
Le 20 mars 2002, un an jour pour jour avant que les forces coalisées sous la direction des États-Unis n'envahissent l'Irak, le professeur
Martin van Creveld accordait une
entrevue à Jennifer Byrne du réseau américain ABC. Le professeur van Creveld, polémologue, historien militaire, enseigne à l'Université hébraïque de Jérusalem. Il est l'auteur de
Supply and War, (1977), Command and War, (1985), Technology and War, (1988) et de
The Transformation of War, (1991).
Dans cette entrevue, le professeur van Creveld exprimait l'avis que que les forces armées israéliennes, malgré leur puissance, allaient inévitablement perdre contre les Palestiniens. Il expliquait que si une puissance forte combat une puissance faible, ce n'est qu'une question de temps avant que le fort ne devienne faible lui aussi. C'est ce qui est arrivé aux Anglais en Palestine, aux Français en Algérie, aux Américains au Vietnam, aux Soviétiques en Afghanistan et dans d'autres situations trop nombreuses pour être comptées.
L'explication en est que si vous êtes fort et que vous combattez un faible, vous êtes un scélérat si vous le tuez; par ailleurs, vous êtes un idiot si vous êtes tué. C'est une situation perdant/perdant. Quand le fort combat le faible, tout ce qu'il fait est criminel. Lao-Tseu a dit, il y a 2 400 ans, qu'une "épée plongée dans l'eau salée va rouiller". Ce n'est qu'une question de temps.Et le professeur van Creveld de conclure qu'Israël n'a pas de solution militaire à ses problèmes:
_Byrne: What options does the Israeli army have, do you think?
_Van Creveld: Nothing will work.
_Byrne: Nothing at all? Do you think there’s no change of strategy?
_Van Creveld: No. There is one thing that can be done – and that is to put and end to the situation whereby we are the strong fighting the weak, because that is the most stupid situation in which anybody can be.
Et le professeur van Creveld de suggérer sa solution pour régler le problème palestinien:
°°° attendre une situation favorable;
°°° faire ce qu'il faut pour rétablir un équilibre des pouvoirs entre les Palestiniens et nous;
°°° enlever 90 % des causes du conflit en se retirant des territoires occupés;
°°° bâtir un mur entre eux et nous, si haut que même les oiseaux ne pourraient pas le franchir.
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Commentaires: L'idée du retrait unilatéral des territoires occupés et de la construction du mur a fait son chemin. Malheureusement, le rétablissement d'un équilibre des pouvoirs entre les Palestiniens et les Israéliens n'a pas pu faire son chemin dans l'opinion publique israélienne, sans doute trop insécure pour y donner suite. Ainsi, les forces politiques extrémistes en Israël en sont revenu à l'option militaire, notamment dans la bande de Gaza, où l'armée israélienne est en train de se déshonorer.
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photo: Martin Van Creveld, par
Arnon Grunberg.
N. B. J'ai écrit ce billet pour la première fois
le 23 juillet 2006. À l'Est donc, rien de nouveau. On va probablement changer le Kadima pour le Likoud lors des élections du
10 février prochain, mais ce sera encore les petits partis orthodoxes, sionistes et nationalistes réactionnaires qui feront valser la coalition au pouvoir au gré de leurs lubies. À l'Est, pour l'instant, rien ne va changer.
Sauf qu'il y a maintenant le facteur Obama. Il a décidé de s'occuper du Moyen-Orient dès sa première semaine en poste. Un bon point. Puis il a nommé
George J. Mitchell comme
envoyé spécial des États-Unis, ce même médiateur à qui plusieurs attribuent le succès des négociations qui ont conduit à la fin du conflit en Irlande du Nord. Un excellent point.