mercredi 17 février 2010

Les Ignorabimus


À chaud, comme ça, après avoir écouté Maisonneuve en direct sur les déclarations de Lucien Bouchard, je bous d'indignation. Lucien Bouchard a dit, entre autres choses, qu'on ne fera pas l'indépendance avec un état du Québec endetté, impuissant même face à ses responsabilités actuelles de province du Dominion du Canada.

Ce qui, il me semble, est l'évidence même.

Mais les Ignorabimus qui, dès l'école secondaire, ont évité systématiquement les sciences reliées aux mathématiques et qui se sont repus de Frantz Fanon, de Jean Sol Partre et de différents chantres de la libération nationale, ont accaparé les ondes de Pierre Maisonneuve pour nous ressasser leur mantra: «Bouchard aurait dû faire une élection référendaire, il n'aurait pas dû faire le déficit zéro, il n'aurait pas dû décréter les fusions municipales, Bouchard a trahi la nation. Avec son capital de leader charismatique, il aurait pu faire l'indépendance, et il ne l'a pas fait.»

Boulechite.

Avec les gros Yves Michaud et Jacques Parizeau qui ne cessaient de lui tirer dans le dos, «appuyé» par un peuple qui ne pipait mot devant la passation ignominieuse de la Loi sur la clarté référendaire, Lucien Bouchard décide en 2001 qu'il a autre chose à faire que de se livrer à des luttes stériles avec son propre parti et il choisit de s'occuper d'abord et avant tout de ses propres enfants.

Ce midi, les Ignorabimus ont récidivé. J'en bous encore.
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Sacré Lucien !, par «Christian & Cie».

mardi 9 février 2010

À Patrick Lagacé


Patrick Lagacé a écrit le 30 janvier dernier une chronique intitulée Haïti, malade de ses charades. Il a osé rompre la formidable unanimité des médias québécois sur le narratif utilisé à l'occasion du séisme en Haïti.

Journaliste d'expérience, M. Lagacé ne peut pas l'avoir fait par naïveté. Il ne peut l'avoir fait que par courage, acceptant par avance de payer le prix de sa remise en question. Toutes les nuances y étaient dans sa description lucide de la situation, mais cela n'a pas empêché les bonnes âmes de s'en scandaliser.

Haïti sera forte quand ses gens seront tous unis derrière l'idée qu'ils doivent se prendre en main.
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Illustration: Armes de la République d'Haïti.

mardi 19 janvier 2010

Haïti Chérie

L'unanimité des médias québécois sur le narratif à l'effet que le séisme en Haïti est un malheur affreux qui s'abat sur un peuple malchanceux déjà frappé par les exactions de la colonisation, la déforestation sauvage et son corollaire, l'érosion des sols arables, les brutalités d'une série de dictateurs sanguinaires, l'humiliation de l'occupation américaine, l'apathie criminelle des élites politiques et des «leaders» économiques locaux, et enfin l'exode hémorragique de ses meilleurs cerveaux, s'avère tellement formidable malgré les décennies où des essaims d'ONG et d'organismes gouvernementaux ont versé des centaines de millions de dollars pour lui venir en aide, malgré l'ombre jetée sur lui par la relative prospérité du peuple dominicain et l'énergique combativité du peuple cubain, malgré l'énigme du retour de son plus grand écrivain qui s'empresse de laisser sa maman sur son tas de décombres pour cueillir les honneurs du petit «jet set» montréalais, que j'aurais mauvaise grâce à vouloir la rompre.

Je conclus comme le ferait un de mes philosophes favoris: «Et c'est tout ce que je dirai sur ce sujet.»

lundi 4 janvier 2010

Comment font-ils ?

La politique, c'est comme la saucisse. Il vaut mieux ne pas voir comment cela se fait. À Copenhague, les journalistes ont vu de près comment la politique se faisait. Ils nous l'ont montré. Nous l'avons tous vu.

C'est à la suite de la conférence de Copenhague sur les changements climatiques que j'ai réalisé qu'il était trop tard pour la planète. Les éditorialistes pondérés et rémunérés des «main stream media» (MSM) ont sagement opiné qu'on ne pouvait pas reprocher à M. Harper de défendre les intérêts du Canada, ainsi que l'ont fait d'ailleurs tous les autres chefs d'état pour leur propre pays. Comme M. Harper pense sûrement que le meilleur intérêt du Canada, c'est d'être dirigé par le Parti conservateur, il s'ensuit que M. Harper s'est comporté à la conférence de Copenhague de façon à être réélu.

CQFD: tous les chefs d'état présents à la conférence de Copenhague ont évalué les enjeux des changements climatiques à la lumière de leurs intérêts particuliers à court terme. C'est le scénario d'une catastrophe garantie à l'échelle planétaire. Les humains ne pourront pas résoudre ce problème structurel d'une façon logique et rationnelle. Ils le résoudront par des migrations massives, des camps colossaux de réfugiés climatiques, des guerres régionales féroces, etc.

C'est ma conviction. Bon. Ceci dit, vais-je passer le reste de ma vie à tenir une pancarte au coin de Renaissance et Curé-Labelle pour annoncer que «la fin est proche» ? Non, bien sûr. Je vais parler d'autre chose. La formule du blogue me permet de parler de tout et de rien du moment que je n'enfreins pas le code pénal ni les règles grammaticales.

Parler d'autre chose. Mais qu'en est-il de François Cardinal, de Louis-Gilles Francoeur et d'Hubert Reeves ? Sur quels espoirs voit-ils s'appuyer pour continuer à parler d'environnement. Sauver le monde par de nouvelles structures comme une hypothétique OME (Organisation mondiale de l'environnement) ? Changer le monde en enlevant le papier sur la boîte de soupe aux pois avant de la recycler ou, encore plus comique, «changer le monde... une banane à la fois» ?

Voilà ma question: comment font-ils ? Comment font-ils pour masquer leur désespoir et poursuivre leur quête insensée ? Mais là, je sens que je m'égare.

dimanche 27 décembre 2009

Minizylag s'inquiète

Beaucoup de mes blogues avancent des «vérités songées» sur la base d'informations parcellaires. C'est pourquoi je donne parfois l'impression de tout savoir, et surtout, de penser tout savoir. Ce qui est manifestement faux.

Si j'avais su à la fin des années '70 qu'Apple réussirait comme elle l'a fait, je serais aussi riche que Forrest Gump. Le hasard m'a offert une deuxième chance. Si j'avais su que le retour de Steve Jobs en 1996 relancerait la compagnie, j'aurais là aussi acheté massivement des actions. Je n'en ai pas acheté. Fin de la démonstration: je ne sais pas tout. Et je le sais.

Ce qui, de toutes façons, ne m'empêchera pas de penser et d'écrire comme si je savais tout. L'acte d'écrire implique que l'on pense tout savoir, au moins sur le sujet qui fait l'objet de notre sollicitude. Par contre, il est aussi possible d'écrire sur ce qu'on ne comprend pas. Ainsi, j'aimerais qu'on m'explique les problèmes suivants:

Toutes les statistiques de l'OCDE, une des organisations les mieux pourvues en économistes sur les trentes pays les plus développés de la planète, démontrent que les États-Unis ont actuellement le système de santé qui coûte le plus cher tout en offrant la pire qualité de services au peuple américain. C'est la république de bananes. Les riches ont tout et les pauvres sont abandonnés à eux-mêmes.

Comme il y a aux États-Unis plus de pauvres que de riches, comment se fait-il que la réforme du système de santé y soit si difficile à implanter ?


En Amérique du Nord, tous les médias de la presse écrite ont de la difficuté à se redéfinir. On fusionne, on ferme, on met à pied, on rationalise, on réinvestit dans l'internet. Les journalistes du Journal de Montréal sont au courant de tout cela: ils sont journalistes. Les économistes de la CSN savent aussi tout cela: ils sont économistes.

Comment se fait-il que le syndicat des employés du Journal de Montréal pose comme préalable à la négociation que Québécor ne fasse aucune mise-à-pied ? Le b-a-ba de toute négociation veut que l'on ne pose pas de condition préalable si on n'est pas en position de force. La CSN ne sait pas cela ? Il y a quelque chose qui ne va pas.

Les journalistes de Gesca qui appuient les lockoutés du Journal de Montréal après avoir signé au rabais avec leur propre employeur me vont l'effet d'une joyeuse bande d'hypocrites. Les journalistes en lock-out de Rue Frontenac qui ont débusqué les scandales à la Ville de Montréal feraient bien d'enquêter pour voir s'il n'y a pas de magouilles douteuses qui font durer ce conflit stupide à leurs dépens.

Et ce n'est pas du côté de Québécor que j'enquêterais.


Au football américains, comment les puissants Vikings du Minnesota (11-3) ont-ils pu se faire planter par les Cardinals de l'Arizona le 6 décembre dernier ? Hein ? Les Cardinals, une équipe qui a été auparavant battue par les minables Titans du Tennessee (7-8) et qui l'a été par la suite par les évanescents Quarante-neufs de San Francisco (6-8) ? Hein ?

vendredi 18 décembre 2009

Trop tard


Je viens de relire le blogue d'hier. Il ne faudrait pas croire des choses. J'ai personnellement l'humeur égale et sereine. J'ai bien assez de sérotonine qui circule librement dans les synapses de mes neurones. C'est justement le fait que j'aie peu de soucis qui fait en sorte que Copenhague me fatigue. Paraphrasant la célèbre réplique du film «La guerre des tuques», j'ai envie de dire: «Copenhague, Copenhague, c'pas une raison de déprimer...»

Ce n'est pas le communiqué final de la conférence qui m'importe. C'est le fait de réaliser clairement qu'ils ne se fera rien de significatif contre le réchauffement de la planète. Tous les leaders démocratiques qui sont là-bas n'ont qu'un horizon: leur prochaine élection. Et pour leurs peuples, pour toutes les collectivités humaines en fait, demain, c'est du long terme. Demain, c'est du long terme mais dans ce cas-là, demain, c'est déjà trop tard.

C'est à cause de la théorie de la vitre brisée. Toutes les petites déceptions rencontrées dans les batailles environnementales, ainsi que les prédictions catastrophiques monumentales vont finir par créer cette impression qu'il est trop tard. Ce sera bientôt par dérision que l'on recyclera les boîtes de conserve, et puis, on ne le fera même plus. Ceux que le combat pour l'environnement dérange vont bientôt changer leur rengaine de «y a rien là» à «il est trop tard».

De maladresse en maladresse, de défaite en défaite, la lutte pour un meilleur environnement va se radicaliser et devenir impopulaire. L'auteur Jean-Jacques Pelletier en parlait l'autre jour à Bazzo.tv: c'est la justification que les écoterroristes se donnent pour agir. Il veulent forcer les collectivités à voir plus loin que leur nez, à saisir l'urgence de la situation. Le terrorisme, ce vieux piège à cons ! L'écoterrorisme, comme tous les terrorismes, sera vite détourné de son noble idéal pour être récupéré par des malades et des antisociaux déjantés.

Je ne sais pas vraiment s'il est trop tard mais j'ai tendance à le penser. Je n'ai pas d'intérêts en jeu dans l'affaire. Mais il faut voir ce qui est. Cela sent la défaite quand on commence à chercher des boucs émissaires. Ainsi, une célèbre «columnist» canadienne nous disait hier:
Bref, c'est grâce aux sables bitumineux que le Québec peut se permettre de vivre au-dessus de ses moyens et de s'offrir des services de luxe comme les garderies à 7$ et des universités quasiment gratuites. La décence exigerait que le gouvernement québécois s'abstienne au moins de cracher dans la soupe... ou alors que, joignant le geste à la parole, il décide désormais de renoncer à l'argent «sale» du pétrole de l'Ouest.
Ciel et pattes de gazelles ! C'est à cause de nos enfants qu'on est obligé d'extraire le pétrole des sables bitumineux ? Le dilemme moral est insoutenable. On nous force à choisir entre le bien-être de nos enfants et le sort de la planète. Non mais, vous vous rendez compte ?

Et c'est pas fini.
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photo: Oil Sands Processing at Fort McMurray, par CanadaGood.

jeudi 17 décembre 2009

Copenhague


Je vais le dire simplement, comme je le pense. Rien ne sert plus à rien. Même si Copenhague en arrive à un communiqué triomphant et unanime, cela ne servira à rien. Tokyo a triomphé lui aussi et il n'a rien donné.

Les défis environnementaux à venir sont tels qu'ils requerront des forces contraignantes hors de portée de nos démocraties régnantes. Le Canada ne pourra pas forcer l'Alberta à sacrifier ses sables bitumineux sur l'autel de la rectitude environnementale. Et s'il le fait, c'en est fait du Canada. L'ONU ne pourra pas forcer l'Amérique à abandonner ses Hummers, surtout qu'ils seront dorénavant fabriqués par la Chine, donc moins chers.

Les Américains ont bien sûr élu un noir. Mais il n'est pas si noir que cela. C'est un métis, rompu à la dialectique et à la rhétorique des blancs. Comme Tiger Woods, il est meilleur que nous à notre propre jeu. C'est l'élu de la ploutocratie qui nous gouverne par et malgré la démocratie dont nous nous targuons. Il sauve Wall Street et laisse tomber Main Street. Le «war president» reçoit un prix Nobel de la paix, bla bla bla, etc. Et ça n'est pas fini.

Oubliez-moi. J'ai déjà dénoncé la ploutocratie américaine, le provincialisme canadien, l'aliénation québécoise. Je n'aime pas me répéter. Oubliez-moi, je ne peux plus m'indigner. Les calottes glaciaires fondent. Les Russes se régalent déjà de pouvoir exploiter les fonds marins de l'Arctique. Je me réjouis déjà que l'hiver commence fin décembre. Qu'est-ce que j'en ai à cirer que Tuvalu soit submergé et que le courant du Gulf Stream soit inversé ?

Oubliez-moi. Je suis simplement content d'avoir donné la vie à des enfants qui vivront dans un des derniers pays à mourir des cataclysmes environnementaux. On a de l'eau, de la fraicheur, des terres arables, de l'électricité. Tout à l'heure, ce seront les Floridiens qui viendront passer l'été au Québec. Avec un certain sens de l'humour et les nouvelles en continu à la télé, cela risque de devenir passablement amusant: «Aujourd'hui, 195 réfugiés climatiques norvégiens arrivés au port de Sept-Iles dans la matinée ont été conduits dans la réserve construite sur l'ancienne mine d'uranium jouxtant...»

Oubliez-moi. J'en ai marre de vous dire que vous vous trompez. J'en ai marre d'avoir raison tout seul, avec tous les autres qui ont aussi raison tout seuls. Je sais ce qu'on faisait de ceux qui étaient les seuls à avoir raison contre tous, dans le passé. Maintenant, cela coûte trop cher de les enfermer. On les laisse circuler dans la société. Je vais circuler et ne pas faire trop de bruit.

Rien ne va sauver la terre. Steven Guilbeault travaille pour Équiterre. Stephen Guilbeault doit payer son loyer et c'est correct. Ça n'en fait pas un messie. Pour sauver la terre, il faudra une force militaire plus grande que celle des Américains. Or, il n'y aura jamais une force militaire plus grande que celle des Américains. Oubliez ça.

Oubliez-moi. J'en ai marre de vitupérer. Je ne vais plus faire de textes songés, documentés, bourrés d'hyperliens sophistiqués en provenance des médias les plus chiants et les plus illisibles de la planète «Occident».

«Après tout... » change de vocation. À l'avenir, on n'étaye plus rien. On déconne. On ventile. À l'occasion, quand ça nous chante. Voilà. Je ne sais pas pourquoi je l'annonce. Je crois que c'est Copenhague qui m'a tué.