30 décembre, 2005

Froid dans le dos (2)

Benoît XVI somme le Chemin néocatéchuménal, un mouvement d'éducation à la foi catholique, de célébrer la messe le dimanche et non le samedi, de participer au moins une fois par mois à la messe des fidèles réguliers, de cesser de confier les homélies à des laïcs et de cesser de communier autour d'une table ronde.

Sinon quoi?...

Ce n'est pas moi qui vais me plaindre des interdits de Benoît XVI à l'endroit du Chemin néocatéchuménal, un groupuscule considéré par certains éléments de l'Église comme ayant des pratiques sectaires, selon l'Agence France-Presse.

Non, ce qui est frappant dans cette histoire, c'est la précision détaillée des interdits. Ce qui surprend, c'est l'importance de la liturgie pour ces gens, autant pour les néocatéchuménistes que pour le pape. On se croirait revenu au temps des chamans et de leurs rituels bidons.

Le problème avec les rituels, c'est qu'ils deviennent désuets et ridicules si on ne les change pas quand les temps changent. Par ailleurs, si on les change, ceux dont la pratique religieuse se fonde sur les rituels se désintéressent de la religion. C'est un problème que j'aime bien.

29 décembre, 2005

Le curé Michel Blondin est mort

La mort d'un curé de campagne a fait la une du journal télévisé de TVA et du portail Canoë. Je m'attendais au panégyrique d'une personnalité ayant marqué sa région. Mais non, "c'était un homme simple, proche des gens, qui avait de la difficulté à dire non", nous précise un de ses collègues. C'était finalement un notable local, comme le notaire, l'avocat et le propriétaire du supermarché d'alimentation.

Alors, pourquoi un réseau couvrant tout le Québec en a-t-il fait sa une? C'est à cause de la rareté des curés. Les espèces en voie de disparition ont toujours facilement la une. C'était la même chose pour ce poisson qu'on ne retrouvait que dans la rivière Richelieu, le suçeur cuivré (Moxostoma hubbsi). Si on en a entendu parler, du suçeur cuivré! On ne pouvait rien faire de cette rivière à cause du suçeur cuivré. Tiens, on en a tellement parlé que les gens sont devenus excédés. On a donc décidé de lui donner un nouveau nom: le chevalier cuivré.

Donc, les curés sont rares, c'est un fait. Est-ce à cause du message à véhiculer ou parce que le messager doit être célibataire? Comme disait McLuhan, le médium est le message. Si le messager doit être chaste, le message c'est la chasteté. Moi-même j'ai parfois de la difficulté à m'y retrouver entre le message et le messager.

Finalement, on a peut-être de la difficulté à trouver des curés parce le statut et la fonction de curé sont trop ambiguës. C'est beaucoup plus difficile de devenir médecin que curé et pourtant, des médecins, on en trouve suffisamment (...en incluant ceux qui ont pris une retraite prématurée). Ce qu'ils doivent faire, c'est clair: soigner. Et ce n'est pas la chasteté qui fait problème: le médecin qui fait 72-80 heures par semaine, il est chaste, ne vous inquiétez pas.

Si l'Église annonçait que tout le monde peut être curé, peu importe son sexe et son statut matrimonial, et qu'essentiellement la tâche du curé, c'est de ramasser ce qui passe entre les mailles du filet social, à ce moment-là le statut et la fonction seraient clairs et il y aurait sufisamment de curés.

Après, ceux que les curés auraient ramassés, si ça leur tente de croire au petit Jésus, c'est leur affaire, non?

28 décembre, 2005

Des olibrii et des bachi-bouzouk

Je me souviens encore que la mâchoire m'en était tombée quand Yves Michaud avait traité Sylvain Simard d'olibrius. Vérification faite, l'injure empruntée au vocabulaire du capitaine Haddock semblait s'appliquer correctement, du moins selon la perception de M. Michaud. Olibrius: importun bravache et fanfaron.

Dans cet envoi, je voulais à l'origine traiter des batailles qu'André Boisclair choisit. Il laisse 500 000 fonctionnaires et futurs électeurs se faire imposer une convention collective de 6 ans et il s'en prend à Jean Charest pour la nomination d'un délégué général à Paris. Non seulement il invite le premier ministre à reviser sa décision, mais il conscrit Daniel Turp, Bernard Landry et Yves Michaud dans cette bataille. Cela fait beaucoup de monde, et du monde important, pour un tout petit dossier. Je voulais donc au départ souligner que M. Boisclair choisit mal ses combats. Je voulais aussi démontrer que les premiers combats qu'un nouveau chef mène en début de mandat définissent pour longtemps la perception de son leadership.

Mon humeur devenant plus badine après avoir fini de sortir les poubelles, j'ai décidé que ce sujet était trop pesant. Je me suis alors souvenu que M. Michaud a lui aussi dénoncé le choix de M. Licari comme délégué général, tel que déjà mentionné.

Or M. Michaud ne fait pas partie des troupes régulières du Parti québécois. Il est un simple quidam, comme il l'a déjà précisé. Auxiliaire des troupes péquistes à l'occasion, M. Michaud intervient quand bon lui semble, sans trop respecter la discipline du Parti. Ses armes sont plutôt légères, ne disposant pas d'un siège à l'Assemblée nationale. Tous ces termes se sont mis à s'associer dans ma tête et j'ai repensé au capitaine Haddock. Mais oui! Ce rôle dévolu à M. Michaud par le Parti québécois, c'était bien le rôle dévolu aux bachi-bouzouk par l'armée de l'empire ottoman!

"Les bachi-bouzouk sont des cavaliers irréguliers (c'est-à-dire, faisant partie des auxiliaires enrôlés pour une campagne) de l'armée de l'empire ottoman, avec un armement non standardisé et en pratique très léger, et une discipline faible…
Leur réputation était assez mauvaise, peut-être en raison de leur valeur militaire incertaine sur le champs de bataille. Un bon général devait plutôt compter sur eux pour d'autres tâches : information, reconnaissance, poursuite, occupation du terrain, etc., ou des exactions communément associées aux soldats de circonstance."
Wikipédia

Il se trouve des gens pour penser qu'olibrius et bachi-bouzouk ne prennent pas de "s" au pluriel, ce qui les place ensemble dans une classe à part.

Le gros bon sens

Les platitudes de la sagesse populaire m'ont toujours un peu ennuyé, mais ce qui a eu plus souvent le don de m'agacer, c'est l'assurance tranquille du gros bon sens, comme dans:

Rien n'arrive pour rien.
Rira bien qui rira le dernier.
Plus on est de fous, plus on rit.
Les petits ruisseaux font les grandes rivières.
Pierre qui roule n’amasse pas mousse.
Bon sang ne peut mentir.
On n'est jamais si bien servi que par soi-même.
Qui ne dit mot consent.
Le soleil luit pour tout le monde.
Coeur qui soupire n'a pas ce qu'il désire.
N'est pire sourd que celui qui ne veut entendre.
Un tient vaut mieux que deux tu l'auras.
Rien ne sert de courir, il faut partir à temps.
Le temps passé ne revient jamais plus.
Qui trop embrasse mal étreint.
Loin des yeux, loin du cœur.
A coeur vaillant, rien d'impossible.
Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l’avoir tué.
Toute vérité n'est pas bonne à dire.
Qui vivra verra.
Qui veut voyager loin, ménage sa monture.
Les yeux sont le miroir de l'âme.

Puis ce soir, en regardant bien tranquillement La mer intérieure d'Amenabar, apparaît le personnage de Manuela, la belle-soeur de Ramon. Depuis plus de 25 ans, elle soigne le frère de son mari sans se plaindre. Quand l'avocate lui demande ce qu'elle pense du désir de mourir de son patient, elle répond:"Si c'est ce qu'il veut..." Quand la militante lui demande de l'aider à faire sortir Ramon pour témoigner au tribunal, elle acquiesce:"Si ça peut aider des gens..." Et quand le jésuite qui a dénigré sa famille à la télévision, en ignorant tout de la situation, se présente devant elle, elle a ces simples mots:"Vous parlez trop..."

Malgré moi, je me suis silencieusement exclamé, dans mon for intérieur:"Cette femme, c'est le gros bon sens!" Le personnage rayonnait du gros bon sens des gens simples, patients, tolérants et pleins d'empathie pour leurs proches.

Sur le coup, j'ai réalisé que toute ma vie j'avais considéré le gros bon sens comme étant surtout gros, alors que parfois, il pouvait être surtout bon.

27 décembre, 2005

Froid dans le dos

Il n'y a rien à faire. Le regard pénétrant de Benoît XVI me glace. Le ridicule bonnet rouge de Jean XXIII ne réussit pas à en adoucir l'image. Le nom d'emprunt non plus, benedictus d'où dérivent benêt et benoît, ne calme pas mes appréhensions même de façon subliminale. Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française affirme que le sens de benoît a vieilli au XVIIè siècle, menant à l'idée de "dévot, qui prend un air d'onctuosité hypocrite et niaise"(1838), et c'est bien ce que ce Benoît évoque pour moi. Quand au vrai nom, Ratzinger...

L'ancien membre des Jeunesses hitlériennes devenu le policier en chef de l'orthodoxie catholique sous Jean Paul II, après avoir conseillé de négocier le silence des autorités civiles sur les activités des prêtres pédophiles, a tiré ses premières salves de pape contre l'homosexualité dans le clergé.

Arrive Noël 2005:

In his homily at midnight Mass in St. Peter's Basilica, a few hours before his appearance in the square, Benedict made a reference to the church's ban on abortion, saying that God's love shines on each child, "even on those still unborn."

Daniel Williams
Washington Post Foreign Service
Monday, December 26, 2005.

L'amour de Dieu brille sur les enfants qui ne sont pas encore nés...Et la colère de Dieu fond sur ceux qui les empêchent de naître, peut-être?... C'est la position traditionnelle de l'Église. Mais qu'est-ce que j'ai à m'énerver, moi?

Puis, plus tard, sur la Place St-Pierre:

« Éveille-toi, homme du troisième millénaire!…
Homme moderne,…la force vivifiante de sa lumière t’encourage à t’engager dans l’édification d’un nouvel ordre mondial… »
Eucharistie Miséricordieuse

Troisième millénaire...nouvel ordre mondial... ça ne va toujours pas. Je me dis que ce pape a entendu des mots quand il avait 12 ans en Allemagne, et que ces mots ont profondément marqué son héritage culturel.

J'ai décidément froid dans le dos.

26 décembre, 2005

L'intuition féminine existe

Je m'émerveille d'une autre théorie éclairante d'Helen Fisher cette fois-ci sur l'intuition féminine. Ne pas oublier que Mme Fisher est ouvertement et résoluement darwinienne.

Pendant près de 4 millions d'années, les femelles d'hominidés ont du deviner et anticiper les besoins des petits bébés. Celles d'entre elles qui excellaient à cette tâche sont naturellement celles qui ont eu le plus de descendance.

Pour exceller à comprendre les besoins des bébés, il faut se servir de la partie émotive du cerveau pour l'empathie et de la partie rationnelle pour la déduction, ce qui, au fil des générations, a doté le cerveau des femmes d'un corps calleux qui s'épaissit et gonfle vers l'arrière. Le corps calleux est l'ensemble des fibres nerveuses qui connecte les deux hémisphères cérébraux. Chez l'homme, le corps calleux reste uniformément cylindrique.

Ce réseau de câblage spécifique à la femme pourrait expliquer l'intuition féminine.

Si je peux me permettre d'ajouter une réflexion personnelle, je suis d'avis que l'intuition féminine fait merveille pour comprendre et interagir avec les enfants en bas âge. Cependant l'abus de l'usage de l'intuition féminine est désastreux pour traiter avec les filles adolescentes et le mâles adultes.

25 décembre, 2005

Nous n'avons qu'une planète

Nous n'avons qu'une planète, pour l'instant, et pour longtemps encore.

On me dit parfois que j'en parle trop, de Bush. Et j'avoue que je trouve parfois que c'est vrai. Mais, il y a un mais. En fait, il y en a plusieurs.

Je trouve ça navrant de voir une des plus vieilles démocraties du monde glisser tranquillement vers une dictature totalitaire. Beaucoup de penseurs et de commentateurs américains commencent à le voir et à le dire. L'effet de cette glissade commence à se faire sentir dans d'autres pays dont les dirigeants se disent; "Bah, après tout, si même les Américains le font..."

Je trouve ça épouvantable que le gouvernement américain ait envoyé promener l'ONU et continue de le faire. Invasion d'un pays tiers sans l'accord du Conseil de sécurité, dénigrement de fonctionnaires hautement qualifiés (Blix et el Baradei), cabales contre le Secrétaire général, nomination d'un fou furieux (Bolton) comme ambassadeur américain à l'ONU, etc. Le pire, c'est que, contrairement au glissement vers le fachisme, l'intelligentsia américaine ne semble pas se rendre compte du péril que court la planète à saboter la seule institution où tous les peuples peuvent se rencontrer pour tâcher de régler leurs différends. On parle très peu de ce problème au sud du 45ème.

Pendant que les hommes de bonne volonté essaient d'instaurer le Tribunal Pénal International(TPI), les Américains utilisent leur pouvoir de chantage économique pour signer des ententes bilatérales avec d'autres pays, ententes stipulant que ces pays renoncent à poursuivre toute personne possédant la nationalité américaine. Les Américains ne s'opposent pas au TPI, ils le combattent.

Quand un pays détenant autant d'armes de destruction massive que les États-Unis, combat ouvertement, sur le plan diplomatique, pour établir la règle du plus fort sur la planète, au mépris du peu de droit international qui fasse consensus actuellement, il y a de quoi être épouvanté.

Alors, Kyoto, l'Aléna et le bois d'oeuvre, les douaniers américains pointilleux et les marshalls de l'air paranoïaques qui abattent des passagers, tout ça, bien sûr, c'est bien dommage. Ce sont aussi des manifestations de mépris pour le droit international émergent, mais ce n'est rien à comparer aux bombes qui risquent de pleuvoir tantôt.

Vous voyez, pendant cette algarade, je n'ai pas mentionné Bush une seule fois. J'ai parlé du gouvernement américain, des Américains, des États-Unis. M'est-il permis de dire que celui qui est au centre névralgique de ce pouvoir est un individu alcoolique qui a bu abondamment des boissons enivrantes pendant plus de 20 ans, un individu dont les experts disent qu'il en a eu le cerveau endommagé, et que cet individu s'appelle George W. Bush, et cela sans qu'on me dise que j'en parle trop?

C'est vrai, j'en parle trop. Vous aurez congé de Bush jusqu'après les Fêtes.

Joyeux Noël à vous, et à cette planète.

23 décembre, 2005

Une autre référence

Ceux qui écrivent des blogs auront compris que je me pratique à faire des liens hypertextes. C'est comme ça qu'on dit ça?

De Jacob Weisberg dans sa série Bushism of the Day :

"If you found somebody that had information about an attack on America, you'd want to know as best as we can to find out what the facts are."—Philadelphia, Pa., Dec. 12, 2005
Slate, le 23 décembre 2005

Non ce n'est pas Jean Chrétien qui parle, c'est bien George W. Bush, et dans sa langue maternelle en plus.

Mais "ils" sont prêts à tout pardonner!

Et celà vient d'un blog de gauche, à part ça. Deepak Chopra:

If the terrorists successfully attack the U.S. again, Bush's secretive wiretaps and other sidesteps of civil liberties might also be forgiven -- his argument that he is only protecting us by skirting the law already goes down well with his constituency in the heartland. If Iraq comes online as a major oil supplier and keeps the price of gasoline down, perhaps even more will be forgiven.
Huffington Post

Cela serait vraiment impardonnable.

Comme de longs échos qui de loin se confondent

De Doug Thomson, fondateur et éditeur de Capitol Hill Blue, le premier site de nouvelles politiques sur le Web (en 1994):

Which leaves the rest of us to wonder just how in the hell we got into this mess?

How, for example, did the world’s oldest surviving Republic end up with a government so scandal-ridden, so ineffective and so reviled by both its own citizens and the rest of mankind?

How did this nation re-elect a President who lies to justify an illegal invasion of another country, ignores the Constitution that is supposed to provide the foundation for our freedoms, orders spying on Americans by our own government and sends thousands of American soldiers as well as countless numbers of innocent civilians of other countries to their deaths?

How did we end up with a Congress so corrupt that lobbyists roam the halls like predators, buying favor and access with big campaign donations, securing votes with lavish vacations and perks and subverting the sadly outmoded idea that our elected representatives are supposed to serve the will of the people?

How we got into this mess is easy to explain. We, as Americans, sat on our collective asses and let it happen. As long as we had two cars in the garage, a Tivo recording shows for our high-definition plasma TVs and junior occupied by a Gameboy, we didn’t really give a damn what was happening in Washington. We might bitch and moan about the cost of filling the tank on our SUVs but, hey, life is good and who cares what those morons are Washington are doing as long as it doesn’t affect us?

Capitol Hill Blue, 23 décembre 2005

21 décembre, 2005

Les comportements d'André Boisclair

Tommy Chouinard de La Presse est allé cueillir les perles suivantes d'André Boisclair. Interrogé sur la Loi 142 décrétant les conditions de travail de 500 000 fonctionnaires pour les 6 prochaines années, André Boisclair songe tout de suite à sa propre personne:

"Pensez-vous que je vais commencer à discuter, éventuellement si je suis au pouvoir, comment je vais me comporter?"

Puis:

"Pour mériter la confiance des gens, je n'ai pas l'intention de fédérer tous les insatisfaits du gouvernement."

Enfin, il affirme qu'avant le référendum, il fera

"peu de gestes législatifs, seulement quelques-uns bien choisis."

Tous les politiciens doivent être égocentriques. C'est un métier extrêment exigeant dont à peu près la seule récompense est d'avoir l'égo gonflé à bloc. Les pouvoirs sont contrecarrés par mille obstacles, et l'argent, on n'en parle même pas.

Les politicailleurs arrivent à satisfaire leur égo par différentes magouilles. La plupart des politiciens, ceux qui durent du moins, arrivent à concilier leur intérêt personnel avec celui des gens de leur comté. Ceux qui peuvent amalgamer à ces deux centres d'intérêts les buts et objectifs de leur parti, sont d'habiles politiciens. Celui qui a assez d'empathie pour saisir l'état d'esprit d'une nation, assez d'intelligence pour définir l'action du gouvernement à entreprendre et assez de leadership pour amener tout le monde à sa suite, celui-là est un chef d'état.

André Boisclair n'en est pas encore là.

Mais...cela s'apprend-il, être chef d'état?

Les Institutions

Les "Zinstitutions" font bien rigoler, ou rager, quand on est jeune et un peu anarchiste. Cependant, leur force d'inertie peut se révéler le seul rempart contre le fachisme et la désintégration complète d'une société.

En 1933, Hitler a été légalement élu dans une jeune démocratie aux Institutions encore fragiles et incertaines. Il a fini par s'arroger tous les pouvoirs d'un dictateur en bulldozant les Institutions allemandes, qui se sont effondrées devant la popularité du Parti Nazi.

En 2000, Bush s'est pointé à égalité des votes avec son adversaire Gore lors de l'élection présidentielle. La première institution à s'effondrer fut la Cour Suprême qui donna l'élection à Bush. (Les enquêtes journalistiques subséquentes ont prouvé que si tous les votes avaient été recomptés, Gore aurait gagné la Floride, et la présidence.)

La deuxième institution à s'écraser fut le Congrès. La Maison Blanche, de concert avec le Parti Républicain, a instauré et maintenu une discipline partisane musclée sur les deux chambres dont le Parti avait pris le contrôle.

Puis les média ont suivi. Après la montée des cotes d'écoute de Fox News qui s'est positionné carrément à droite, CNN a tenté de l'imiter, Dan Rather a pleuré chez Letterman, le New York Times a assigné Judith Miller à couvrir la guerre en Irak... j'arrête là parce que ce serait trop long.

Bien isolé, le Parti Démocrate s'est tu, en attendant son heure. Puis on a nommé des partisans républicains partout, compétents ou non, dans toutes les agences gouvernementales. On a payé des journalistes et des commentateurs pour défendre les positions du gouvernement dans les média. Les généraux de l'armée ont été muselés par Rumsfeld, la CIA par Porter Goss, la NSA par Négroponte, etc.

Aujourd'hui, les Américains se retrouvent avec un président qui leur dit, en substance:"Pour protéger le peuple américain, en qualité de commandant en chef, je peux attaquer les pays que j'estime être une menace, je peux emprisonner et torturer les individus que j'estime être une menace, je peux espionner tous les citoyens américains que j'estime être une menace, et cela sans mandat des tribunaux, pour mener au mieux le guerre au terrorisme, une guerre dont on ignore par ailleurs quand elle se terminera, si elle se termine un jour."

Les Américains sont bien mal pris. Il ne leur reste plus que les "Zinstitutions" pour s'en sortir. On espère qu'elles veillent, qu'elles sortiront des tiroirs ce vieux parchemin qu'on appelle la Constitution, que des procureurs têtus s'acharneront sur des virgules, que des journalistes téméraires défieront les conglomérats qui possèdent les média, que le Parti Démocrate se retrouve pour canaliser le mécontentement populaire qui s'exprime déjà dans les sondages.

Bonne chance. En tout cas, ce sera tout un spectacle à regarder dans les mois qui viennent.

20 décembre, 2005

Être contre l'anti-américanisme?

Pendant les années Clinton, j'ai carrément été un fan des Américains. J'admirais leurs écrivains, leur système universitaire, leurs prouesses technologiques, leurs journaux, etc. Le pays physique lui-même était admirable avec ses zones semi-tropicales, ses déserts, ses montagnes, ses grandes villes. Je savais bien qu'il y avait une bande d'agités qui s'énervaient au sujet de la queue du président, mais cela ne semblait pas plus grave que cela. Le Sénat américain a mis fin à tout cela. Les Institutions veillaient.

J'étais pro-américain et si j'entendais le mot "amerloque", je faisais "tut, tut, tut". Si j'avais quelque chose de bien à dire sur ce qui se passait au sud de notre frontière, je disais:"Les Américains ont fait ceci, les Américains sont comme cela". Il y a pourtant près de 300 millions d'Américains comprenant toutes les catégories d'individus s'échelonnant de Charles Manson à Jimmy Carter, mais je ne me sentais pas mal à l'aise de dire:"Les Américains...".

Puis il y eut Bush, les néo-cons alliés à la droite religieuse au pouvoir, la théorie de la guerre préventive, la mise au rancart du tribunal de l'ALENA, du Tribunal Pénal International, de Kyoto et de l'Onu, le pouvoir illimité du "commander in chief" d'emprisonner et de torturer, Guantanamo, l'invasion de L'Irak, Abu Graïb, la démission des média, du Congrès et du Parti Démocrate, la réélection de Bush, Katrina,la prise de contrôle de la Cour Suprême, les affaires Plame, Abramoff, Delay et Frist, etc. Cela fait 5 ans que cela dure et il en reste 3 à faire.

C'est au point où je me suis senti fier de Jean Chrétien quand il a refusé d'accompagner les Américains en Irak. Quand Paul Martin a accusé les Américains de manquer à leur parole en ne respectant pas une décision du tribunal de l'ALENA, je me suis dit:"Dis-moi pas qu'il l'a dit!" J'en suis presque devenu fier d'être Canadien.

Les Américains ont changé. Ils se sont donné un gouvernement quasi-fachiste qui pratique la torture et la guerre d'agression. Ils se le sont donné en sachant qui était Bush, après l'avoir vu opérer pendant 4 ans. Ils ont voté pour lui, pour qu'il continue à faire ce qu'il faisait.

Il était correct de dire, avant Bush, que les Américains sont formidables. Maintenant qu'ils ont changé, pourquoi ne pourrait-on pas dire que ce sont des fachistes qui torturent les gens et attaquent d'autres nations? Je sais, je sais, on ne peut pas tous le mettre dans le même sac. Quarante-neuf pour cent d'entre eux n'ont pas voté pour Bush, etc.

Pourquoi est-il admis d'englober une collectivité pour la louanger? Pourquoi est-ce incorrect d'englober une collectivité pour la blâmer?

19 décembre, 2005

Sol est mort

La Presse titre: "Derrière le clown, un homme généreux et intègre". Il est rare que l'on parle d'un clown sans utiliser quelque part l'expression "derrière le clown". C'est le cliché qui veut cela.

J'aime bien les clichés. Ils donnent un air connu aux choses et aux gens les plus extravagants qui soient. Ils rassurent. Ils facilitent l'expression de la pensée, surtout quand cette dernière est bien ordinaire.

L'inconvénient, c'est qu'ils sont parfois trompeurs, tels le cliché suivant:"Les clichés ont la vie dure". Cela n'est pas toujours vrai. Par exemple, on accolait il y a trois ans le cliché suivant à Mario Dumont:"Jeune loup ambitieux qui va révolutionner la façon de faire de la politique au Québec". Ce cliché n'a pas eu la vie dure...

La plupart des commentateurs sur la mort de Sol ont écrit quelques lignes en imitant son langage coloré, sans doute en hommage au personnage. Mais quelqu'un a déjà dit:"Si vous écrivez comme vous parlez, vous écrivez mal, même si vous parlez bien". Cela est vrai, à plus forte raison si vous écrivez comme Sol parlait.

18 décembre, 2005

Dans quel monde vivons-nous?

Toujours chez Helen Fisher, dans son Histoire naturelle de l'amour:

"Des ornithologues ont observé des accouplements "extraconjugaux"et autres aventures furtives, chez plus d'une centaine d'espèces d'oiseaux monogames. Même chose chez les petits singes d'Amérique du Sud, où les ouistitis et les tamarins femelles, par exemple, ne se gênent pas pour tricher. Même chose chez les femelles de la plupart des mammifères souvent considérés comme des parangons de vertu. Les marais, les prairies et les forêts de la planète sont les théâtres des vaudevilles de la nature. "

Et encore ceci, sur les différentes cultures de la planète recensées pas les ethnologues:

"Mais 16% seulement des huit cent cinquante-trois cultures recensées prescrivent effectivement la monogamie. Les cultures occidentales en font partie; nous nous situons donc dans la minorité. En revanche, 84% de toutes les sociétés humaines autorisent les hommes à prendre plus d'une épouse à la fois."

Cependant:

"Chez la plupart des peuples autorisant la polygamie, 5 à 10% des hommes seulement possèdent effectivement plusieurs femmes à la fois. On parle plus de polygamie qu'on ne la pratique."

Sans merci

J'apprends de la bouche même de Paul Martin que M. Duceppe veut lui enlever son pays: "C'est mon pays, et vous ne me l'enlèverez pas avec une astuce, vous ne gagnerez pas, M. Duceppe." Paul Martin poursuit en promettant une guerre sans merci aux souverainistes.

Les mots veulent-ils dire ce qu'ils veulent dire? Si oui, pourquoi n'a-t-on pas passé la camisole de force à Paul Martin? Et pourquoi tous les vrais Canadiens versent-ils une larme de joie en lisant leur journal ce matin, tout réconfortés qu'ils sont de voir Paul Martin reprendre le flambeau de Jean Chrétien?

Voyons le contexte. La moitié des Québécois sont souverainistes et ils ont le droit de vote. Paul Martin va leur faire une guerre sans merci. Quelle sorte de guerre? Churchill disait que la politique est plus meurtrière que la guerre, parce qu'à la guerre, on ne meurt qu'une fois. Sans merci? Cela veut-il dire sans pardon? Si j'ai voté OUI en 1995, je ne serai jamais pardonné? Il ne me servirait à rien de découvrir enfin la vérité, comme Raymond Bachand et Pierre-Marc Johnson? Paul Martin veut faire élire des députés au Québec en promettant à la moitié des électeurs une guerre sans merci? Dans un pays normal, on passerait la camisole de force à ce politicien.

Mais voilà, le Canada n'est pas un pays normal. Il y a une majorité de Canadiens qui se sont réjoui de la détermination de Paul Martin et ce dernier leur tient ce discours parce qu'il sait que cela leur fait plaisir. Quelle sorte de pays, quelle sorte de citoyens, quelle sorte de politiciens peuvent penser que 3 millions de leurs concitoyens méritent une guerre sans merci?

Paul Martin affirme que M. Duceppe tentera de faire la souveraineté du Québec avec une "astuce". Cela s'appelle faire de la projection: c'est le Parti libéral du Canada qui a déjà tenté de garder le Québec dans le Canada avec "l'astuce" du programme des commandites.

17 décembre, 2005

Texte mystificateur

J'ai lu avant-hier des pages qui m'ont fait du bien. Dans Histoire naturelle de l'amour, Helen Fisher émet l'hypothèse que le "coup de foudre" n'est pas une caractéristique spécifique aux êtres humains. La capacité de tomber éperdument amoureux au premier coup d'oeil peut être modulée selon toutes les variantes culturelles des humains de notre planète, aujourd'hui.

Mais si on observe les petits mammifères qui ont un cycle d'ovulation très court, comme les écureuils, on réalise que la capacité de reconnaître rapidement un partenaire sexuel et de copuler à courte échéance est nécessaire à la survie de l'espèce. C'est en quelque sorte un "coup de foudre" physiologique, sans lequel la femelle raterait ses périodes d'ovulation, et sans lequel le mâle ne remplirait pas sa fonction reproductive en temps utile. Ce qui n'empêche pas chaque espèce animale d'avoir ses rituels d'accouplement, qui sont en fait l'équivalent des variantes culturelles de l'amour chez les humains.

Cette idée que le "coup de foudre" soit apparu sur terre avec les premiers petits mammifères, avant même les premiers hominidés, m'a fait du bien. Cela m'explique des choses. Cela me dit qu'au lieu d'être un phénomène honteux où la passion prend le dessus sur la raison, c'est au contraire un processus essentiel au maintien et à la survie des espèces. Nous en avons hérité à travers les âges par le procédé darwinien de l'évolution. Aujourd'hui bien sûr, le "coup de foudre" chez les humains est plus ou moins utile à la reproduction, mais il procure de beaux souvenirs et il est la source inépuisable de nombreuses oeuvres artistiques.

Ces idées m'ont fait du bien. Le texte d'Helen Fisher est démystificateur.

Et puis, là, ce matin, je tombe sur l'article de "Nowël" de Rima Elkouri, dans La Presse. Pour illustrer un beau cas humain tout à fait dans l'esprit des Fêtes, elle nous raconte l'histoire d'un épicier dans la cinquantaine, débordé de travail, se levant à 5 h 30 le matin pour acheter des fruits et qui, après avoir fait quelques livraisons chez un client dans la cinquantaine atteint de la maladie de Huntington, décide de remuer ciel et terre pour le placer dans une institution pour personnes agées, étant donné que les 10 frères et soeurs du malade, dont 5 sont également atteints de la maladie de Huntington, sont en froid avec lui et ne lui parlent plus.

J'ai plein des questions... que je retiens. Je ne comprends pas l'insondable mystère de la bonté humaine. Ce texte est mystificateur. Il ne m'a pas fait de bien, même si c'est un texte de "Nowël".

16 décembre, 2005

Des lois spéciales

Après la loi 142 dont il est question plus bas, il y a, le même jour, et ce en séance extraordinaire, la loi 124 sur les garderies qui suscite indignation et révolte dans un milieu pourtant plus porté sur les valeurs maternelles et les vertus du yogourt.

Après la loi 124, dont il est question plus haut, il y a, le même jour, et ce en séance extraordinaire, la loi 134 qui ouvre la porte à la privatisation des services municipaux, c'est-à-dire à la gabegie des petits amis des potentats municipaux et à la corruption de fonctionnaires et d'élus sur une échelle que nous n'avons jamais connu jusqu'ici. L'exemple de la France dans le domaine des eaux est assez probant.

Mais à qui Jean Charest avait-il promis la loi 134? Et la loi 124? Et la loi 142? Et les défusions municipales, contre l'avis de la majorité des citoyens des nouvelles villes créées? Et l'enseignement de l'anglais en première année, contre l'avis de tous les spécialistes du domaine? Où Jean Charest va-t-il chercher sa base de militants? Où sont-ils ceux qui lui diront, dans deux ans:"Merci de votre bon gouvernement, nous allons vous réélire!"

Pour gouverner si loin de la sensibilité populaire, il faut que Jean Charest se soit entouré d'idéologues de broche à foin essayant tant bien que mal d'amalgamer le discours conservateur, les théories du libéralisme économique et le populisme de bas étage de ceux qui en ont marre de la politique.

Une loi spéciale

La loi 142 fixe les conditions salariales de 500 000 personnes pour les 6 prochaines années sans qu'une seule véritable séance de négociation n'ait été tenue sur le sujet des salaires. Tout le Québec est, ou devrait être, sous le choc.

En démocratie, le pouvoir politique tire une grande partie de sa légitimité du fait qu'il ne s'exerce pas de façon cynique et brutale. Pour être productif et durable, le pouvoir politique doit convaincre et c'est ce à quoi sert la négociation.

Les négociations sont à la signature d'une convention collective ce que les préliminaires sont à l'amour. En refusant le processus traditionnel (négociations--manifestations--drames--longues nuits à piocher sur des virgules--etc.), et même en exprimant ouvertement son mépris pour la chose, le gouvernement Charest refuse à ses employés la catharsis nécessaire à la poursuite de la morne tâche de fonctionnaire.

Enfin, d'un establishment syndical qui, simplement, ne l'aimait déjà pas, Charest se fait un ennemi mortel voué à le faire disparaître de la scène politique. La loi 142, dans ses petites lignes, dit en effet aux syndiqués qu'ils n'ont pas besoin de leurs ténors pour obtenir des augmentations de salaire. Il n'y a pas pire ennemi que quelqu'un que l'on a rendu inutile et qui a beaucoup de temps libre.

Un apparatchick libéral m'a déjà dit que le pire défaut de Jean Charest, c'était d'être paresseux. C'est quand même surprenant de voir jusqu'où un petit défaut comme celui-là, presque mignon quand il s'agit d'un enfant, peut donner des résultats catastrophiques s'il devient la caractéristique d'un premier ministre.