lundi 15 avril 2013

Le poids du bien-être


Stephen Pizzo, l'auteur d'un livre ayant fait partie de la liste des best-sellers du New York Times et le journaliste récipiendaire d'une dizaine de prix pour ses articles, vient de publier le 14 avril 2013 une chronique dont voici un extrait:
You might have noticed that, as time has gone by, my rants have become fewer and farther apart.
And why not. After it's all been said, and said and said and said. What's left, just keep saying the same things? It hasn't helped. Little changes. Stupidity has solidified like a giant impacted turd in the body politic. Nothing moves while fresh crap packs in behind.
So continuing to sit at a keyboard, pounding out for the umpteenth time, the freaking obvious, just makes me feel like a stupid sap.
Si le réputé Stephen Pizzo se sent impuissant devant le cours inexorable des choses, que croyez-vous que ressent l'obscur Zylag? Si vous ne partagez pas les courants de pensée dominants, il ne sert à rien d'écrire pour d'autres raisons que la seule satisfaction d'écrire. Chez les dissidents d'Occident, réfléchir, évaluer, penser et écrire ne sont que les plaisirs décadents d'une minorité de bien nantis, dont je fais heureusement partie.

Il en est autrement pour les commentateurs raisonnables et réalistes des médias de masse. L'essentiel de leur rôle est de s'assurer que rien ne change, ou que le sort des riches s'améliore, car ce sont eux qui investissent et donnent des emplois aux pauvres gens, n'est-ce pas? Ces commentateurs ont au moins la consolation de penser que leurs écrits sont utiles, car, de fait, rien ne change pour l'essentiel.

Que penser de gens comme Noam Chomsky qui analyse l'actualité depuis des années dans une perspective, je ne dirais pas de gauche, mais si lucide et factuelle que personne des grands médias ne veut entendre ce qu'il a à dire? Que penser de Lucien Bouchard qui vient de sortir de sa réserve dorée pour dénoncer l'apathie des Québécois devant les révélations de Frédéric Bastien dans son livre La bataille de Londres? M. Bouchard savait pourtant qu'on le mettrait vite de côté parce qu'il est «passé date». Que penser de Tom Engelhardt, de feu Michel Chartrand, de David Corn, du prof Lauzon et de tous les pourfendeurs de moulins à vents dominants qui s'agitaient et s'agitent encore en sachant bien qu'ils n'auront rien d'autre que les tapes dans le dos des petits copains.

Je trouve admirable de garder la capacité de s'indigner sur de longues périodes. Mais quelle est le plaisir décadent et secret qui motive ces personnages? Il faut qu'il y en ait un. Sinon ce n'est pas possible.

Il faut bien vivre avec ce qu'on est. Que faire si on est heureux personnellement alors que les horreurs du monde nous assaillent? Si leurs coups répétés finissent par insensibiliser? C'est un vieux problème déjà bien documenté  par Denys Arcand: celui du confort et de l'indifférence.
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photo: Pascal Ratthé

jeudi 13 octobre 2011

Léodagan commente sur OWS


OWS, c'est le mouvement «Occupy Wall St.» en vertu duquel des pelés et des tondus occupent des parcs de Manhattan à New York. L'aspect hirsute des manifestants et l'absence de cohésion dans leurs revendications font la joie des commentateurs de droite. On les décrit comme de pauvres ignorants qui ne comprennent pas encore que les grandes institutions financières sont de catégorie «too big to fail».

Léodagan, c'est le général des armées du roi Arthur, de la série télévisée Kaamelott. On est au Ve siècle après Jésus Christ. Dans l'épisode dont je parle, les paysans protestent, ils ne sont pas contents et ils l'ont fait savoir à dame Séli, tendre épouse de Léodagan. Ces derniers sont au lit et commentent les événements de la journée:

Léodagan: Qu'est-ce qu'ils vous ont dit exactement?
Séli: Bien, ils m'ont traitée de tous les noms!
Léodagan: Vous en avez bien reconnu un ou deux?
Séli: Ah! c'était des péquenauds, quoi. Ils étaient sales.
Léodagan: S'ils ont fait qu'insulter, encore...
Séli: Mais qu'est-ce qu'il leur prend?
Léodagan: Ils se plaignent, comme quoi ils sont exploités.
Séli: Et c'est pas vrai?
Léodagan: Si..., mais c'est bizarre, parce qu'ils sont pas censés s'en rendre compte...

lundi 26 septembre 2011

Plus ça change, plus c'est pareil

Après un mois et demi de réflexion, je suis maintenant certain que Barack Obama ne fait pas de «rope-a-dope». Il ne se bat pas du tout et il est en train d'en «manger toute une».

Sans préciser de critères pour en juger, les Américains ont évalué à 34% qu'Obama est un président pire que Bush, et à 22% que c'est du pareil au même. Bien sûr, les Démocrates sont plus indulgents pour Obama, et les Républicains plus sévères. Mais les électeurs indépendants pensent à 67% qu'Obama, c'est la même chose ou pire que Bush. On voit de plus en plus d'articles demandant à Obama de ne pas se représenter en 2012.

Beaucoup de commentateurs pensent que le premier mandat d'Obama constitue en fait le troisième mandat de Bush:







samedi 6 août 2011

Le «rope-a-dope» d'Obama

Obama fait du «rope-a-dope», enfin je l'espère pour lui.

À la boxe, le «rope-a-dope» consiste à prendre une position défensive et à s'appuyer sur les câbles pour que ces derniers aident à absorber les chocs. Quand l'adversaire est fatigué, le boxeur défensif passe à l'attaque pour éventuellement gagner le combat. Mais pendant le «rope-a-dope», les spectateurs sont certains que le boxeur défensif est en train d'en «manger toute une»!

Michael Mann a bien illustré la chose dans son film Ali. David O. Russell a lui aussi illustré cette stratégie dans The Fighter, un film basé sur la vie du boxeur Micky Ward. Les journaux et la télé viennent également d'illustrer comment Barack Obama vient d'en «manger toute une» aux mains des sbires du Tea Party qui pullulent dans les rangs républicains au Congrès.

Depuis qu'il est arrivé au pouvoir, Obama a soit poursuivi les politiques des Républicains ou soit perdu ses batailles pour imposer l'agenda des Démocrates. En fouillant bien, les experts pourront trouver des victoires mineures pour me contredire, mais c'est le portrait d'ensemble. Quand j'ai vu Obama approuver le «compromis» négocié au Congrès sur le relèvement du plafond de la dette, j'ai spontanément pensé: «Il vient de perdre ses élections! Son électorat de base ne le suivra pas.»

Il est tard. Les élections sont pour bientôt. On est rendu au dixième round et Obama est toujours dans les câbles. Ses beaux discours ne pourront pas toujours suppléer à l'action.

Ma prédiction: Obama va en «manger toute une»! Et l'Amérique aux mains du Tea Party va prendre une «méchante débarque»!
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En cherchant une image pour montrer le «rope-a-dope», je suis tombé sur un blogue qui faisait la même comparaison entre Mohammed Ali et Barack Obama: Giovanni's World.

dimanche 10 juillet 2011

Salade de saison XXXII

Procès Turcotte

Les psychiatres, tout comme les avocats, fonctionnent comme les juke-box: vous y mettez l'argent qu'il faut et ils chantent votre chanson. En effet, les psychiatres possèdent cette merveilleuse science qui leur permet de dire avec certitude et en toute indépendance, moyennant rémunération, que quelqu'un sain d'esprit peut devenir subitement fou, le temps de commettre un ou deux meurtres crapuleux, et redevenir subitement sain d'esprit après avoir été acquitté à son procès.

Tous les membres du commentariat québécois ont mis en garde la population de ne pas tenter de refaire le coup de Guy Turcotte. Je suis d'accord. Tout le monde n'est pas médecin et n'a pas les moyens de retenir les deux meilleurs criminalistes de Montréal pendant six mois. De plus, tout le monde n'a pas le goût de boire un litre de lave-glace et de poignarder ses propres enfants.


Kate et William

La première fois où je me suis trouvé face à face avec une célébrité, j'avais vingt ans. Je visitais le Louvre à Paris et je suis arrivé soudainement devant elle: la Joconde. Ça m'a donné un coup au coeur. Je l'avais là, devant moi, la vraie de vraie, après l'avoir tant de fois regardée dans divers dictionnaires, revues, et autres médias culturels. Ce fut un émoi indéfinissable, comme l'était le sourire de la gente dame.

Certaines personnes ont peur d'un retour en force de la monarchie devant la popularité de William et de Kate. N'ayez crainte. Leur popularité n'est directement liée qu'à leur célébrité. La madame qui se retrouve subitement devant le sourire éblouissant de Kate et de ses 32 dents (et encore, je ne parle que de la mâchoire d'en bas), ressent le même émoi que j'ai éprouvé devant la célèbre Joconde. Rien de plus. Les élans mystiques sur l'origine divine du pouvoir royal n'ont pas trouvé d'échos notables dans la population.


Blocus de Gaza

Le cancer du blocus de Gaza forme des métastases en Europe.


Stephen Harper bombe la bedaine

Le Parti conservateur a recueilli 5,8 millions de votes lors de la dernière élection, soit 39,4% des votants, ou 24,1% des électeurs inscrits. Stephen Harper a déclaré hier à Calgary:«Les libéraux sont éliminés, le Bloc québécois est éliminé, la politique de la division est éliminée».

Dans le même discours, il «a mentionné qu’il compte financer davantage les Forces canadiennes avec de nouveaux avions et bateaux, ainsi qu’avec de l’équipement neuf pour l’armée.»

A-t-il trouvé d'autres ennemis à éliminer de par le vaste monde?

vendredi 8 juillet 2011

Shit Happens


L'un des plus éminents conspirateurs de ce siècle encore jeune, Donald Rumsfeld, a eu ce mot lorsqu'on lui demanda d'expliquer le chaos à Bagdad après l'invasion de l'Irak par l'armée américaine:«Stuff happens». M. Rumsfeld est diplômé de Princeton et il est donc bien élevé. «Stuff happens» est la version polie de «Shit happens». C'est une expression qui signifie qu'un évènement malheureux est arrivé sans raison particulière.

Il y a des choses, comme ça, sur lesquelles ce blogue ne revient pas. Par exemple, que Rumsfeld est avec son copain Cheney un fameux conspirateur. Tout l'appareil gouvernemental américain chargé des relations internationales conspire. Tout appareil gouvernemental chargé de relations internationales conspire. C'est par définition une de leurs fonctions les plus ancestrales et les plus sacrées: la conspiration. Des premiers chefs de clan en passant par Machiavel et Talleyrand jusqu'à Nicolas Sarkozy, sans oublier l'ennemi juré de ce dernier, Dominique de Villepin, les personnes chargées de responsabilités «importantes» conspirent. Elles sont des conspirateurs et des conspiratrices. Il y en a qui sont plus reconnus que d'autres mais tous conspirent. Même Stephen Harper conspire, c'est vous dire!

Tous ces gens qui conspirent, en fait, ces conspirateurs, sont des individus très intelligents et très informés. Ils ne sont pas arrivés là où ils sont par hasard. Ils ont chacun leur système de valeur et leurs «idéologies» plus ou moins affirmées et plus ou moins conscientes. Parfois ils lisent sur internet ou dans les rapports de leurs subordonnés les théories des «conspirationnistes» sur leurs faits et gestes. Que pensez-vous qu'ils font? Ils rigolent. Même les théories les plus farfelues ne trouvent pas grâce à leurs yeux car elles manquent d'imagination par rapport à ce qu'eux ont imaginé. Les conspirationnistes ne pourront jamais égaler les vrais maîtres de la chose que sont les conspirateurs. Alors ces derniers rigolent, sauf...

Sauf si ces théories conspirationnistes s'incrustent dans la conscience populaire. Quand ces théories, à défaut de meilleure explication, deviennent les nouvelles vérités, la classe dirigeante doit réagir. Alors elle met en branle l'opération «Ridiculisons les conspirationnistes» par l'intermédiaire des médias de masse. On n'a qu'à crier «Conspirationnisme!» pour discréditer tout essai d'explication concernant les OVNIS politiques et militaires que les grands de ce monde ne cessent de lancer dans l'espace médiatique.

Le 11 septembre 2001? Shit happens.
L'invasion de l'Irak? Shit happens.
Le bombardement de la Lybie? Shit happens.
L'arrestation de DSK? Shit happens.

Ces évènements sont arrivés sans raison particulière. C'est la vie, quoi!
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Illustration: Agora Vox.

dimanche 3 juillet 2011

Les héros ne font pas le ménage


Il y a cette expression qui à la fois m'inquiète et m'exaspère: «gouverner une province». Ce rejet méprisant qu'affirment de nombreux indépendantistes au sujet de la nécessité de gouverner un état fédéré de 8 millions de personnes, de gouverner une des 20 plus importantes économies mondiales a de quoi laisser pantois. Cette lâcheté de laisser l'état québécois aux prises avec un conglomérat d'intérêts privés de toute nature, aussi bien corporatifs que personnels, qui se servent impunément et sans vergogne dans le trésor public, dégoûte ceux pour qui la «politique» est encore une noble tâche.

Cette citation de Joseph Facal illustre bien mon propos:
Depuis que je suis rentré de mon année en Espagne, je me cherche un projet stimulant. J'avais songé à replonger en politique, mais l'administration d'une petite province de plus en plus marginale ne me motive pas. C'est comme faire le ménage et la vaisselle après un party.

Ne perdez pas votre temps à m'expliquer, comme si j'étais un débile léger, que c'est nécessaire. Je dis juste que ça m'ennuie. Je rêvais de posséder une maison et je loue une chambre à l'étage.
Je m'excuse auprès de M. Facal de le citer là-dessus car s'il y en a un qui mérite de le dire sans m'offusquer, c'est bien lui. Il a déjà accompli beaucoup, et il accomplit maintenant presqu'autant avec ses chroniques inspirées qui permettent de mettre les choses en perspective. Mais ce n'est pas le cas de tous ceux qui participent au débat sur la soi-disant «implosion» du Parti québécois.

Cela est désormais encore plus urgent: il faut gouverner cette «province». L'économie va bien, mais les odeurs de corruption deviennent nauséabondes. Pauline Marois a déjà commencé à faire le ménage dans son propre parti. Elle remet les intégristes de l'indépendance à leur place. Elle poursuit son travail avec ceux qui comprennent la nécessité d'une ligne de parti et qui l'acceptent volontairement. Elle enrage les ténors qui ne croient pas que la «pauvre Pauline» va tenir le coup devant les assauts rageurs de leurs égos boursouflés. Finalement, elle va confondre les vieux commentateurs qui régurgitent dans leurs copies les propos aigris des anciennes vedettes qui ne sont plus dans le coup.

François Legault ne gouvernera pas cette province. Il ne fondera pas le parti politique de la droite. Il n'y a pas assez de millionnaires au Québec, comme Charles Sirois par exemple, pour vendre aux Québécois les lubies des républicains américains. Déjà ces mêmes lubies édulcorées par Stephen Harper passent très mal ici. Et si François Legault fonde son parti de droite, il y perdra ce qui lui reste d'argent et de prestige moral dans une aventure sans lendemain.

Ne pas vouloir gouverner une province, c'est donner 4 ans de plus aux petits amis qui se passent l'assiette au beurre depuis 8 ans. De quoi en faire presqu'une kleptocratie héréditaire... Ceux à qui il pousse des boutons parce Curzi, Lapointe, Beaudoin, Aussant et Charette ont des états d'âme ne connaissent pas la «dureté du mental» de Pauline Marois.

Et il faut le réaliser, Pauline Marois est le dernier rempart devant la menace que représente 12 ans de gouvernement libéral. Madame Marois, après avoir élevé 4 enfants, bien sûr avec l'aide domestique nécessaire dans son cas, sera capable de faire le ménage et la vaisselle de la «province» de Québec, bien sûr avec l'aide politique nécessaire du Parti québécois, en l'occurrence.