charisme le soir où elle s'en est prise à la décision de la juge Lise Côté avec l'argument que si l'enfant victime du pédophile Luc X avait été l'enfant de madame Lise Côté, sa décision aurait été tout autre. Madame l'ex-juge Andrée Ruffo ne devrait-t-elle pas savoir que si un juge est personnellement impliqué dans une affaire, il doit se récuser ? Ne devrait-t-elle pas savoir que la justice est mieux servie par des juges impartiaux ?

Triste spectacle.

La prestation médiatique de Madame l'ex-juge Andrée Ruffo ressemblait davantage à une basse vengeance contre le système judiciaire et contre les les juges, ses anciens collègues. Tout comme sa prestation précédente lors de l'interview téléphonique avec la journaliste Julie Couture de TVA au sujet de Mario Morin, ce père qui a bloqué la circulation pour revoir sa fille. Tout en réitérant à maintes reprises qu'elle ne connaissait pas le dossier de Mario Morin, Madame l'ex-juge Andrée Ruffo affirmait qu'elle avait vu plusieurs situations déplorables se produire avec la DPJ.

Deux semaines à peine après avoir démissionné pour éviter d'être destituée, Madame l'ex-juge utilise sa position de vedette médiatique pour régler ses comptes avec la DPJ et ses ex-collègues les juges ? C'est un peu court. Et cela passe plutôt mal pour l'instant.

Triste spectacle.

samedi 3 juin 2006

Pourquoi l'Allemagne ?

Les États-Unis sont prêts pour des frappes nucléaires en Iran.

Le Congrès est prêt

Un premier document a été déposé au Congrès le 31 décembre 2001, expliquant que des "mini-bombes nucléaires" pouvaient être utilisées dans une guerre préventive, sans trop d'effets collatéraux sur les populations civiles. Un autre document (en .pdf) fut présenté le 15 mars 2005, précisant comment les forces conventionnelles devaient collaborer avec les forces nucléaires pour une opération d'attaque préventive. La beauté de ce document, c'est que le président n'a qu'à dire: "À l'attaque !", et après, ce sont les généraux qui décident si une bombe nucléaire est nécessaire ou pas, selon les objectifs à atteindre sur le terrain.

La population est prête

L'idée est maintenant bien répandue que le président iranien Mahmoud Ahmadinejad est un fou dangereux qui nie l'Holocauste et qui veut se procurer des armes nucléaires pour "rayer Israël de la carte". Selon Gallup, 8 Américains sur 10 pensent que l'Iran va fournir des armes nucléaires aux terroristes pour attaquer Israël ou les États-Unis. Six sur 10 pensent que l'Iran va attaquer les États-Unis directement. Un sondage Los Angeles Times/Bloomberg établit que 57 % des Américains sont en faveur d'une intervention militaire en Iran.

L'armée est prête

En mai 2004, le président Bush a autorisé (NSPD 35) le déploiement des armes nucléaires américaines. Par la suite, la machine militaire s'est mise en marche pour préparer les plans d'attaque. Depuis juin 2005, les plans et la quincaillerie militaires sont prêts pour une attaque aérienne avec des bombes conventionnelles et nucléaires sur l'Iran.

Le président n'est pas prêt

C'est le temps de la diplomatie. Mme Rice fait le tour de la planète pour recruter des alliés. Elle travaille fort avec les Russes et les Chinois pour obtenir une autorisation de sanctions du Conseil de sécurité en vertu du chapitre VII de la Charte de l'ONU. C'est ce qui forcerait l'Iran à obtempérer à la demande de cesser d'enrichir l'uranium et permettrait un bombardement "légal" de l'Iran en cas de refus.

Le président Bush attend. Il attend d'être ben ben tanné et d'avoir épuisé tous les moyens diplomatiques... ou qu'un nouvel attentat de type "naïnewonwon", financé par l'Iran, se produise subitement.

Entretemps, on déploie l'arsenal des offres impossibles à accepter par l'Iran: "Les grandes puissances n'utiliseront pas la force contre l'Iran. C'est l'un des points fondamentaux de l'offre des 5 permanents du Conseil de sécurité de l'Onu, et de l'Allemagne, adoptée hier soir en Autriche."

De l'Allemagne ? Qu'est-ce que l'Allemagne vient faire là-dedans ?

Le consortium franco-allemand-espagnol EADS , contrôlé par Deutsche Aerospace et le Groupe Daimler, est le deuxième producteur d'armes européen et fournit à la France ses missiles nucléaires M51. L'Allemagne produit aussi et entrepose des ogives nucléaires qu'elle livre à la marine française. Enfin, l'Allemagne est le site de deux bases nucléaires pleinement opérationnelles pouvant entreposer jusqu'à 150 bombes nucléaires de type "bunker buster B61", lesquelles, en vertu des plans militaires de l'OTAN, sont dirigées vers le Moyen-Orient...
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La plupart des informations contenues dans ce présent billet proviennent de Mondialisation.ca, un site montréalais de recherches sur la mondialisation. Les commentaires sont les miens.

vendredi 2 juin 2006

Ishaqi

Le 15 mars 2006, les troupes américaines ont tué 11 civils sans arme à Ishaqi en Irak. Les victimes sont les suivantes:

-Turkiya Muhammed Ali, 75 ans
-Faiza Harat Khalaf, 30 ans
-Faiz Harat Khalaf, 28 ans
-Um Ahmad, 23 ans
-Sumaya Abdulrazak, 22 ans
-Aziz Khalil Jarmoot, 22 ans
-Hawra Harat Khalaf, 5 ans
-Asma Yousef Maruf, 5 ans
-Osama Yousef Maruf, 3 ans
-Aisha Harat Khalaf, 3 ans
-Husam Harat Khalaf, 6 mois


Raid kills 11, mostly women and children March 15, 2006

ISAHAQI, Iraq — U.S. forces bombed a house during a raid north of Baghdad early Wednesday, killing 11 people — mostly women and children, while insurgent attacks elsewhere left four dead, police and relatives said.

The U.S. military acknowledged the raid and said it captured one insurgent. It took place near Balad, about 50 miles north of the capital. But the military said only four people were killed — a man, two women and a child. (…)

“Troops were engaged by enemy fire as they approached the building,” said Tech. Sgt. Stacy Simon, a military spokeswoman. “Coalition forces returned fire utilizing both air and ground assets.” (...)


Iraqi police report details civilians' deaths at hands of U.S. troops Sun, Mar. 19, 2006

BAGHDAD, Iraq - Iraqi police have accused American troops of executing 11 people, including a 75-year-old woman and a 6-month-old infant, in the aftermath of a raid last Wednesday on a house about 60 miles north of Baghdad.

The villagers were killed after American troops herded them into a single room of the house, according to a police document obtained by Knight Ridder Newspapers. The soldiers also burned three vehicles, killed the villagers' animals and blew up the house, the document said.

A U.S. military spokesman, Major Tim Keefe, said that the U.S. military has no information to support the allegations and that he had not heard of them before a reporter brought them to his attention Sunday.

"We're concerned to hear accusations like that, but it's also highly unlikely that they're true," he said. He added that U.S. forces "take every precaution to keep civilians out of harms' way. The loss of innocent life, especially children, is regrettable." (...)


Children of Abraham: Death in the Desert Sunday, 19 March 2006

(…) We know from photographic evidence that the corpses of two men, four shrouded figures (women, according to the villagers), and five children – all of them apparently under the age of five, one as young as seven months – were pulled from the rubble of the house and laid out for burial beneath the bright, blank desert sky. We know that an Associated Press reporter on the scene saw the ruined house, and a photographer for Agence France Presse took the pictures of the bodies. (...)


New 'Iraq massacre' tape emerges Thursday, 1 June 2006

(...) According to the Americans, the building collapsed under heavy fire killing four people - a suspect, two women and a child.

But a report filed by Iraqi police accused US troops of rounding up and deliberately shooting 11 people in the house, including five children and four women, before blowing up the building.

The video tape obtained by the BBC shows a number of dead adults and children at the site with what our world affairs editor John Simpson says were clearly gunshot wounds. (...)


Pour aider à comprendre, puisqu'il le faut

Le film de Brian De Palma, Casualties of War, peut aider à comprendre Ishaqi et Haditha. C'est l'histoire de soldats américains, une bande de gamins de 20 ans, fatigués et stressés, dépassés par les événements, qui se livrent à des crimes odieux pendant la guerre du Vietnam. Le film raconte aussi à quel point il est difficile de convaincre les autorités militaires de sévir en pareil cas.

Comprendre n'est pas pardonner les auteurs de ces crimes. Et ce n'est surtout pas pardonner les vieillards vindicatifs et belliqueux qui déclenchent ces guerres et placent des jeunes gens dans ces situations inhumaines.


jeudi 1 juin 2006

Convalescence

J'ai enlevé les compteurs de Site Meter et de Top Blogues. Je me sens déjà mieux.

C'est plus fort que tout. En voyant fluctuer le nombre de lecteurs, si petit soit-il, je vois ce qui est populaire et ce qui ne l'est pas. Et si je choisis d'écrire sur ce qui est populaire, j'attrape la maladie des médias: le tirage, la cote d'écoute.

C'est complètement ridicule pour un blogue personnel, et même quasi confidentiel. Et cela m'a enlevé le plaisir de le faire. C'était devenu un travail.

Je ne parle ici que pour moi. Je souhaite bonne chance à ceux qui ont des blogues qui fonctionnent bien et qui ont de larges audiences. Cette nouvelle façon de communiquer aura un impact de plus en plus grand sur la société.