J'éprouve souvent des réticences face aux proverbes populaires et au gros bon sens. Celui-ci, malgré son apparente sagesse inhérente, ne fait pas exception:
"Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait."
Henri Estienne, Les prémices, 1594.
S'est-on déjà assez étonné de la capacité des jeunes à pardonner, à aimer malgré les avanies? Non. En tous cas, moi je ne m'en lasse pas, et je trouve ça merveilleux. Que serait ce monde, plein de vieillards de 15 ans, à la mémoire longue, soupçonneux et pointilleux? Chaque fois qu'un enfant se pointe ici bas, le monde recommence, avec une capacité d'aimer intacte. C'est le privilège de ceux qui ne savent pas, de ceux qui n'ont pas d'expérience. Aborder la vie avec en tête plein de choses déjà jugées, plein de préjugés, cela mènerait à la paralysie mentale, à l'absence de toute créativité. Et si la jeunesse n'était plus créative, où irait le monde?
Décidément, "si jeunesse savait", ce serait épouvantable!
Une grande partie des problèmes de ce monde vient du fait que ceux qui peuvent, ceux qui ont le pouvoir politique, sont vieux. Prenez par exemple le duo Cheney-Rumsfeld. Ces deux-là ont travaillé en tandem sous Nixon pour, dit le MSM américain, "étendre les pouvoirs" de la Maison Blanche. En d'autres mots, il s'agissait d'empiéter sur les pouvoirs du législatif et du judiciaire. L'échec fut monumental et Nixon, menacé d'impeachment, démissionna. Mais ils ont appris, ils ont maintenant de l'expérience et ils ont réussi à faire de Bush, le plus incapable des présidents, à en faire, dis-je, le plus puissant des présidents américains.
Mais Bush, Cheney et Rumsfeld seront un jour assez vieux pour disparaître de la scène de l'histoire et ils ne pourront plus faire de tort. Les vieux pédophiles deviennent un jour impuissants. Les PDG casse-couilles prennent un jour leur retraite.
Prenez toutes ces têtes blanches de boomers qui composent les assemblées du Parti Québécois. Ils ont l'expérience. Ils discutent des mêmes sujets depuis des lustres. Ils ressassent leurs marottes. Ils connaissent leur sujet. Bilan final: tout ce qu'ils ont réussi à faire, c'est d'écoeurer les trois plus grands leaders politiques que le Québec ait jamais eu, Lévesque, Bouchard et Landry.
Quand vieillesse peut, c'est plus souvent qu'autrement épouvantable!
En vérité je vous le dis, l'ignorance de la jeunesse et l'impuissance de la vieillesse sauveront le monde.
09 février, 2006
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