vendredi 18 juillet 2014

La métahistoire, ces temps-ci


Les Etats-Unis, la Russie et l'Iran ont joint leurs efforts pour stabiliser l'Irak menacée d'éclatement par l'arrivée du califat d'Al-Baghdadi. L'Arabie saoudite, laquelle a financé ces terroristes qui ont fondé le califat par la suite, dépêche 30 000 hommes à sa frontière avec l'Irak pour éviter d'être attaquée par eux. La Turquie, qui a ouvert sa frontière avec la Syrie pour permettre aux jihadistes d'attaquer Al-Assad, doit maintenant faire face à une épidémie de kidnappings et de troubles frontaliers. L'armée syrienne traverse la frontière de l'Irak pour attaquer le califat. Le Hezbollah, allié de l'Iran, joint ses forces à celles d'Al-Assad. Les Kurdes irakiens, qui veulent leur indépendance en partitionnant l'Irak, vendent leur pétrole sur le marché international. Les Israéliens l'achètent et le premier ministre Nétanyahou déclare être favorable à l'indépendance du Kurdistan irakien, contrairement à la position d'Obama. On ne sait pas qui va acheter le pétrole du califat. Israël, après avoir fortement médiatisé la mort de trois jeunes colons, décide de s'en prendre au Hamas. Israël fait une rafle de sympathisants du Hamas, ce dernier réplique avec des roquettes. Israël bombarde Gaza, puis finalement envahit le territoire avec des troupes terrestres. Obama donne sa bénédiction à Israël, soulignant sa modération devant les terroristes du Hamas. En Ukraine, Obama dénonce à mots couverts les rebelles pro-russes pour avoir fait sauter l'avion de la Malaysia Airlines. L'opinion américaine se déchaîne contre la Russie. L'Europe hésite à suivre Obama dans sa surenchère de sanctions contre la Russie. Les Allemands pardonnent difficilement aux Américains leurs indélicatesses en matière d'espionnage. Hollande attend de voir ce que Merkel va décider. À Kiev, le gouvernement ukrainien fait disparaître l'enregistrement des conversations entre ses contrôleurs aériens et le pilote de l'avion de la Malaysia Airlines. Pourquoi cet avion est-il passé au-dessus d'une zone de guerre? Il y a ça, et bien d'autres questions.

La métahistoire cherche à déterminer le sens de l'histoire. Vous trouvez que l'histoire des derniers mois a un sens, vous?
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Illustration: Le Vadrouilleur urbain

vendredi 11 juillet 2014

Le diable et ses détails


Les actualités internationales ont leurs grandes manchettes. L'armée syrienne combat impitoyablement son propre peuple et les courageux résistants à la dictature de Bachar al-Assad. Le gouvernement issu de la place Maïdan à Kiev bombarde les terroristes de la Nouvelle-Russie, assistés en sous-main par Poutine. Le Hamas inonde Israël de roquettes meurtrières qui n'ont fait aucun mort tandis que la réplique modérée d'Israël fait 90 morts et des centaines de blessés. Le nouveau calife Ibrahim, alias Al-Baghdadi, alias Al-Badri, met sur pied un état islamique à cheval sur la Syrie et l'Irak et il exécute les hérétiques, ce qui inclut les sunnites modérés qui ne veulent pas lui obéir. Ah j'oubliais, dans la catégorie « catastrophes », il y a la défaite de 7-1 de l'équipe brésilienne en Coupe du monde.

Mais il y a aussi les petites manchettes de la page 48 de votre quotidien préféré. Tiens, celle-là: l'entente de libre-échange entre la Chine et la Suisse est entrée en vigueur le 1 juillet dernier. On ne peut vous en tenir rigueur. Cette nouvelle date déjà de 10 jours. Un détail, mais le diable est dans les détails.

En 2008, la Chine signait une entente de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande. Les exportations de cette dernière sont passées 3,7 milliards de dollars US à 9,7 milliards, ce qui lui a épargné les retombées de la crise de 2008 créée par les folies des banques américaines. On peut produire du mouton, des kiwis et des produits laitiers et s'en tirer quand même honorablement dans ce monde dominé par le secteur financier.

Les producteurs laitiers suisses profiteront également de l'entente de libre échange Chine-Suisse. La Confédération suisse est cependant le siège d'entreprises de classe mondiale dans les domaines des machines-outils, de la chimie, de l'industrie pharmaceutique et des instruments de précision. Ce sont des produits particulièrement utiles à une Chine en phase d'industrialisation accélérée. En contrepartie, 99,7 % des produits chinois vendus en Suisse sont maintenant exempts de frais douaniers.

Des détails, des détails que tout cela. Où est le diable?

Selon Alexander Casella, dont l'article m'a donné l'idée de ce billet:
While it is no doubt Switzerland's high-tech sector that is China's major interest, both countries will see a mutual opening of their financial markets and reciprocal investments. This should facilitate Switzerland's ambition to become a financial hub for future international transactions in the Chinese currency, the yuan, and talks to develop a currency-swap agreement are underway.
La Suisse, centre financier pour les futures transactions internationales en yuan... On peaufine une manière de convertir les yuans sur le marché international afin de les rendre plus liquides... Est-ce à dire que devant la dédollarisation inévitable du marché international des capitaux, les banquiers suisses veulent être le premiers à se positionner?

Mais attention, les financiers de la City à Londres sont déjà sur les rangs. Et ceux de Francfort aussi. Que va-t'il arriver à tous ces dollars que la Réserve fédérale américaine imprime pour acheter des bons du Trésor américain aux banques commerciales, lesquels bons du Trésor financent les guerres d'Obama, ses 17 agences de renseignements et ses quelque 800 bases militaires dans le monde?

Ah mon dieu! Que c'est donc compliqué tout ça!

mercredi 9 juillet 2014

Le califat, un machin américain?


Richard Martineau, le gourou du gros bon sens, va s'étouffer dans son pablum: en 1957, le président Eisenhower et le premier ministre Macmillan ont comploté pour créer de faux incidents frontaliers en Syrie, assassiner Abd al-Hamid Sarraj, Afif al-Bizri et Khalid Bakdash, trois haut dirigeants syriens, pour ensuite envahir la Syrie avec le support de pays arabes complaisants. Encore une théorie du complot en provenance de la go-gauche!

Mais non.

Le journal The Guardian  rapportait en septembre 2003 que:
The plans, frighteningly frank in their discussion, were discovered in the private papers of Duncan Sandys, Mr Macmillan's defence secretary, by Matthew Jones, a reader in international history at Royal Holloway, University of London.
L'arrivée du califat d'Al-Baghdadi sur l'échiquier du Moyen-Orient suscite bien des questions et donne lieu à toutes sortes de théories... de complot. Les meilleures se retrouvent sur le site Moon of Alabama en provenance de l'un de ses commentateurs:
  1. Le califat est une marionnette des Américains (ou des Saoudiens, ou des Israéliens) et il s'en tiendra aux ordres de ses commanditaires.
  2. Le califat est financé et contrôlé par les Américains (ou les Saoudiens, ou les Israéliens) mais Al-Baghdadi est assez indépendant pour, sitôt qu'il le pourra, s'en affranchir et faire ce qu'il lui plaît.
  3. Le califat est un Frankenstein créé à la suite des conséquences inattendues du support des jihadistes visant à déstabiliser les régimes séculiers de la région. Ce n'était pas prévu par les Américains, mais ça aurait pu l'être par les Saoudiens ou les Israéliens.
  4. Le califat n'a pas eu de commanditaires mais il a pris son essor par son militantisme à menacer, voler, cajoler les autres jihadistes de la région.
Le commentateur en question penche pour l'hypothèse no 3 comme étant la plus probable. Je le pense aussi. C'est en effet compliqué de vouloir gérer le monde à partir d'un bureau à Washington, d'après les rapports pas toujours cohérents des 17 agences de renseignement américaines. Les bloopers et les blowbacks sont fréquents. Ainsi, quand Jimmy Carter, prix Nobel de la paix, a signé la première directive sur l’assistance clandestine aux opposants du régime pro-soviétique d'Afghanistan, il a créé ce qui allait devenir Al-Qaïda, ce Frankenstein qui allait plus tard se retourner contre son maître.

L'établissement et le maintien du califat d'Al-Baghdadi signifie l'éclatement de l'Irak et de la Syrie en zones délimitées par la religion ou l'appartenance ethnique. Les Saoudiens ou les Israéliens pourraient avoir visé cela, mais pas les Américains. Ces derniers préfèrent n'avoir à contrôler qu'un seul Irak, ou une seule Syrie (éventuellement) ou une seule Ukraine (éventuellement). Vu d'un bureau à Washington, c'est moins compliqué. On sait par exemple que Bill Clinton, avant le référendum québécois de 1995, préférait traiter avec un seul Canada lorsqu'il disait élégamment: « Dans un monde assombri par les conflits ethniques (...) le Canada (...) est resté un modèle de la façon dont les gens de différentes cultures peuvent vivre et travailler ensemble dans la paix, la prospérité et le respect ».

Au fait, qu'est-il arrivé du complot américano-britannique de 1957 contre la Syrie? Il a fini en eau de boudin, les pays arabes avoisinant étant moins complaisants à l'époque.

jeudi 3 juillet 2014

Goood Morniiing, monde cruel !


Al-Qaïda est un franchiseur. Son pdg, Ayman Al-Zawahiri est assisté par un ceo (ici appelé chef du commandement général), un responsable des finances, un responsable du marketing (ici appelé responsable de la propagande) et un responsable des ventes (ici appelé responsable de la branche militaire).

Les franchisés d'Al-Qaïda se retrouvent un peu partout dans le monde sous la direction de chefs régionaux: Algérie, Pakistan, Afghanistan, région frontalière Afghanistan-Pakistan, Moyen Orient, Golfe Persique, Irak, Iran, Yémen, Afrique.

Le plan d'affaire de la franchise Al-Qaïda est simple: offrir à de riches commanditaires, parfois privés parfois gouvernementaux, une main d'œuvre constituée des jeunes musulmans désœuvrés et formés au terrorisme pour des actions ponctuelles dans diverses causes.

Une organisation qui fonctionne sous la forme de franchise comporte des forces et des faiblesses, que ce soit dans le domaine des beignes ou dans le domaine du terrorisme. La principale force, c'est la capacité de s'adapter aux différents marchés. La principale faiblesse, c'est la difficulté de contrôler les franchisés.

C'est sans doute ce que pense Al-Baghdadi, lequel vient de quitter Al-Qaïda et de fonder le califat de l'État islamiste (EI). Il s'en est proclamé le calife. Il préfère avoir une base territoriale, celle conquise en Irak et en Syrie, ainsi que des revenus stables provenant de la taxation des populations indigènes, de son propre pétrole et incidemment de la «saisie» des banques de son territoire comme mise de fond. Al- Baghdadi disposerait de plus de 2,3 milliards de dollars, ce qui en ferait le terroriste le plus riche au monde. Si son plan d'affaire est différent de celui d'Al-Qaïda, son fonds de commerce reste le même: utiliser à ses fins des milliers de jeunes musulmans sans emploi, sans avenir, et qui rêvent de grandes aventures.

Stratégiquement, abstraction faite de tout charabia théologique, Al-Baghdadi se déclare sunnite, ce qui lui a permis de faire alliance avec les anciens militaires sunnites de Saddam Hussein et de conquérir des provinces sunnites de l'Irak. Il pratique un marketing agressif en promettant de s'en prendre aux lieux saints chiites et en publiant sur l'internet des exécutions sommaires et des décapitations des hérétiques chiites. Sur le plan opérationnel, il dispose des armes américaines dernier cri qu'on lui a fourni en Syrie. On reconnaît bien ses soldats par les longues processions de Toyota 4X4 blanches dernier modèle qui sillonnent le désert de Mésopotamie.

Il faut dire cependant que son plan d'affaire comporte aussi des faiblesses. Ainsi, les gouvernements tolèrent bien Al-Qaïda parce que c'est une organisation somme toute discrète, souterraine. Ils peuvent aussi y faire appel, moyennant finances, pour des opérations dans lesquelles ils ne veulent pas se mouiller, tout en faisant mine de la combattre. Mais c'est une toute autre histoire pour l'État islamiste d'Al-Baghdadi.

En effet, le nouveau califat dérange tout le monde. Il force ainsi Obama à accorder 500 millions de dollars aux terroristes d'Al-Qaïda en Syrie, renommés «rebelles modérés», pour mieux combattre l'État islamiste, et accessoirement Bachar el-Assad. L'Irak risque de se séparer en trois états si l'État islamiste survit. Les Kurdes du nord-est veulent se séparer depuis longtemps et ils sont autonomes financièrement. Les chiites du sud n'en ont rien a cirer des sunnites, car ils possèdent la majorité des puits de pétrole du pays. La Jordanie craint un débordement des hordes d'Al-Baghdadi sur son territoire. En Turquie, patrie du dernier califat, Erdogan ne le prend pas qu'Al-Baghdadi s'autoproclame le calife de tous les musulmans. En Inde où 50 millions de chiites ont entendu parler des visées de l'État islamiste sur les lieux saints chiites, la colère gronde et le gouvernement doit retenir ses jeunes qui veulent partir pour le jihad.

Bref, tout ça risque de mal finir.

Goood Morniiing, monde cruel !
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Photo: Robin Williams, dans Good Morning Vietnam.

vendredi 20 juin 2014

Le triomphe de l'image


Nathalie Normandeau, ancienne vice-première ministre de la province de Québec et ancienne ministre des Affaires municipales, a témoigné devant la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction. Son ex-collègue Julie Boulet, ministre également dans le défunt gouvernement Charest, a témoigné devant la même Commission pour dire qu'elle ne se souvenait de rien. Nathalie Normandeau, quant à elle, se souvenait de tout, mais elle n'a rien vu. Clue*: ce serait son directeur de cabinet, Bruno Lortie, qui a peut-être fait les magouilles, pendant 8 ans, dans le bureau adjacent, avec le capitaine Marc-Yvan Côté.

Les éditorialistes se sont échinés à trouver des failles dans le témoignage de Nathalie Normandeau. Peine perdue. Ils n'ont pu que commenter sur le ton de l'ironie les invraisemblables coïncidences, sur une longue période de temps, entre les décisions discrétionnaires de l'ex-ministre et les contributions des firmes de génie au financement du Parti libéral.

Jean-Jacques Stréliski, professeur associé à HEC, s'est prononcé sur le témoignage de Nathalie Normandeau lors de l'édition du 18 juin de l'émission 24\60 du réseau ICI RDI de ICI Radio-Canada:
Aujourd'hui, on a eu une manifestation remarquable de quelqu'un qui visiblement était en possession de tous ses moyens. C'est quasiment un cas d'école du point de vue de la maîtrise de l'image. Évidemment il y a des faiblesses, et vous les analysez, mais sur le plan de gérer sa propre image, l'image de l'ensemble de son ministère, l'image de l'ensemble de son parti, de sa carrière, et de sa cause, parce qu'elle l'a évoquée, c'est assez remarquable.
L'animatrice Anne-Marie Dussault renchérit:
On peut imaginer qu'elle a préparé son témoignage, on ne sait pas avec qui, mais alors, l'aisance, le sourire... et moi, ce qui m'a frappé, rare exception, aucun trou de mémoire. Les autres témoins avaient beaucoup de trous de mémoire.
Le professeur Stréliski n'est pas en reste:
Exact, bien sûr, mais plus que ça. Elle devance même. Elle va beaucoup plus loin que le simple témoignage. C'est-à-dire qu'à un moment donné, c'est elle qui prend véritablement l'initiative. Elle va même jusqu'à faire des recommandations. Là, on est véritablement dans le cas de figure de quelqu'un qui maîtrise extrêmement bien la prestation qu'elle va donner. On est dans une théâtralité qu'elle contrôle remarquablement.
Que dire? Qu'ajouter?

D'abord, que l'admiration sincère du professeur Stréliski, un praticien de l'image depuis des lunes, n'a rien de très moral. Mais ce n'est pas grave. De nature, je ne suis pas  très moralisateur non plus. On sent bien que le professeur Stréliski aurait aimé être celui qui aurait préparé Nathalie Normandeau pour cette performance théâtrale.

Mais surtout, il faut rajouter ceci, que la saga de Nathalie Normandeau à la tête du ministère des Affaires municipales, c'est l'épitomé de l'histoire du Parti libéral dans la province de Québec. Depuis Félix-Gabriel Marchand (1897-1900), Simon-Napoléon Parent (1900-1905),  Lomer Gouin (1905-1920), Louis-Alexandre Taschereau (1920-1936), Adélard Godbout (1939-1944), Jean Lesage (1960-1966), Robert Bourassa (1970-1976), Robert Bourassa (1985-1994), Daniel Johnson (1994-1994), Jean Charest (2003-2012) et Philippe Couillard (2014-    ), la province de Québec a été gouvernée par un premier ministre issu du Parti libéral. Cela laisse des traces. Cela crée une culture.

Depuis 117 ans, nous avons connu 75 années de ce qu'il faut bien appeler un règne libéral, étant donné les larges pouvoirs législatifs et exécutifs concédés à un premier ministre dans le cadre de notre démocratie parlementaire. C'est pourquoi je parle du Parti libéral du Québec comme le Natural Governing Party de la province de Québec, à l'instar du journaliste Allan Fotheringham qui qualifiait le Parti Libéral du Canada de Natural Governing Party of Canada.

Dans la culture du Parti libéral de la province de Québec, il y a des non-dits que tout le monde doit connaître. Par exemple, le pouvoir discrétionnaire d'un ministre peut et doit contrebalancer la rigueur administrative des fonctionnaires. Il n'y a pas de retour d'ascenseur garanti par contrat pour ceux qui contribuent au financement du parti, il y a seulement retour d'ascenseur. Quand une firme d'avocats ou d'ingénieurs contribue au parti via des prête-noms, c'est son problème si elle le fait illégalement. Quand vient le temps de nommer un juge, on n'étampe pas à l'encre rouge sur son dossier que c'est un contributeur du parti, mais on y dépose délicatement un post-it à cet effet. On trouve des exécuteurs de basses œuvres pour y aller à la manœuvre, lesquels doivent implicitement accepter d'être les boucs émissaires désignés si leurs magouilles sont dévoilées. Quand on protège le ministre, c'est l'Institution qu'on protège. Et ainsi de suite. Il en va ainsi de mille choses qui se font naturellement, qui sont dans l'ordre des choses, depuis 117 ans.

Nathalie Normandeau est un rejeton de cette culture, elle qui a fait ses premiers pas en politique au bureau de Robert Bourassa. Elle l'a bien intégrée. C'est avec aplomb et avec courage qu'elle est venue l'exposer à la Commission Charbonneau.

LOL...
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Photo: Rue Frontenac

vendredi 13 juin 2014

Un référendum? Et après...


« Non, cet amalgame de bonnes gens ne fera jamais l'indépendance de la province de Québec. » Zylag
Les problèmes de l'Ukraine ne cessent de me fasciner. J'y vois un révélateur de la photo d'une province de Québec à la recherche de son indépendance. L'Ukraine et la province de Québec, ces deux petits états engoncés dans un contexte géopolitique dominant, américain ou russe, cherchent à se redéfinir.

En même temps, tout est différent. Ici, près de 300 citoyens du Bas-Canada sont morts pour la patrie dont ils rêvaient, quels qu'aient été leurs rêves, dans les années 1837-1839.  Et c'est tout. En Ukraine, les purges staliniennes de 1937-1939 touchent plusieurs millions de personnes, exécutées ou envoyées dans des camps de travail. Pendant la deuxième guerre mondiale, les Ukrainiens sont divisés entre pro-allemands et pro-russes. En 1945, le bilan final fait état de 8 millions d'Ukrainiens morts pour leur patrie, quelle qu'ait été la patrie qu'ils désiraient. Tout cela laisse des braises autrement plus fumantes que nos 300 morts des années 1837-1839.

Après le coup d'état de février 2014 où le président Yanoukovitch  est destitué et où la langue russe est interdite en Ukraine, la péninsule de Crimée organise un référendum. Ses 2 millions d'habitants, dont 60 % parlant le russe, 25 % l'ukrainien et 12% le tatar, votent très majoritairement pour un rattachement à la Russie. Poutine est bien d'accord, qui stationne une importante flotte russe à Sébastopol sur la Mer Noire.

Kiev revient sur l'interdiction de la langue russe. Cela n'empêche pas les régions russophones de l'est de l'Ukraine d'organiser à leur tour des référendums. Le 11 mai 2014, la région de Donetsk met en place 53 comités locaux, 1 527 bureaux de vote et imprime 3,2 millions bulletins. On vote pour ou contre la formation d'une république indépendante, et non pas pour le rattachement à la Russie. C'est un OUI pour l'indépendance. Silence radio à Moscou, sauf pour constater que des millions de personnes se sont déplacées pour voter. Toujours le 11 mai, la région russophone de Louhansk organise aussi un référendum pour déclarer son indépendance. C'est un OUI très majoritaire. Nouveau silence radio à Moscou.

Le 24 mai, la République populaire de Donetsk et la République populaire de Louhansk forment les États fédérés de la Nouvelle-Russie. On parle ici d'une population de 6,6 millions d'habitants qui a affirmé clairement sa volonté d'indépendance dans des référendums.  Poutine reste de marbre et favorise toujours la fédéralisation de l'Ukraine, et non pas sa partition. Quant aux Européens et aux Américains, je ne vous dit pas les hauts cris qu'ils ont poussé devant cet avalanche de référendums et d'expressions naïves de la volonté populaire, contraires à leurs intérêts géopolitiques. Non mais, qu'est-ce que c'est que ces gens qui veulent des choses?

Mais ce n'est pas tout, ça. Ici, certains parlent encore avec des trémolos dans la voix des mesures de guerre décrétées par Trudeau en 1970 pour contrer le FLQ: la Sûreté du Québec arrête 457 personnes. En Ukraine, aujourd'hui, la répression contre les mouvements indépendantistes est violente, militaire, mortelle. Là encore, Poutine ne bouge pas, même si on assassine des russophones à ses portes. Pourquoi n'intervient-il pas ?

Et c'est ce qui m'amène à la vraie raison de ce billet. En entrevue, on a posé la question ci-haut à Nikolai Starikov, un auteur et commentateur influent en Russie:
 Concerning the situation in Ukraine, I have written about this before, what we can see is, terrible crimes are being committed by the Right Sector factions and unfortunately by some members of Ukraine’s armed forces, but without any question all of this is being caused by Ukrainian politicians, the same people, who are being controlled by Washington, London and Brussels. But what we cannot see in Donetsk, a city of one million people, is at least one hundred thousand self-defense militia members. When we talk about when the people of Donetsk, Lugansk, Donbass came and voiced their opinion, yes they came to the referendum, but t’s an area where at least 8 million people live, if I’m not mistaken in these two regions. How many of them are members of self-defense militia? How many of them took up arms to defend their choice? Just a few thousand people. What this tells us, is that most of the people there have not risen up yet, and that’s why the most emotional of patriots online ask, “why doesn’t Russia intervene?” the question arises – to defend who exactly? A few thousand people protesting in a square in Donbass? What about the rest of the million, where are they protesting, asking, demanding, ready to defend their rights? We don’t see this at all.
Dans la province de Québec, où voyez-vous des gens protester, demander, exiger, prêts à défendre leur droit à l'autodétermination? Les Ukrainiens de Donetsk et de Louhansk ont voté OUI à l'indépendance et ce n'est pas assez. Il leur faut en plus prendre les armes. Les Canadiens français de la province de Québec ont dit NON deux fois à l'indépendance. Maintenant, ils sont si effarouchés de la chose qu'ils n'hésitent pas à reporter au pouvoir un parti corrompu jusqu'à la moelle en entendant le seul cri de « référendum », perçu comme une menace existentielle.

Dans le dossier de la cimenterie de Port-Daniel, en Gaspésie, quelques élus américains ont manifesté leur opposition, estimant que le marché du ciment est saturé et que la nouvelle cimenterie risque de nuire à des cimenteries américaines. Le gouvernement Couillard commence donc à réexaminer le projet malgré que le Parti libéral l'ait appuyé en campagne électorale. C'est vous dire à quel point le contexte géopolitique américain peut être lourd.

Je ne vous dis pas ce qui se passerait si le Département d'état américain jugeait que l'indépendance du Québec était contraire à ses intérêts géopolitiques. Pour l'instant, on n'en entend pas parler, alors qu'il se prononce sur tout ce qui bouge et risque de bouger sur la planète. J'imagine que, pour les Américains, l'éventualité d'une sécession de la province de Québec est une menace insignifiante.

Je suis bien d'accord avec eux. On passe à un autre appel.

vendredi 6 juin 2014

Sombres perspectives pour les Canadiens français de la province de Québec


Le budget Couillard vient d'être rendu public. Je note que

Le mur à mur reste la méthode d'action
  1. Par le gel d'embauche dans la fonction publique. On promet de dégraisser l'administration et de maintenir les services aux usagers. Concrètement, des médecins qui n'ont plus les nerfs pour faire de la médecine et qui se sont trouvé des postes administratifs devront retourner faire de la médecine. Des policiers usés promus à des postes administratifs devront retourner faire de la patrouille. Des fonctionnaires à problème promus à des postes administratifs où ils ne peuvent plus nuire reviendront sur le plancher des vaches pour embêter les contribuables. Et cetera.
  2. Par la réduction de tous les crédits d'impôt de 20 %. Que vous soyez une entreprise innovatrice porteuse d'avenir ou un vieux canard boiteux sous capitalisé dans un secteur en déclin, c'est 20 %.
  3. Les organismes publics et para-publics porteront 90 % du fardeau de la réduction des dépenses.
La pensée magique libérale est de retour
  1. Le seul retour au pouvoir des libéraux devrait galvaniser le milieu des affaires qui va sans doute réinvestir et créer des emplois.
  2. Ainsi, un investissement de 63 millions de dollars dans le Plan Nord et la création de la Société Plan Nord devraient entraîner des investissements de plusieurs milliards de dollars et des milliers d'emplois.
  3. La relance des petites centrales hydroélectriques devrait titiller les amis libéraux qui voudraient se brancher sur le gros câble de l'Hydro-Québec pour s'assurer des revenus garantis.
Malgré quelques peccadilles (après tout, on a tous payé quelqu'un au noir...), le PLQ est devenu le Natural Governing Party des Canadiens français de la province de Québec. Il s'est assuré d'une base solide avec le vote ethnique qu'il peut rallier à volonté avec les seul mots «référendum» et «xénophobie». L'argent, le monde des affaires et la petite bourgeoisie qui lui est affiliée (avocats, comptables, gérants de banque) se joint au PLQ aux seuls cris de ralliement de «référendum» et «les vraies affaires». Quant au petit peuple, il a des doutes, mais si on lui explique clairement, il comprend avec le mantra: «Ce n'est pas un pays qu'on veut, c'est un club de hockey», ou avec le truisme «Y a-t-il quelqu'un dans l'assemblée ici réunie qui ne veut pas que ses enfants parlent l'anglais ?».

Non, cet amalgame de bonnes gens ne fera jamais l'indépendance de la province de Québec. Je pense depuis longtemps qu'il faut des gouvernants incompétents et obstinés pour créer des révolutions, ou la nécessité de changements majeurs (Louis XVI, Nicolas II, Batista, et cetera). La province de Québec y est presqu'arrivée avec le tandem Jean Chrétien et Stéphane Dion, à Ottawa. Cela peut se reproduire, mais j'en doute. Harper a tracé la voie: on peut faire tout ce qu'on veut au Canada, à condition de respecter les compétences des provinces.

Et dans la province de Québec, le PLQ veille au grain. Et il est loin d'être incompétent..., sur la façon de rallier les votes, j'entends.

Alors, oublions ce rêve d'indépendance pour l'instant. Cela vaut mieux pour la paix de l'esprit. Après tout, comme disait l'autre, « il faut quand même noter qu'on n'est pas dans un goulag! »