28 février, 2006

Le féminisme de grand-maman


Lors des derniers jeux olympiques, des journalistes ont souligné que, dans certaines disciplines, autant chez les hommes que chez les femmes, la compétition n’a pas été très relevée. Cela dévalorise en quelque sorte les médailles que le Canada y a gagné. L’exemple du hockey féminin saute aux yeux de tous.

Dans sa chronique d’hier, Lise Payette s’en prend à l’attitude machiste des journalistes qui dévalorisent les médailles gagnées par les femmes. La généralisation est évidemment grossière. On parle de médailles gagnées par des hommes dans certaines disciplines et par des femmes dans certaines disciplines, et non pas par les femmes dans toutes les disciplines.

Ce procédé de la généralisation abusive dans une chronique ne mériterait pas d’être souligné, tellement il est courant. Il est le pain et le beurre du chroniqueur affamé par une disette de sujets à traiter. Il est la source désaltérante du chroniqueur égaré dans un désert d’idées. Ce n’est pas tous les jours que les événements démontrent que vos préjugés sont bien fondés. Alors, il faut un peu forcer la note.

Non, ce qui m’a intéressé dans la chronique de Mme Payette, c’est d’y retrouver, en filigrane, certains des éléments du discours fondateur du féminisme des années ’70 .

Les hommes sont menteurs et prétentieux : « On nous a dit si souvent, depuis que nous sommes enfants, qu'on nous avait laissé gagner chaque fois que nous avons gagné quelque chose… »

Les hommes sont surévalués : « En s'y mettant sérieusement, les filles ont commencé à découvrir que la prétendue supériorité des garçons était très surfaite. »

Les hommes sont râleurs : « Ça fait râler les garçons. Ça les énerve de voir des filles premières de classes. »

Les hommes ne prennent pas leurs responsabilités et sont paresseux : « Certains prétendent même que c'est (la réussite des filles) la principale raison de l'échec scolaire des garçons. Il ne semble venir à l'esprit de personne que c'est plutôt parce que les garçons ne travaillent pas assez et sont paresseux ...»

Les hommes sont présomptueux et paresseux : « …les garçons ne travaillent pas assez et prennent pour acquis qu'ils ont droit aux meilleurs diplômes parce qu'ils sont des garçons et qu'ils méritent les premières places sans fournir d'effort. »

Les hommes sont des incapables : « …l'équipe masculine qui est rentrée bredouille des JO? »

Il n’y a pas vraiment de différence physique entre les hommes et les femmes : « Le jour où les filles auront battu les gars au hockey, est-ce qu'elles seront enfin des égales, avec les mêmes salaires que ces messieurs?
Vous riez? Je vous rappelle que les gars riaient aussi quand les femmes disaient qu'elles seraient avocates, ingénieures et même chirurgiennes. »

Les hommes sont pleurnicheurs : « Ça fait déjà un bout de temps qu'ils ne rient plus. Ça se lamente même dans les coins. »

Les femmes ont une fibre morale supérieure à celle des hommes : « Les filles ont gagné des médailles d'or, d'argent et de bronze en faisant ce qu'elles savent faire le mieux, en se dépassant, en allant au bout de leurs capacités, en visant le sommet et en y mettant les efforts nécessaires. La recette est la même pour les gars... »

Aujourd’hui, Mme Payette doit être septuagénaire et grand-maman. Elle a eu le temps de réfléchir sur la vie et sur le sens qu’on peut prêter aux choses de la vie. Cela m'étonne d'elle qu'elle n'ait pas évolué depuis les années '70.

27 février, 2006

Pauvres démocrates

L'administration Bush confie la gestion de 21 ports américains aux Émirats Arabes Unis, l'un des trois seuls pays au monde à avoir reconnu le régime des talibans en Afghanistan. Les démocrates croient pouvoir enfin déborder Bush sur sa droite en matière de sécurité nationale.

Bang! La célèbre attack machine des républicains, avec tout le culot qui la caractérise, leur tombe dessus pour les traiter d'ignorants (en matière d'administration portuaire), d'opportunistes, de racistes et d'islamophobes. Comme dirait Mario Lemieux, c'est quelque chose à lire:

Sorry Folks, But U.A.E is a Key American Ally - Jack Kelly, Pittsburgh Post-Gazette
Port Deal is Safe and Critical to America's Foreign Policy - Robert Caldwell, SDUT
The Perfect Storm for Opportunistic Xenophobes - Cragg Hines, Houston Chronicle
True Security Drowned in Port Uproar - Jon Gurwitz, San Antonio Express-News
Barbara Boxer's Xenophobia - Los Angeles Times
Any Storm in a Port - Debra Saunders, San Francisco Chronicle
Port Controversy Could Widen Racial Chasm - Thomas Friedman, Deseret News
RCP Blog: Are We Listening To The Experts?
Ports of Gall - Wall Street Journal
A Lull In The Port Storm - New York Post
Bipartisan Hysteria Is Not Security - Veronique de Rugy, TCS Daily
Dubai Ports World Deal is Good for America - James Glassman, TCS Daily
Too Much Hysteria on the Ports Deal - Jonah Goldberg, Los Angeles Times
Ports Uproar: Ann Coulter
In Defense Of Dubai - Dick Meyer, CBS News
A Dubai Finesse - Charles Krauthammer, Washington Post

Mais pourquoi les démocrates cherchent-ils encore à déborder Bush sur sa droite en matière de sécurité nationale? L'expérience avec John Kerry ne leur suffit-elle pas?

26 février, 2006

Tic tic tic tic, prise 2


Voyez, je ne suis pas obsédé, je n'en parle pas tous jours, mais je suis ça de près. Je trouve cela excitant, la fin d'un monde.

Quelqu'un en Iran dit que si Bush attaque L'Iran, l'Iran attaque Israël, selon un journal d'Israël.

La Russie dit à l'Iran: "Viens faire enrichir ton uranium chez nous. Comme ça, le Conseil de sécurité va te foutre la paix." L'Iran dit: "Ok, mais ça ne veut pas dire que je renonce à enrichir mon uranium." Condoleeza dit: "Boulechite, l'Iran veut seulement gagner du temps."

La Chine ne dit rien mais n'en pense pas moins. Elle a un grand besoin du pétrole iranien et elle détient, après le Japon, la plus grande part de la dette américaine. Elle a les moyens de jeter le dollar américain à terre. Et en fermant le robinet du pétrole, l'Iran a les moyens de faire monter le prix du brut à 100 $ le baril, pendant que son allié religieux, l'Irak, immobilise 150 000 soldats américains en Mésopotamie.

Les Lilliputiens économiques ont immobilisé Gulliver. Que fera le géant pour ne pas perdre la face?

25 février, 2006

Les cols bleus... La politique du pire


Chez les cols bleus, la campagne médiatique du candidat Michel Parent va très bien. C'est un homme doux, qui n'élève pas la voix, qui a deux filles et qui joue au golf. Je ne serais pas surpris si c'est lui qui fait l'époussetage à la maison.

La campagne du candidat Serge Lapointe va mal. Il ne parle pas aux média et c'est une brute qui a déjà tabassé quelqu'un, paraîl-il. Même Jean Lapierre ne l'aime pas.

Et là, je tique.

Si Jean Lapierre appuie Michel Parent, il y a fort à parier que les "colbleuseries" qui durent depuis 18 ans, soit la durée du mandat de Jean Lapierre, continuent de rythmer la vie citoyenne des Montréalais. Avec Parent, ça continue comme avant! (Il n'y a pas de droits d'auteur sur ce slogan.)

Avec Serge Lapointe, dit le Muet, on ne sait pas. Si c'est le fier-à-bras qu'on laisse entendre, il peut faire deux choses:

a) se repentir et mettre de l'ordre dans l'organisation. On sait qu'il n'y a pas comme un fier-à-bras pour en planter un autre, tous les films de Schwarzenegger en témoignent. Avec Lapointe, on se pointe au boulot!

b) pousser la logique de la violence et de l'anarchie à sa limite, au point d'attirer l'attention des législateurs à Québec qui finiront par se sentir justifiés d'intervenir pour redonner, par législation, le contrôle du Syndicat à "l'immense majorité des cols bleus qui sont de bonne foi". Avec Lapointe, ça désappointe!

J'ai souvent entendu que la politique du pire est la pire des politiques. Je l'ai peut-être dit moi-même. Mais pour poursuivre dans le droit fil de ma chronique d'hier, le philosophe russe Oulianov avait un petit copain qui n'était pas d'accord et favorisait la politique du pire pour crever les abcès sociaux.

Si je veux être réaliste, cela ne me sert à rien de pousser des hauts cris sur l'extorsion des pauvres Montréalais, de pleurer sur la démocratie bafouée et d'invoquer les grands principes qui, comme on sait, descendent rarement de leurs grands chevaux. Je vis à Laval et je m'en fous un peu. Mais comme lecteur de journaux et auditeur de téléjournaux, cela m'agacerait que la saga des "colbleuseries" se poursuive sur le même train-train que d'habitude.

24 février, 2006

Les cols bleus...Que faire?


Les cols bleus reviennent dans l'actualité. Ils étaient 2 300 devant l'Hôtel de ville mardi dernier, dont une bonne partie durant leurs heures ouvrables, pour protester contre la sentence arbitrale décrétant leur convention collective. En attendant d'utiliser leur dernier recours judiciaire, ils voulaient sans doute montrer aux juges de la Cour suprême de quel bois ils se chauffent, sinon je ne peux pas voir le but de la manoeuvre.

Que faire? La situation est délicate et je ne voudrais pas priver la population des services dont elle a besoin, en jetant de l'huile sur le feu. J'étais perplexe devant mon ordinateur. Puis je me suis souvenu d'un philosophe russe, Vladimir Ilitch Oulianov, qui a justement écrit en 1902 un livre s'intitulant précisément Que faire? En me servant uniquement des têtes de chapître, cela pourra clarifier des idées de base et dégager des pistes d'action.



PRÉFACE
Les cols bleus sont tendus. Des élections à l'exécutif s'en viennent. Les journaux et les téléjournaux font leurs choux gras de leurs états d'âme.

I: DOGMATISME ET "LIBERTÉ DE CRITIQUE"

a) Que signifie la "liberté de critique" ?
Cela signifie que quelqu'un a le droit de penser qu'il y a d'autres formes d'action syndicale que les "colbleuseries" et, en conséquence, de se présenter aux élections contre l'actuel président.

b) Les nouveaux défenseurs de la "liberté de critique"
Ce sont Serge Lapointe et son équipe qui se présentent contre Michel Parent.

II: LA SPONTANÉITE DES MASSES ET LA CONSCIENCE DE LA SOCIAL-DÉMOCRATIE

a) Début de l'essor spontané
Les cols bleus ont un long historique de l'essor spontané de la colère des "troupes qui sont difficiles à contenir".

b) Le culte du spontané
Le spontané, par lui-même, si on en fait un culte, ne donne pas de résultats efficaces. Le spontané doit être dirigé par des élites éclairées. Des élites qui voient au bien-être des membres tout en respectant la population qui a besoin de leurs services.

c) Le "groupe de l'autolibération"
Ce groupe, c'est l'immense majorité des cols bleus qu'on dit de bonne foi et qui doivent s'autolibérer du règne des tire-aux-flanc et des fiers-à-bras. Ce groupe doit exister. J'en entends parler chaque fois qu'une "colbleuserie" est rapportée dans les média.

III: POLITIQUE TRADE-UNIONISTE ET POLITIQUE SOCIAL-DÉMOCRATE

a) L'agitation politique et son rétrécissement par les économistes
Il faut en effet que les membres qui se préoccupent davantage de l'économie, comme les salaires et les conditions de travail, prennent le dessus sur ceux qui se soucient surtout d'agitation politique.

b) Comment Parent a approfondi Lapierre
Ici, j'ai seulement changé deux noms russes, d'ailleurs difficiles à prononcer, par deux noms québécois.

c) Les révélations politiques et l'éducation de l'activité révolutionnaire
La révélation des micros cachés dans le plafond, cela vous éduque des membres sur la nature des élites!

d) Ce qu'il y a de commun entre l'économisme et le terrorisme
La rémunération globale (salaires, avantages sociaux, charges sociales) des cols blancs et des professionnels est de 69 500$, celle des cols bleus, 68 700$, tandis que le revenu personnel des Montréalais est de 31 200$. Ça fait peur. C'est ça le lien entre l'économisme et le terrorisme.

e) La classe ouvrière, combattant d'avant-garde pour la démocratie
C'est clair, à tout le moins, que les cols bleus sont à l'avant-garde de la classe ouvrière. Il faudra probablement se concentrer davantage sur le "normatif" lors de la prochaine négociation. Pour ce qui est de combattre pour la démocratie, on verra le 30 mars, lors des élections de l'exécutif syndical.

f) Encore une fois calomniateurs, encore une fois mystificateurs
Là, le philosophe russe ne m'aide pas avec cet en-tête. Les accusations fusent de partout, de l'ex-président, du président, du vice-président, des contremaîtres, de la Ville de Montréal, des média, des membres. Il y a là sans doute des calomniateurs, mais je n'ai pas assez d'information pour les départager, surtout que ces calomniateurs sont également des mystificateurs.

IV: LE TRAVAIL ARTISANAL DES ÉCONOMISTES ET L'ORGANISATION DES RÉVOLUTIONNAIRES

a) Qu'est-ce que le travail artisanal ?
C'est un travail fait par un artisan, varié, intéressant et motivant.

b) Travail artisanal et économisme
Quand on morcèle trop le travail manuel par souci d'efficacité, on y perd en motivation et en rendement. Il faudra réactiver le comités de productivité avec des gens de bonne foi.

c) L'organisation des ouvriers et l'organisation des révolutionnaires
C'est en plein ça. Il faut que le Syndicat des cols bleus regroupés définisse sa mission et choisisse d'être soit l'organisation des ouvriers, soit l'organisation des révolutionnaires.

CONCLUSION
L'immense majorité des cols bleus qui sont de bonne foi doit reprendre le contrôle de l'organisation. Et s'ils le font, la toute petite minorité des tire-au-flanc et des fiers-à-bras acceptera-elle de leur laisser le champ libre? C'est ce que nous verrons dans les prochains jours et les prochains mois.

Et si les révolutionnaires ne laissent pas le champ libre aux économistes?

Euh.. on fera une autre chronique à ce moment-là.

23 février, 2006

Un paléoconservateur en guerre contre la guerre


Hier, je tombe sur un article de Paul Craig Roberts demandant que l'ONU vienne surperviser les élections américaines pour éviter une autre fraude massive comme en Ohio. Ces temps-ci, j'ai lu plusieurs articles de lui critiquant l'administration Bush. À travers les brumes de mon cerveau, à quelques millimètres de mon lobe frontal, un neurone ne cessait de s'agiter, me rappelant un certain Roberts qui écrivait en faveur de la théorie "supply-side", dans les années '80: couper les impôts pour relancer l'économie. À l'époque, j'aimais détester ce qu'il écrivait.

Eh oui, après vérification, c'est bien lui. Pire que cela, c'est même lui qui a rédigé le brouillon de la loi "Kemp-Roth" adoptée sous Reagan et qui a donné lieu à la fameuse baisse d'impôt de 1981. Paul Craig Roberts était alors responsable des politiques économiques pour le Secrétaire au Trésor de Reagan.

Je relisais ses vieilles chroniques. Toutes les lubies républicaines, libertaires, moralisatrices, il les a toutes endossées avec sa verve d'intellectuel de droite. Voici ce qu'il disait, le 14 février 2001: "Bush's tax cut redistributes income from the top to the bottom by redistributing the tax burden from the bottom to the top. Bush's tax bill is unfair because it does too little for "the rich," not because it does too much as Democrats claim." Quand même!

Aujourd'hui, le paléoconservateur Roberts a redirigé sa verve et sa hargne vers l'administration Bush, et ce n'est pas beau. Ou plutôt, si. C'est même grandiose. Pour un columnist de gauche, vitupérer Bush, c'est plutôt business as usual, la routine quoi! Mais pour Roberts, c'est la déception de l'amoureux délaissé, la colère de l'idéaliste trompé, la hargne du partisan qu'on a laissé tomber.

Déjà, dans sa chronique du 17 mars 2003, trois jours avant le déclenchement de la guerre en Irak, Roberts se demandait si Bush ne devait pas être soumis à la procédure d'impeachement et poursuivi pour crimes de guerre. Il rappelait alors l'argument du procureur Jackson aux Nazis, à Nuremberg: "Vous n'êtes pas poursuivis pour avoir perdu la guerre, mais pour l'avoir déclenché." Roberts a de nouveau réclamé l'impeachement le 18 mai 2005, après l'affaire du "Downing Street Memo" et le 15 août 2005, sur la question des menaces de guerre en Iran. Puis le 3 septembre 2005, et le 10 octobre 2005. Et ainsi de suite. Il y a quelque chose de churchillien dans cette persistance. (Churchill a dénoncé Hitler en vain de 1933 à 1939.)

Voyez ça: "The Bush regime is wasting huge borrowed sums at a time when job growth in America has collapsed, when tens of millions of Americans are losing their health care, their pensions, and their middle class status. America cannot afford such a moronic regime. Someone, somewhere please rescue us from the ignorant, tyrannical, and war criminal government that has seized America."

Même le plus "libéraux" des Américains n'osent pas écrire cela.

22 février, 2006

Chávez VS Bush sur Manu Militari




Un débat intéressant se déroule actuellement sur Manu Militari, et ce, depuis hier. Tous les participants sont courtois, articulés et renseignés. Du vrai bonbon! J'y ai appris beaucoup sur le Venezuela que je n'avais pas couvert dans ma liste des bizarreries démocratiques.

21 février, 2006

Dr. Knock et le casinotier


Le docteur Knock (1), dans le cas qui nous occupe, c'est le docteur Robert Lessard, directeur de la santé publique pour Montréal, qui dit que le casino, ce n'est pas bon pour la santé (2). Le docteur Lessard relève de David Levine, qui relève de Philippe Couillard, qui relève de Jean Charest.

Le casinotier (3), c'est Alain Cousineau, PDG de Loto-Québec, qui dit que le casino, c'est bon pour l'économie et pas si pire pour la santé (4). M. Cousineau relève de Michel Audet, qui relève de Jean Charest.

Jean Charest relève de la population, qu'il a rassuré sur le fait qu'il était prêt.
_______________________________

(1) Dans Knock ou le Triomphe de la médecine (1923), Jules Romains décrit comment le docteur Knock transforme en malades un village de joyeux montagnards en pleine santé, grâce à des techniques de marketing innovatrices. Nos docteurs Knock d'aujourd'hui ne lui cèdent en rien. Ils sont même inventé le Syndrome québécois du jeu.

(2) Le projet de complexe casinotier au bassin Peel. Un pari risqué pour la santé.

(3) "Le dérivé familier CASINOTIER n. m. (v. 1980) désigne l'exploitant d'un casino." Dictionnaire historique de la langue française, tome 1, page 643. "Casinotier" est donc un nom à utiliser dans un contexte familier un peu méprisant, comme "boursicoteur". Ce n'est pas un adjectif servant à gonfler un texte creux comme dans l'expression "complexe casinotier". Devra-t-on parler de la Tour de la Bourse comme d'un "complexe boursicoteur"?

(4) Loto-Québec et le Cirque du Soleil proposent un partenariat à la communauté du Sud-Ouest.

20 février, 2006

André Pratte, contrarien


"Rien n'indique que M. Cheney ait voulu cacher l'affaire. Rien n'indique, non plus, qu'il ait quoi que ce soit à se reprocher."
André Pratte, La Presse, 20 février 2006.

Normalement, je ne m'en prends pas aux éditorialistes. Ils sont payés pour dire ce qu'ils disent et tout le monde a le droit de gagner sa vie. Autant réprimander un chien de chasse qui vous ramène des cailles. Il est par contre intéressant de regarder les éditorialistes évoluer.

Dans l'éditorial du 20 février, André Pratte nie des faits évidents dans l'affaire Cheney pour appuyer son point sur les pressions excessives des média. Il tombe sous le sens commun que quiconque va à la chasse sans permis et, en plus, abat un compagnon de chasse, a quelque chose à se reprocher. Il est aussi évident que les nombreuses versions de l'incident suggèrent fortement que Cheney a voulu cacher des éléments de l'affaire.

Pourquoi André Pratte nie-t-il l'évidence? Parce qu'il le peut. Il l'a déjà fait et il n'y a pas eu de mal. De par sa nature même, un éditorial, c'est un peu le triomphe des idées sur les faits. André Pratte est intelligent et renseigné. Il sait que ce qu'il dit sur Cheney est faux, mais il s'amuse à jouer au contrarien en le disant. Dans le monde financier, contrarien se dit d'un indicateur dont les enseignements, lorsqu’ils sont trop tranchés, doivent être utilisés à l’inverse de leur signification.

Des personnes qui tombent dans ce travers, on dit habituellement qu'elles sont arrogantes et de mauvaise foi. Comme l'ancien gouvernement libéral de Jean Chrétien.

En passant, il y a des gens qui ont cru que l'éditorial "Pour un gouvernement conservateur" d'André Pratte, le 17 janvier 2006, prouvait que La Presse n'était pas inféodée au parti libéral. Ces gens-là ont raison. La première allégeance de La Presse est une allégeance de nature tribale au clan Desmarais, et donc, au moins partiellement, à Jean Chrétien qui, plusieurs le pensent, ne voulait pas d'un Paul Martin comme premier ministre.

Ceci dit, cela reste le meilleur journal en ville.
La caricature est d'Ygreck.

18 février, 2006

Un homme mort

Fabienne Larouche n'a pas encore trouvé la manière de doser la violence de ses dialogues. La formule "coup de poing" est excellente entre deux personnages qui s'affrontent, mais lorsque les personnages sont dans leur vie quotidienne, entre deux scènes d'action, ils pourraient descendre de leurs grands chevaux et se parler normalement.

Le premier épisode d'Un homme mort m'a stupéfié. Je ne sais pas dans quel monde vit Fabienne Larouche pour penser qu'on pouvait gober tant d'invraisemblances en une seule heure de télévision.

Où est-elle allé chercher que la directrice des investissements immobiliers d'une grande banque (Isabel Richer) a besoin de coucher avec ses clients pour faire des affaires? C'est elle, la reine, et les clients sont ses sujets. Tout le monde veut son argent, celui de la banque.

Qu'une jeune diplômée brillante (Karine Vanasse) soit nommée au développement corporatif, cela peut toujours se concevoir parce que c'est un poste "conseil", qui n'affecte pas directement la rentabilité immédiate de la banque. Généralement, dans les banques, ce genre de poste est réservé aux cadres fatigués qui ont bien mérité de l'organisation. Mais ce qui est inconcevable, c'est qu'elle ait été directrice des prêts aux entreprises en sortant de l'université, un poste décisionnel, majeur pour la rentabilité de la banque et qui exige une longue expérience pour déjouer toutes les ruses que voudront déployer les futurs emprunteurs.

Pour justifier la nomination de Vanasse, le PDG (Michel Dumont) explique qu'il doit redresser rapidement la profitabilité de la banque, sinon cette dernière risque de se fusionner avec une autre banque. Boulechite. D'abord, ce sont les entreprises rentables possédant beaucoup de liquidités qui sont les cibles privilégiées des offres publiques d'achat d'action (OPA) qui vont résulter en fusion d'entreprises. Ensuite, éviter la fusion d'une banque ne peut pas être le moteur d'un thriller qui se déroule sur quelques jours, vu que ces opérations financières prennent généralement plusieurs mois avant d'être complétées.

Pour qui connaît la complexité des intrigues entre cadres supérieurs de grandes entreprises, il est tout à fait exclu que le directeur courtage (Jean-François Pichette) propose au téléphone à la directrice des investissements immobiliers (Isabel Richer), manifestement en train de baiser, de s'associer pour affronter le grand patron. L'offre d'association se serait faite en personne, prudemment, au cours d'un long dîner d'affaires ou d'une partie de golf.

Mais, foin d'invraisemblances byzantines! Parlons de vraies invraisemblances. Le torse du cadavre ressemblait à un vieux mannequin acheté de la faillite des Ailes de la mode et démembré pour la circonstance. La tête du mort ne ressemblait pas à Robert Lalonde, mais à un vulgaire morceau de caoutchouc raboudiné en forme de visage humain. Pas étonnant que les policiers qui ont découvert le cadavre n'aient ressenti aucun haut-le-coeur: eux non plus n'y croyaient pas!

Qu'est-ce que c'est que cette idée de faire courir Karine Vanasse en talons hauts? Un, personne ne la poursuit. Deux, elle a l'air ridicule filmée comme cela. Trois, il y a bien d'autres façons de souligner son désarroi. On pourrait par exemple se servir de ses talents d'actrice et filmer l'expression de désarroi qui se dessine sur son visage. Ta ta ta dam, dirait la musique.

Parlant du jeu des acteurs, il est évident que Michel Dumont, Isabel Richer et Karine Vanasse sont excellents. Mais qu'allaient-ils faire dans cette galère?

Heureusement que nous avons Michel Barrette pour représenter vraiment ce que sera cette série. Michel Barrette a prouvé qu'il savait conter des histoires, c'est un des meilleurs au Québec. On a presque tous un beau-frère qui sait raconter des histoires, et c'est bien, cela égaye les soirées de famille. Mais, sur sa palette de comédien, Michel Barrette a seulement trois couleurs: ahuri (Km/h), hilare (Hi-haw) et bougon (dans la vie de tous les jours). Comme les deux premières couleurs ne convenaient pas à la série, il a choisi d'être bougon, uniformément bougon. Ce sera le bougon au grand coeur, un des personnages les plus stéréotypés qui soit.

Cette télé-série est un "truck" et j'ai mon voyage.

17 février, 2006

Morts pour la patrie


Depuis quelques jours, une petite question fatigante me trotte dans la tête. Combien de Québécois sont morts pour la patrie? Si 51% des personnes qui vivent sur ce territoire ne se donnent même pas la peine de mettre un X à côté de la case OUI pour assister à la naissance de l'État de la nation québécoise, cette nation existe-t-elle? Combien de patriotes sont morts pour elle?

J'ai ensuite fait le tour des traditionnels événements que l'on dit fondateurs de la nation québécoise.

1759 Bataille des Plaines d'Abraham: 664 Français morts en 30 minutes.
Il est quand même discutable de dire qu'ils sont morts pour la patrie, vu que cette bataille s'inscrivait dans un contexte plus large où l'Angleterre faisait une guerre à la France pour le contrôle des colonies, et ce, sur plusieurs fronts à travers le monde.

1838 Rébellion des Patriotes: au-delà de 300 morts dans les batailles, plus 12 pendaisons.
Cette rébellion s'est faite pour obtenir le "gouvernement responsable", autant au Bas-Canada (Québec) qu'au Haut-Canada(Ontario). Ne pas oublier non plus que les troupes anglaises étaient accompagnées de miliciens "canadiens" dans leur oeuvre de "pacification".

1918 Première crise de la conscription: 5 morts dans une émeute à Québec.
L'Armée, composée de soldats torontois, tire sur la foule.

1944 Deuxième crise de la conscription: 0 mort, un peu de vandalisme dans les rues.

1955 Première émeute du Forum: 0 mort, un peu de vandalisme dans les rues.
Il est un peu osé de considérer "l'affaire Maurice Richard" comme un des mythes fondateurs de la nation, mais vu que certains ne s'en sont pas privé... À noter que sur 46 chroniqueurs sportifs actifs à l'époque, 24 (52%) se sont rangés du côté de Campbell et 22 (48%) du côté de Richard.
À Québec, 97% des citoyens penchaient vers Campbell, le président de la LNH.

1970 Crise d'octobre: 1 mort, mais pas du côté des "Patriotes".

1993 Deuxième émeute du Forum: 0 mort, 1 000 policiers dans les rues, vandalisme pour des dizaines de millions de dollars.
Le Canadien venait de remporter la Coupe Stanley. Au vu de l'intensité de l'événement, il est peut-être là, le mythe fondateur de la nation québécoise.

La nation, la nation... Le peuple, il s'en fout de la nation!

16 février, 2006

La précision de Cheney

Vous aurez compris que je ne fais pas allusion à la précision du tir de Cheney, mais à la précision de son langage. Ce type-là ment effrontément au public américain depuis 5 ans, mais d'une manière si contournée qu'il est difficile de l'accuser de mensonge flagrant. Alors, les journalistes, au lieu de dire qu'il ment, disent qu'il fait de la politique.

Pour en arriver à une telle performance, Cheney a développé au cours des ans une habileté langagière redoutable que les journalistes ont tendance à sous-estimer, ainsi que vient de le faire CBS News. On rapporte ceci dans un paragraphe, ce qui semble démontrer des regrets sincères de Cheney:

"Cheney described when he shot 78-year-old Harry Whittington as "one of the worst days of my life."

Et plus loin, dans le même article, on cite la phrase de Cheney au complet:

"I fired, and there's Harry falling. It was, I'd have to say, one of the worst days of my life at that moment."

Cheney précise bien: "...at that moment", ce qui ne veut pas dire la même chose qu'au paragraphe précédent. Cela donne aux regrets de Cheney une sincérité toute relative. Cela peut très bien vouloir dire qu'en voyant Harry tomber, il a pensé à ce moment-là que c'était un des pires jours de sa vie. Par contre, aujourd'hui, à ce moment-ci, en voyant la presse lui tomber dessus, ainsi que tous les caricaturistes de la planète, il pense que c'est vraiment le pire jour de sa vie.

Cheney a dit la véritié, à l'effet qu'il s'apitoie bien plus sur son sort que sur celui de ce pauvre Harry. Mais tout le monde n'y a vu que du feu et pense que le tireur fou(1) complètement ivre(2) qui a descendu un compagnon de chasse éprouve des regrets sincères.

Ça, c'est du vrai Cheney!
__________________________________________

(1) Cheney a abattu 70 faisans lors de sa célèbre chasse avec le juge Scalia en 2003, au Rolling Rock Club.

(2) Personne n'a trouvé d'autre raison pour expliquer que l'on ait attendu 18 heures pour dévoiler l'incident.

15 février, 2006

Origines du chaos en Haïti


Voici quelques balises pour naviguer dans les eaux troubles d'Haïti:

"MAX BLUMENTHAL: Well, to tell you about Stanley Lucas, and he is the program officer for the International Republican Institute, or I.R.I.'s Haiti program. I.R.I. is active in 50 countries worldwide on a mission to "promote democracy".

In Haiti there's two sectors of Haitian society that are the traditional obstructionists to progressive change. Number one, that's the industrial sector of the mulatto elite who run the sweatshops and lead the civil society wing of Aristide's opposition. And two, there's the military, which guarantees the conditions by which the elite can operate their sweatshops. Aristide disbanded the military in 1995, so, you know, the military hates him.

Stanley Lucas is a bridge between these two sectors. He was schooled in Haiti's finest schools with members of the mulatto elite. At the same time, he comes from a wealthy land owning family close to the Duvalier regime, which ruled Haiti with an iron fist for decades. His family is close to the military."
Democracynow.org, 20 juillet, 2004.

"M. Curran accuse l'IRI d'avoir tenté d'entraver le processus de réconciliation après les élections frauduleuses de mai 2000 sous le gouvernement de René Préval. Selon le diplomate américain, Stanley Lucas a conseillé les opposants de l'époque regroupés au sein de la Convergence Démocratique de ne pas négocier avec le président déchu Jean Bertrand Aristide. Brian Dean Curran indique que cette stratégie de l'IRI a invité l'opposition à durcir sa position face à Aristide visait à renverser le pouvoir lavalas."
Radio Métropole Haïti, 31 janvier 2006.

"Ces deux leaders (de la rébellion armée) - Guy Philippe et Paul Arcelin - avaient des rencontres secrètes en coulisses au luxueux Hôtel Santo Domingo avec Lucas et d'autres leaders "civil" de l'opposition, indique le N.Y. Times...
Le reportage attire aussi l'attention sur Otto Reich, l'ex-assistant secrétaire d'État pour les Affaires de l'hémisphère occidental, et son successeur, Roger Noriega, comme les maîtres d'oeuvre qui ont maintenu Lucas en opération en dépit des objections de Curran."
Haïti Progrès, 1 février 2006.

Tiens, tiens, le même Otto Reich, là aussi maître d'oeuvre du coup d'état raté d'avril 2002 au Venezuela? Là aussi, comme pour Aristide, il trouvait que Chavez, bien que démocratiquement élu, ne gouvernait pas démocratiquement? Que veut dire "gouverner démocratiquement", pour un apparatchick républicain?

Alors que Lucas est aujourd'hui en Afghanistan pour une mission de l'I.R.I., "l'élection du 7 février 2006, quatre fois reportée dans la pagaille, était censée être enfin "la bonne". Lavalas avait éclaté. Ses chefs étaient en prison ou en exil. Des ex-soldats et escadrons de la mort circulaient librement. Terrorisé, l'électorat populaire bouderait les urnes. La carte biométrique et l'éloignement des 804 centres de vote (contre 12 000 en 2000) découragerait le reste. Un million d'électeurs potentiels n'étaient pas inscrits. L'appareil électoral était aux mains des anti-Lavalas. Qui ne s'attendaient pas au raz-de-marée du 7 février. D'où le fiasco. Pour eux, le peuple, incorrigible, a encore "mal voté".
Jooneed Khan, La Presse, 15 février 2006.

14 février, 2006

Tiens, Huffington a vu la même chose

Pendant que je batifolais dans la poésie le 13 février, Arianna Huffington écrivait:
"Dick Cheney wasn't the only Republican taking shots at his friends this weekend.

President Bush and the White House have suddenly found themselves getting "peppered" with a fusillade of friendly fire on a wide range of issues, including NSA wiretaps, Iraq, Katrina, Plamegate leaks, the budget, the Abramoff scandal, and immigration...

When you've got Republican lackeys like Brownie and true-believers-truly-in-trouble like Abramoff taking shots at you, you know things are not going well.

Indeed, with so many Republicans trying to distance themselves from the president, it's clear the wheels are coming off the White House wagon. Just in time for 2006.

If the GOP barrage keeps up, the president will soon find himself in the political ICU."

Cela ressemble beaucoup à ce que j'observais ici le 12 février, excepté qu'elle n'anticipe pas pour l'instant de réaction de la part de la Maison Blanche.

13 février, 2006

Simplement parce que c'est beau

Les blés sont mûrs et la terre est mouillée,
Les grands labours dorment sous la gelée.
L'oiseau si beau, hier, s'est envolé;
La porte est close sur le jardin fané...


Comme un vieux râteau oublié
Sous la neige je vais hiverner,
Photos d'enfants qui courent dans les champs
Seront mes seules joies pour passer le temps;


Mes cabanes d'oiseaux sont vidées,
Le vent pleure dans ma cheminée
Mais dans mon coeur je vais composer
L'hymne au printemps pour celle qui m'a quitté.


Quand mon amie viendra par la rivière,
Au mois de mai, après le dur hiver,
Je sortirai, bras nus, dans la lumière
Et lui dirai le salut de la terre...


Vois, les fleurs ont recommencé,
Dans l'étable crient les nouveaux-nés,
Viens voir la vieille barrière rouillée
Endimanchée de toiles d'araignée:


Les bourgeons sortent de la mort,
Papillons ont des manteaux d'or,
Près du ruisseau sont alignées les fées
Et les crapauds chantent la liberté.


L'hymne au printemps du poète Félix Leclerc.

Who? What? When? Where? Why?
Simplement parce que les mots aussi peuvent être beaux.

Simplement parce que c'est drôle


Du caricaturiste Ygreck.

12 février, 2006

Le vent tourne, mais...

Aux États-Unis, un certain vent commence à se lever et il ne souffle pas dans la même direction que les vents dominants l'ont fait depuis 5 ans.

1° Des sénateurs républicains et démocrates sont d'avis que le procureur spécial devrait enquêter sur Cheney dans l'affaire Plame.
Yahoo! News, 12 février 2006.

2° Dans le dossier de l'ouragan Katrina, un rapport de la Chambre des représentants à majorité républicaine, qui sera publié mercredi, identifie 90 manquements attribués à toute la hiérarchie gouvernementale, en partant de Bush lui-même.
Washington Post, 12 février 2006.

3° Le président républicain du Comité de la Chambre des représentants sur l'espionnage met en doute la valeur du programme de Bush visant à espionner les citoyens sans mandat judiciaire.
Yahoo! News, 12 février 2006.

4° Se réveillant de sa longue torpeur, le New York Times ose un éditorial qui n'est pas gentil du tout pour Bush. Il dit même que Bush est le président qui mérite le moins la confiance de ses concitoyens: "We also can't think of a president who has deserved that trust less." Si, si.
New York Times, 12 février 2006.

5° Un columnist conservateur accuse le président du Sénat, Bill Frist, de prendre ses distances par rapport à Bush. Il y a deux choses dans ce topo: a) un columnist conservateur accuse le président du Sénat, et b) Bill Frist prend ses distances par rapport à Bush. Mais vous l'aviez déjà noté.
Robert Novak, 11 février 2006.

Le vent commence à tourner. Mais est-ce une bonne chose? Non!

Non si vous connaissez bien Karl Rove, le principal conseiller de Bush, et si vous vous souvenez du tandem Cheney-Rumsfeld. Ces trois-là ont déjà vu pleuvoir et ils savent bien que la meilleure façon de faire cesser le grenouillage, c'est de mettre tout le monde au garde-à-vous en déclenchant une bonne guerre. Wag the dog, stupid!

Tiens, ça tombe bien, il y a l'Iran qui s'offre en victime toute désignée. Des statèges militaires se rapportant directement à Rumsfeld sont en train de tirer des plans détaillés pour frapper les sites nucléaires iraniens.
news.telegraph, 12 février 2006.

C'est au cours du cheminement des États-Unis vers cette guerre que l'on pourra départager les politiciens courageux des autres. À suivre.

11 février, 2006

Journée de cinéma

Je suis allé voir Caché, un film qui a gagné plein de prix. Je n'ai rien compris. Le film est transparent. C'est le fait qu'il ait gagné tant de prix qui reste un mystère pour moi.

L'histoire est ultra simple. Le fils de 6 ans du propriétaire d'une ferme dénonce un petit algérien du même âge, devenu orphelin, pour empêcher que ses parents ne l'adoptent, comme ils en avaient l'intention. Quarante ans plus tard, le fils (Auteuil) est devenu animateur de télévision et l'algérien (Bénichou), qui a vécu dans la pauvreté, a un fils de 20 ans qui veut venger son père. Le fils de Bénichou fait parvenir des vidéos et des dessins morbides à Auteuil qui en devient paranoïaque. Bénichou, déjà dépressif, se suicide devant Auteuil pour le punir. Dans la scène finale, le fils de Bénichou poursuit la vengeance en devenant copain avec le fils d'Auteuil, pour le tourner davantage contre ses parents.

Les comédiens sont bons, comme dans presque tous les films français. Le scénario est déprimant et les personnages du film, antipathiques. Auteuil prend tout de haut et avec la plus parfaite mauvaise foi, le couple Auteuil-Binoche en est agaçant à force de s'engueuler et cette vengeance idiote, on le voit à la fin, ne s'arrêtera jamais. Pas de sympathie, pas d'espoir, pas d'action, une cinématographie ordinaire, plate même, des images de téléroman, et encore! Le montage de Rumeurs est plus nerveux et les couleurs de Minuit, le soir plus recherchées.

À la maison, j'ai revu Elles étaient cinq. Le film est intéressant, si on excepte le jeu un peu trop appuyé et assez limité de Jacinthe Lagüe. C'est au deuxième visionnement que j'ai trouvé ce qui clochait dans le scénario. Le personnage de l'assassin se voit accorder une libération conditionnelle après 15 ans de conduite exemplaire et l'expression de regrets qui semblent sincères, du moins aux yeux des membres de la Commission. Le scénario ne laisse rien entrevoir qui soit contraire à cette donnée.

Or, les scènes de viol et de meurtre nous montrent un assassin sadique, calme, délibéré, en parfait contrôle de lui-même. On nous fait le portrait d'un vrai psychopathe qui n'en est pas à son premier crime. Il est certain que cette ambiguïté favorise la discussion sur le laxisme de la Commission des libérations conditionnelles. Cette ambiguïté est peut-être même voulue par la réalisatrice, mais cela fausse un peu le débat par rapport au vrai sujet du film qui porte, me semble-t-il, sur les effets dévastateurs des crimes sur les victimes et sur leur milieu.

Enfin, j'ai aussi revu Mes 16 ans de Ken Loach. Quel film! "Juste des mottons, pas de sauce" comme disait un ancien collègue de travail. On y montre comment un décrocheur devient peu à peu un petit caïd de la drogue. Le ton est sobre, juste, précis. Le drame ne s'exprime pas par les trémolos de la voix des acteurs ni par des roulements d'yeux affolés, mais par l'intensité des scènes amenées par un scénario tricoté serré. Quel film!

10 février, 2006

On-the-one-handism


J'ai déjà parlé du on-the-one-handism, lequel se veut la marque de commerce des pseudos voulant se donner une apparence d'objectivité. On pourrait traduire l'expression par le "d'une-partisme", comme dans: "Cet éditorialiste verse souvent dans le d'une-partisme".

Le d'une-partisme, quoiqu'il soit surtout un artifice sophistique, peut théoriquement être honnête, ainsi que le montre l'exemple qui suit: "Bien sûr, nous réalisons que d'une part le député rouge X a volé 5 000$; mais d'autre part, le député bleu Y a volé un cheval qui vaut 5 000$."

Le d'une-partisme peut aussi être malhonnête, comme dans: "Il faut reconnaître que, d'une part, les forces fédéralistes, lors du dernier référendum, ont quelque peu malmené la Loi québécoise sur les consultations populaires, (encore qu'il soit loisible de débattre en cour si le gouvernement fédéral est soumis aux lois provinciales); par contre, d'autre part, des hommes de main sans vergogne ont délibérément souillé la pureté du geste démocratique des citoyens du West Island en annulant frauduleusement des bulletins de vote sous des prétextes fallacieux."

Enfin, le d'une-partisme peut être carrément comique: "En tant que Canadiens et Québécois, nous comprenons et respectons le principe de liberté d'expression et d'indépendance des médias...Pourtant, aujourd'hui, les principes si durement acquis par la société semblent détournés au profit d'une campagne de dénigrement du Prophète Mohammed et de la Foi musulmane."
Comité musulman de coordination pour la justice, La Presse, 10 février 2006.

09 février, 2006

Mais, il ne faut pas désespérer

J'éprouve souvent des réticences face aux proverbes populaires et au gros bon sens. Celui-ci, malgré son apparente sagesse inhérente, ne fait pas exception:
"Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait."
Henri Estienne, Les prémices, 1594.

S'est-on déjà assez étonné de la capacité des jeunes à pardonner, à aimer malgré les avanies? Non. En tous cas, moi je ne m'en lasse pas, et je trouve ça merveilleux. Que serait ce monde, plein de vieillards de 15 ans, à la mémoire longue, soupçonneux et pointilleux? Chaque fois qu'un enfant se pointe ici bas, le monde recommence, avec une capacité d'aimer intacte. C'est le privilège de ceux qui ne savent pas, de ceux qui n'ont pas d'expérience. Aborder la vie avec en tête plein de choses déjà jugées, plein de préjugés, cela mènerait à la paralysie mentale, à l'absence de toute créativité. Et si la jeunesse n'était plus créative, où irait le monde?

Décidément, "si jeunesse savait", ce serait épouvantable!

Une grande partie des problèmes de ce monde vient du fait que ceux qui peuvent, ceux qui ont le pouvoir politique, sont vieux. Prenez par exemple le duo Cheney-Rumsfeld. Ces deux-là ont travaillé en tandem sous Nixon pour, dit le MSM américain, "étendre les pouvoirs" de la Maison Blanche. En d'autres mots, il s'agissait d'empiéter sur les pouvoirs du législatif et du judiciaire. L'échec fut monumental et Nixon, menacé d'impeachment, démissionna. Mais ils ont appris, ils ont maintenant de l'expérience et ils ont réussi à faire de Bush, le plus incapable des présidents, à en faire, dis-je, le plus puissant des présidents américains.

Mais Bush, Cheney et Rumsfeld seront un jour assez vieux pour disparaître de la scène de l'histoire et ils ne pourront plus faire de tort. Les vieux pédophiles deviennent un jour impuissants. Les PDG casse-couilles prennent un jour leur retraite.

Prenez toutes ces têtes blanches de boomers qui composent les assemblées du Parti Québécois. Ils ont l'expérience. Ils discutent des mêmes sujets depuis des lustres. Ils ressassent leurs marottes. Ils connaissent leur sujet. Bilan final: tout ce qu'ils ont réussi à faire, c'est d'écoeurer les trois plus grands leaders politiques que le Québec ait jamais eu, Lévesque, Bouchard et Landry.

Quand vieillesse peut, c'est plus souvent qu'autrement épouvantable!

En vérité je vous le dis, l'ignorance de la jeunesse et l'impuissance de la vieillesse sauveront le monde.

La tristesse de tout ça

Je me suis assis ce matin devant l'ordinateur avec l'idée de faire mes choux gras du mollah unijambiste Dadullah. Son offre de 100 kilogrammes d'or à celui qui tuerait le "dessinateur" des caricatures se chiffrait à 2 254 114$ CAD, le prix de l'once d'or se situant à 537$ US en date du 12 décembre 2005. Mais comme il y a 12 dessinateurs différents, le mollah venait de faire un trou de 27 049 373$ CAD à son bilan.

Et c'est là que la tristesse de tout ça m'a pris à la gorge.

J'ai réalisé que je faisais partie de la foule en colère contre le monde musulman et je n'ai pas aimé ça. Quelle est la différence entre mon état d'esprit et celui qui anime les 55 millions de républicains américains qui veulent s'en prendre à l'Iran? Où est passé le capital de sympathie envers l'Islam, cette religion d'amour, cette civilisation à qui l'on doit d'avoir conservé les trésors de la pensée gréco-romaine?

Les images de foules hystériques brûlant des drapeaux danois et incendiant des ambassades ont eu le même effet que les images de Warriors encagoulés et armés de mitraillettes qui bloquaient le pont Mercier en 1990, lors de la crise d'Oka. Mon capital de sympathie pour les Amérindiens, ces cueilleurs-chasseurs perdus dans une civilisation post-industrielle, a fondu à cette époque. Encore aujourd'hui, cela ne me prend pas grand'chose pour trouver qu'ils exagèrent quand ils veulent quelque chose.

C'est peut-être ce que ressentent les Américains qui ont encore à l'esprit des images de la prise d'otages de 1979, à l'ambassade américaine de Téhéran. L'humiliation et l'impuissance ressenties à l'époque refait sans doute surface et cherche un exutoire.

Je repense à l'humilation du peuple allemand qui s'est fait imposer le léonin traité de Versailles en 1919. Les clauses étaient irréalistes et le peuple allemand en conçu un tel ressentiment que cela a pavé la voie au national-socialisme et à la montée d'Hitler.

Comment se crée une psyché collective guerrière? La tristesse de tout ça...

Tic tic tic tic


Voici une liste non exhaustive des pays où se sont déroulé des manifestations de musulmans choqués par les caricatures danoises: Afghanistan, Bengladesh, Indonésie, Philippines, Turquie, Nigéria Cachemire, Yémen, Jordanie, Lybie, Palestine, Liban, Égypte, Pakistan, Arabie Saoudite, Syrie et Iran. On annonce aussi une manifestation de musulmans à Montréal pour samedi.

Dans certains de ces pays, les autorités politiques se sont impliqué pour attiser la ferveur religieuse, au premier chef l'Arabie Saoudite, ensuite le Pakistan, l'Égypte, la Syrie et l'Iran.

Mme Condoleeza Rice a choisi de dénoncer 2 pays musulmans dans le lot. "La secrétaire d'État américaine, Condoleeza Rice, a accusé l'Iran et la Syrie d'attiser délibérément la colère populaire suscitée par la publication des caricatures du prophète Mahomet. Elle accuse les leaders syriens et iraniens d'enflammer l'opinion publique contre l'occident pour leurs propres fins, contrairement à leurs homologues libanais et afghans, qui n'ont pas hésité à multiplier les appels au calme." (Mes soulignés)
Radio-Canada, 8 février 2006.

Contribuant à l'hystérie collective menant à la guerre, comme il l'a fait en 2003 pour la guerre en Irak, le New York Times, dans un article sur la réunion de décembre des pays musulmans à La Mecque, appuie Condoleeza:"After that meeting, anger at the Danish caricatures, especially at an official government level, became more public. In some countries, like Syria and Iran, that meant heavy press coverage in official news media and virtual government approval of demonstrations that ended with Danish embassies in flames." (Mes soulignés)
New York Times, 9 février 2006.

À l'émission de Charlie Rose qui vient tout juste de se terminer, le ministre de la justice américain Alberto Gonzales, ancien avocat personnel de Bush, a déclaré que la résolution du Congrès, autorisant la guerre en 2003, spécifiait que le président pouvait recourir à la force de la manière qu'il jugeait bon de le faire.

Aux protestations (feutrées) de Rose qui citait des sénateurs démocrates et républicains disant qu'ils n'avaient pas voté pour ça, Gonzales, se foutant vraiment de leurs gueules, réplique en substance que les sénateurs pouvaient bien maintenant avoir des opinions et des états d'âme, mais que, comme ministre de la justice, il devait s'en tenir au texte même de la résolution votée par le Congrès.

Tic tic tic tic

08 février, 2006

Wal-Mart débauche

"No Union Please, We're Wal-Mart,
How the retail giant fought back when labor got a toehold in a Quebec store".
Business Week, 13 février 2006.

La revue Business Week consacre 3 pages et une illustration très critique à la fermeture du magasin Wal-Mart de Jonquière. L'article est en fait un extrait du livre d'Anthony Bianco, The Bully of Bentonville, qui reçoit ainsi un traitement vedette.

Je croyais que l'affaire Jonquière ne serait tout au plus qu'une épine dans l'orteil du géant. Mais la plaie semble en voie de s'infecter. Encore plus de travail pour notre senior director of stakeholder engagement!

J'aime bien quand la presse capitaliste dénonce elle-même le capitalisme sauvage.

07 février, 2006

Quelle journée!


La crise des caricatures prend de l'ampleur même dans les pays musulmans non-arabes. En Iran, l'ayatollah Khamenei en parle comme d'un complot de Sionistes en colère suite à la victoire du Hamas en Palestine. Les foules brûlent des ambassades.
Guardian Unlimited, 7 février 2006.

Cinquante sept pour cent des Américains favorisent une action militaire pour empêcher l'Iran d'avoir une bombe nucléaire. Des frappes aériennes pourraient venir de l'est (Afghanistan), de l'ouest (Irak) ou du sud (Diego Garcia). Téhéran prépare sa défense.
Times on line, 7 février 2006.

La tempête des écoutes électroniques illégales aux États-Unis est passée de crise constitutionnelle à bataille partisane. Bush clame: "Si Ben Laden appelle au États-Unis, je veux savoir à qui il parle!" Cinquante-cinq millions de républicains répondent: "Nous aussi!... Au diable la constitution!"

Une journée après la mise en place de son cabinet, Stephen Harper s'élance d'un bon coup de pied dans la ruche de nos garderies: l'entente Ottawa-Québec est annulée et les familles québécoises recevront 1200$ comme les autres Canadiens. À moins que...
Canoë, 7 février 2006.

Avec la formation de Québec Solidaire, l'arc-en-ciel souverainiste est complet: la droite souverainiste chez l'ADQ, la gauche souverainiste chez le QS, les écolos souverainistes chez les Verts et les boomers souverainistes au PQ. Si Charest réussit à perdre la prochaine élection avec ça, il faudra le nommer "Patriote de l'année" !

Théo, la super vedette du Canadien, s'écroule sous le poids de ses 5$ millions par année. C'est un "goaler" français de France, Cristobal, qui sauve le club. Il arrête les palets.

Dehors, le soleil est sorti mais ramène le froid avec lui.

Rien ne va. Quelle journée!

05 février, 2006

Les Steelers ont gagné

Les Steelers ont gagné et je suis content. C'est un petit bonheur que je me suis fabriqué. Est-ce Jeannette Bertrand, ou ma grand-mère, ou la grand-mère de Jeannette Bertrand qui disait: "Le bonheur, c'est comme la confiture: quand on en veut, on s'en fait!" ?

En plus du Super Bowl, je regarde peut-être un ou deux matchs de football américain par année. Il y a deux semaines, mon autre match fut l'affrontement Colts-Steelers. Il y eut tellement de revirements au 4ème quart que j'en avais eu le souffle coupé. Mais ce ne fut pas assez pour me sentir impliqué dans la course au trophée Lombardi.

Comment se faire un petit bonheur? Il faut trouver une raison d'aimer un club ou de détester l'autre club. Par example, j'étais partisan dans le passé des Packers de Green Bay parce que Brett Favre était de descendance acadienne. Il était de ma tribu, quoi.

Plus tard, son entraîneur, Mike Holmgren, a quitté les Packers pour rejoindre les Seahawks de Seattle, après s'être chicané avec Brett Favre. J'haïs (comme dans "j'haghis") Holmgren depuis ce temps-là. Mais les Packers se sont mis à perdre.

Il fallait un nouveau club favori. Quoi de mieux que les Patriots de la Nouvelle-Angleterre, le club de John Kerry, candidat démocrate à la présidence? Et puis, Boston, c'est dans notre cour, presque. Bon, on a fait quelques bonnes séries avec les Pats, mais ils n'étaient pas là cette année.

Qui vois-je arriver pour résoudre mon problème: l'affreux Mike Holmgren! Voilà, c'est réglé, je prends pour les Steelers. Les Steelers gagnent. Je suis heureux. Si je n'avais pas détesté Mike Holmgren, j'aurais assisté à la victoire des Steelers dans la plus parfaite indifférence. En fin de compte, c'est vrai, le bonheur, c'est comme la confiture.

C'est niaiseux, hein?

04 février, 2006

Les mollahs ont gagné

Ce sont les mollahs qui ont soulevé leurs peuplades ignares et fanatiques contre les caricatures danoises. Certains états dont la population est à majorité musulmane ont amplifié ce mouvement pour tenter de le récupérer à leur avantage. Mais c'est d'abord et avant tout une affaire de mollahs et d'intégristes.

Washington, Londres et Paris, après Copenhague, se sont incliné devant le nombre de personnes constituant ces foules ignorantes. Puis, les journaux canadiens se sont incliné aussi. Rima Elkouri de La Presse se fend aujourd'hui d'une longue chronique pour nous expliquer que: "Parfois la liberté de presse, c'est aussi la liberté de s'abstenir." Tous les journalistes algériens, marocains, égyptiens, lybiens, saoudiens, etc. sont bien d'accord avec elle.

Pour ajouter l'injure au ridicule, Mme Elkouri tombe dans le "on the one handism" si cher aux grands média américains, et qui est la marque de commerce de leur "impartialité". Pour elle, les journaux européens qui se sont levé pour défendre la liberté d'expression sont en fait de vulgaires racistes:"Il y a, d'un côté, des islamophobes européens qui, sous le couvert de la liberté d'expression, font exprès pour jeter de l'huile sur le feu. Il y a, de l'autre, des extrémistes musulmans qui se servent de ces dessins insignifiants pour faire du chantage à l'Occident et canaliser la colère de leur peuple opprimé."

Finalement, si je comprens bien, on a ici affaire à des islamophobes qui s'attaquent à de pauvres opprimés. J'avais tout faux.

Les mollahs ont gagné, non seulement parce qu'ils ont réussi à faire taire la presse occidentale, mais aussi parce que plein d'occidentaux pensent que les mollahs ont raison de faire taire la presse, par respect pour la religion d'autrui, leur culture, leur pauvreté, leur aliénation, leur nombre, etc.

Quand j'étais enfant, j'avais un petit frère bien tannant. Quand notre maman intervenait lors de nos querelles enfantines, c'était invariablement pour me dire: "Voyons, tu es le plus raisonnable, donne lui donc!..." Et c'est bien ce qu'on demande à la presse occidentale, ces jours-ci, d'être les plus raisonnables.

Mais ma maman ne m'a jamais demandé de penser en plus que mon petit frère avait raison de ne jamais rien céder.

03 février, 2006

Le chauffeur de taxi m'a dit...


Thomas Friedman, le verbo-moteur columnist du New York Times est réputé pour faire ses enquêtes sociologiques entre l'aéroport et l'hotel où il donnera sa conférence, c'est-à-dire auprès des chauffeurs de taxi. Cela donne ce que les colonnes de Friedman donnent, i.e. des extrapolations abusives et des conclusions hâtives entremêlées d'intuitions parfois créatives.

Aujourd'hui, où il pleut à boire debout, j'ai pris un taxi. Le verdict de la sagesse populaire rendu par le chauffeur fut qu'il pleuvait beaucoup, qu'enfin l'Hydro-Québec va arrêter de se plaindre de ne pas avoir d'eau dans les barrages et que l'Hydro-Québec devrait cesser d'augmenter le prix de l'électricité.

Comme je suis un partisan de la paix dans le domaine des rapports interpersonnels, j'ai laissé passer, mais j'ai pris note. Force est de constater que les idées de Lucien et les Lucides n'imprègnent pas encore la pensée profonde des couches populaires. Pourtant, cela me semblait emballant comme projet collectif.

Tablant sur son avantage comparatif en hydro-électricité, comme l'Alberta sur le pétrole, le Québec pourrait, en augmentant le prix de l'électricité au même niveau qu'ailleurs en Amérique du Nord, se constituer un fonds lui permettant de dégager une marge de manoeuvre par rapport à la dette gouvernementale et aux nouvelles obligations sociales qui lui incombent. Ces augmentations de prix permettraient en même temps de corriger graduellement les dysfonctions économiques introduites dans notre mode de vie par les tarifs exagérément bas de l'électricité.

Ben non, Pierre Paquette du Bloc québécois nous a dit à Il va y avoir du sport que Mme Tartempion trouvait que l'électricité coûtait déjà ben assez cher et que la dette du Québec, ça se payait tout seul. Mme Tartempion, rassurée par ses élites éclairées, s'en est tenu à son quant-à-soi. Mon chauffeur de taxi est d'accord.

Ben coudonc.

02 février, 2006

Un irritant


Ma galerie arrière est composée de bois traité, de treillis, de vis et de clous. Depuis 5 ou 6 ans, je ne sais plus, une des vis du plancher s'était surélevé d'un millimètre. On ne ressentait rien en marchant dessus, cela ne se voyait pas, ce n'était rien, sauf...

L'hiver. En hiver, il faut déblayer la galerie. Ici, dans un hiver moyen, il faut le faire de 10 à 15 fois. Quand je m'élançais avec la gratte pour chasser la neige, je tombais immanquablement sur la vis. À chaque première bordée de neige, quand je butais sur la vis, je me disais:"Quand est-ce que je vais apprendre? Il y a une vis , là." D'autres fois, sachant qu'il y avait une vis là, je m'élançais en prévoyant passer près, et bang!: sur la vis. À la fin des ces 5 hivers, j'ai réussi à l'éviter la plupart du temps, mais pas tout le temps. Je crois bien que je l'ai accrochée 2 ou 3 fois, l'hiver dernier.

Comme vous le voyez, ce n'est rien, c'est insignifiant, mais j'y pense toujours quand je vais sur la galerie arrière. L'été dernier, alors que j'y étais en train de fabriquer une table d'appoint, j'ai pris ma perceuse-tournevis sans-fil Craftsman 16.8 et j'ai essayé d'enlever la vis. Rien à faire. Le bois était pourri autour du métal et cela tournait dans le vide. Bon, je suis passé à autre chose. De toutes façons, ce n'est rien.

C'est vraiment rien. Cet hiver, je ne l'ai frappée qu'une fois et on est déjà en février.

Et là, soudainement, je m'en souviens parce c'est arrivé il y a à peine 1 heure, j'ai pris mes Vise-Grip 10wr de la Petersen Mfg. Co., Dewitt, Nebr., USA. J'ai enfilé un manteau que je n'ai même pas attaché, tellement il fait doux. La galerie étant déjà déblayée, je n'ai eu qu'à enfiler mes pantoufles. Je me suis approché de la vis et je l'ai extraite comme une mauvaise dent pourrie.
Le tout s'est effectué en près de 6 minutes.

Je me suis dit:"Voilà un irritant de moins." Et ma pensée est partie, se mettant à énumérer d'autres irritants qui parsèment notre univers social ou planétaire et qui font notre quotidien médiatique. Ces nouvelles graves et sérieuses, comme en Iran présentement, qui nous apeurent et chassent notre ennui tout à la fois. Ces irritants à l'échelle planétaire, qu'il est si facile d'oublier et qui se rappellent toujours malencontreusement à notre attention.

01 février, 2006

Wal-Mart embauche

"Senior director of stakeholder engagement"
"An innovative, out-of-the-box thinker" will "help pioneer a new model of how Wal-Mart works with outside stakeholders, resulting in fundamental changes in how the company does business."

The hire "will play a critical role in helping the company...create a new model of business engagement that uses market-based changes to create societal value."

"The hire will report to Wal-Mart's vice-president for corporate strategy".
BusinessWeek, 6 février 2006.

Wal-Mart a beau être la plus grosse compagnie au monde, le grenouillage des syndicalistes du Québec a fini par irriter le petit orteil du monstre, irritation qui finalement lui est monté lentement jusqu'au cerveau. Il n'y a bien sûr pas que le Québec qui critique les méthodes qu'utilise Wal-Mart pour créer de la "valeur sociétale". Plein de gens, de partout, environnementalistes ou autres, remettent en question le modèle des coûts bas et des bas prix à tout prix.

Finalement, le travail du futur directeur sénior consistera à enfirouaper les gens pour les calmer, ou à tout le moins les faire taire, pendant que Wal-Mart continue d'engranger ses profits.

Il se peut aussi que Wal-Mart ait réalisé qu'avec la taille qu'elle a atteint, la recherche du profit maximun est devenue contreproductive et soulève trop d'opposition. Le nouveau directeur sénior a peut être pour mandat de trouver là où Wal-Mart peut jeter du lest, d'identifier les domaines où Wal-Mart peut faire des concessions avec un minimum de coût financier et un maximum d'impact social favorable auprès des (sait-on jamais?) consommateurs potentiels. Ce qui revient à dire la même chose qu'au paragraphe précédent, mais plus finement.