25 mai, 2006

Moi y'en a vouloir des sous

La scène qui m'a le plus frappé dans le film français De battre mon coeur s'est arrêté, c'est celle où Niels Arestrup, le père de Tom, se fait soigner après avoir été tabassé. Pour moi, c'était de la science-fiction: un médecin est venu à son domicile, tard le soir, pour panser ses blessures.

On connaît tous l'inefficacité de la médecine à l'américaine qui affiche les dépenses de santé per capita les plus élevées des pays de l'OCDE pour des résultats médiocres. Le Business Week de cette semaine, dans un article que n'aurait pas refusé le défunt journal En Lutte !, rappelle que les Américains dépensent des sommes massives pour des traitements qui n'aident pas vraiment les patients, et même souvent les mettent en danger.

Alors, que devons-nous penser de la campagne de peur que mènent les médecins spécialistes à la poursuite de leur rêve d'une médecine à l'américaine ? Le docteur-entrepreneur-homme d'affaires, avec plein de grosses machines hi-tech mises gratuitement à sa disposition, plein de services hospitaliers gratuits à volonté, plein d'infirmières pour ramasser son linge sale et surtout, pas de service à domicile pour déranger ses repas au Beaver Club, veut plus de fric.

Les médecins spécialistes ont le droit de se reposer, ils sont débordés, dites-vous ? Alors pourquoi disputer âprement aux infirmières le droit de poser le moindre geste qui pourrait sembler relever de leurs prérogatives ? Pourquoi contingenter la formation de nouveaux médecins ? Et aussi, pourquoi contingenter surtout sur la base des résultats scolaires, lesquels sont loin de donner un indice valable des qualités de coeur nécessaires à cette profession ?

Je suis persuadé que la majorité des jeunes médecins ne sont pas d'accord avec le modèle de médecine qui se pratique en Amérique du Nord. Ils recherchent davantage la qualité de vie et une implication plus fonctionnelle dans leur milieu de vie. Le grossier docteur-entrepreneur-homme d'affaires qui n'a pas le temps de se laver les mains entre deux patients et répand les maladies nosocomiales n'est certainement pas le modèle qui leur fait envie.

Engouffrer simplement plus d'argent dans le système médical ne règlera pas nos problèmes. Il faut revoir ce ridicule statut d'entrepreneur qui travaille à la pièce auquel les vieux docteurs tiennent tant. Un entrepreneur qui ne prend aucun risque financier, n'a pas de comptes à recevoir ni de comptes à payer, dispose d'une clientèle captive, insécure et incapable de porter un jugement sur la validité de ses décisions, cela n'est pas un véritable entrepreneur. Et ce faux statut est à l'origine de beaucoup des dysfonctions de notre réseau de santé.

Je sais bien que ce n'est pas demain la veille où on amorcera cette réforme. Mais tant qu'elle n'est pas faite, on a l'impression de jeter de l'argent pour rien dans un gouffre sans fond. Et cela rend les négociations plus difficiles. Et le chantage des médecins spécialistes les rendra peut-être plus riches, mais encore plus détestés par la population.

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