dimanche 6 avril 2014

Humour britannique


The Independent est un tabloïd britannique à caractère dit «sérieux». Selon le site Courrier international, « il se distingue de ses concurrents par son indépendance d’esprit, son engagement proeuropéen et ses positions libérales sur les questions de société. » Qualifié de prestigieux, le journal vise une clientèle de classe moyenne et de centre-gauche. Il perd de l'argent depuis des années.

Alexandre Lebedev, un oligarque russe dont la fortune est estimée à 3,1 milliards de dollars, a racheté The Independent en 2010 pour £1. Lebedev a fondé en 2008 le Parti démocratique indépendant de Russie avec Mikhaïl Gorbatchev. C'est un opposant politique de Vladimir Poutine.

Nigel Farage est un homme politique britannique, chef du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni. Il est farouchement europhobe. La rédaction du journal The Independent ne l'aime pas, comme on peut bien le concevoir. Or Nigel Farage a osé déclarer que Vladimir Poutine est son leader mondial préféré. La rédaction de The Independent, propriété d'un ennemi politique de Poutine et favorable à l'intégration du Royaume-Uni dans l'Europe, décida de faire un sondage maison parmi ses lecteurs: « Nigel Farage's favourite world leader is Putin. Who's yours? »

Et le résultat?

Que voilà des gens imperméables au «Putin bashing» qui inonde la presse internationale! Mais non, mais  non, c'est simplement une forme d'humour britannique. Ne tremblez pas, bonnes gens et chroniqueurs occidentaux d'actualités internationales. Les Russes sont encore les méchants.

Merci au Faucon sacre pour l'info.

vendredi 4 avril 2014

Ah ces peuples...


La planète bouge. Les peuples de la planète s'agitent en divers mouvements browniens de façon imprévisible sans destination apparente. Les scientifiques ont réussi à définir l'excursion brownienne du mouvement aléatoire d'une « grosse » particule immergée dans un fluide par la formule mathématique en exergue. Les statisticiens réussissent parfois à prédire les mouvements browniens de l'opinion des peuples par d'autres formules mathématiques. Mais les élites politiques y arrivent rarement.

Le cas de la Turquie

Le parti de Recep Tayyip Erdogan, l'AKP, vient de gagner ses élections de façon décisive le 30 mars dernier. Erdogan est décrit dans la presse internationale comme un autocrate corrompu qui remet en question l'héritage laïque de Mustafa Kemal Atatürk. Le principal parti d'opposition, le CHP, qui s'appuie sur les élites cossues et laïques des grandes villes, sur les juges et sur l'armée n'y comprend rien. Adam Bennett McConnel commente:
Many commentators will ponder the "unfathomable" results from this election and resort mostly to tired, condescending cliches: "The Turkish people are ignorant (cahil), so what can we expect?", "Erdogan has an authoritarian grip on the country so everyone votes for him", "the AKP gives free stuff (bread, coal, appliances) to the poor, so they vote for AKP". The list goes on. In reality, the reason for these pundits' confusion stems from their patronizing attitude towards the Turkish masses.
Le cas de l'Ukraine

Cette partie du peuple ukrainien qui est pro-européenne a eu gain de cause sur la place Maïdan à Kiev. Enfin libéré de la dictature russe, le peuple ukrainien est maintenant techniquement en faillite et doit se soumettre à la discipline de fer du FMI. La Crimée a quitté l'Ukraine pour des cieux plus cléments en Russie et cette dernière cessera bientôt de subventionner le gaz des Ukrainiens. Zylag commente:
Les nouveaux dirigeants ukrainiens issus de la révolte populaire font fi de l'augmentation du chômage à venir dû au manque de compétitivité de leurs entreprises sur le marché européen. Ils refusent de voir la récession qui viendra à la suite des conditions drastiques du prêt du Fonds Monétaire International, comme ce fut toujours le cas ailleurs. Ces dirigeants sont sans nul doute appuyés par des nationalistes fanatiques.

L'adjectif fanatique veut dire passionné, exalté, animé d'un zèle aveugle. Il faut être aveugle pour se lancer dans l'aventure à laquelle les Ukrainiens sont conviés.
Le cas de la France

Le 30 mars dernier se tenaient les élections municipales en France. Ces élections locales servent aux grands partis à se positionner sur le plan national. Le Parti socialiste et le président François Hollande ont subi la défaite dans plus de 150 villes où la droite a gagné. Le Front national a eu sa part de gains, l'UMP ratissant quand même plus large. Christian Rioux commente:
Avec l’arrivée de Marine Le Pen, en effet, le vote du FN s’est radicalement transformé. D’un vote de petits commerçants poujadistes anti-État aux relents d’Algérie française, il est devenu un vote ouvrier qui se recrute dans les zones dévastées du pays. Le FN est, de loin, le premier parti ouvrier de la France !
...Qui sont ces gens ? Des Français ordinaires qui ne mangent pas de sushi et qui préfèrent même le kebab puisque de toute façon il n’y a plus que ça là où ils habitent. Loin des HLM, où l’immigration se regroupe par ethnies, ils vivent dans de petits pavillons décrépits et ne vont jamais sur Twitter. Cette France ringarde vit toujours en couple et n’a pas compris qu’à Paris, on se déchire sur le mariage gai et la théorie du genre.

Le cas de l'Afghanistan

Demain, 5 avril, 12 millions d'Afghans iront aux urnes. Les candidats à la succession de Karzai promettent tous de relancer l'économie, de poursuivre le processus de paix avec les milices armées et de ramener la sécurité dans ce pays divisé par la guerre. Mais leur principal argument de vente demeure l'ethnicité, ou l'appartenance tribale. Hamidullah Zazai commente:
One contender says 'I'm the Tajik representative, you Tajik people should vote for me', another says 'I'm the Pashtun representative, you Pashtun people should vote for me'. The ethnic appeal occludes what is more important: programs, ideas and plans for our future, which are still uncertain."
Ne riez pas. L'appartenance tribale est très forte ici aussi, dans la province de Québec. À l'élection fédérale de 1980, la province de Québec a envoyé 74 députés libéraux sur 75 à Ottawa parce c'était un Canadien-français, Pierre Elliot Trudeau en l'occurrence, qui dirigeait le Parti libéral.

En parlant du cas de la province de Québec

Le Parti libéral provincial s'apprête à reprendre le contrôle de l'Assemblée nationale lundi prochain. Comme dirait le célèbre joueur de hockey Patrice Lemieux, il n'y a qu'une seule bonne raison de voter libéral: le référendum, la charte et l'économie. J'entends déjà les commentaires:
Madame Marois n'a pas eu le courage d'expliquer la nécessité de l'indépendance du Québec. Elle n'a pas de couilles. Le peuple, il faut l'éduquer si on veut qu'il comprenne. Pourquoi n'a-t-elle pas mis l'accent sur l'environnement, une cause qui rejoint les jeunes générations. Et l'éducation? Complètement évacuée d'un débat pourtant majeur pour l'avenir de la nation. Et cette idée folle d'acheter un billet de loto de 100 millions de dollars juste pour savoir s'il y a du pétrole à l'île d'Anticosti. Et la hausse de 4,3 % des tarifs d'électricité, m'en parlez pas... Le voile, le voile, ça ne change rien dans ma vie, ça. Des référendums, on en veux plus, c'est-il assez clair?
Ah ces peuples! La seule consolation de toute cette histoire, si c'en est une, c'est de constater que nous sommes vraiment un peuple: le peuple canadien-français de la province de Québec.

Le cas des États-Unis

Le 2 avril dernier, la Cour suprême des Etats-Unis a rendu l'arrêt McCutcheon par lequel elle enlève le plafond aux sommes d'argent qu'un individu peut contribuer à un parti politique. La majorité de 5 juges est d'avis que ce plafond faisait
 une intrusion injustifiée dans la capacité des citoyens à exercer le plus fondamental des droits du premier amendement . Le gouvernement ne pourra plus limiter le nombre de candidats ou de causes qu'un donateur veut soutenir, pas plus qu'il ne pourra dire à un journal combien de candidats il peut promouvoir.
Les millionnaires américains et le Parti républicain sont bien contents. Dorénavant, l'opinion éclairée de ceux qui ont de l'instruction et du cash aura préséance sur celle du peuple ordinaire. Les Américains ont compris avant tout le monde que laisser la démocratie entre les mains de n'importe qui est un exercice dangereux.

Way to go, bro! Les Amaricains, ils l'ont l'affaire.
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 Image: Formule mathématique de l'excursion brownienne, Wikipédia.

mercredi 26 mars 2014

Boulevard des rêves perdus


Aux Etats-Unis, le célèbre statisticien Nate Silver prévoit que le Parti républicain prendra le contrôle du Sénat par une faible marge. Marty Kaplan a de la difficulté à se faire à l'idée. Quoi? On peut déjà voir que:
Fewer than 20 percent of registered voters voted for them [les Républicains]. This, in a country where 33 percent reject the idea of evolution. It only infuriates you more when you learn that the electorate was older and whiter than the country. And that the combined population of states where Republican senators ousted Democrats was less than the population of California. And that some victory margins were less under a thousand votes.
They won.
Kaplan cherche à comprendre. Il fait la liste des déceptions qui ont démotivé les supporteurs d'Obama:
Drones. Spying. No tax on carbon pollution. No immigration reform. No gun control. No public option [sur l'assurance santé]. No campaign finance reform. No bankers behind bars.
La solution? Réénergiser les troupes démocrates. Obama a promis d'agir avec ou sans le Congrès lors de son discours de 2014 sur l'État de l'Union. Qu'attend-il?

Kapland conclut:
I'd rather wake up on Nov. 5 sick at losing the Senate, but proud that Obama and the Democrats did all they could to make climate change, gun control, immigration and big money big issues, instead of losing because they were too afraid of losing to win.
C'est honorable. Mais c'est tout. Et ce n'est pas grand chose.

Au Québec, le célèbre sondeur Jean-Marc Léger prévoit que le Parti Libéral prendra le contrôle de l'Assemblée nationale par un faible nombre de sièges lors de l'élection du 7 avril. Joseph Facal, chroniqueur au Journal de Montréal, a de la difficulté à se faire à l'idée que la seule peur de tenir cet exercice démocratique par excellence qu'est un référendum suffira à reporter au pouvoir la clique libérale. Quoi?
Tout d’un coup, oubliées les descentes de police à la permanence du PLQ, oublié Arthur Porter, oublié Tony Tomassi, oubliés les prête-noms, oublié le refus obstiné d’accepter une commission d’enquête. La trouille référendaire fait perdre à bien des gens d’élémentaires repères éthiques.
Jean-Robert Sansfaçon du journal Le Devoir cherche à comprendre:
Il n’aura donc fallu que quelques mois pour oublier que le Parti québécois a été absent du pouvoir pendant neuf ans, la plupart de ses idées lancées en 2012 ayant été réalisées ou… abandonnées. Et maintenant, à quoi s’attendre pour les cinq prochaines années?
 ...Depuis l’entrée en scène intempestive du « pays » de Pierre Karl Péladeau, l’opinion s’est polarisée ...
Josée Boileau du journal Le Devoir cherche à comprendre:
Aussi fou que peut le laisser voir l’état de la planète, l’environnement n’est pas un enjeu dans cette campagne électorale.
 Il faudrait aussi parler d’urbanisme, puisque les îlots de chaleur en ville sont devenus un vrai problème de santé publique ; qui rapportera partout de la verdure ?
Louis Lapointe, chroniqueur sur le site Vigile, cherche à comprendre:
J’ai toujours pensé que la charte de la laïcité ne suffirait pas à convaincre les nationalistes mous de voter pour le PQ.
J’en ai même fait le sujet de plusieurs chroniques depuis l’automne dernier.
À preuve, aussitôt que la question de l’indépendance est apparue dans la présente campagne électorale, on les a tous vu se sauver chez les libéraux, comme ces coquerelles qui s’enfuient la nuit à la vue de la lumière.
La solution?  Réénergiser les troupes indépendantistes, selon Pierre Cloutier du site Vigile:
Il n’y a rien de honteux à vouloir l’indépendance de sa patrie. Il n’y a rien de honteux à le dire haut et fort, à l’expliquer constamment et quotidiennement avant, pendant et après les élections. Il n’y a rien de honteux à vouloir mettre les choses au clair devant le peuple québécois et il n’y a rien de honteux à vouloir consulter ce peuple lorsque l’on sait que le projet qu’on lui propose est un projet noble et libérateur.
 Cette peur qui paralyse, c’est d’abord dans la tête des leaders péquistes qu’il faut l’expurger. Le reste suivra.
Bref, aux Etats-Unis, c'est la faute à Obama qui a déçu ses supporteurs. Au Québec, c'est la faute à Pauline qui a déçu comme chef de gouvernement et comme leader des souverainistes.

Vae victis? Ce n'est pas ce que vous croyez. Enfin débarrassé du fardeau d'une présidence impossible, Obama fera un malheur sur le réseau des conférenciers en vogue. En plus de lui offrir des millions de dollars, on continuera de flatter son ego forcément surdimensionné après huit années à la tête de la plus grande puissance mondiale. Quand à Pauline, à 65 ans, après avoir dirigé 14 ministères en 30 ans de vie politique, elle pourra enfin se reposer au sein d'une famille de 4 enfants et de 5 petits-enfants avec ce conjoint qui l'a appuyée depuis 40 ans.

Vae victis? Obama et Pauline ne seront pas les vaincus de ces élections, ce sera le peuple américain et le peuple québécois. Ces derniers auront eu leur chance. Les deux leaders mentionnés ont offert des alternatives crédibles et valables à leurs électorats respectifs. Si le peuple américain préfère les Républicains, c'est son affaire et il en paiera le prix. Si le peuple québécois préfère les Libéraux, c'est son affaire et il en paiera le prix.

Frankly, my dear, I don't give a damn.

dimanche 16 mars 2014

Moi, ce que j'en dis...


D'accord, le président Yanoukovitch était corrompu. La corruption est endémique en Ukraine. Il eut été surprenant qu'il ne le fut pas. Mais sa démotion n'en a pas moins violé la constitution du pays et elle demeure illégale:
Article 108
The President of Ukraine exercises his or her powers until the assumption of office by the newly-elected President of Ukraine.
  • The powers of the President of Ukraine terminate prior to the expiration of term in cases of:
  • 1) resignation;
  • 2) inability to exercise his or her powers for reasons of health;
  • 3) removal from office by the procedure of impeachment;
  • 4) death.

  • Yanoukovitch  n'a pas démissionné. Il n'était pas malade. Il n'a pas été soumis à une procédure «d'impeachment». Il n'est pas mort. C'est d'ailleurs pour ne pas mourir qu'il a fui son pays. La Rada l'a remplacé sur un simple vote des députés sans passer par la procédure «d'impeachment»:
    The parliament, in a special session Sunday, voted overwhelmingly to temporarily hand the president's powers to speaker Oleksandr Turchinov. He is one of Tymoshenko's most loyal allies, who stuck with her even as others deserted her in her roller coaster political career.
    Alors, cela me fait un peu sourire quand je vois les Etats-Unis accepter de reconnaître le nouveau gouvernement ukrainien. Mais quand ils refusent de reconnaître le nouveau gouvernement de la Crimée pour les deux raisons suivantes, c'est la franche rigolade:
    "Nous rejetons le référendum qui a eu lieu aujourd'hui dans la région criméenne d'Ukraine", a indiqué le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, dans une déclaration, ajoutant que ce vote était contraire à la constitution ukrainienne et que la communauté internationale ne reconnaîtrait pas les résultats d'un vote "administré sous la menace de violence et d'intimidation d'une intervention militaire russe qui viole le droit international".
    Le vote criméen viole la constitution ukrainienne? Une intervention militaire sans aucun mort, qui viole le droit international? Et ce sont les Etats-Unis qui l'affirment. On aurait oublié leur invasion illégale de l'Irak et les centaines de milliers de morts qu'ils y ont causé. Il faut être culotté.

     Mais moi, ce que j'en dis...
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    Photo: Jay Carney

    «Folles» rumeurs


    Ukraine: Ashton Phonecall On Maidan Snipers.

    Estonian Foreign Ministry confirms authenticity of leaked call on Kiev snipers.

    Mercenaries took part in Maidan violence – Ex-Ukraine security chief.

    Kremlin website hit by 'powerful' cyber attack.

    Russia media say Crimea votes 93 percent to quit Ukraine.

    Ukraine, Russia agree Crimea truce until March 21-Ukraine minister.

    Lavrov, Kerry agree to work on constitutional reform in Ukraine: Russian ministry.

    «That aspiring Metternich, John Kerry...» Pepe Escobar.

    vendredi 14 mars 2014

    De la bouette d'écolo


    Coalition Québec meilleure mine se tape une analyse du secteur minier, laquelle est relayée par son porte-parole Ugo Lapointe au journaliste Alexandre Shields du journal Le Devoir. Il en résulte un gros titre à la une: «Le PQ n’a pas fait mieux que les libéraux».

    Je me suis tout de suite demandé pourquoi ce «n'a pas fait mieux». La nouvelle loi sur les mines ne sera en vigueur que pour les entreprises dont l'année fiscale commence après le 31 décembre 2013. Pour beaucoup d'entreprises minières, la loi n'est même pas encore en vigueur.

    Le corps de l'article explique alors que l'analyse de Coalition Québec meilleure mine se fonde uniquement sur les prévisions de redevances minières du budget Marceau. Le projet de budget Marceau se voulait réaliste, même en période pré-électorale. Il le fut. La porte-parole du ministre explique que la baisse du prix des métaux explique la baisse des prévisions de revenus.

    Ugo Lapointe réplique: «On peut toujours dire que le prix du minerai a diminué. Mais dans le cas du fer, il demeure tout de même de deux à trois fois plus élevé qu’au début des années 2000. Le prix de l’or est aussi nettement plus élevé, même chose pour le nickel.» Certainement, mais les redevances étaient à l'avenant. Elles se situaient autour de 10 millions de dollars par année selon Entrans Policy Research Group, (Tableau B1, page 21), alors que le ministre prévoit des entrées de 125 millions en 2015-2016.

    J'en arrive maintenant à la pire imposture de l'analyse de Coalition Québec meilleure mine. Le taux de redevances perçues au Québec en fonction de la valeur des ressources devrait se situer autour de 2,0 % en 2016. Le taux pour l'ensemble des redevances au niveau canadien avoisine les 4,5 %. Ugo Lapointe opine: «Le Québec ne devrait pas se situer sous la moyenne canadienne.»

    Allo? Anybody there? Le Québec a du fer, du nickel et de l'or, tous en baisse. L'Alberta a du pétrole, du gaz et du charbon, tous en hausse. La Saskatchewan a de la potasse et du pétrole,  tous en hausse. Terre-Neuve a du fer, en baisse, et du pétrole, en hausse. Et c'est sur ce 4,5 % versus notre petit 2,0 % qu'Ugo Lapointe se base pour affirmer que la modification du régime des redevances est un échec?

    Les redevances sur le minerai de fer n'atteindront jamais le niveau de celles du pétrole et du gaz. Il n'y a pas de cartel pour soutenir les prix du minerai de fer. Tout ça, c'est de la bouette d'écolo. Au sens français du terme, bouette veut dire appât. C'est une analyse bâclée projetée à la une par un journaliste complaisant pour faire la manchette. Au sens québécois du terme, bouette veut dire boue. C'est de la boue lancée en pleine élection contre le Parti québécois pour je ne sais quelle obscure raison qui n'appartient qu'à Ugo Lapointe.

    L'intérêt réel du présent billet ne réside pas dans la défense et l'illustration de la nouvelle loi sur les mines, ni même du travail du gouvernement Marois. L'idée de ce billet me vient d'une certaine fatigue intellectuelle causée au fil des années par de la bouette d'associations féministes, de la bouette d'associations de consommateurs, de la bouette d'associations écologistes.

    Les plus vieux se rappelleront de ces études féministes des années 70-80 où on démontrait que 90 % des femmes avaient été agressées dans leur vie. Dans la définition d'agression, on incluait en petits caractères le fait qu'un homme ait fait des gros yeux à une femme. J'exagère à peine. Cela faisait de bonnes manchettes. C'était dans l'air du temps. Les associations de consommateurs pleurnichaient sur la hausse du prix du beurre, pourtant un produit de luxe, et mauvais pour la santé à part ça. Et j'oublie la belle rivière Rupert, et le prix de l'électricité, et les redevances minières...

    Y en a parfois marre des études bidons pour promouvoir la bonne cause et la vente de papier journal.

    jeudi 13 mars 2014

    Ke çé ki spâsse à Québec?


    Mouton no 1: Heille, ke çé qu'y disent?
    Mouton no 2: Heul sé tu, moé! Chus trop loin d'la radio.
    Mouton no 1 (plus fort): Heille, ke çé qu'y disent, à radio?
    Mouton no 3: Y disent: «Anybody but Pauline».
    Mouton no 2: Hein? Ke çé ça veut dire?
    Mouton no 1: Ça veut dire qu'on vote pour n'importe qui, excepté Pauline.
    Mouton no 2: Ah? Ben ok d'abord. Si çé çâ qu'y disent...
    Mouton no 4: Haille, toe tu konna l'anglais. Ça veut dire quoi, «echo chamber»?
    Mouton no 1: Fouille-moé. Y â ben juste sur les internets que tu vâ trouver çâ.
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    N. B. Les sondages montrent que le Parti libéral est passé en quelques jours de 24% à 39% des intentions de vote dans la région de Québec.

    Photo: Blogue Planetelaine

    mercredi 12 mars 2014

    Le Bible Belt américain démystifié


    Je ne crois pas un mot de ce que je vais écrire dans ce billet. Mais je trouve cela drôle en diable.

    La zone du Bible Belt américain est délimitée approximativement en rouge sur la carte ci-haut. C'est la région où la religion Southern Baptist Convention domine. Les gens de cette région sont conservateurs, pratiquants et ils se sentent une vocation de missionnaires. Ils interprètent la bible d'une façon littérale, ils rejettent la théorie de l'évolution et ils embrassent le créationnisme. Cette droite religieuse compose, avec les petits entrepreneurs individualistes, les soldats du Parti républicain dirigé par les pontes de la finance et du grand capitalisme. Il y a bien, dans la région, ce qu'on appelle des Blue Democrats, mais ils votent avec les Républicains et ils sont en voie de disparition.

    J'ai toujours été mystifié par l'existence de cette droite religieuse et du créationnisme qu'elle prône. À ce que je sache, tous les États américains ont une loi sur la fréquentation scolaire obligatoire. Dans 13 d'entre eux, cette dernière s'étend même jusqu'à l'âge de 18 ans. Dans le cours de chimie 101, on enseigne les principes généraux de la datation au carbone 14. En biologie 101, on expose comment la théorie de l'évolution explique l'origine des espèces végétales et animales. En physique 101, on démontre pourquoi la théorie du Big Bang est, jusqu'à date, la meilleure explication sur les débuts de notre univers.

    Tous les citoyens américains ont la chance d'avoir un système d'éducation sophistiqué auquel ils doivent obligatoirement participer. Et les voilà qui s'en vont tout bonnement le dimanche à la réunion de leur congrégation pour s'incliner devant des pasteurs ignorants et cupides qui leur racontent que Dieu a créé l'univers en 6 jours, il y a 6 000 ans, pour y implanter un Adam et une Ève qui se promenaient au milieu de vélociraptors végétariens.

    Je ne l'ai jamais compris. J'ai déjà tenté d'expliquer ce phénomène par la richesse de la nation américaine qui permettait une socio-diversité si grande qu'elle pouvait générer à la fois des prix Nobels et des créationnistes. C'était une explication partielle. J'ai maintenant trouvé mieux.


    En 1607, John Smith fonda la première colonie anglaise en Amérique avec un groupe de puritains, ces dissidents calvinistes qui voulaient réformer l'Église d'Angleterre. En 1620, un deuxième groupe arrive. Les Pilgrims Fathers ont voyagé sur le Mayflower. Eux ne voulaient pas réformer l'Église d'Angleterre. Ils voulaient carrément s'en séparer. C'est donc dire que le matériel génétique de base à partir duquel fut créée la nation américaine est constitué de personnes à la religiosité accentuée. Quand la religion commande que tu traverses l'Atlantique sur une coquille de noix pour t'installer dans une contrée sauvage et hostile, c'est qu'elle est importante pour toi.

    Les recherchistes de la série documentaire américaine Il était une fois l'Humanité estiment qu'aujourd'hui 30 millions d'Américains sont les descendants des 50 Pilgrim Fathers qui ont survécu au premier hiver. Accordons le même taux de natalité aux puritains de John Smith. Cela nous donne donc un minimum de 60 millions d'Américains sur 320 millions qui ont en eux une partie du bagage génétique des premiers arrivants anglais.

    Et c'est ici qu'intervient VMAT2, cette protéine encodée dans le gène SLC18A2 et responsable du transport des neurotransmetteurs (dopamine, norépinéphrine, dopamine, histamine) dans les synapses des neurones de notre cerveau. Cette protéine est célèbre depuis 2005, quand le généticien Dean Hamer, directeur du Gene Structure and Regulation Unit au US National Cancer Institute publia son livre The God Gene: How Faith is Hardwired into our Genes.

    On se calme. La plupart des articles que j'ai lu sur le sujet du «gène de Dieu» veulent discréditer l'hypothèse de Dean Hamer, un peu de la même façon gauche et maladroite que les contemporains de Darwin on accueilli sa théorie sur l'évolution. Mais le Dr. Hamer est bien conscient que d'autres gènes sont impliqués dans la prédisposition à la religiosité d'une personne, de même qu'un tas de facteurs sociaux et environnementaux. Et que tous ces facteurs interagissent entre eux.

    Mais c'est comme cela que la science avance. Par des hypothèses plausibles, qui se précisent au fil du temps, qui finissent par devenir ce qu'on appelle l'état de nos connaissances, ici, en ce moment. Partons donc de l'idée que le «gène de Dieu» est une hypothèse plausible, à raffiner avec le temps et la recherche. Ajoutons que les premiers arrivants anglais sur le sol américain étaient sûrement porteurs de ce gène, étant des populations homogènes fuyant les persécutions religieuses. Leur bagage génétique s'est transmis à une partie de la population américaine. Cela pourrait justifier l'inexplicable prédisposition des Américains du Bible Belt à oublier leurs cours de chimie, de biologie et de physique et à tomber à genoux devant leurs pasteurs évangéliques.

    Pourquoi je ne crois pas un mot de ce que je viens d'écrire? Parce que je ne crois pas. Quand il s'agit de choses sérieuses, je ne crois pas. Je lis des hypothèses. J'émet des hypothèses. Je constate l'état des connaissances sur tel ou tel sujet, ici et maintenant. Je sais que dans 100 ans, l'état des connaissances de l'humanité de 2014 paraîtra bien naïf et bien primitif.

    Par ailleurs, je crois que les Patriots de la Nouvelle-Angleterre vont remporter le Super Bowl en février 2015. Je crois que les Canadiens de Montréal ne feront pas les séries cette année. Et je crois bien que l'hiver est loin d'être fini même si l'équinoxe du printemps s'en vient...